PREFACE
Au cours de recherches^ poursuivies depuis plusieurs annéeSy sur saint Martin de Tours et T église gauloise de son temps^ deux documents m'avaient longtemps arrêté : une décrétale anonyme du IV siècle ad gallos episcopos, et la lettre synodale de Turin^ dont la date consulaire a disparu.
Un texte dont on ignore la date ne peut guère être interprété qu'à contre-sens. Après plusieurs essais infructueux^ je renonçais déjà à tirer parti des deux pièces^ quand il me parut enfin possible de déterminer la date approximative de la décrétale^ la date précise du concile. Les deux petits problèmes de chronologie que f avais dû me poser ont fait V objet des deux thèses que je présente à la Faculté des Lettres de Paris,
La lettre du concile de Turin aux églises galli-canest rapprochée des lettres contemporaines du
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pape Zasime, me parut revêtir un intérêt singulier : on y retrouve, après plus de quatorze siècles d'oubli^ le souvenir d'un conflit ardent entre le siège de Rome et un groupe d'évêques gaulois, soutenus par te sièqe de Milan» Ce conflit fut-il dans Vhistoire de la papauté un simple épisode f fai essayé de montrer qu'il y fallait voir plutôt une crise décisive.
On a reconnu depuis longtemps que les églises provençales, en raison de l'occupation progressive des autres provinces de l'Occident par les Barbares, avaient tenu une grande place dans les préoccu^ pations des papes du V* siècle. C'est en Provence que la politique autoritaire de tévêché romain a fait ses essais au temps de Zosime, et qu'elle a obtenu son premier triomphe au temps de Léon le Grand, L'exemple de l'absolue soumission au siège apostolique est venu de là. Si Con veut savoir comment s'est établie la monarchie ecclésiastique du c premier pape », c^est dans la correspondance de Rome avec Arles, Vienne, Narbonne et Marseille qu'il faut chercher des documents. Or toute l'his^ toire des relations de Véglise de Rome avec les métropoles provençales change d'aspect et de sens lorsqu'on a remis le concile de Turin à sa place dans la suite des événements.
PRÉPACB DC
Aussi ma-t-il semblé que le fait nouveau que le hasard d'une lecture 7n*avait conduit à découvrir n'intéressait pas seulement Vhistoire ecclésiastique d'une région, mais Vhistoire générale de V Eglise.
Le pape Zosime^ en 417, se crut en mesure de disposer des églises d'une manière souveraine, comme l'empereur disposait des cités : le concile de Turin se réunit afin de € porter remède aux menées ambitieuses de certaines personnes >, et il infirma le décret du pape. — Vingt-huit ans plus tard, le pape Léon voulut a son tour parler en maître à la Gaule. Comme il se souvenait du conflit de -//y, et savait les Gallicans fort peu disposés à s'incliner devant ses décisions^ il sollicita de V empereur un édit qui leur enjoignît de se soumettre : Valentinien III prononça que tous les décrets du pape de Rome seraient désormais pour les évéques de Gaule autant de lois obligatoires, et menaça les contrevenants de poursuites criminelles pour lèse-majesté. Vêssentiel de ce petit livre est dans le rapprochement de deux faits : la défaite de Zosimc et la victoire de Léon le Grand, et de deux documents : la lettre synodale de Turin et Védit de Valentinien III.
Une conclusion d'ensemble m'a paru se dégager des faits que Ton va suivre : c'est que le pouvoir