Chapitre V. De t Indifférentisme et du Libéralisme
Chpitre VI. Du Laîcisme.
Ensuite, le Secrétaire et le Vice-Secrétaire ont donné lecture de divers Décrets sur les Cas réservés^ les Sacrements^ et la Sépulture ecclésiastique ; enfin^ le R. P. Ramière a repris la parole, pour lire un projet de Décret sur les Œuvres Catholiques.
Mgr l'Archevêque a annoncé que la Quatrième Session solennelle, d'abord fixée au vendredi 17, par le décret d'indiction, serait diiférée jusqu'au lendemain, samedi 18, afin de laisser aux Secrétaires le temps de terminer la préparation des nombreux Décrets qui doivent être lus dans cette quatrième et avant- dernière Session.
L'excellent Mgr Bouange est écrasé... n'inporte, il fera un effort suprême, et soyez sûr qu'il arrivera. Il prend sur ses nuits, sur ses récréations, ei^ si on ne Tempèchait d'aller jusqu'à cet excès de dévouement^ il supprimerait ses repas. . . Qu'il me soit permis de le noter en passant, la Providence a servi admirablement le Concile du Puy, en lui envoyant, dans la personne de Mgr Bouange, un Secrétaire d'une rare compétence et si capable de lui prêter, sur toutes choses, un concours efficace et éclairé. Mgr Bouange est, en effet, très-versé dans toutes les branches de la science sacrée, et unit le précieux avantage d'une haute expérience à des connaissances aussi solides que variées et étendues.
Ce digne et pieux Prélat semblait du reste tout désigné pour les fonctions de Secrétaire du Concile ; car déjà il avait rempli ce même office avec un remarquable talent, il y a vingt- trois ans, au Concile de Clermont. Â la science et à l'expérience, dont je parlais plus haut^MgrBou-
ange joint la modestie, Taïuénité du caractère, la distinction des manières, en un mot, tout un ensemble de qualités aimables, qui rendent son
commerce infiniment agréable.
Pour ma part, je m'applaudis hautement et m'estime grandement favorisé d'avoir été appelé à vivre, durant ce Concile, à côté du bon Mgr Bouange, et à jouir de son intimité, en partageant ses travaux. C'est pour moi, tout à la fois, un bonheur et un honneur dont j'aimerai à garder toute ma vie le doux et reconnaissant souvenir. Dès k présent, j'en bénis Dieu et l'en remercie de toute mon âme.
Le Concile tiendra sa Sixième et dernière Congrégation générale^ ce soir, à trois heures. Nous y entendrons la lecture de nombreux Décrets^ dont la promulgation doit se faire demain matin en Session publique.
Le Puy samedi, 18 octobre, Fête de sâint Luc, Ëvangéliste.
La Quatrième Session du Concile a été célébrée aujourd'hui, fête de rÉvangéliste saint Luc, dans la chapelle du Grand-Séminaire. La cérémonie a duré trois grandes heures.
On y a publié une longue série de Décrets sur les titres suivants :
De Sacramentis ;
De Piis operibus ;
De Vitâ christianâ fœminarum ;
De Casibus reservatis;
De Cultu Sanctissimo Sacramefito reddendo ;
De Eleemosynis pro Missâ celebrandâ oblatis;
De Vitœ honestate et vestitu clericali;
De Babitu charalt;
Contra Sodetates occultas^ speciatim contra Solidarismum ;
De Officialitatibus rtsiituendis ;
De libris prohibitis et Ephemeridibus ;
Contra errores fidei adversantes et prtBcipue contra Naturalismum^ Positivismum et LoLîdsmum.
Ce dernier Décret, relatif aux Erreurs mo^ demeSy notamment au Naturalisme, au Positivisme et au Laïcisme^ a été élaboré par la Première Congrégation De Fide, — Le Décret De Piis Operibus appartient à la Quatrième Congrégation De Ministerio pastùrali^ et celui qui concerne les Cas réservés à la Troisième Congrégation De Casibus reservatis. — Tous les autres Décrets émanent de la Cinquième Congrégation De Disciplina.
J'ai dit plus haut que la Cinquième Congrégation avait été privée dès le commencement de son Président et de son Vice-Président. C'est le vénérable abbé de Bogenet qui a été chargé d'en
diriger les travaux, cumulant ainsi plusieurs emplois très-importants, et les conduisant de front, sans en négliger le plus minime détail.
