LB CONCILE DB RAVENNIUS
de 451 sur l'hérésie d'Eutychès (1). J'ajoute que plusieurs des évéques qui siégèrent au concile ou qui y sont nommés étaient, en 450, depuis longtemps en charge : Maximus de Riez et Théodorus de Fréj us avaient été institués en 433 (3), Ingénuus d'Embrun en 439. Valérien de Cimiez et Nectaire d'Avignon avaient siégé au concile de Riez de 439, et Nectaire était en 443 un évêque âgé (3). Justus d'Orange avait siégé au concile d'Orange en 441, ainsi que Saloniusde Genève.
Or le corps épiscopal de la région provençale, entre 451 et 463, se renouvela presqu'entièremenl. Un document de 463, la protestation des suffragants et des amis de la métropole d'Arles contre l'ordination d'un évtfque à Die par le métropolitain de Vienne, nous fait connaître, à cette date, les titulaires des évêchés sur lesquels s'était exercée Tautorité ou l'influence de Ravennius. Entre les vingt et un évêques provençaux de 463, on ne retrouve que deux des seize év(}qucs qui figuraient au concile de Ravennius : Ingénuus d*£mbrua et Fontéius de Vaison.
Il faut admettre que le concile s'est tenu fort peu
(1) Signée par les seize évèques de notre concile, aauf Théodorus de Kréjus (qui cependant vivait encore en .(52 ; cf. ta lettre CYIII du pape Léon, ap. Migne, t. LIV^ col. 101 1). et Salonius de Genève qui écrivit de son cdté à Léon le Grand. Pour les deux listes d*évèques, v. Oucbesne, Fastes, t. 1, p. 349-350.
(2) Duchesne, Fastes, t. I, p. 274 et 276,
(3) On a vu qu'Hîïaire, après sa disj^Ace, Tavait choisi, avec Constantianus de Carpentras, comme l'un des évéques les plus vénérés de la région. Je prends les signatures de Riez dans Mansi, t. V, p. I iQo. Celles d'Orange et de Vaison sont réunies par M. Duchesne, FasieSj t. I. p. 347-349.
après Tannée 451, et peut-être même en 44g ou 450 (i). Or la création des provinces d'Aix et d*Einbrun n'eut pas lieu avant 45a. Nous avons la lettre, écrite aux premiers mois de cette dernière année, par laquelle le pape Léon communique aux évéques gaulois les délibérations du concile de Chalcédoine ; elle est adressée : RusTico, Ravenkio, Vhnerio et caeteris episcopis pcr Gaîlias constitntts^ Léo. Rusticus de Narbonne, Ravennius d'Arles et Vénérius de Marseille étaient donc à ce moment les seuls métropolitains de la Gaule du Sud-Est que le pape connût. Ces trois évéques, aussi bien, eurent, et eurent seuls, à la fin de l'année 451, le privilège de signer les premiers la lettre arlésienne sur l'hérésie d'Eutychès, en qualité de métropolitains (3).
Ainsi le pape Léon toléra, pendant les premières années de Tépiscopat de Ravennius, qu'il n'y eût en Provence que deux métropolitains, Tévêque d'Arles et révêque de Marseille. Il faut, par suite — puisqu'on sait que les provinces d'Aix et d'Embrun existaient en 460, et que le pape avait fait un reproche à Ingénuus d'Embrun de céder à un autre l'autorité sur « sa province >, — que l'attitude de Léon envers
(i) Ce qui me ferait croire que le concile eat antérieur à la lettre Lectis diUctionis^ c'est que Salonius de Genève y assista. Il semble bien qu'après la reconstitution de la province d'Arles, les rapports officiels furent rompus entre Vienne et ses suflFragants d'une part, et d'autre part la métropole arlésienne. On a vu que Salonius oe signa pas la lettre arlésienne de 451 contre Eutychès.
(2) Migne, t. LIV, col. 988, ep. Impletis, La lettre n'est pas datée, mais on sait que le concile de Chalcédoine se termiaa au commencement de novembre 451. (La dernière séance eut lieu le i'*^ novembre; on se sépara peu de jours après; voir Tillemofit, Mèm.,X. XV, p. 713)
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LA LETTRE « SOLLICITIS '»
Arles ait changé, et qu'entre 452 et 400 il ait entrepris de réduire la juridiction arlésienne à la Viennoise méridionale.
