‹ Le conclaveChapitre 42 sur 61 · L QMÎriiiiiHft' — |MiOicari · texte numérisé non relu

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ICRUTIN

tonclave de Benoit XIV).

15 à 20 partisans qui, pendant 50 jours, voteront obstinément pour le vieux cardinal Pacca. Un groupe opposé, d'une force à peu près égale, s'est formé en faveur du cardinal di Gregorio. Un autre tiers, demeuré d'abord flottant, se rallie, au bout d'une dizaine de jours, à la candidature intermédiaire du cardinal Giustiniani. Durant douze jours, les trois candidatures se ballottent avec un nombre de voix à peu près égal. Cependant, peu à peu, les derniers venus gagnent du terrain, le nom de Giustiniani fait la boule de neige, et, le 9 janvier 1831, son élection paraît assurée par l'accession du parti de Gregorio. Mais alors, au moment où tout semble fini, le Doyen donne lecture d'une lettre de l'Ambassadeur d'Espagne qui prononce, au nom de son gouvernement, le Veto cTexclusion contre Giustiniani. Le désarroi causé par cette intervention inattendue de l'Espagne est grand : la faction Albani-Pacca s'apprête à tirer parti d'un incident auquel elle n'est peut-être pas étrangère.

Tout étant à recommencer, on allait peut-être revoir un Conclave de six mois, lorsqu'avec une simplicité très haute, et une générosité très digne, le cardinal di Gregorio déclare qu'il se désiste de toute candidature. Second coup de théâtre auquel, sans doute, TEspagne et l'Autriche ne s'attendaient pas. Les partisans de di Gregorio s'unissent aussitôtà ceux de Giustiniani qui, sur leur demande désigne à leurs suffrages le moine camaldule Mauro Capellari. Mais la faction autrichienne n'a pas désarmé. Les vingt voix que Mauro Capellari recueille le lendemain ne s'augmentent aucunement, pendant près de trois semaines, et c'est le 1" février seulement qu'on arrive à vingt-cinq. C'est plus que la moitié des voix; mais

OPÉRATIONS ÉLECTORALES. SCRCTIS

pour arriver aux deux tiers, il en faut six encore. Néanmoins il est clair maintenant, et tous les agissements du Conclave le démontrent, qu'on y arrivera. Albani s'apercevant que sa résistance obstructionniste est devenue inutile, se rallie avec les siens. Dès lors, Télection est faite et Grégoire XVI proclamé le 2 féfévrier 1831. Grâce à Tobstination d' Albani, l'opération avait été longue ; elle avait provoqué plus d'une fois l'impatience et les commentaires malveillants du public, mais elle se terminait de la façon la plus digne et la plus satisfaisante pour tous les fidèles, comme pour tous les esprits judicieux et vraiment politiques.

Il est inutile d'énumérer les dix-huit manières différentes dont s'est faite, selon Panvinius, l'élection des pontifes romains et qui, de l'avis de Mabillon, peuvent se réduire à six. Depuis le treizième siècle, il n'y a plus que trois modes d'élection pontificale, déterminés par Innocent III (1), réglementés définitivement et précisés par Grégoire XV. C'est presque pour mémoire seulement que nous citons les deux premiers : l'élection par inspiration, acclamation ou adoration (2), et l'élection /?ar compromis. Ces deux

(1) Cap. Quia propter. — De elertionr, Décrétai. I, lit. 6. — Ce canon, porté au 4* concile deLatran, vise les élections épiscopales en général, mais ses dispositions étaient appliquées tout naturellement, à l'élection du Pape.

(2) Sous trois désignations différentes c'est presque la même chose. Uinspirntion est le terme générique indiquant une sorte de mouvement d'opinion instinctif, une impulsion spontanée qui se manifeste sous une double forme : soit par Vacclamation ou vote à haute voix, soit par Vadoration^ ou l'acte d'obédience et d'hom-

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\ji Bfjllr; i\n Ofrémonial détaille ces dirers actes (\nii nofjs nous bornerons à résumer.

