CHAPITRE XVI
A l'issue du Conclave.
I. — Le résultat du scrutin. — Acceptation de l'élection. — Le nom du Pape, — Sa première toilette. — Première obédience.
— L'anneau du Pécheur.
IL — La proclamation publique : Annuntio gaudiuni rnagnurn
— Pillages de palais et cellules. — La première bénédiction Vrbi et Orbi. — Au dehors ou en dedans. — Léon XIII à la Loggia de S. Pierre.
III. — Seconde et troisième obédience. — L'adoration du Pape.
— Sixtine et Basilique. — La première soirée et la première matinée de Léon XII [.
IV. — Les notifications aux gouvernements, — Premières relations diplomatiques. — Lettres de créance ou de confirmation. — La notification au gouvernement italien.
V. — Le Sacre épiscopal. — Pouvoir de juridiction et pouvoir d'ordre. — La collation des ordres inférieurs au Pape. — La consécration épiscopale par TEvéque d'Ostie. — Evoque avant la messe. — La consécration sous le régime de la confirmation impériale. — La tradition de Grégoire VII.
Le résultat du scrutin étant proclamé par les Cardinaux scrutateurs et réviseurs, reste à obtenir le consentement officiel et l'acceptation de TElu. — Le Secrétaire du Conclave, età sa suite les Cérémoniaires et le Sacriste, prévenus par un coup de sonnette du dernier Cardinal-diacre, entrent dans la chapelle. Alors le Doyen, accompagné par eux et assisté des deux autres Chefs d'ordre, s'approche de TElu, lequel demeure à son siège, à moins qu'il ne soit allé s'agenouiller à l'autel dès la première annonce du scrutin. Là, le Doyen lui pose à haute voix la question : Acceptas neelectionem de te canonice factam in Summum Pontificeml Le moment est particulièrement solennel et émouvant, et l'on a vu frissonner les plus vaillants avant de formuler leur réponse (1). Cette
(1) Plus d'un Pontife, en effet a témoigné des hésitations à ce moment décisif. S. Pie V, en 1566, montra la plus vive répugnance à accepter le pontificat : Se in monnsterio viventem sihi et Deo optime de œterna salute sperasse; créât um episcopum et cardù nalem cœpisse timere; electum pontificem pêne disperare. (Gornel. a Lapid. In Ecoles. 32.2). Clément X, en 1670, opposa inutilement ses quatre-vingtH ans. Innocent XI (1676) résista avec lar-
réponse, dont les termes sont libres, est aussitôt communiquée à l'assemblée par le Préfet des cérémonies. Sur cette communication, les deux cardinaux les plus voisins de TElu s'écartent respectueusement de leur collègue devenu leur Chef; après quoi tous abaissent le baldaquin de leur stalle (1). Leur souveraineté éphémère a pris fin : l'autorité du siège apostolique se trouve de nouveau concentrée tout entière dans la personne de TElu (2).
Par une seconde interrogation, le Doyen demande au nouveau Pape quel nom il veut prendre (3), et la
mes. Clément XI, en 1700, ne céda que sur les instances de quatre théologiens qui lui en faisaient un cas de conscience, et Benoît XIII, en 1724, eut besoin pour se décider d'un ordre exprès du général de Pordre des Dominicains, auquel il appartenait. —Léon XIII répondit au Cardinal di Pietro : « Puisque Dieu veut que j*assume le Pontiflcat, je n'y puis contredire 1 » Pie IX avait fait une réponse analogue. — Une erreur des plus drôles est celle que nous relevons dans un récent ouvrage allemand, composé d'ailleurs avec un réel sens critique [Souchon^ die Papstvoahlen von Bonif. VIII bis Urh. VI, 1888, pp. 73, 143). Cet auteur prétend que le cérémonial usuel prescrit que l'Elu fasse toujours, pour la forme, semblant de refuser le Pontificat !
(1) En droit, les Cardinaux doivent attendre que cette acceptation leur soit annoncée, pour donner au nouveau Pontife les marques de leur déférence ; mais, en fait, très souvent, les baldaquins s'abaissent dès la première proclamation du scrutin.
(2) L'énoncé formel de l'acceptation est strictement nécessaire à la validité do l'élection : en conséquence, si les suffrages du Conclave s'étaient portés sur un absent, il faudrait lui envoyer des délégués pour requérir son consentement. Tel fut le cas pour Clément IV (1265), Grégoire X (1271), Clément V (1305), Adrien VI (1459).
(8) Le premier qui prit un nom différent du sien, comme pape, fut Jean XII, en 956, (V. sup. p. 52). Serge IV, qui s'appelait Pierre, en 1009, changea ce nom ob reverentiam Apostolici culminis, dit Baronius. Depuis lors, Adrien VI, (1522), et Marcel II, (1555), ont été les seuls à garder leur nom de baptême.
Actuellement, les papes prennent tantôt le nom du pontife qui les a créés, tantôt celui des saints pour qui ils avaient de la vénération, comme fit Pie VI à cause de S. Pie V ; ou encore le nom du pape qui les protégea (Pie IX en mémoire de Pie VII, comme lui, ancien évéque d'Imola) ; soit même un nom qui rappelle le lieu de leur extraction (Grégoire XVI avait été moine au couvent de S. Gré-
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réponse entendue, il l'annonce à haute et intelligible voix aux électeurs.
