‹ Le conclave et le papeChapitre 17 sur 17 · FUNÉRAILLES DU PAPE · texte numérisé non relu

FUNÉRAILLES DU PAPE

tapisserie représente la résurrection de Lazare, et est sur monté d’un daïs de velours rouge, frangé et galonné d’or. Le trône pontifieal, dressé d'ordinaire en permanence au côté de l’évangile, est enlevé, pour exprimer la vacance du siége.

Dans la matinée du jour suivant, qui est le troisième depuis la mort, le clergé de la basilique Vaticane, séminaire, bénéficiers et chanoines, monte par l’escalier royal à la chapelle Sixtine, tenant tous des torchesallumées àla main. Les chantres de la chapelle papale entonnent le répons Subvenite Sancti Dei. Un des chanoïnes récite les versets et oraisons, vêtu d’un pluvial noir, et fait l’absoute, en observant de fléchir le genou, chaque fois qu’il passe devant le corps du pontife. Les pénitenciers ayant remisle corps aux chanoines, le défilé commence vers la basilique dans : cet ordre :

La croix de la basilique, entre deux acolytes tenant des cierges allumés ;

Le séminaire de Saint-Pierre, en s""itane violette et cotta ;

Les bénéficiers :

Les chanoines ; |

Huit prêtres portant le corps du pontife sur un brancard, tandis que les chanoïnes soutiennent les extrémités du drap mortuaire ;

Les massiers, la masse renversée ;

Les suisses, en tenue de gala, entourant le corps,

que suivent deux à deux les cardinaux, puis les prélats, en costume de deuil, récitant à mi-voix les psaumes et prières prescrits pour la circonstance. Arrivé dans la basilique, le cortége s'arrête au milieu de la grande nef. Le corps est placé sur un lit funèbre, décoré de tentures de velours violet. Les cardinaux se placent sur deux rangs à droite et à gauche. Aux pieds sont les chantres, qui exécutent le Libera. Mgr le vicaire du chapitre, vêtu pontificalement, chape noire et mitre de toile blanche, fait l’absoute, selon la forme prescrite par la rubrique. Cette cérémonie terminée, le corps est porté dans la chapelle du Saint-Sacrement, où il demeure exposé, trois jours entiers, sur une estrade dans son costume pontifical, de telle façon que les pieds, dé- . passant la grille qui ferme l'entrée de la chapelle, puissent être baisés commodément par les fidèles. Un luminaire considérable en cire jaune éclaire le pontife etfor e autour de lui une chapelle ardente. A l’intérieur, ?s chapelains pontificaux se succédent près du corps w’ils gardent en priant, et, au dehors, la garde suisse maintient l’ordre et empêche toute confusion et encombrement parmi la foule qui se presse. | |

Le lendemain du jour où le corps est exposé à Saint-Pierre, commencent les obsèques solennelles, qui durent neuf jours consécutifs. Chaque matin, les cardinaux et tous ceux qui ont rang à la chapelle papale, assistent à la messe solennelle de Requiem, qui se chante à Saint-Pierre, dans la chapelle du chœur où les chanoines célèbrent habituellement l'office. En face de la grille, sous l’arcade qui met en communication la grande nef avec le bas-côté, on-élève un catafalque qui reste là jusqu’au sixième jour. Il est entouré de vingt chandeliers de fer, portant des torches de cire jaune, et de la garde-no- . ble, en costume rouge, l’épée renversée et un crêpe noir sur le baudrier. Les massiers, en Casaque violette et la masse d'argent renversée, gardent l’en-

trée de la chapelle. A l'extérieur de la basilique, la grande porte et le portique sont ornés de tentures violettes à franges d’or et surmontées des armoiries du pape défunt.

Six cierges de cire jaune brûlent sur l'autel du chœur, six au maître-autel et eux devant la statue de saint Pierre, |

Les cardinaux, invités au nom du doyen du Sacré-Collége, vont à Saint-Pierre avec la sou— tane et la mozette violettes, sans mantelet, en signe de juridiction. À la sacristie, ils revêtent la ° cappa de soie violette, que les créatures du pape portent en laine comme signe de deuil. Ils se rendent individuellement dans la chapelle, où ils pren: nent place suivant l’ordre accoutumé. Les cardinaux-évêques et les cardinaux-prêtres occupent les * stalles hautes du côté de l’évangile ; vis-à-vis, du côté de l’épiître, se tiennent les cardinaux-diacres, les patriarches, les archevêques et évêques assistants au trône, les quatre prélats de fochetti et les évêques non assistants au trône. Les caudataires sont assis aux pieds de leurs maîtres et portent leurs torches. La prélature occupe les stalles inférieures, à l’endroit des bénéficiers ; tous sont en noir, avec le rochet uni et sans dentelles. Seuls les auditeurs de Rote et les . avocats consistoriaux portent le manteau violet. Le maître du sacré-palais, les généraux et procureurs- ‘généraux des ordres religieux se mettent à la suite dans les stalles des bénéficiers.

