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CHAPITRE III

le concile de turin et la querelle arlésienne jusqu'à la mort de ZOSIME

I. L'évAqne de Narbonne fait au pape des représentations, puis se soumet. — II. Les évéques de Marseille et de Vienne s^insurgent contre le décret de Zosime. La province marseillaise. — III. Procalas et Simpticins recourent au siAge de Milan. — IV. Délibérations du Concile. Lettre Mulia contra. SimpUcius et Patrocle conviennent de partager la Viennoise, et Zosime confirme la transaction. — V. Comment la convention fut exécutée. Condamnation de Proculas; vains efforts de Zosime pour le déposséder de son siège. — VI, Division de la Narbonnaise seconde. Mort de Zosime.

L'un des trois métropolitains que Zosime prétendait déposséder de leur juridiction, Hilaire de Narbonne, se borna à faire au pape des représentations respectueuses. II lui fit remettre un mémoire où il établissait que les évéques de Narbonne avaient jusqu'alors fait les ordinations dans la première Narbonnaise, et rappelait qu'un principe œcuménique interdisait à un évêque de présider à des ordinations hors de sa province (i). Le pape lui fit une réponse hautaine et dure (3) :

(i) Début de la lettre Mirait admodum,

(2) £p. Mirati admodum, Migne, t. XX, col. 666. — £p. Merow., p. 9.

LETTRE A l'ÉvAQUR IïK NARIiONNB

< Nous avons eu, à nous faire lire et à examiner « de près votre mémoire sur Tordination des ^ évoques dans la Narbonnaise première, une sur- ^ prise extrême. Dans votre désir de nous faire

< admettre vos affirmations et exaucer vos souhaits, K vous oubliez toute bonne foi. Pour couvrir vos c prétentions d'un prétexte honorable» vous déclan, rez qu'un évéque ne doit pas faire d'ordination « hors de sa province : mais ce n'est pas de votre « jugement personnel que vous aviez à prendre con- « seil, c'est des traditions du passé. Les privilèges « dont vous parlez, il est prouvé que vous les aviez « obtenus du siège apostolique par surprise (i),

< étant établi que, d'institution ancienne, le droit « de créer des évêques non seulement en Viennoise, « mais dans les deux Narbonnaises, a été conféré à

< révéque d'Arles. Trophime, de sainte mémoire, K envoyé jadis par le siège apostolique à Téglise

d'Arles, donna le premier dans la région l'exemple du respect dû à ce siège glorieux, et grâce à l'au- « torité dont il était investi, instruisit les régions « voisines de la déférence à laquelle il a droit. Le € pouvoir d'ordination que Trophime avait le pre- « mier justement obtenu, et le haut pontificat

< attaché à sa ville se sont conservés jusqu'à une

< époque très récente (a) : nous possédons pardevers

{0 On voit que Zosime prétend ici faire de toutes les juridictions métropolitaines des délégations du Saint-Siège.

{2) Atque hanc ordinandi consueittdinem et pvnt^'jjcafum loci iiiiuSt quem obtînuerat prit/tus «7 j'ustus^ custoJiium usque in proximum îempus^ g£itis apud nos habitis multorum consacerdotum testimoniis approhatur. Tout en menaçant Hiiaire de ses foudres, Zosime reconnaît ici d^une manière implicite le bien fondé

88 SOUMISSION DE L'é\"êQDE DE NARBONNE

< nous des pièces qui en font foi, les attestations d'un « grand nombre de nos frères dans Tépiscopat... »

« Nous vous prévenons, très-cher frère, que si € vous entreprenez rien contre les décisions que

< nous prenons devant Dieu qui nous juge, non ^ seulement les évêques que vous aurez cru devoir * instituer ne pourront être maintenus, mais vous- « même serez séparé de la communion catholique, c Vous gémirez alors de vos abus de pouvoir ; il « sera trop tard (i). ^

La lettre fut expédiée le 26 septembre 417.

Le ton de violence y supplée au défaut de raisons plausibles et d'arguments historiques sérieux, et l'on y voit bien que Zosime, le bon droit de l'évéque de Narbonne étant évident, prit le parti de Tintimider. On peut croire que Patrocle Tavait représenté à Zosime, et avec raison, comme d'un caractère, craintif et résigné. Il n'est pas douteux que ses coh lègues de Marseille et de Vienne ne l'aient invité à se joindre à la protestation plus efficace qu'ils

de sa réclamation, tl renonce à soutenir que révoque d''Arles ait de tout temps {sicuti sentper kabuity disait ta décrétale Placuit apostolicae) exercé la juridiction métropolitaine dans les trois provinces. Force lui eil de convenir qu'à une époque récente, qu'il ne détermine pas, les évêques d'Arles se sont laissé dessaisir de leurs pouvoirs, et que la tradition d'autorité qui remonte à Trophimc a subi une interruption. Il le fera même aveu quelques jours plus tard dans la lettre Muïta contra : £t quia rtdirc m orditum suum itttermis&a pra€cipimtts, etc.

(1) Si quid contra h;rc, frater charissime, qua* a nobis sunt sub Dei judicio constttuta, tentaveris, non solum quos farienctos credideris, episcopatum obtinere non possint, sed etiam ip^^e catbolica communione discretuâ, scro de illicitis pr^sumptionibus ingemtscas.

PROCULUS BT SIMPLICrUS

allaient faire valoir contre le décret pontifical, et qu'il ne s*y soit refusé. Il céda aux injonctions de Zosime et se laissa dépouiller de ses pouvoirs. Cinq ans plus tard, quand le pape Boniface revint sur les décisions de son prédécesseur, il eut de la peine à persuader à Tévêque de Narbonne qu'il était bien métropolitain, et à lui faire reprendre, dans sa province, ses fonctions d'ordination et de visite (i).

Proculusde Marseille et Simplicius de Vienne se montrèrent beaucoup moins dociles qu'Hilaire. C'étaient des prélats religieux et vénérés, et qui faisaient honneur à l'église des Sept-Provinces. Paulin de Noie fait de Simplicius l'un des plus c dignes serviteurs du Seigneur > qu'il y eût alors dans répiscopat des Gaules (a). Pour Proculus, qui gouvernait son église depuis environ quarante ans, saint Jérôme le cite comme un modèle de piété à un

(i) Boniface, ep. Difficile quidtm. Migne, t. XX, col. 772.

(2) Texte de « Paulinus » cité par Grégoire de Tours, Hist. Fr.^ II» 13 : Si enim hodie videos dignos Domino sacerdotes^ vei Exsuperium Tolosaà, veî Simplieium Viennae^ etc. Ce PauUnus (malgré Krusch, édition de Grégoire, p. 770, note .S), me paraît ne pouvoir être que Paulin de Noie. II est impossible, d'après les données chronologiques que l'on possède sur plusieurs des évéqucs cités dans ce fragment de lettre, de l'attribuer à Paulin de Périgueux ; et, d'autre part, un laïque n'était guère en situation de décerner ainsi des brevets de piété à des évéques. Von Hartel, dans Bon édition des Lettres de Paulin de Noie, a admis avec raison le fragment conservé par Grégoire {Corp, scr, eccK iat,, ▼ol, XXIX, cp. XLVIU, p. 389),

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