Le chef des Cérémoniaires, qui a qualité de Protonotaire apostolique, dresse immédiatement l'acte officiel de l'élection et de Tacceptalion, pendant que les deux premiers Cardinaux-diacres, accompagnés du Secrétaire et du Sacriste, conduisent à Tautel le nouveau Pape, s'il ne s'y est déjà rendu au premier moment. On le mène ensuite de l'autel aune petite pièce disposée en sacristie, attenante à la chapelle du vote. Là ses conclavistes le dépouillent de ses vêtements de Cardinal ; son valet de chambre lui met les bas blancs et les mules rouges ; les Cérémoniaires lui passent une (les trois soutanes blanches préparées d'avance (1), ainsi que les autres habits pontificaux du costume
goire sur le Gœliiis et Préfet de la Propagande fondée par Grégoire XV). Léon XIII répondit à la question du Cardinal Di Pietro: « .... le nom de Léon à cause du respect et de la gratitude que j'ai toujours eus pour Léon XII, et de la dévotion que, depuis ma jeunesse, j'ai pour S. Léon-le-Grand ».
Urbain IV (1261), fut le premier à ajouter à la suite de son nom un numéro d'ordre qui le classait à la suite des papes ayant déjà porté le môme vocable : Urhamis papa quartus.
Les actes pontificaux publics sont toujours signés du nom officiel : Plus Papa nonus ; mais les rescrits portent simplement l'initiale du nom de baptême : I. (Joachim) au-dessous des mots : Fiat ut petitur: c'est là, on effet, le prénom de Léon XIII.
(1) Les trois soutanes préparées par les soins du Préfet des cérémonies sont de grandeurs différentes alin que l'élu en trouve toujours une à sa taille. Les deux soutanes non utilisées demeurent la propriété du Cérémoniaire. Aussi celui-ci veille-t-il soigneusement à ce que toutes les trois soient prêtes à temps. Au Conclave de Pie IX, le cérémoniaire Brancadori avait envoyé au tailleur un message pour le presser de livrer la soutane de petite taille qui manquait encore à la collection. Or, le candidat populaire, cardinal Gizzi, était précisément de petite taille, ce qui fit aussitôt courir le bruit de son élection, et provoqua des illuminations et démonstrations de joie à Rome et dans sa petite ville natale de Ceccano. Là même, le peuple dans son enthousiasme s*en prit à la cave et à la garde-robe de TEminence si singulièrement victime de Vaura popularis, et leur fit subir de sérieux dommages.
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d'audience solennel : ceinture et caiolle de soie banche (1), camauro, rochet d^^fUiteUe, mozelte de velours ou de soie rouge. Le Card^ifti premier diacre présente l'étole rouge brodée d'or, et «asi revêtu du costume papal, le nouveau Pontife est ram«Mlà l'autel, où l'on a placé, du cdté de l'évangile et toumaAl le dos à l'autel, le trône-fauteuil. Dès qu'il s'y est assiX les Cardinaux portant encore la croccia (le vêlement du Conclave) s'avancent, le Doyen en lôte,et viennent, en signe d'hommage, s'agenouiller devant lui, baiser la main et recevoir l'accolade du baiser de paix, (y R9,i\B. première obédience. Avant de terminer cette cérémonie d'investiture,
Première obédience dei carJiaaux dsDS la chapelle du vole.
(1) L'exemple do quelques Papea semblait ériger eo usage qu'en prenant la calotte blanche, l'élu posât sa caiolle rouge de cardinal sur la léte du Secrétaire du Conclave, marquant ainsi son intention do l'élever à la pourpre au premier consistoire. Léon XIII, sans doute pour empêcher qu'une prescription facilement aeceplée ne converlil oel usage en droit, mit sa calotte rougé dans sa poche. Mgr Lasagni n'en devint pas moins cardinal quelques mois plus
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le nouveau Pape, confirme dans ses fonctions Tancien Camerlingue ou en nomme un nouveau à son choix, soit à titre définitif, soit du moins à titre provisoire, cette charge ne pouvant rester vacante un seul jour. C'est le premier acte de juridiction du Pontife. En 1878, Léon XIII nomma ainsi pro-camerlingue le Cardinal Schwartzenberg, archevêque de Prague. Aussitôt désigné, le Camerlingue passe au doigt du Pape Tanneau du pécheur, symbole de la juridiction ressuscitée: mais le Pape le lui rend immédiatement pour y faire graver, selon l'usage, le nom qu'il vient de prendre en acceptant la tiare. Ilarrive quelquefois que le nouveau Pape désigne, alors déjà, les Cardinaux auxquels seront confiées les charges et dignités principales. Généralement cependant,les Papes attendent un peu avant de constituer le personnel de leur gouvernement et, dans ce cas, le Secrétaire du Conclave continue à exercer provisoirement les fonctionsde Secrétaire d'Etat, comme ce fut notamment le cas pour Consalvi.
Lorsque l'élection s'est faite dans la matinée, on procède le jour môme à la proclamation officielle de l'élection du nouveau Pape (1).
