ENTRÉE EN CONCLAVE
Les fonctions de gouverne^tr du Conclave n'étaient pas toujours confiées de droit au prélat Majordome : à Torigine, elles dépendaient d'un vote spécial des cardinaux ; mais peu à peu elles devinrent, en fait, Tapanage du gouverneur de la cité Léonine. 11 faut ne pas oublier ici que la « Cité » formait autrefois, comme à Londres, une circonscription à part, soustraite à la juridiction du gouverneur de la ville de Rome et des autres autorités municipales. Cette situation exceptionnelle du quartier transpontin se justifiaity puisque là se concentrait le gouvernement; maisy en temps de Conclave, une police plus rigoureuse était là doublement nécessaire. L'on sait assez qu'aux époques d'interrègne, la municipalité, tenue en échec par les grandes familles féodales, ne réussissait pas toujours à assurer la sécurité publique. Au XVII' siècle encore, des troubles graves se produisaient après la mort d'Urbain VIII (1644): des désordres de tous genres, avec rixes» vols et coups de couteau, se prolongèrent pendant un mois. Il fallait donc que les abords du palais apostolique fussent confiés à la garde d'une autorité autonome en quelque sorte, énergique et toujours présente. — Pour les mêmes motifs la surveillance des ponts du Tibre était d'une importance capitale et l'on n'avait rien trouvé de mieux,, pour rassurer, que d'y intéresser à jamais une famille puissante. La garde en avait été confiée, à titre de privilège perpétuel, à la famille Mattei. D'accord avec elle, on avait d'ailleurs arrêté toutes les mesures de prudence aujourd'hui historiques : Fin-
terdiction du passageà tous ceux qui n'étaient pas munis de tessères ou de médailles, les palissades qui garnissaient la tète du ponts. Ange et, même, Tinjonctioii caractéristique faite à tous les chefs de famille de placer une lumière à Tune de leurs fenêtres, système d'éclairage assez pittoresque et fort utile avant rétablissement des becs de gaz.
.Cependant, Torganisation de la police urbaine étant devenue plus complète et plus forte, ClémentIX(1667) supprima cette juridiction particulière de la cité Léonine et Bbolit la charge spéciale de gouverneur du BorgOy en temps normal; mais, pour les temps de conclave, il en déterminait la résurrection temporaire en déclarant que, pendant toute la durée des interrègnes, la cité Léonine serait soustraite à Tautorité du gouverneur général de la ville, et relèverait momentanément de celle du Gouverneur du Conclave.
Ce mezzo-termine prit fin avec la Bulle de Clément XU (4 octobre 1732). Ce pape soumettait purement et simplement, et en tout temps, la Cité Léonine à l'autorité du gouverneur général de la ville, supprimant complètement, môme en temps de conclave, les derniers vestiges de la charge de gouverneur du Borgo ; quant à celle de Gouverneur du Conclave, restreinte aux limites du palais apostolique, elle était réunie d'office à celle du Majordome pontifical. Ce prélat conservait d'ailleurs toutes ses facultés d'intendant général du palais, telle que Benoit XIII les avait déterminées. Une disposition qui peint bien l'esprit de l'époque, prescrivait'qu'il recevrait, de la Chambre apostolique, une somme de mille écus par mois, « afin qu'il puisse pourvoir à Tentrclien d'une table frugale pour les prélats assistant au Conclave; à cette