Dans ces derniers jours, la Congrégation De Studiis ayant terminé tous ses travaux, M. Lebas, qui en avait été comme la cheville ouvrière^ fut adjoint à M. le vicaire général de Limoges et lui prêta une collaboration aussi active que précieuse.
Mgr l'Archevêque, accompagné du R. P. Ramière et de son secrétaire^ est allé, aujourd'hui dans la soirée, visiter la Maison Scolastique des Pères de la Compagnie de Jésus, à Vais. Cette promenade et celle de dimanche dernier, au Mont-Corneille, sont les seules que Monseigneur de Bourges se soit permis de faire hors du Séminaire, pendant toute la durée du Concile.
Le Puy, dimanche 19 octobre, XX« après la Pentecôte, Fête de S. Pierre d'Alcantara.
Je renonce à décrire les splendeurs de cette mémorable journée, dont la date comptera désormais parmi les plus glorieuses dans les annales de rÉglise du Puy. La coïncidence de deux événements considérables, la Clôture du Concile PROVINCIAL * et le Pèlerinage national a Notre- Dame DE France, a transformé ce jour en une fête dont il est difficile d'imaginer Téclat et la pompe
* Le Puy n'avait pas vu de Concile depuis l'année 1222; il y avait par conséquent 651 ans. Le Concile du Puy de Tan 1222 a été tenu par Conrad, Évoque de Porto et, Légat du Saint Siège, contre Boson, Abbé du monastère d'Aleth, accusé d'hérésie.
à qui n'en a été le témoin ému. C'est qu'en effet pour se faire une juste idée de la magnificence des démonstrations en l'honneur de la Très-Sainte Vierge, au Puy, il faut avoir contemplé de ses yeux le théâtre merveilleux, qui n'a peut*être rien d'égal au monde, préparé par la nature elle-même, pour les grandes manifestations religieuses ; il faut surtout connaître la tendre piété et la dévotion séculaire de la noble cité du Mont-Anis envers la Reine du Ciel, son auguste et puissante Protectrice I . . •
Dès l'aube du jour, une joyeuse sonnerie de toutes les cloches de la ville annonçait la double solennité, et faisait tressaillir d'une sainte allégresse les milliers de pèlerins, qui, mus par le même sentiment de foi, accouraient par toutes les routes au pieux et national rendez-vous.
L'on pouvait apercevoir de loin les riches banderoles aux couleurs pontificales, les oriflam'^ mes aux couleurs de la Vierge qui flottaient
sur la coupole de la Basilique, au sommet du rocher Corneille et sur tous les édifices qui couronnent la cité privilégiée de Marie.
Le chemin de fer amenait, de son côté, beaucoup de pèlerins éloignés : Saint-Ëtienne a fourni un nombreux contingent; Bourges, Clermont, Saint-Flour, Limoges, Lyon, Dijon et bien d'autres villes se sont fait noblement représenter.
Notre très-chère Alsace ne pouvait manquer à un rendez-vous donné aux pieds de Notre- Dame DE France ; aussi, était-elle là, à la place d'honneur, avec sa bannière voilée de crêpe, implorant une bénédiction de délivrance et de liberté!... Chère et sainte bannière, que chacun saluait avec un respect mêlé d'attendrissement et de larmes!...
 huit heures et demie, les Évêques et tous les prêtres faisant partie du Concile, précédés
d'un nombreux clergé et du vénérable Chapitre de Notre-Dame, partaient de la chapelle du Grand-Séminaire et se rendaient processionnellement à la Cathédrale, en chantant les Litanies des Saints.
La procession suivit le même parcours que les deux dimanches précédents.
Par une gracieuse condescendance pour la multitude des Pèlerins étrangers, et afin de laisser plus tôt libre l'entrée du Sanctuaire de Notre-Dame du Puy, Mgr l'Archevêque de Bourges voulut bien ne célébrer qu'une Messe basse.
Le Saint Sacrifice achevé, Sa Grandeur monta en chaire et prononça un magnifique discours sur La puissance doctrinale de l'Eglise ; a discours que les auditeurs ont vivement goûté et qui était remarquable par la solidité du fond, la richesse des développements, l'onction de la voix, la distinction du geste \ »
* Ces Kgnes sont extraites d'une intéressante brochure intitulée : Clôtw'e du Concile provincial et Pèlerinage national à Notre-Dame du Puy,
Je ne puis moins faire que de donner ici une rapide analyse de ce discours, et d'en reproduire l'éloquente péroraison.