\m pK'panition dfr*^ h'jlletins et antres papiers ner/'«*sainf* e-sl affaire des Gérémoniaires qoi les dépo- «*'nt. Jari« d';ux bassias d'argent, sur la table placée d^f'.ant l'aul^'l. Le nMe actif des cardinanx commence par le tirage au sort de«) noms des trois Scrutatewn 1' . rpii pr^f^ideront au dépouillement des suffrages et des Irois Infirmiers qui iront recueillir les votes des cardinaux ret^^nus par la maladie dans leurs cellules (^2). Chaque cardinal <5cril, plie et cacheté alors lui-même «ton bulletin — s'il ne Fa fait d'avance dans sa cellule — soit sur la petite table placée devant sa stalle, soit sur une de celles qui ont été dressées au milieu de la chapelle (3y.

(I , Au XIV* Hir'îclo, Io8 Scrutateurs et les Réviseurs n'étaient pas tir«' \ au Hort, mai» ôlu». (Ordo Rornnnus XIV^ ap. MabiUon, Mus,

Ihilir, t. II, p. 'ZM.)

'il Sur la lablo dressée devantrautel, dans ane boarse de damas violai, sont autant de petites boules qa'il 7 a de cardinaux pré- HrTilH au (Conclave, avec le nom de chacun d'eux. Après les avoir coinptéos à haute voix, une à uue, en Usant le nom qu'elles portent, lo <lf!riiier card in al- diacre secoue la bourse et en tire successiTemcrit six boules, les trois premières désignant les Scrutateurs et le.H trois autrcK les Infirmiers.

i\i) A ces tables, les cardinaux se succèdent suivant Tordre de pn'HHunce. Olui qui n'aurait pas préparé son bulletin d'avance dans sa chambre, prend un formulaire de bulletin dans le bassin d'ar- Kont, y écrit le nom de son candidat, en ayant soin de déguiser son écriture, afin d'assurer le secret de son vote. Les électeurs sont toujours censés écrire le nom d'un candidat : cependant il arrive, parfois, que l'un ou l'autre dépose un bulletin blanc. On a vu qu'on ne peut, sous peine de nullité du bulletin, écrire que le nom d'un seul candidat : c'est là une prescription formelle des bul-

Le vote se fait ensuite par rang d'ancienneté. L'ë-

les de Grégoire XV. Auparavant, uu XV' et au XVI* siècle. Us cardioKuz mettaieni parrois plusieuru doids sur leur bulletin, avec la coodilion tacite que le premier nom devait étre^râféré, i moins

lecteur, portant lui-même son bulletin, s'avance vers l'autel où attendent les Scrutateurs ; il s'agenouille, se relève après une courte prière, et, tenant son bulletin au-dessus du grand calice d'argent qui sert d'urne électorale, prononce à haute voix la formule du serment, par lequel il prend à témoin le Christ qui sera son juge : '

Testor Ckristum Dominum qui me judicaturus est, me eligere quem secundum Deum judico eligi debere^ et quod idem in accessu prœstabo.

Puis déposant son bulletin sur la patène, il le fait glisser dans le calice, salue la croix et s'en retourne à sa stalle (1).

Par une exception qui évite une perte de temps, les infirmiers ne votent pas à leur rang de promotion, mais aussitôt après le Doyen du Sacré Collège. Prenant ensuite une boîte (2) qu'ils ouvrent au préalable devant rassemblée, — pour montrer qu'elle est vide, — et referment avec une clef qui demeure déposée sur l'autel, ils vont, tous les trois ensemble, recueillir les bulletins des cardinaux malades dans leurs cellu-

qu'il n'y eut une majorité suffisante en faveur de l'un des autres. Au conclaye de Pie II (1459), un cardinal mit sept noms sur son bulletin. En celui d'Adrien VI (1522), un bulletin portait jusqu*à treize noms, ce qui excita les réclamations des cardinaux. U faut se rappeler qu'à cette époque, le vote n'était pas nécessairement secret : l'électeur mettait souvent ostensiblement sa signature : Ego '. Jacohus nomino et eligo dominum Matheum,

(1) Si un cardinal présent à la chapelle ne pouvait, en raison de quelque infirmité, se rendre jusqu'à l'autel, le dernier des trois Scrutateurs lui porterait le bassin où se trouvent les cédules. Après en avoir pris une et l'avoir remplie, il prêterait serment et remettrait la cédule pliée et scellée au Scrutateur, qui la porterait à l'autel, ostensiblement, selon le cérémonial prescrit.