Tous les assistants, moins les cardinaux, en entrant dans la chapelle, fléchissent le genou, nonseulement à l’autel, mais aussi devant le Sacré-Collége, parce que parmi eux se trouve le futur pape. Le premier jour, la messe est chantée par le cardinal doyen, ensuite par les cardinaux-évêques, et les trois derniers jours par les cardinaux-prêtres. L’officiant étant à sa stalle, sur l'invitation d’un maître des cérémonies, se rend à l’autel, où il trouve le diacre et le sous-diacre d'office. Après avoir quitté la cappa, il prend sa barrette et se lave les mains, puis reçoit successivement l’amict, l’aube, le cordon, le manipule, la croix pectorale, l’étole, les tunicelles, la chasuble noire, la mitre de damas blanc et l'anneau pontifical.

La messe est chantée par les chantres de la chapelle Sixtine en plain-chant.

Pendant le Dies iræ, qui est en musique, on distribue des torches aux cardinaux, aux prélats de focchetti et aux patriarches, et des cierges de deux livres à tous les autres assistants. Ces torches et ces cierges sont allumés pendant l’évangile, depuis la préface jusqu’à la communion et pendant l’absoute. Outre cette distribution, qui se renouvelle chaque jour, la famille de chaque cardinal reçoit aussi pour sa part trois livres de cire blanche, ce qui fait vingtsept pour le temps que durent les funérailles. |

Après la messe, la chapelle entonne le Libera, le célébrant prend le pluvial, puis de l’autel fait l’ab-

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soute. Il se retire énsuite à la sacristie, où est réuni le Sacré-Collége, qui tient la seconde congrégation générale.

La messe de Requiem pro papa defuncto est ainsi chantée pendant les quatre jours suivants. Dans la soirée du troisième Jour, a lieu l’enterrement du pape. Les cardinaux de sa création et les autres, s’ils veulent y prendre part, se rendent à la sacristie de Saint-Pierre, accompagnés de leur maison. Les clercs de la révérende Chambre apostolique font escorte au cardinal camerlingue. La procession s'organise immédiatement. Le chapitre et le clergé de la basilique vont dans là chapelle du chœur, où les cardinaux ont déjà pris place, pendant que les chantres psalmodient le Miserere sur un ton grave et lugubre. Les chapelains de la basilique, vêtus de la cotta et aidés par la confrérie du Saiïnt-Sacrement, apportent le corps du pape dans la chapelle du chœur. Ils sont accompagnés de la garde-noble et de la garde suisse. Pendant le transport, la chapelle exécute le répons In paradisum. Le vicaire du chapitre, vêtu pontificalement, en pluvial noir et mitre blanche, bénit le cercueil de cyprès, puis l’asperge d’eau bénite et l’'encense. Les chantres entonnent l’antienne Jngrediar, puis le psaume Quemadmodum desiderat, qui se

termine par la répétition de l’antienne.

= Pendant ce temps , plusieurs prêtres déposent le cadavre , habillé comme il a été exposé, dans un grand suaire lamé d’or, doublé de soie cramoisie et

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OBSÈQUES DU PAPE. 171 frangé d’or. Tout autour se tient la maison du pape, le majordome, le maître de chambre et les chapelains, tous vêtus. de violet, parce qu’ils continuent leur service auprès du pape. Ils ne quitteront cette

couleur qu'après l’enterrement, pour prendre le deuil. |

Le cardinal neveu ou parent du pape , et, à son défaut, le majordome couvre le visage et les mains du défunt avec un voile de soie blanche ; puis, aidé d’un maître des cérémonies, dépose au pied du cer- çueil une bourse de velours rouge, contenant trois autres bourses de même étoffe. Dans chacune d'elles . sont des médailles d’or, d'argent et de bronze, en nombre égal aux années du pontificat. Les médailles représentent, d’une part, le portrait du pape et, de l’autre, les faits les plus remarquables de son règne. | Deux maîtres des cérémonies étendent sur le cadavre un autre suaire de soie rouge , sur lequel on rabat les deux côtés du premier suaire. Ils le déposent alors dans le cercueil, que l’on ferme avec des vis. L'acte d’inhumation est dressé par le notaire de la Chambre apostolique, un des secrétaires de la Chambre et le notaire du Capitole, qui fait les fonctions de chancelier de la basilique Vaticane. Le premier cardinal créé par le pape a eu soin de mettre à côté des bourses, un tube de fer-blanc, dans lequel est roulé un parchemin qui indique les principaux événements du règne.

Les cardinaux consignent alors le cercueil au chapitre qui, aussitôt, le fait placer dans un autre cercueil de plomb, dont le couvercle porte le nom, les armoiries du pape défunt, ainsi que la durée de son règne et l’époque de sa mort. Ce second cercueil est scellé des sceaux du camerlingue et du majordome. Enfin on place ces deux cercueils dans un troisième en bois, sur lequel sont apposés lessceaux du cardinal camerlingue, de l’archiprêtre de la basilique , du majordome et du chapitre.