Sa Grandeur a d'abord expliqué la nature du Pouvoir doctrinal deVÈglise y démontré sa divine origine, fait connaître son objet, qui embrasse toutes les vérités révélées de Dieu sans exception, et prouvé que tous les hommes de tous les temps et de tous les lieux sont soumis à ce pouvoir; si bien que personne ne peut jamais légitimement, et sans compromettre son salut, se soustraire à cette autorité.
Le Pontife orateur a établi d'une manière invincible que ce Pouvoir doctrinal est revêtu de Tadmirable prérogative de Y Infaillibilité et que cette prérogative, nécessaire à l'Église, lui a été réellement conférée par Jésus-Christ, de peur que sa doctrine^ venant à être altérée par les opinions et les interprétations humaines, ne présentât bientôt l'erreur au lieu de la vérité, aux nations que l'Église a reçu mission d'instruire.
Enfin, voulant montrer en qui réside ce Magistère^ Mgr T Archevêque a fait observer que FÉglise doit durer toujours; qu'elle est, par conséquent, fondée sut Y Unités et que ce Pouvoir doctrinal^ bien que conféré aux Évèques par Jésus-Christ, a été néanmoins attribué d'une manière plus spéciale à Pierre, fondement sur lequel s'appuie et repose toute l'Égh'se. C'est à Pierre qu'il a été donné de confirmer ses frères s'ils viennent à défaillir, à lui qu'il a été dit : « Paissez mes brebis» paissez mes agneaux s>y les Pasteurs aussi bien que les autres fidèles de Jésus-Christ.
Pierre demeure et vit toujours dans les Pontifes romains, et tous les Évèques ne participent à ce Pouvoir doctrinal et ne jouissent des privilièges qui y sont attachés qu'autant qu'ils demeurent unis j& Pierre, c'est-à-dire à son successeur. Ainsi, c'est en Pierre que réside comme en sa plénitude le privilège de V Inerrance, et c'est par Pierre seul que ce privilège est communiqué aux autres Pasteurs de l'Église, participation qui a lieu principalement dans les Conciles
œcuméniques , comme au récent Concile du Vatican.
« Prince des Pasteurs i), s'est écrié l'illustre Prélat, vers la fin de son discours, « vous êtes le Maître suprême et infaillible de la Doctrine sacrée ! vous possédez, pour définir la Doctrine de la Foi et des mœurs, la même autorité, là même puissance, la même infaillibilité dont Notre-Seigneur a voulu que la sainte Église fût pourvue pour enseigner les peuples!... Ah! Dieu sait le noble et vaillant usage que vous avez fait de ce pouvoir ! Dieu sait les luttes que vous avez soutenues pour défendre et le Droit, et la Justice, et la Vérité! Non ! jamais la Vérité n'a été muette ni captive sur vos lèvres ! Jamais la Justice n'a trouvé votre cœur hésitant ou timide ! Jamais le Droit n'a compté en vahi sur votre ferme et intrépide inflexibilité ! Aussi déjà, comme première récompense, le divin Maître vous a accordé un long et glorieux Pontificat qui dépasse les années de Pierre! Ah! vivez, vivez encore! vivez jusqu'au triomphe!... Sur sa route à travers les siècles, l'Église a rencontré
bien des épreuves : elle s'est heurtée aux barbares, aux Attila, aux Geuséric, aux rois lombards, aux empereurs d'Allemagne, et à bien d'autres I Et ce n'est pas Elle qui est tombée! Comme le Sauveur, Elle a eu son troisième jour... Qu'il en soit ainsi pour vous, ô Père bien-aimé ! Qu'en vous, une fois de plus^ se vérifie la parole divine : « Tu es Pierre, et sur cette a pierre je bâtirai mon Église, et les portes de or l'enfer ne prévaudront pas contre Elle ! 9 Quiconque se heurtera à la Pierre^ s'y brisera, mais la Pierre restera ! C'est ma foi, c'est mon espérance, et rien ne l'arrachera de mon cœur de chrétien et d'évèque!... Tu es PeirusI... Non prcevalebunt ! , , , »
En finissant, Mgr l'Archevêque, s'adressant aux vénérables Pontifes, ses collègues, s'est exprimé en ces termes :
:< Je ne puis descendre de cette chaire, Messeigneurs, sans que ma pensée se reporte vers vous; mais je sens en même temps l'impuissance
de ma parole à traduire les sentiments de mon âme.