Les maçons et charpentiers démolissent en toute
(1) Le premier qui parait avoir pris le nom de pape fut S. Sirice, en S^. S. Léon le Grand, en 440, intitulait une de ses lettres Léo papa. Quelques évéques ayant aussi adopté ce litre, S. Grégoire VII, dans le Concile romain de l'an 1076, le réserva expressément aux seuls évoques de Rome: a ut papœ no'men unicum esset in uni' verso christiano orbe^ nec liccret alicui seipsum vel alium eo nomine oppellare. »
hâte la cloison de clôture et le premier Cardinal-diacre s'avançant, précédé de la croix papale que porte l'un des Cérémoniaires, et suivi de ses conclavistes, jette, du haut du balcon de la Basilique, au peuple réuni sur la place, la formule célèbre : « Annuntio vobis gaudium magnum : habemus Poniificem Emincntissimum Cardinalem Joachimiim Pecci gui sibi nomen imposuit Leonem decimum tertium (1).
Jadis, au signal donné, le canon du château Saint- Ange retentissait, les tambours battaient aux champs, le peuple acclamait le nouveau pontife, et Ton sonnait toutes les cloches de la ville. Le chef de la police du quartier où se trouvait la demeure du Cardinal élu, se dirigeait avec sa troupe vers ce palais, pour en prendre la garde et empocher qu'il ne fût pillé par le peuple, suivant une ancienne et étrange coutume qu'on a eu beaucoup de peine à déraciner (2).
(1) La feuille de papier sur laquelle est écrite la formule lue par le Cardinal-diacre est jetée ensuite à la foule. Autrefois le cardinal qui faisait cette proclamation et l'imposition de la tiare recevait un dondtico de douze mille écus.
(2) Dès avant l'époque de Gharlemagne, les clercs inférieurs et le peuple, sous prétexte que les biens appartenaient à la communauté de fidèles, dévalisaient la demeure d'un évoque défunt. Plusieurs conciles et beaucoup de papes sévirent contre ces rapines : au V« siècle, le»concile de Ghalcédoine (451) en Orient, au VI* celui de Lf'^rida (524) en Espagne. De môme au XI» et au XII» siècle, S. Léon IX et Urbain II au concile de Glermont (1095), Callixte II et Innocent II dans les synodes de Toulouse (1119) et du Latran (1139), et d'autres encore qu'il serait trop long de citer. A Rome, cette licence s'était introduite à la faveur des désordres delà domination gothe et lombarde. Lothaire dans son serment, en 82i, et Jean IX, dans sa Décrétale de 898, s'élèvent contre ces troubles locaux (V. supr., pp. 82,37).
On en vint ainsi, de proche en proche, à piller la demeure des. cardinaux devenant papes. C'était d'ailleurs considéré comme une sorte de droit de joyeux événement. Honorius III (1216), Boniface VIII (1294), le concile de Constance {sess, 41) et Léon X par une bulle du 21 mars 1516, stigmatisent et condamnent de tels excès, sans parvenir à les détruire. — • Après le grand schisme^
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Le 20 février 1878, le Cardinal Caterîni fit cette proclamation du haut au balcon de S. Pierre, vers ^une heure et quart de Taprès-midi. Les cloches de la Basilique, etpuis celles de toutes les Eglises de Rome, saluèrent bien alors rannonce,mais le canon duchàteau S. Ange demeura muet.
L'usage le plus générjilement suivi voulait qu'à la rentrée du Cardinal-diacre dans la salle du Conclave on ouvrît les portes et les tours et que le Major4ome, le Maréchal, les conclavistes, les employés du Concla-
ce fut le tour de la cellule du Conclave, en dépit de l'édit 'de Nicolas V qui réservait ses dépouilles aux cérémoniaires. Lors ée rélectloQ de Léon X, les conclavistes ne consentent à respecter le mobilier de la cellule du nouveau pape que moyennant un en$^gement d'assui'ance mutuelle aux termes duquel le conclaviste de relu dédommagera ses collègues par une prime de 1500 ducats. Go n'est qu'au XVIII* siècle, après qu'Alexandre VIII, par son chirographe du 29 novembre 1690 et le Camerlingue Altieri, par son édit du 3 avril 1721, eussent menacé les conclavistes de retenir une forte amende sur leurs propines, que ces procédés disparaissent enfin. Le XV^ siècle avait été l'époque héroïque, et comme le point culminant, de ces singulières coutumes. Lors de l'élection de Pie II, on vit sa cellule et son palais y passer en quelque sorte tout entiers. Souvent aussi la foule, sur de faux bruits, pillait les palais et les cellules de simples candidats malheureux. Tel fut le Colonna compétiteur de Nicolas V (1444) et le Cardinal Farnèse au Conclave de Sixte V (1585) qui, victimes du vote, furent aussi victimes du pillage. Au conclave de Clément VIII (1592). les conclavistes, escomptant l'élection du cardinal de S. Severina, pillèrent sa cellule ; mais le scrutin final ayant trompé leur attente, ils eiîreot la probité de lui restituer un mobilier enlevé trop hAtivement. Lors de l'élection d'Innocent X (1644), la foule dévalisa d'abord le palais Crescenzi, et puis, mieux informée, se porta au palais Pamphili; mais là, les portes s'ouvrirent avec une sorte d'empressement ; rhabile Donna Olimpia, prévenue à temps, avait pu mettre en sûreté les objets les plus précieux et évitait ainsi les bris de portes et de fenêtres. ^1 arrivait fréquemment, même au cours du XVII« siècle, que l'élu trouvant sa cellule vide dut demander à un de ses voisins l'hospitalité pour la dernière nuit. Cela avait à peu près passé en usage et c'est par ce fait que nous voyons plusieurs papes du XVIIle siècle, dont Innocent XIII et Benoit XIV, diner dans la cellule d'un voisin. Grégoire XVI même se conforma encore à tette tradition.