(2) Cette boite doit être en forme de tronc, ce qui permet d'intro* duire, mais noû de retirer les bulletins, sans l'ouvrir*

OPÉRATIONS ÊLEt-TORALES.

les (1 )■ A leur retour dans la chapelle du vote, la boite déposée sur l'autel est ouverte par les Scrutateurs qui comptent les bulletins et les iatroduisent un à UD dans le calice, ea s'aidant de la patène.

Les bulletins se trouvant tous déposés dans l'Urne- Calice, le premier Scrutateur l'agite de façon à les mêler, puis le troisième Scrutateur les compte un k un. en les déposant dans un second calice vide.

Si le nombre des bulletins ne correspondait pas à

Ledépoaillemmit du Bcmtia.

celui des électeurs présents, on les brûlerait tous, et il faudrait aussitôt recommencer le vole.

Si, au contraire, le nombre des bulletins est identique^ celui des votants, les trois Scrutateurs quittent l'autel, avec le calice qu'emporte le premier ; s'instal-

(1) Chaque malade fait, à cet égard, comme les aulrea cardinaux . II prononce le serment et dépone lui-mémo aon TOle dans la caB- Bette. Si la maladie l'empêchait d'écrire, il se (erail remplacer pat une autre pereoQne de sou choix, qui prdterail d'abord, entre les mains des inflrmiera, le serment de garder le secret le plus absolu, sous peine d'eicommunicalion laCœ sententice

lant devant la table, le dos tourné à Tautel, en vue de tous leurs collègues, ils procèdent au dépouillement.

Le premier Scrutateur prend un bulletin dans le calice, l'ouvre sans briser les sceaux et lit, au milieu, le nom de l'élu ; il passe ensuite ce bulletin au second Scrutateur, qui le lit à son tour et le transmet au troisième. Ce dernier proclame aussitôt, à haute voix, le nom qui y est inscrit. Les électeurs présents, qui ont devant eux une feuille imprimée portant les noms de tous les cardinaux, font une marque à côté du nom désigné. L'on continue ainsi pour tous les autres bulletins qui sont dans le calice.

En guise de modèle de cette feuille de scrutin, nous reproduisons plus haut (pp. 616-617), le fac-similé d'une feuille relatant l'un des nombreux scrutins du Conclave de Benoit XIV (1). L'on y voit comment chaque cardinal marque par un trait, à droite des différents noms [votascrutinii)^ le nombre des suffrages émis en faveur des uns ou des autres ; à gauche [Accessus)^ il marquera de même les suffrages qu'ajoutera le vote d'accession.

Si, en ouvrant les bulletins, les Scrutateurs en trouvent deux plies ensemble, de façon à faire présumer qu'ils ont été mis par la même main, le suffrage ne compte que pour un seul dans le cas où les deux bulletins portent le même nom. Au contraire, si les

(1) C'estle scrutin de la matinée du25juin 1740, soitle25&« delà série de 360 qui donna finalement la majorité au Gard. LarnbertinL On remarquera que le Capucin Barberini, non Cardinal, eut une Yoix au scrutin et trois voix au vote d'accession. Celui-ci donna de même un bulletin blanc. Les noms des Cardinaux présents sont marqués d*un petit trait horizontal; ceux des malades d'un second trait ou d*une astérisque, suivant qu'ils sont absents ou non du scrutin. Au bas sont indiqués les noms des Scrutateurs, Infirmiers et Réviseurs, ainsi que les divers chiffres relatifs au quoimm des votants

deux bulletins contenaient deux noms différents, ils seraient nuls Tun et Tautre, sans pour cela infirmer la validité du scrutin total.

Lorsque le dépouillement est terminé et les votes marqués, on fait le relevé pour chaque nom en particulier. Par exemple : Reverendissimtis Cardinalis N, N, habîiit suffragia 12 ; et au-dessous :

Beverendissimiis Cardinalis N. N. habtiit suffragia 8.... Etc.

Après avoir lu les bulletins, le troisième Scrutateur les enfile à un cordon de soie en les transperçant successivement, à Taide d'une grosse aiguille, au mot Eligo. Cette petite opération terminée, il noue les deux bouts du cordon et dépose le paquet ainsi formé sur la table.

Si ce premier tour de scrutin direct donne à Tun des candidats la majorité suffisante, le dernier cardinal-diacre tire au sort les noms de trois cardinaux Réviseurs^ qui vérifieront le travail des Scrutateurs et feront brûler les bulletins ; sinon, on commence immédiatement le second tour de scrutin, celui du vote d'accession qui constitue un acte supplémentaire du post-scrutin.