cr Durant les longues et laborieuses sessions de notre Concile provincial, non seulement vous m*avez apporté le concours de vos lumières, de votre doctrine, de votre sagesse, de votre haute expérience, de votre zèle, de votre infatigable activité ; mais encore, avec une déférence qui bien souvent m'a ému jusqu'aux larmes, vous avez accueilli, je devrais dire, vous avez prévenu tous les désirs de votre humble Métropolitain, votre inférieur à tant d'égards! Vous avez bien voulu user avec lui de cette douce et sainte familiarité qui permet ces épanchements intimes, ces communications fraternelles si utiles au bien de tous I Et toujours, et partout, je n'ai trouvé autour de moi que des exemples^ que des modèles, que des cœurs nobles, ardents, généreux, qui ne battent que pour le salut des âmes, l'honneur de la France, et la gloire de la Sainte Église de Dieu !
«( Âh! soyez remerciés et bénis!
« Que ce peuple immense soit témoin de ma
reconnaissance, de mon re^ect, de ma vénération !
a Soyez remerciés et bénis, avec tous ces vénérables prêtres que vous avez amenés et qui nous ont si puissamment aidés dans notre laborieuse entreprise !
« Oui, soyez remerciés et bénis, non pas en mon nom, ce qui serait peu de chose, mais au nom de la sainte Église, au nom de Notre- Seigneur Jésus-Christ lui-même !
K Vous surtout, Monseigneur du Puy, qui nous avez donné une si noble et si large hospitalité, laissez-moi vous le dire, nous n'oublierons jamais les jours passés auprès de vous!
nous en conserverons un ineffaçable souvenir, et dans ce souvenir votre nom restera désormais, pour nous, inséparablement associé au nom mille fois béni de Notre-Dame de France.
a Et puisque je viens de prononcer ce nom de Notre-Dame de France, qu'il me soit permis, mes frères, de vous annoncer que le dernier acte de notre Concile sera de mettre toute
notre Province sous la puissante protection de votre antique et glorieuse Madone.
a II y a vingt-trois ans, les Pères du Concile de Clermont consacraient la Province au Sacré- Cœur de Notre-Seigneur. Aujourd'hui^ afin d'arriver plus sûrement à ce Divin Cœur, notre refuge suprême, c'est par Marie, c'est par Notre- Dame-de-France que nous ferons passer notre consécration.
<r Ah! puisse cette solennelle Consécration faire descendre sur nous, sur 'nos diocèses, sur notre Province entière, les plus abondantes bénédictions !
« Puissent ces bénédictions s'étendre à tout ce qui nous est cher, et principalement à ces deux grandes causes^ que nous ne voulons pas, que nous ne pouvons pas séparer, que nous ne séparerons jamais en nos cœurs de Catholiques et de Français : la cause de l'Église et la cause de la France !
et Oui, puissent la France et l'Église, par l'intercession de Marie, par la protection du Sacré- Cœur, se relever ensemble de l'épreuve, et re-
— il8 —
trouver ensemble la paix et la joie, la sécurité et la force, le triomphe et la gloire ! Ainsi soit-il * ! j>
Après le sermon commencèrent les belles Prières de la sainte Liturgie, que suivit immédiatement, d'après l'instance du Promoteur, la promulgation d'un important Décret synodal, sur y Autorité des Constitutions Apostoliques j et en particulier sur Y Autorité des Constitutions dogmatiques du Concile du Vatican. Ce Décret, qui a été élaboré dans la Première Congrégation De Fide, avait été réservé spécialement pour être publié dans la Session solennelle de Clôture.
Vint ensuite le Décret ordonnant l'exécution de toutes les décisions portées dans le présent Concile provincial, et celui instituant comme
* Ce discours de Mgr FArchevêque de Bourges a été publié dans la Semaine religieuse du Berry, et reproduit dans les journaux VUnivers et le Monde, De plus, il a paru en brochure, chez M. E. Pigelet, imprimeur de rArchevèché, à Bourges.
Témoins Synodaux les ecclésiastiques ci-après désignés :
Pour Varchidiocèse de Bourges : M. Sautereau, vicaire général, et M. Plat, chanoine.
Pour le diocèse du Puy : M. Urbe, vicaire général, et M. Boussoulade, chanoine- archiprêtre.
Pour le diocèse de Clermont : M. Teilhol, chanoine et vicaire général, et M. Rigodon, chanoine-archiprêtre .
Pour le diocèse de Tulle : M. Lalite, vicaire général, et M. Térisso, chanoine.