ve, les prélats préposés à la garde des tours, les parents, les patriciens romaios, les membres du corps dipIomatique,ot enfin quelques fidèles privilégiés, fussent immédiatement admis au baisçment des pied^. Mais, en 1878, comme le Maréchal se mettait en devoir de procéder, selon sa charge, à l'ouverture des serrures extérieures de la grande porte, Léon XUi lui fit dire, par le Secrétaire du Conclave, qu'il différât cettç ouverture jusqu'à quatre heures du soir. Le Pontife voulait se recueillir et s(? reposer un peu de son émotion. Au retour donc du Cardinal-diacre à la chapelle Sixtine, le Pape se leva de l'autel et, traversant les salles Royale et Ducale au milieu des conclavistes empressés, il regagna sa cellule pour la dernière fois.
A cette première cérémonie d'ob<5dience, le Camerlingue remet d'ordinaire les clefs de l'appartement pontifical au nouvel Elu qui peut immédiatement en . prendre possession ; mais, le plus souvent, il n'en use pas et achève dans sa cellule d'électeur sa première journée de pontificat.
Lorsque c'est au scrutin du soir que se fait l'élection — ainsi qu'il advint en ISAtt pour l'élection do P'w IX — la proclamation solennelle est remise sfti lendemain matin ; mai^ comme oh n'en ouvre pas moins, le soir môme, les portes du Conclave, la nouvelle de l'élection se répand en ville dès les premières heures de la nuit.
Bien qu'il n'y ait rien de prescrit touchant la pren»ière bénédiction pontificale, l'usage s'est établi que le Pape apparaisse sans tarder au balcon, pour bénir la ville et l'univers : Urbi et Orbi, Si la proclamaticoi
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n'est faite que le lendemain de Télection, ce qui arriva justement pour Pie IX, cette première bénédiction se donne en ce moment-là. Mais lorsque l'élection est née du scrutin du matin, cette première apparition du Pape a lieu dans la journée môme.
Léon XIII en se retirant, vers deux heures, dans sa cellule, avait annoncé qu'il se rendrait à la Loggia de S. Pierre à quatre heures du soir, moment qu'il venait de fixer pour l'ouverture des portes. Or, pendant l'attente anxieuse et ardente de cette après-midi, la question prit, à l'extérieur et dans les préoccupations^le la foule, une importance singulière : elle se transforma en une véritable question politique.
Lé&n XIII allait-il apparaître au balcon extérieur pour bénir la foule qui se pressait sur la place ?.. Allait-il au contraire se montrer à la fenêtre intérieure, bénissant le peuple qui emplissait la Basilique?... L*apparition au dehors serait, disait-on, vis-à-vis de l'Italie officielle et unitaire, l'indice d'un pontificat et d'une politique de « Gonciliazione ». L^agitation des esprits était extrême et il y eut là, sur la place et dans lu Basilique, trois ou quatre heures de fièvre pour les Romains. Il avait cependant été convenu, au Conclave et dans les Congrégations préliminaires, que la bénédiction serait donnée à l'intérieur; mais outre qiie le public ignorait cette décision, le pape dont la liberté d'action est toujours réservée, ne pouvait être lié par elle. Aussi, voyant la foule énorme massée sur la place, quelques cardinaux, et surtout quelques prélats, conseillaient la bénédiction du dehors...
On a fait circuler à ce sujet nombre de récits fantaisistes où l'imagination et la passion se sont donné
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carrière. D'après Tune des versions les plus accréditées, Léoû XIII n'aurait pris* d'avance aucune résolution et à l'entrée de la procession dans la Loggia il se serait montré hésitant, livré aux impressions et aux conseils de son entourage, prisonnier de son cortège en quelque sorte ; mais les cérémoniaires essayant d'ouvrir la fenêtre du balcon extérieur, se seraient heurtés à un obstacle imprévu : des gonds rouilles auraient joué ici le rôle du grain de sablede Bossuet et, devant leur résistance, le cardinal Bartolini, qui, dans le cortège se trouvait assez rapproché du pape, aurait fait entendre le cri : « à l'intérieur de la Basilique! ». Sur cette injonction, les Cérémoniaires auraient ouvert, en face, la large fenêtre qui donne à l'intérieur sur la grande nef de S. Pierre. De là, et sans trop se rendre compte de ce qu'on lui faisait faire, Léon XIII aurait béni la foifie et le monde (1).
Il est inutile, ce nous semble, de relever les invraisemblances d'un tel récit. Ces gonds rouilles, qui font si bien dans le paysage, appartiennent à la fenêtre qui, trois heures auparavant, s'était ouverte devant le Cardinal-diacre annonçant le gaudiùm magnum !.. Et puis, longtemps avant l'arrivée du pape et de son cortège, la Loggia intérieure avait été ouverte par ordre et recouverte d'un lapis rouge selon Tétiquette. Voilà pour les détails de l'historielte. Quant au fond même des choses, il suffit de remarquer que ce pape qu'on nous montre hésitant, incapable de prévoir d'avance et de prendre lui-mCme une décision, ce pape « qui n'a pas de volonté propre M n'est autre que Léon XIII !... Dès cette première heure, il avait nettement donné ses ordres.