Le pontife ainsi enseveli est mis provisoirement, à la gauche de la chapelle du chœur, dans une niche pratiquée au-dessus de la porte qui conduit au vestiaire des chantres. Quand il y est placé, les ouvriers maçonnent la partie antérieure, qui prend l'aspect d’un tombeau, et sur lequel se lit le nom du défunt. Sur le couvercle on moule en stuc un coussin etune tiare.

Le septième jour, a lieu à Saint-Pierre la dernière des messes de Requiem. Au milieu de la grande nef, ” enface des deux chapelles du Saint-Sacrement et du chœur, s'élève un catafalque majestueux, qui remplace le catafalque plus modeste des jours précédents. Œuvre d’un artiste éminent, il se distingue par ses toiles peintes,ses bas-reliefs et ses statues.On y voit le buste du pape, ses armoiries et celles de l'Etat pontifical , les événements remarquables de son règne, des inscriptions qui rappellent ses vertus, auxquelles

divers -emblèmes font également allusion !. Sur ce monument pyramidal sont disposés en nombre considérable des cierges de cire. D’après la disposition d'Alexandre VII, les frais de ce monument ne doivent pas dépasser deux mille écus romains(10,800fr.).

Les trois gardes noble, suisse et palatine entourent le catafalque et se tiennent debout près de la chapelle du chœur. Les employés du palais apostolique, aujourd’hui et les deux jours suivants, distribuent au peuple des cierges de cire blanche, du poids de deux onces, en avant de la grille en fer qui clôt la chapelle du Saint-Sacrement, afin qu’ils les allument pendant la messe, suivant la rubrique.

La messe se chante, comme à l’ordinaire, à l’autel du chœur des chanoines, le maître-autel de la

1. Au catafalque élevé en l’honneur de Pie VII, quatre tableaux peints le montraient rétablissant la compagnie de Jésus, rendant cinq provinces à l’État pontifical, rentrant en triomphe à Rome après sa captivité et protégeant les beaux-arts.

Quatre inscriptions proclamaient ses vertus et faisaient l’éloge de son pontificat :

De religione, scientiis et litteris egregie meritam societatem Jesu Reip.christianæ bono Pius atque optimus princeps cœlesti consilio restituit.

Artium liberalium studia et incrementa splendido patrocinio omnique benignitate fovit, urbem æternam publicorum operum magnificentia spectabiliorem reddidit.

A summis principibus honorem et benivolentiam, a populo suo amoris et fidei significationes nullo limite circumscriptas rettulit.

Catholicæ Ecclesiæe res aversa temporum vice in Europa perturbatas certa et stabili ratione composuit.

basilique étant réservé exclusivement au souverain pontife. Eu

Après la messe, l’oraison funèbre du pape est prononcée en latin par un prélat choisi par le Sacré- Collége;-son costume est la barrette, la soutane et le manteau de couleur noire. P'il était évêque, il serait vêtu pontificalement et porterait le pluvial noir et la mitre de toile blanche. La chaire dans laquelle monte l’orateur est placée dans le sanctuaire, du côté de l’évangile, et n’a aucun ornement ni tenture, à cause de la présence du Sacré-Collége.

Le cardinal officiant prend alors le pluvial 1 noir avec la mitre de damas blanc. Les maîtres des cérémonies conduisent à l'autel les quatre cardinaux désignés pour les absoutes. Ils prennent la cotta sur le rochet, l’amict, l’étole, le pluvial noir et la mitre de damas blanc. Le clergé, précédé de la croix que porte le sous-diacre et que gardent les huissiers de la verge rouge, avec les deux acolytes ordinaires, salue le Sacré-Collége et sort de la chapelle pour se rendre au catafalque. Les cardinaux officiants montent à l’estrade disposée au pied du monument. Le célébrant se place au milieu, en face de la croix que tient le sous-diacre et tournant le dos à l’autel du chœur. Les quatré autres cardinaux se mettent aux quatre coins sur des escabeaux unis. |

L’officiant récite la prière Non intres. Le: chœur,

après avoir répondu Amen, entonne le répons Subvenite sanoti Dei. Le moins ancien des quatre cardi-

naux bénit l’encens qu’on lui présente, et annonce le Pater, pendant lequel il fait le tour du catafalque, qu’il asperge et encense successivement. Il termine par l'oraison Deus cui omnia vivent.

Les trois autres cardinaux font l’absoute de la même manière. La seconde absoute est précédée du Libera, la troisième du répons Qui Lazarum ressuscitasti. L’on reprend le Libera pour la dernière, qui est réservée au cardinal officiant.

Après la cérémonie, les cardinaux rentrent à la . sacristie, où ils tiennent une congrégation générale.

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