Pour le diocèse de Saint-flour : Mgr Bouange, archiprêtre d*Aurillac, et M. Biffe, chanoine, sous-doyen du Chapitre.
Pour le diocèse de Limoges : M. de Bogenet et M. Valleix, vicaires généraux.
Immédiatement après, lecture ayant été donnée du Décret De Subscriptione Decretorum^ NN. SS. les Évêques, ainsi que le R. P. Abbé de Fontgombault et M. Déjardin, Procureur de iVlgr rÉvêque de Clermont, allèrent, en suivant
Tordre hiérarchique» après Mgr le Métropolitain, signer sur l'autel le Registre contenant tous les Décrets édictés dans les différentes Sessions du Concile provincial.
Cette cérémonie terminée, les Secrétaires ont lu deux derniers Décrets : l'un qui prononçait la Clôture du présent Concile, l'autre qui fixait à l'Année Mil huit cent soixante-dix-huit la célébration du Prochain Concile de la Province de Bourges.
C'est en ce moment que Mgr l'Archevêque, agenouillé sur le plus haut degré de l'autel, a prononcé VActe de Consécration solennelle de la Province de Bourges à la Vierge du mont Anis, à Notre-Dame de France^ acte auquel s'associa effectivement et du fond du cœur, avec tous les membres du Concile, l'immense assemblée des fidèles ^
i Le texte de TActe de Consécration (latin et français) se trouve dans l'Appendice I.
Enfin, NN. SS. les Évêques se sont avancés vers Mgr le xMétropolitaîn, qui les attendait debout sur son trône, et ont reçu de lui le baiser de paix : public et touchant témoignage de Tétroite et sainte union, qui n'a cessé de régner dans le Concile et qui nous a donné, avec la force de soutenir jusqu'au bout nos efforts, la joie de voir l'heureuse conclusion de nos travaux.
Le Concile a terminé ses assises.
11 n'y a plus maintenant qu'à remercier Dieu de son assistance et à implorer de sa miséricorde de nouvelles bénédictions.
C'est pour accomplir ce devoir que M. le vicaire général Valleix entonne les Acclamations solennelles auxquelles répond, en chœur, avec un élan indescriptible, tout le Clergé synodal.
Ces Acclamations sont un cri sublime de louange et d'actions de grâces^ qui s'échappe en même temps de toutes les poitrines !
Oh! que n'étaient-ils là^ pour entendre nos accents émus, et voir comment nous savons nous aimer, ces pauvres égarés qui s'atrophient dans un mortel égoïsme et ne croient plus à la douce et fraternelle charité ! . . . .
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Brioude, lundi 20 octobre.
La matinée d'hier a été consacrée à la Clôture du Concile ; la soirée appartenait au Pèlerinage NATIONAL. Et, en effet, c'est k l'occasion du Pèlerinage national que Mgr l'Evêque du Puy avait ordonné, pour ce jour, une grande et solennelle procession à travers la ville.
Cette procession a été vraiment splendide.
Le Puy semble posséder mieux que tout autre endroit l'art de se parer magnifiquement pour fêter sa glorieuse et bien-aimée Patronne, surtout quand Celle-ci daigne quelquefois sortir de son béni sanctuaire afin de visiter sa fidèle et dévote cité. Alors on voit éclater, comme dans
la fête dont j'essaie d'ébaucher le récit, un véritable enthousiasme chez les pieux habitants du Puy; tous rivalisent de zèle pour décorer les rues et les places que devra parcourir le royal cortège de la Vierge Noire * ; ils pavoisent leurs édifices publics et leurs maisons; on ne voit partout que bannières et oriflammes, chiffres de Marie, riches tentures et banderoles flottantes, devises et inscriptions pieuses, gracieux emblèmes, arcs de triomphe, dômes de verdure, couronnes et guirlandes de feuillage et de fleurs.
* Quoique la plus grande splendeur de l'église du Puy jaillisse de la Chambre angéliquej dont rérection a été si pleine de miracles, il est vrai de dire que la statue miraculeuse, qu'on y a vénérée pendant plusieurs siècles, a bien plus encore influé sur sa gloire . Cette image avait été apportée de la Terre-Sainte en 1254, par saint Louis, qui vint exprès au Puy en faire hommage à la Basilique de Marie. Elle était de bois dur, de sétim selon les uns, de cèdre ou d'ébène selon les autres, et représentait la Vierge assise sur une espèce d'escabeau, tenant l'Enfant-Jésus sur ses genoux . Des bandelettes fortement serrées, à la façon des momies égyptiennes, enveloppaient l'image du Fils et de la Mère.