(1) R, de Cesare, Il Conclave di Leone XIII.
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Au reste, pour l'avouer ingénuement, nous n'avons jamais pu comprendre l'importance attachée, comme sur un mot d'ordre, à cette question. Si Léon XIII s'était tourné vers la place de S. Pierre et le château S. Ange, en quoi cela aurait-il modifié la situation de la papauté dans Rome? Cette bénédiction donnée à la foule qui emplissait l'hémicycle de la colonnade du Bernîn aurait-elle impliqué une absolution des méfaits commis par les vainqueurs de Porta Piaf Croit-on que, parce que le pape aurait étendu la main dans la direction du Pincio, il eût été disposé ensuite à parcourir les rues de cette ville qui fut son domaine hérédKaire et sacré, et qui n'est plus à lui? Croit-on qu'il lui eût convenu d'y rencontrer et d'y saluer \e roi Ilumbert ou la reine Marguerite ? — Les difficulté» entre la Papauté et l'Italie sont malheureusement moins faciles à résoudre et la direction d'une bénédiction, fiit-elle la première tombée dés mains et des lèvres d'un Pape, ne paraît pas devoir y suffire. On est vraiment trop enclin, dans le pays où Jean-Baptiste Vico rajeunit la philosophie de l'histoire et proclama la Scienza Nuova^ à n'envisager que par leurs petits côtés les grandes questions politiques et religieuses.
C'est après cette première bénédiction Urbi et Orbi qu'ont lieu les deux cérémonies de la seconde et de la troisième obédience. L'une se faitàla chapelle Sixtine, en signe d'occupation de la demeure vaticane, l'autre sous la coupole de S. Pierre, à l'autel de la confession, comme une prise de possession du tombeau
des apôtres : Persévérât Petrus et vivit in successortbus.
Lorsque Télection s'accomplissait au Quirinal, ces deux cérémonies se succédaient, le plus souvent, dans la journée du lendemain. Le pape quittant le palais de Paul V, en carosse detrenonobile, traversait la ville, précédé de la longue file des cardinaux dans leur équipage de gala, sauf deux d'entre eux qui prenaient place dans la voiture pontificale. Ler costume cérémoniel des cardinaux était pour cette occasion — même en carême ou en avent — la soutane de soie rouge, le rochet et la cappa de pourpre chargée d'hermine. Arrivé dans la Salle des Parements sfse sous les Loges de Raphaël, le pape quittait Tétole et la mozette pour revêtir Tamict, Taube, le cordon, la chape blanclie et la mitre de drap d*or. Conduit ensuite procèssionnellement à la chapelle Sixtine, il faisait ufie courte prière, et, s'asseyant sur Tautel même, recevait la seconde obédience des cardinaux venant successivement lui baiser le pied et la main cachée sous Torfroi de la chape. C'était ensuite le tour du gouverneur de Rome auquel Sa Sainteté rendait d'ordinaire le bâton de commandement qu'il venait* déposer en ses mains. Avec lui étaient admis au baisement de pied le gouverneur du Conclave, le Maréchal, les fonctionnaires et les membres du patriciat.
Cette cérémonie achevée, la procession, reprenant sa marche, se rendait à la Basilique pour la trosième obédience. Précédée de la croix papale que portait un auditeur de Rote, elle traversait la salle Royale et descendait Tescalier de Constantin, au chant de VEcce sacerdos magnus Le pape porté sur \8.*Sedia gestatoria, entre les deux flabelU au hiératisme oriental.
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était reçu & la grande porte de Saint-Pierre par le Chapitre.etfaisail^on entrée solennelle dans lagrande nef répercutantlesnotes joyeuses TuesPetrus. Arrivé devant la chapelle du Saint-Sacrement, il descendait de la sedia, s'agenouillait devant l'aufcl et, son adoration terminée, était de nouveau porté jusqu'au sanctuaire de la Confession. Là, après une courte prière sur le prie-Dieu préparé à cet effet, le pontife s'asseyait
Troisième obédience ai
fiur l'autel, afin d'y recevoir, pour la troisième fois, l'hommage des cardinaux. Ceux-ci s'avançant, la cappa relevée sur le bras et la queue traînante, lui baisaient tour à tour le pied cl la main et en recevaient ensuite eux-mCmes l'actoiade. Le Cardinaldoyen, qui ouvrait naturellement la marche, entonnait, aussitôt son obédience prOIce, le Te Deum que les chantres continuaient pendant toute la durée de la cérémonie. L'hymne achevée, le Doyen debout
au coin de Tépître, récitait le Pater, les versets et Poraison sup'er creatum pontificem\ Le défilé terminé et le pape descendu de Tautd, un cardinal-diacre lui enlevait la mitre et le ponlife donnait la bénédictioi> solennelle par un triple signe de croix.