Dans le vote d'accessioUy les choses se passent comme au premier tour, sauf que les électeurs ne répètent pas le serment. Les bulletins ont la même forme et sont en tout semblables aux premiers, à l'exception du libellé du suffrage, écrit dans le compartiment du milieu d'après cette variante:

AGCEDO R. D. MEO D. GARD. Pecci.

Il est essentiel que le bulletin d'accession porte les mêmes cachets, les mômes chiffres et la même de-

vise que celui du même électeur, lors du premier tour. Un bulletin d'accession qui ne trouverait pas son correspondant parmi ceux du scrutin direct serait annulé. La valeur du vote d'accession, nous Ta-

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Ego ÇardiDalis*

Accedp RcverendiBs. D. mec

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Forme du bulletin d'accession.

vons dit, repose, en effet, sur le principe que le môme électeur reporte son suffrage sur un candidat pour lequel il n'a pas vote précédemment, et dont il augmente ainsi le nombre de voix. L'on ne peut « accé-

der » à un candidat qui, au premier tour, n*aurait recueilli aucun suffrage. Mais si^ par hasard, un cardinal a vu annuler son vote du premier tour par le fait d*un bulletin double, il peut « accéder » à Tun des noms qu'il avait portés ou mentionnés dans Tun de ses bulletins annulés, à la condition, naturellement, que ce nom ait recueilli au moins quelqu'autre suffrage valide. Hors ce cas, nul ne peut « accéder » au candidat pour lequel il a déjà voté au premier tour, attendu que ce serait donner deux fois la même voix (1). Ceux qui entendent maintenir leur premier vote, n'ont qu'à déposer une sorte de bulletin blanc, OQ employant la formule :

ACCEDO R. D. MEO D. GARD. Nemini.

On a vu que les suffrages ajoutés au premier résultat, par le vote d'accession, sont additionnés avec ceux du premier tour.

D'après cela, on le voit, le dépouillement du scrutin d'accession est assez compliqué : il s'agit avant tout de bien établir la concordance des bulletins du premier et du second tour. En conséquence, les Scrutateurs, après avoir ouvert les bulletins d'accession

(1) L'opération matérielle du tour d'accession est semblable à celle du premier tour. Les cardinaux prennent dans un second bassin d*argentles bulletins spéciaux de Taccession, yécrivent un nouveau nom ou la mention nemini^ cachètent et plient de même et se rendent à l'autel dans Tordre indiqué. Les infirmiers recomm encan t leur tournée, portent aux malades les bulletins d'accession, avec la feuille imprimée sur laquelle est noté le résultat du scrutin.

au troisième compartiment, là où le nom du candidat se trouve seul exprimé, comptent les suffrages émis. S'il en résulte la présomption que ce supplément de voix peut donner à l'un des candidats la majorité nécessaire, ils procèdent à une nouvelle et minutieuse vérification. Prenant un à un les bulletins d'accession, ils notent soigneusement Tempreintedes cachets puis, ouvrant le pli inférieur, ils inscrivent également les chiffres et devises qui y sont renfermés. Ce premier travail accompli, ils cherchent dans les bulletins du premier scrutin ceux dont les cachets portent les mêmes empreintes et constatent pareillement l'identité du chiffre et de la devise.

Pour ce travail de pointage, sur la feuille de dépouillement préparée ad hoc^ les Scrutateurs — et avec eux tous les autres cardinaux peuvent le faire pour leur propre compte, — relèvent dans la colonne de gauche [Sigilla et signa accessiium), les cachets, chiffres et devises du bulletin d'accession. En reprenant la liasse des bulletins enfilés du premier tour et en y recherchant ceux qui par leurs cachets correspondent à quelque bulletin d'accession, le premier Scrutateur brise les cachets du pli inférieur et marque les devises dans une colonne parallèle {Sigilla et signa scrutinii). Les noms de candidats qu'ils indiquent sont, de môme, notés dans la colonne de droite {Cardinales no?ninati). L'œil saisit ainsi immédiatement les suffrages valades du second tour qui donnent à un candidat un appoint de voix supplémentaires. La Bulle du Cérémonial fait, à ce propos, une réflexion d'une candeur charmante : « C'est là, dit-elle, une opération moins difficile à exécuter qu'à expliquer ».

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