Après avoir été honorée pendant plus de cinq
En un mot^ la ville entière est comme transformée en un vaste temple,.... on serait tenté de dire en un gracieux et riant paradis.
La Vierge Noire ne sort que rarement, et dans des circonstances tout -à -fait exceptionnelles. A l'occasion de la Clôture du Concile et du Pèlerinage national^ deux événements qui feront époque dans l'histoire religieuse du Puy, Mgr Le Breton avait voulu octroyer cette insigne
siècles, la glorieuse Vierge du mont Anis fut arrachée de son sanctuaire, en 1793, par le fanatisme incrédule, traînée ignominieusement dans les rues autrefois témoins de son triomphe, et brûlée sur la place du Martouret, parmi les clameurs insensées de quelques furieulK, mais au milieu de la consternation de toute la partie saine d'une population éminemment catholique.
Aussitôt après la révolution, une nouvelle statue, copie fidèle de l'ancienne, remit sous les yeux les traits qu'avaient vénérés les siècles; la piété des fidèles reprit son élan, et Marie reçut et reçoit encore tous les jours, sous sa nouvelle image, autant de témoignages de confiance et d'amour que sous l'ancienne, si chère à nos aïeux. (Histoire du culte de la Sainte Vierge en France, par M. Hamon.)
faveur à ses chères ouailles, accourues en si grand nombre de toutes les parties du catholique Velay, ainsi qu'aux courageux pèlerins venus de loin pour implorer la protection de Notre- Dame de France.
Sur un brancard richement décoré, apparaissait la vénérée MADONE, portée d'abord par quatre chanoines, puis successivement par des prêtres en chape. C'était un honneur que chacun ambitionnait, et afin qu'un plus grand nombre pût y participer, les porteurs se relevaient à de très-courts intervalles.
Quatre Députés de la Haute -Loire à l'Assemblée nationale, MM. Calemard de Lafayette, Vinay, Maire de la ville, le Marquis de Flaghac et le Baron de Vinols, avec d'autres Notables, Membres du Comité des Pèlerinages, entouraient la Sainte Image et en portaient les cordons.
La Procession fit une station sur la place du BreuiL
Là, une magnifique estrade avait été dressée pour recevoir la statue de Notre-Dame du Puy avec son cortège de Pontifes et de Prêtres.
Du haut d'une chaire improvisée, en avant de l'estrade, l'éloquent Evêque de Limoges adressa à la foule, qui couvrait l'immense place, un entraînant et chaleureux discours, dont j'ai le regret de ne pouvoir donner ici que deux ou trois courts passages.
Ceux qui ont eu le bonheur d'entendre cette parole tout apostolique, savent quelle vive et durable impression ont produite sur leurs âmes ses mâles et patriotiques accents.
L'illustre Prélat commença par exalter le religieux patriotisme qui agenouillait en ce moment
la foule des Pèlerius aux pieds de Notre-Damede-France * ;
c Pourquoi », dit-il, « êtes-vous ici si nombreux? Quel but, quelle fin vous a amenés de tous les points de la France et réunis aux pieds de Celle que nous invoquons comme notre auguste Beine?
a Sans doute, vous êtes venus prier Marie, la puissante médiatrice, pour vous, pour vos familles et pour les besoins de vos âmes. '
cr Mais la situation critique de la France^ ses intérêts pressants ne sont pas étrangers à tous ces motifs, déjà si nobles, qui ont déterminé votre concours si nombreux. C'est pour la France que vous êtes venus prier Celle qui en a été couronnée la DAME et qui en est la Patronne avouée. C'est l'amour de la Patrie qui a imprimé cet élan, organisé ce Pèlerinage si éminemment
* Les passages que nous citons du discom's de Mgr Duquesnay, sont empruntés à Fexellente petite brochure de M. TAbbé de Pélacot, sur la Clôture du Concile 'prùoincial et le Pèlerinage national à Notre-Dame du Puy.
national. C'est lui qui a conduit la France aux pieds de sa Mère, pour invoquer son appui, implorer sa protection.