Le cortège s'arrêtait devant la chapelle de la Pietà de Michel- Ange, transformée pour la circonstance en salle des Parements. Là, le pa^jpe déposait ses vêtements liturgiques et recevait, si elles ne lui avaient pas été données dès la veille, les clefs de son appartement du Vatican que le cardinal Camerlingue lui remettait en lui offrant ses vœux de prospérité et ceux du Sacré Collège, lui souhaitant au nom de tous un lon^ règne. A partir de ce moment, le nouveau pontife ayant inauguré l'exercice public de sa charge souveraine, le peuple et la ville avaient tous droits et toute liberté de se livrer aux démonstrations par lesquelles ils ont coutume d'accueillir tout nouveau règne. De son côté, le Cardinal-vicaire faisait chanter le Te Deurn dans toutes les églises, sonner les cloches pendant une heure et réciter par chaque prêtre à la messe^ durant trois jours consécutifs, la collecte joro gratiarum actione.
Lorsque l'élection se faisait au Vatican, — et l'on a vu qu'il en était ainsi encore au X VIII® siècle — les cérémonies de la seconde et de la troisième obédience (1) étaient disjointes. Généralement la journée de
(1) Dans le langage liturgique, la cérémonie d'obédience est désignée fréquemment sous le nom rf^rfora^iou. Il est évident qae le mot est pris, non dans son acception morale et théologique mais dans son sens purement verbal et biblique (a^, os) de baisement ou prosternement, QommQlQ gtQcproskynesis et Vhèhv&yihisclUhacha' voth, signe d'hommage à Torientale. La polémique protestante sur
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la proclamation et de la première bénédiction s'achevait par la seconde obédience, et la troisième inaugurait la journée du lendemain. C'est à ce cérémonial que Ton se voyait tbut naturellement ramenéf le 20 février 1878. Il fallait seulement rayer du programme la descente à S. Pierre.
Au moment où Léon XIII sortait de la Loggia de la Bénédiction, la grande por1:e du Conclave venait d*être ouverte. Là, et pour ainsi dire sur le seuil de la Salle Royale, le maréchal Prince Chigi, Mgr Macchi gouverneur du Conclave, les officiers et prélats attachés à la garde de la clôture, s'agenouillent devant le Pape, déposent à ses pieds l'hommage de leur dévouement, et reçoivent de Léon XIII des paroles gracieuses et de premières bénédictions. S'avançant ensuite entre la double haie des gardes-nobles et des Suisses, le Pontife traverse la salle Royale pour rentrer directement dans la Sixtine où revêtu, dans le petit cabinet-sacristie, des ornements épiscopaux, la mitre en tète, il est conduit j[)ar les cardinaux Consolini et Mertel jusqu'à Tautel sur lequel, suivant la tradition rituelle, il s'assied pour recevoir le second hommage du Sacré Collège. La cérémonie terminée, il échangea les ornements pontificaux contre Tétole et la mozette. Avant de quitter la Sixtine, Sa Sainteté admit en sa présence quelque^ personnes de choix, notamment la princesse Chigi et le sénateur Cavalletti représentant du patriciat romain. Aussi est-il six heures du soir, lorsque accompagné de plusieurs Cardinaux et des cérémoniaires, Léon XIII peut enfin se retirer dans les chambres de l'appartement ponti-
c l*kdoration du pape » a donc toujours reposé sur un mauvais jeu de mots.
fical, aménagées à la hâte. Quelques cardiUfiux quittent alors le Vatican, mais le plus grand nombre passe encore la nuit dans leurs cellules d'électeurs.
Le lendemain matin (21 février) il ne pouvait être question de célébrer,* dans la Basilique môme et suç l'autel du tombeau de S. Pierre, la cérémonie de la troisième obédience. Gomme pour toutes les fonctions papales, depuis le 20 septembre 1870, on dut se renfermer dans la chapelle Sixtine qui, du reste, avait déjà repris son aspect habituel. Vers 10 heures, les cardinaux s'y trouvent réunis, revêtus de leurs grandes capes de pourpre. Ils défilent un à un devant le Pontife assis sur Tauteljtandisquele chant majestueux et lyrique des strophes ambrosiennesse fait entendre et se termine par les oraisons prescrites. Le cérémonial rituel s'observait tout entier, mais le Pape ayant dû renoncer à prendre publiquement possession du tombeau de S. Pierre, il y manquait le cadre delà grande Basilique.
Les choses marcbent néanmoins et la Papauté reste elle-même. Au sortir de la Sixtine, Léon XIII se rendit dans la salle « de la comtesse Matbilde » pour y recevoir, vers midi, les Ambassadeurs de France, d'Autriche, d'Espagne et de Portugal. Tous les cardinaux quittèrent définitivement le Vatican qui, débarrassé des cloisons de la clôture, reprenait bientôt sa physionomie habituelle. Et malgré les innombrables télégrammes qui lui arrivaient de tous les points du globe, Léon XIll termina dans le recueillement, la prière et le travail, cette seconde journée de son pontificat.
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L'exaltation de Léon XIU proclamée, Mgr Lasagni, Secrétaire du Conclave, provisoirement investi de la qualité de pro-secrétaire d'Etat, informa de cette élection les Ambassadeurs et ministres plénipotentiaires accrédités près le Saint-Siège (1) ; le nouveau Pape, d'autre part^ s'empressait de notifier lui-môme son avènement aux souverains et chefs d'État avec lesquels la papauté conservait des relations diplomatiques. Cependant, et bien que depuis six ans ces relations fussent rompues avec rAllemagne, il écrivit à l'Empereur Guillaume une lettre dont le retentissement fut exceptionnel et qui devint le point de départ des négociations par lesquelles la paix religieuse finit par se rétablir en Prusse et dans l'Empire allemand.
