LÉON VKUT UNE SUPPLIQUE COLLECTIVE
soit, dès ce moment, engagé d'une manière formelle à rendre à Tévéché d'Arles sa juridiction.
Accordé déjà en principe, le décret de restitution se fit attendre ; Léon ne voulut pas le publier avant qoe les évêqucs intéressés ne lui en eussent fait la demande par une supplique collective (i).
spectum îe^ Migne, t. LIV, col. 8i6, Ep. Mâroto,, p. i6), portant U date du ^6 août (VU Kal. Sept.) j\^<), où Léon prie Ravennius de mettre les évêques de Gaule en garde contre un faux diacre romaÏD, nommé Petronianus. Ainsi, le jour même où Léon avait complimenté Ravennius de son élection, il l'aurait chargé, et par une seconde lettre, de transmettre un message pontifical « â tous les é%'éques de la province * {admonitis ftiam totius Provinciae £piscopi). On voit qu'à ce moment déjA, ai la date est authentique, Léon aurait traité Ravennius en chef de province. Mais la date pourrait bien être fausse. La lettre (Manssen, p. 263) ne nous a été conservée que par la collection d'Arles, où elle fait suite immédiatement X la lettre Jusia et rationabiîis^ datée aussi du VII KaL Sfpt.t même année. Il pourrait y avoir eu ici doublement de date, comme il est arrivé pour la lettre Quid de Proculi, et peut-être pour la lettre Non miror.
(i) Le siège de Vaison étant devenu vacant, bien avant que Léon eut déclaré rétablir la province d'Arles, Ravennius, sans attendre le décret du pape, et n'étant en droit qu'un simple évéque, se permit de devancer dans la ville Nicétas de Vienne et de faire à sa place l'ordination ( £p. Lectis dilettionis^ v. ci-après). Je ne puis croire que Ravennius, personnage fort avisé, ait, par une précipitation imprudente, compromis le succès de la négociation alors engagée. Il faut qu'il ait eu, dès ce moment, une promesse explicite du pape. Le pape, aussi bien, n'eut pas un mot de blâme pour cet acte d'apparente hardiesse. J'ajoute que la supplique Memores quantum suppose que celui qui la rédigea savait déjà sa cause gagnée.
Toutefois la prom'ïsse du pape, puisqu'elle ne fut pas suivie d'an décret immédiat, devait être conditionnelle. Elle ne pouvait être subordonnée qu'A l'envoi de la pétition des évêques. Si Ravennius a pu se croire autorisé â ordonner un évéque à Vaison, c'est sans doute qu'à ce moment les démarches relatives à la pétition étaient commencées, et le succès de la pétition assuré.
LA SUPPUQUE ARLESIEffNE
Les demi-promesses de la lettre à Ravennius, et plus encore les promesses orales positives qui en accompagnèrent Tenvoi, provoquèrent parmi les anciens suffragants d'Hilaire une explosion de joie. On s'empressa de rédiger la supplique et de recueillir les adhésions (i). On eut les noms des évoques de Carpentras, de Die, d*Avignon, de Cavailion, d'Orange, de Toulon et de Vaison en Viennoise ; des évéques d'Antibes, de Fréjus et de Riez en Narbonnaise seconde ; des évoques de Thorame, de Cimiez et d'Embrun dans les Alpes-Maritimes ; enfin de six autres évêques dont les sièges nous sont inconnus (a).
Les dix-neuf évêques pétitionnaires protestaient avant toute chose de leur déférence pour le siège apostolique, et, pour les témoignages qu'il leur avait donnés de ses dispositions favorables, l'assuraient « de leur gratitude immense, si profonde qu'ils ne la pouvaient exprimer ». Ils présentaient ensuite leur requête avec l'assurance de la voir bien accueillie ; ne pouvant croire, disaient-ils, que le pape, dans sa justice, fît porter par Ravennius la peine qu'un autre avait méritée.
Avant toute autre ville des Gaules, Arles avait connu la foi chrétienne. Elle en tenait le bienfait du
(i) Ep. Memores guautum^ Migne, t. LIV, col. 879 ; Ep. mtrovi,^ p. 18. — Ci: Quitus (litteris) a beatituàine vestra tanta digitatioHt et charitate fuisse responsum, immensas grattas agimus^ tisi tantas^ quantas debemus^ agere nonpossumus,
(2) Les dix-neuf pétitionnaires sont connus par Tintitulé de la réponse du pape (Ep. Lectis dilectionis, Migne, t. LIV, col. 884- Ep. Merott).^ p. 3o). Pour les identifications, cf. Duchesne, Fastes, t. ï. p. M9-
LA SUPPLIQUE ARLESIENNE
siège de Rome, car le bienheureux apôtre Pierre avait institué lui-même son premier évoque, saint Trophime. Par la suite, elle avait donné aux autres cités des Gaules des missionnaires et des évêques. L'église de Vienne en particulier, qui osait se dire la métropole d'Arles, n'était que Tune de ses filiales, et non pas même des plus anciennes (i). Ayant eu, en Gaule, les prémices de la foi, Arles avait joui de tout temps de la primauté dans les honneurs ecclésiastiques. £t le siège apostolique, par des actes officiels que les archives romaines ne pouvaient manquer d'avoir conservés, avait confirmé ses privilèges immémoriaux. « De même, disaient au pape « les dix-neuf évêques, que par le mérite du bienheu- € reux Pierre, prince des apôtres, la sacrosainte « église romaine possède la primatie sur toutes les églises du monde entier, de même les prédécesseurs de Votre Béatitude ont estimé qu'il était de toute raison et de toute justice que Téglise d'Arles, qui mérita d'avoir pour évêque l'envoyé des apôtres, saint Trophime, revendiquât dans toutes les Gaules des pouvoirs pontificaux supéc rieurs (a). >
(t) Ep. Mftnorâs^ c. n : Omnibus etenira regionibus Gallicanis notum est, sed nec sacrosanctac ecclesiac Romann^ habetur incognîtum, quod prima intcr Gallias Arelatensis civitan missum a beatissimo Petro apostolo sanctum Trophimum habere incruit sacerdotem, et ezinde aliis paulatim regionibus Galliarum bonum fidei et religionis infusum ; priusque alia loca ab hoc rivo tîdei quem ad nos apostoIica> institutionis fluenta miserunt, meruisse maoifestum est sacerdotem, quani Vicnoensis civitas, qux sibï Duoc împudenter ac notabiliter primatus exposcit indcbitos.
{i)C. H... Credcntes plénum esse rationis atquc justitia:, ut sicut per beatissimum Petrum apostolorum priocipem sacrosancta