« 11 n'y a que les grandes pensées et les grands sentiments qui soient capables de réunir de si grandes multitudes et de provoquer de si imposantes manifestations. Seuls ils possèdent cette force d'association. Quoi de plus auguste après la Religion que la Patrie? La Patrie, ce sont les ancêtres, leurs traditions, leurs souvenirs ; ce sont leurs gloires et aussi leurs douleurs; c'est le sol, le foyer, la tombe, l'honneur, la liberté!... Le patriotisme est la vertu naturelle la plus excellente, et tous les peuples qui ont voulu vivre ou qui, avant de mourii', ont fait un suprême appel aux efforts de tous, ont combattu pro ans et focis !
« Ne laissons pas diminuer cette flamme du patriotisme. Chrétiens et Français, repoussons ce dogme nouveau et impie, qui, sous prétexte d'établir la fédération universelle des peuples, ne tend à rien moins qu'à ruiner la Patrie, à faire de notre belle France la pâture des plus
criminels utopistes et à la rendre victime de leurs folles expérimentations. Sans doute, nous sommes tous frères, et c'est l'Évangile qui nous a appris cette sublime prière : Notre Père^ qui êtes dans lescieitx, etc., où se révèlent d'une manière si manifeste les droits, les aspirations de tous à la possession d'un même royaume; mais ce royaume n'est pas de ce monde.
oc La religion ne détruit rien de ce que la nature fait de raisonnable. Tant que l'intérêt, tant que le sol, tant que la gloire et les douleurs formeront des liens d'association, il y aura la Patrie. La Patrie, quand elle s'appelle la France,... quels souvenirs,... quelles émotions n'éveille-t-elle pas dans les âmes !...
ff La France, c'est la grande nation de l'Occident, la fille aînée de l'Église, le soldat de Dieu, la vengeresse des droits foulés aux pieds! La France, c'est le peuple le premier en avant, non pour le lucre, mais pour la gloire; non pour l'asservissement, mais pour Taffranchissèment et la prospérité des pays conquis. Ohl aimons, chérissons la France I »
Puis l'orateur ayant jeté un coup d'oeil rapide sur nos ruines morales, l'ignorance, l'indifférence, l'impiété, la négation, et pleuré sur nos malheurs passés, sur nos dangers de l'heure présente, il indiqua la division des esprits et des cœurs comme la principale cause de nos désastres.
« Â la fin, » raconte un témoin, « l'éloquence de TApôtre se transforma en prière : tous s'unirent à sqi voix pour crier grâce, à Dieu, espérance à Marie^ quand il paraphrasa d'une manière touchante le Sub tuum prœsidium^ . »
<r Levez-vous, » s'écria-t-il. « levez-vous, Dieu des Francs; il s'agit de la plus riche part de votre héritage. Une bénédiction, et la tempête s'apaisera. Faites passer cette bénédiction par le cœur et la main de Marie, dont l'incomparable image domine cette noble cité, comme nous faisons passer par ce cœur et cette main nos supplications les plus pressantes.
a Oh! Notre-Dame-de-France, nous nous
* La Semaine religieuse de Clermont.
réfugions sous votre patronage. Aux malheureux vous êtes une avocate et une protectrice ; nous sommes malheureux et coupables, sub tuum prœsidium confuginms.
a Vous avez sur le Cœur de votre Divin Fils le double empire de votre maternité et de votre innocence ; usez de votre puissance ; écoutez ce peuple dont vous êtes la Dame et la Reine. Ne dédaignez pas nos prières ; nostras deprecatioms ne despicias; ce n'est pas le superflu, c'est le nécessaire que nous vous demandons; nous ne voulons pas mourir, in necessitatibus . Délivrez-nous donc des dangers qui nous menacent et nous mettent en péril. Nos ennemis, ce ne sont pas seulement le vainqueur et les fléaux; ce sont aussi et surtout l'impiété, le blasphème, l'indifférence, l'ignorance, l'orgueil, les convoitises ardentes, les haines profondes; notre ennemi capital, je ne crains pas de prononcer son nom, c'est la Révolution.
a Sauvez-nous de la Révolution impie ; sauvez l'Église dans la personne de soa Chef béni, qui vous a tant aimée, qui a ceint votre front
de la plus belle des couronnes. Rendez-lui la plénitude de sa puissance. Qu'il soit le Roi et le Père de ses sujets affranchis. Que la France redevienne la iière et puissante nation !