La façon dont le pape entre en communicalion avec les divers gouvernements nous ramène à la question des lettres de créance des ambassadeurs, question complémentaire de celle que nous avons traitée à propos des réceptions diplomatiques du Conclave. On a toujours incliné, en France, vers l'opinion héritée de la monarchie, que l'élection d'un chef d'Etat — Pape ou Président de République — n'implique pas le renouvellement du mandat du personnel diplomatique.
Le cabinet Dufaure maintint ce point de vue vis-
(1) Parfois, le Pape désigne son secrétaire d'Etat dès la première obédience. En ce cas, le nouveau ministre inaugure ses fonctions par cette communication aux diplomates. Ceux-ci se rendent sans tarder à Taudience du Pontife, pour lui offrir les félicitations de leur gouvernement et recueillir ses premières conversations.
à-vis du baron Baude qui devait d'ailleurs remettre ses lettres de rappel dès le 5 avril. Les représentants des autres puissances présentèrent des lettres qui d'après le compte-rendu officiel de VOsservatore Romano^ les « accréditaient » près Sa Sainteté. Ces lettres cependant n'étaient pas absolument conçues dans la forme ordinaire de ces sortes de documents : leur teneur n'accréditait pas précisément les ambassadeurs, elle les « confirmait » plutôt dans la mission qui leur avait été confiée antérieurement (i). Dans ses entretiens avec le représentant de la France, le cardinal Franchi, secrétaire d'Etat du nouveau pontife, reconnut, jusqu'à un certain point, la justesse de la doctrine qui affirme la non-interruption des rapports durant la vacance du Siège apostolique. Il observait néanmoins que, selon les usages traditionnels, les nonces remettaient une notification de la continuation de leur mission et que, de leur côté, les ambassadeurs présentaient au souverain pontife des « lettres rétrospectives » de même signification. Les précédents sont en efifet favorables à cette manière *de voir (2) et, dans la pratique, la distinction théori-
(1) Les ambassadeurs diÀiitriche, d'Espagne et de Portugal remirent leurs lettres les 17, 21 et 24 mars. L'organe officiel du Vatican qui parla pour eux de lettres de créance, employa les mêmes mots, lettere credeiiziali^ à propos des audiences, en forme semipublique, accordées aux ministres de Bavière (28 mars), de Belgique (31 mars) et de Monaco (4 avril). — Au mois de juin et juillet 1846, les diplomates avaient présenté à Taudience solennelle de Pie IX, des lettres qui, selon l'expression de l'officiel Diario di Roma, « renouvelaient leur mission près le S. Siège ».
(2) Les précédents français, n'offrent, en ce siècle, de donnée caractéristique qu'en 18*23 et 1829. M. Guizot avait bien rappelé la tradition française au comte Pellegrino Rossi ; mais celui-ci n*ayant pas eu le temps de présenter des lettres de créance au prédécesseur, en remit à Pie IX le 4 juillet 1846. En 1831, le marquis de liatour-Maubourg n'en avait point à remettre, puisque sa
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que entre lettres de créance et lettres confirmatives ou rétrospectives est assez secondaire. Il»est d'ailleurs naturel qu'en répondant aux lettres du Pape, les chefs d^État fassent mention de leurs ambassadeui's et de la mission qu'ils doivent continuer à remplir près de sa personne. Il ne saurait donc y avoir là matière à difficultés sérieuses.
Aucune notification de l'élection de Léon XIII ne fut faite au gouvernement italien, et ce silence était conforme aux traditions. Le Saint-Siège en a toujours agi ainsi en ver^ les cours avec lesquelles les rapports sont rompus. Le ministère Depretis-Crispi tenta néanmoins d'obtenir, par des démarches officieuses, cette notification ; mais il fut répondu à ses intermédiaires confidentiels, qu'un pareil acte impliquerait une acceptation de faits contre lesquels le dernier Pape avait, à l'occasion du récent avènement du Roi Ilum-
mission près du Conclave était extraordinaire et qu'il rejoignit aussitôt son poste de Naples. Il ne reste donc, normalement, que les exemples du duc de Montmorency et de Chateaubriand. L'un et Tautre, ayant présenté les deux lettres traditionnelles au Conclave, remirent de même des lettres au nouveau pape. Dans celle que Montmorency présenta à Léon XII, le 6 novembre 1823, le roi Louis XVIII félicitait plus particulièrement le pontife de son élection, et recommandait brièvement à sa confiance l'ambassadeur déjà accrédité auprès de son prédécesseur. Celle que Chateaubriand remit à Pie VIII, le 5 mai 1829, s'étendait davantage sur la mission de l'Ambassadeur « nommé pour continuer la mission qu'il avait déjà remplie » près du prédécesseur. (V. supr., pp. 452, 453).