On peut faire une hypothèse sui roccasion de ce changement. Vénérius de Marseille, évêque depuis 430 environ, vivait encore en 43a, et demeurait métropolitain de plusieurs évOchés de Narbonnaise seconde et des Alpes-Maritimes. Léon ne pouvait, sans déposséder ce vieil évêque, dont il n'avait pas à se plaindre (i), réformer l'organisation ecclésiastique de la Provence. La réforme devint plus facile à la mort de Vénérius, et c'est peut-être alors qu'elle fut opérée. Léon put d'autant mieux se prononcer contre le maintien de la juridiction exceptionnelle d'Arles en Narbonnaise seconde et en Viennoise, que par la lettre Lcctis dilcctionis il ne l'avait faite métropole que de la Viennoise méridionale.
in. — La lettre SOLLICITIS ADMODUM fin pnpe llilalre«
Un autre document a fait croire que Ravennius et ses successeurs avaient conservé la vaste juridiction d'Hilaire : c'est une pièce de Tannée 464. la lettre SolUcitis admodum du pape Hilaire (a); on y voit que vingt évêques provençaux, et notamment Ingénuus d*Embrun, Véranus de Vence et Fauste de Riez, s'étaient joints l'année précédente à Léontius
( I ) On Tient de voir que Vénérius avait aigni la lettre arléiienne sur l'hérésie d'Eutychès, et que Léon lui écrivit en 45J.
(2) Thicl» p. 148. — Cf. Uuchesne, Fû$tes, t. I, p. J50 ; voir la note 3.
d'Arles pour protester auprès du Saint-Siège contre Tabus de pouvoir commis par Mamertus de Vienne, qui avait ordonné un évêque à Die, dans la Viennoise arlésienne (i).
La lettre que les vingt et un évêques adressèrent au pape Hilaire s'est perdue, et n*est plus connue que par la réponse du pape; mais on peut établir que rassemblée où elle avait été rédigée n'était pas un synode provincial arlésien. La réunion de cette assemblée avait été réclamée par le pape, dans une lettre (du lo octobre 463), que nous possédons (2), Hilaire y ordonnait à Léontius d'Arles de réunir un grand synode (conventus synodah'sj, tel qu*il lui avait prescrit, par une décision antérieure, d'en tenir un chaque année (3). — Reportons-nous à la décision antérieure dont il est ici question : c Que chaque année >, avait dit Hilaire aux évêques gallicans dans la décrétale Quainquam notitiam (3 décembre 463) (4), «les évêques des diverses provinces
{1} On pourrait supposer que Mamertus se prévalut en cette occasion, contre la lettre Lectis dii^ctionis du pape LéoD, du canon H de Turin, qui attribuait à la métropole viennoise toutes les cités de la province qui étaient plus voisines de Vienne que d'Arles. On a vu plus haut que d'après ce règlement Die eût dû, en 417, revenir d Simplicius et non à Patrocle.
(2) Ep. Quahter contrat Thicl» p. 146.
(3) Même lettre, ^ 2 : in cuovcntu synodali, qui sccundum statuta nostra anais singulis te sibt présidente est congregaodus.
(4) Kp. Quamquam notitiam^ cap. 11 (Thiel, p. 144). Per annos itaque singulos ex provinciis, quibus potuerit congregari, habeatur episcopale concilium : ita ut opportunis locis atquc temporibus secundum dispositionem fratris et coepiscopi nostri Leontii, oui aollicitudinem in congregandis fratribus delegavimus, mctropolitaais per Utteras ejus admonitis celebretur.
LA LBTTRB « SOLLICITIS »
d'où l'on pourra répondre aux convocations, tiennent un concile ; le choix du lieu le plus propice et de la saison la plus opportune est laissé à notre frère dans répiscopat Léontius d'Arles, à qui nous avons commis le soin de faire les convocations, en en donnant avis par lettre aux métropolitains »
Le concile qui délibéra sur l'ordination de Die est donc un synode inter-provincial. Des vingt évêques qui y siégèrent avec Léontius, il n'y en eut qu'une partie, sept au plus (les évéques d'Avignon, Carpentras, Vaison, Orange, Saint-Paul-trois- Châteaux, Viviers et Marseille; Tévcque de Die ne siégeait évidemment pas), qui fussent les suffragants d'Arles. Les autres (dont étaient les évêques d*Aix et d'Embrun) appartenaient à d'autres provinces; leur présence au concile prouve seulement qu'ils reconnaissaient les pouvoirs primatiaux qu'Hilaire avait conférés au siège d'Arles. Le pape Hilaire avait en effet rétabli, en faveur de Léontius, le vicariat apostolique que Ravennius s'était vu refuser par le pape Léon. Mais il n'est pas du sujet de ce travail de suivre Thistoirede la métropole artésienne dans cette période nouvelle.
VU
le ai janvier 1904^
par // Doyen de la Faculté des Lettres
de V Université de Paris, VU
A. GROISS3T. ET PERMIS O^niPRIMBR,
Le vice-recteur
Je l'Académie de Paris,