(f Marie! soyez vraiment pour nous la Vierge glorieuse et bénie, la Reine de la victoire et la Mère du pardon, Yirgo gloriosa et benedicia ! ! ! ^
L'émotion de l'auditoire fit explosion et la voix du Prélat dut céder à d'enthousiastes et pieuses acclamations : « Vive Notre-Dame-de- France!... Vive Pie /X, Pontife et Roi!... Vive la France! »
Nos Seigneurs les Évoques donnèrent ensuite leur bénédiction solennelle au peuple et la Procession reforma ses rangs, au chant de VAve^ maris Stella; et Notre- Dam e-du-Puy continua sa marche triomphale à travers les rues pavoisées.
11 était environ cinq heures, lorsque la sainte Image arriva à l'entrée de son sanctuaire. Avant de rentrer dans la Cathédrale les Pontifes s* étant retournés vers l'innombrable multitude des fidèles la bénirent une dernière fois tous ensemble, du haut du grand escalier.
Le Salut solennel du Très-Saint Sacrement, donné par Mgr le Métropolitain, termina heureusement cette grande, belle et sainte journée, dont le glorieux et consolant souvenir vivra impérissable dans la mémoire et dans le cœur de tous ceux qui ont eu, comme nous, le bonheur de la contempler!
Le soir, des Agapes chrétiennes, auxquelles Mgr rÉvêque du Puy avait convié les Autorités et plusieurs personnages de distinction de sa ville épiscopale, réunissaient une fois encore, dans le réfectoire du Grand-Séminaire, les véné-
râbles Pères et tous les membres de l'assemblée conciliaire.
Une brillante illumination couronna dignement cetle mémorable et bienheureuse journée.
Château de Saint-Paulet, jeudi 23 octobre.
Le lundi 20, lendemain de la grande fête, Mgr rÉvêque du Puy, en présence de NN. SS.
les Évèques de Tulle, de Saint-Fleur et de Limoges^ a consacré solennellement une ravissante église, dédiée à JÉSUS-PRIANT, construite à Vais, au Scolasticat de la Compagnie de Jésus, avec les offrandes des associés de Y Œuvre de F Apostolat de la Prière.
 la suite de la cérémonie, Mgr FËvêque de Saint-Flour a officié pontificalement, et le grand Évèque de Tulle a laissé tomber encore une fois de sa docte et féconde lèvre des syllabes d'or, des paroles magnifiques, pleines de lu-
mière et d'harmonie. J'apprends que son discours, étincelant d'esprit et de verve apostolique a ravi et subjugué, comme toujours, la foule des fidèles qui s'étaient portés au sanctuaire de Vais, avides d'entendre et de recueillir la pénétrante et substantielle parole du Pontife vénéré, la gloire et l'orgueil de l'Épiscopat français.
Mgr l'Archevêque de Bourges a eu le regret de ne pouvoir participer à cette belle cérémonie. Sa Grandeur ayant dû quitter le Puy, dans la matinée, pour se rendre au château de Saint- Paulet, près Castelnaudary, d'où je date mes dernières Notes.
Les Pères du Concile n'ont pas voulu se séparer sans manifester une fois de plus, dans une lettre collective, qu'ils ont signée après la Session de clôture^ leurs unanimes sentiments de vénération, d'admiration et d'amour envers l'auguste personne de Pie IX.
Cet intéressant document sera imprimé à la suite des Actes du CiOncile, et restera pour attester hautement la filiale soumission et Tinyiolable attachement de tous les Évèques de la Province de Bourges à la Chaire infaillible du Vicaire de Jésus-Christ.
NN. SS, les Évèques ont voulu aussi accorder un souvenir du cœur à ces vaillants Évèques de Suisse et d'Allemagne, qui soutiennent en ce moment une lutte courageuse jusqu'à rhiéroïsme contre les persécuteurs de l'Église, et ils leur ont adressé leurs fralernelles félicitations pour la calme et inaltérable fermeté dont ils donnent l'exemple à l'Épiscopat catholique tout entier.
Ces lettres épiscopales sont tout à la fois un hommage rendu à la conduite sainte et courageuse des Pontifes persécutés et une protestation solennelle contre les attentats iniques des Sectaires ou des États persécuteurs.
Elles seront publiées, ainsi que la Lettre au Pape, dans le volume des Actes et Décrets du Concile provincial.
Je termine par une bonne nouvelle, qui, j'en suis sûr, réjouira et encouragera grandement les pieuses zélatrices de Y Œuvre de F Adoption et de ÏOEuvre des ^Tabernacles. Les Révérendissimes Pères du Concile du Puy ont daigné louer, bénir et recommander spécialement ces deux chères Œuvres.