LA LETTRE « QUID DE PROCULI
n'est plus qu'en termes généraux que le pape y renouvelle raffirmation des pouvoirs métropolitains de Patrocle. Zosime a donc, à un moment de son règne, renoncé à maintenir dans son intégrité la décision qu'il avait rendue lors de son avènement en faveur de Patrocle. L'affaire arlésienne a passé, sous son pontificat, par deux phases distinctes, que sépare le concile du 23 septembre. Les lettres Mirati admodum et Multa contra, des 26 et 29 septembre, appartiennent à la première phase ; il faut de nécessité que la lettre Quid de Procuit appartienne à la seconde.
La date du 26 septembre, attribuée par nos manuscrits à la lettre Quid de Proculi, est inconciliable tant avec celle du 22 septembre que porte la lettre synodale (dont on ne conteste pas, je pense, qu'elle appartienne à l'année 417), qu'avec les dates des lettres Cum adversus, Mirati admodum^ Multa contra^ Licet proxime; toutes données chronologiques qui s'accordent entre elles d'une manière parfaite. Je regarde comme certain qu'elle n'a été écrite que plusieurs semaines plus tard, après que le délai accordé à Proculus pour comparaître devant le pape eût expiré, et que le concile romain se fût réuni de nouveau pour le juger par défaut. Ce fut peut-être en novembre 417.
On peut fournir une explication naturelle, et qui ne prête pas au doute^ de la date fausse avec laquelle cette pièce figure dans nos manuscrits. Dans la collection canonique de l'église dWrles, la pièce qui précède immédiatement la lettre Quid de Proculi esil^ lettre Mirati admoduw^ laquelle est
datée du 26 septembre (VI kaîenâas octobris) (i). 11 s'est produit ici un doublement de date, soit par une simple confusion d'un copiste, soit que, la lettre Quid de Proculi ayant perdu sa date authentique, le rédacteur lui ait arbitrairement attribué la date de la lettre précédente.
11 faut encore éclaircir d'un mot la confusion qui a fait placer le concile de Turin soit un peu avant, soit un peu après l'année 400. Deux lettres de Zosime (2) nous apprennent que plusieurs années (muîlos annos) (3) avant que Lazare fût ordonné
(î) Voir dans Maassen, p. 769, la liste des pièces de la collection d*Arles. Au reste GuQfllach, dans son édition, a maintenu la série des lettres de Zosime dans l'ordre où les donnait la collection.
(j) Ep. Posieaquam a nobis, § 3 (Migne, t. XX, col. 656): Vêtus Lazaro consuetudo est innocentiam criminandi. Pcr multa concilia in sanctum Uhtium coepiscopum nostrum Turonicx civitatis diaboticus accusator inventas est. A Proculo Massilieosi in synodo Taurini oppidi sententiam calumniatoris excepît. Ab eodem Proculo fit post niultos annoa sacerdos, etc. [Lettre du 21 septembre 417.)
Ep. Cum aJversus, ij 2 (Migne, t. XX, col. 662) : Sed Lazarus, dudum in Xaurinensi concilio gravissimorum eptscoporum sententiis pro calumniatore damnatus, cum Uritii innocentis vitam falsis objectionibus appetisset, post vero indcbitum ab eodem Proculo, qui inter cacteros in synodo damnationis ejus aasederat, aacerdotium consecutus... {22 septembre 417.)
(3) Multos s'entend mal ici, puisqu'il ne peut £tre question que d'un intervalle de 7 ou 3 ans au maximum, et, comme on verra, probablement de 3 ou 4. Peut-ôtre le texte original portait-il hauJ muitos ou paucos, qui s'accorderait mieux avec le sens de toute la phrase, car hauJ muîtos poit anno$ indiquerait une circonstance aggravante de la faute commise par Proculus, muitos post annos une circonstance atténuante.
évoque d'Aix, un concile^ réuni à Turin, avait eu à s'occuper d'une accusation qu'il intentait à Bricius, successeur de saint Martin à TévÔché de Tours.
L*ordination de Laxare eut lieu peu après l'usurpation de Constantin ; on peut la placer vers 40S. Ayant pris, assez arbitrairement (x), le parti de reculer le plus possible la date du concile, on supposa qu'il sY'tait tenu dans les premiers temps de Tépiscopat de Bricius. Suivant que Ton admettait, pour la mort de saint Martin de Tours, la date de 396 ou 397 1 ou bien celle de 400 ou 401, on plaçait ainsi le concile vers 397 ou vers 401 (2). Mais le concile taurini opptdi qui déclara que Taccusation intentée contre Bricius de Tours n'était pas fondée, n'est pas celui dont la lettre synodale nous a conservé les décisions. Le premier de ces deux conciles est cité par Zosime dans sa lettre Postcaquani anobtsdu 21 septembre, à un moment où il ne sait rien encore du second, sinon qu'il doit se réunir. La lettre synodale qui contient les actes du second, et qui est certainement complète, ne dit rien de l'affaire de Lazare et de Bricius que le premier eut à régler. É Le concile qui reconnut Bricius innocent peut-il avoir été, comme le voudrait Mommsen, un concile
(i) Ce parti-pris a été pour quelques-uns (voir Tillemont, t. X, p. 691) la conséquence d'une fausse interprétation du canon VI, que je si^ale à l'appendice : Texte du concile âe Turtn, dans la note relative A cp canon. On a voulu que Félix de Trêves, qui, d'après sa l'iV, ne fut évéquc que douze ans, fût encore en TÎe au moment où le concile se réunît.
(2) Sur les diverses dates proposées pour la mort de saint Martio, cf. Lecoy de la Marche, Saint 3/jr/i«, appendice i, EclairciiS€meni chronoïogiqut»
de Tours ? Zosime appelle une fois ce concile synodiis Taiirini oppîdt\ et une fois concilium taurtnensc. 11 faudrait des raisons bien fortes pour que l'on fût autorisé à conjecturer dans le premier cas /«r/norw;w, et dans le second ttironico ou turinico. Or les faits, loin de réclanner la double correction du texte, Tinterdisent, à mon sens, d'une manière absolue. Quand éclatèrent les accusations scandaleuses de Lazare contre Tévêque Bricius, le premier concile qui se réunit pour juger le cas dut être un concile de la province, qui était ou la Lyonnaise seconde, ou la Lyonnaise troisième (i). Il est peut-être admissible que ce concile se soit réuni à Tours même. Mais Zosime nous apprend*que l'affaire ne vint au concilium taurtnensc qu'après avoir passé devant un ou deux conciles gaulois (Ep. Postcaquam a nobis : per multa concilia). C'est donc que ce concilium taurinense n'était pas un concile de la province. L'accusation intentée par Lazare à Bricîus, reconnue non fondée par un concile gaulois, peutêtre par deux, aura été portée en dernier ressort au concile milanais, lequel sera venu siéger à Turin. II y a donc eu deux conciles de Turin. Le second
(i) Nous ignorons, en effet, la date exacte de la diviaion de la Lyoanoise seconde (métropole : Rouen) en Lyonnaises seconde et troisième (métropoles : Rouen et Tours). Je regarde comme certain que la Lyonnaise troisième n'existait pas encore au temps de saint Martin (*{* 397), et comme très probable qu'en 404, au moment ou Sulpice Sévère composa ses Dialogues, elle n'avait pas encore été créée. La création des Lyonnaises troisième et quatrième eut lieu, suivant moi^ entre l'année 404 et le moment où fut composée la Notitia dignitaîum^ laquelle doit être rapportée à l'une des années 411-413. (Cf. Seeck, Quaesiionet de Notitia dignitatum, p. 13,]