Le XVIII» siècle, par ce fait que, le plus souvent, lô roi de France au moment du Conclave, était représenté à Rome, soit par un cardinal soit par un simple chargé d'affaires, ne nous fournit guère qu'un seul exemple bien caractérisé, de la manière traditionnelle d'agir en cette occasion : celui de Mgr de Rochechouart en 1758. L'on a vu, plus haut (p. 451), en quels termes il avisait le cabinet de Versailles de la présentation de ses lettres de créance, le 10 août*
bert, renouvelé ses protestations, aussi bien que le Sacré Collège lui-même au moment de son entrée en Conclave. On ajoutait qu'en dehors même des règles de Tétiquette diplomatique, cette notification semblerait une sorte de demande d'exequatur ou deplacet royal, semblable à celle qui est imposée aux évoques italiens, contrairement aux dispositions de la Loi des Garanties. Or, le Saint-Siège ne pouvait en aucune manière, fût-ce indirectement, faire un acte ou se prêter à une démarche d'où Ton pût inférer que sa souveraineté dépend de ceux qui l'ont usurpée. Olte attitude parut exciter la mauvaise humeur dugouvorncmont italien. Par une circulaire adressée aux préfets, M. Crispi leur signifiait que « Télection du nouveau pontife n'ayant pas été communiquée officiellement au gouvernement royal, les autorités et fonctionnaires publics devraient s'abstenir de prendre part aux solennités par lesquelles le clergé fêlerait c(ît avènement ». La position se tendait : elle fût peutêtre devenue embarrassante, si le bon sens et la prudence italienne n^eussent pris le dessus. « Qui donc a notifié officiellement au gouvernement la mort de Pie IX?.. demandait le Fanfidla, Le gouvernement n'en a pas moins fait venir 3000 hommes de troupes à Rome pour assurer la sécurité du Conclave et, déférence insigne , il a prorogé l'ouverture du parlement. Le gouvernement s'aviserait-il de considérer maintenant le Siège papal comme encore vacant?.. Mais alors il devrait continuer à garantir avec ses troupes la liberté d'un Conclave qui n'existe plus. Soyons logiques ! L'élection du Pape a été annoncée, à Rome, dans les formes ordinaires, du haut du balcon de S. Pierre. L'avènement du roi Humbert n'a
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pas non plUs été notifié officiellement au Pape. 11 serait ridicule de vouloir exiger des communications par .des voies officielles qui n'existent pas ».
Le gouvernement, comprit : il eut le bon esprit de déclarer que la notoriété publique Icii suffisait pour tenir compte de Texistence du nouveau Pontife et remplir vis-à-vis de lui tous les engagements qu'il avait pris naguère. f
L'élection du Pape étant» faite, proclamée, hiératiquement sanctionnée et diplomatiquement notifiée, il peut encore se fajre qu'une autre cérémonie, celle du sacre épiscopal, soit nécessaire.
De par son élection acceptée, le Pape a reçu, ipso fado, rinvestiture de son autorité suprême; dès le premier instant, il est le Pasteur souverain de tous les fidèles. Fût-il simple prêtre, diacre, clerc ou même laïque, il possède immédiatement le droit de gouverner TEglise universelle. Mais, devenu Chef de TEglise, il doit, s'il ne Test déjà, devenir Pontife et Evêque de par le sacrement qui confère le sacerdoce. En d'autres termes, à la plénitude de la puissance de juridiction il doit, selon le langage des théologiens, joindre la plénitude de la puissance (Tordre. Le pouvoir de juridiction implique le droit de commander aux volontés et de diriger les intelligences ; il découle de la missio canonica. Mais la puissance d'ordre implique le pouvoir mystérieux de faire descendre du ciel la grâce qui éclaire, fortifie, purifie et
sanctifie les âmes ; pouvoir mystique qui se donne et se transmet parle Sacrementde l'imposition des mains et de Tonction sacerdotale. La Papauté est un primatde juridiction ; elle n'estpas un« ordre » nouveau et supérieur ; ^ar contre, elle présuppose et exige, pour s'exercer dans toute son étendue, la plénitude du Sacerdoce et, par conséquent, la consécration épiscopale : sacerdotium plénum et fecundum ! On est élu pape : on est sacré évoque. Dès que I'qIu a accepté la dignité papale, il peut donner des lois, gouverner l'Eglise, nommer les évoques ou les déposer, exercer en un mot tous les actes de l'autorité suprême. Mais il n'a le pouvoir de conférer les Saints Ordres qu'autant qu'il est évôquolui-jnôme. Et, s'il est élu Pape sans être évêque ou même prêtre, il devra être ordonné ou sacré par l'un des évoques, ses inférieurs^ qui tiennent de lui et sous lui, leurs sièges et leur juridiction.
Comme évêque, le papene possède pas un caractère sacerdotalou pontifical distinctde celui des autres évêques. Le sacrement de TOrdre, on le sait, est conféré par degrés et comme par fractions successives. Après rinitiation préliminaire de la cléricature et des quatre ordres mineurs, après les engagements des ordres majeurs ou sacrés pour le sous-diacre, la série des ordinations sacramentelles débute par le diaconat, s'étend parla prêtrise, se complète pari'épiscopat.
Dans les premiers siècJes de l'Eglise, le clerc s'arrêtait fréquemment aux échelons inférieurs ; dans les temps modernes, il aspire presque toujours à la prêtrise. De là, des conditions très différentes pour le choix ^t l'éligibilité des souverains pontifes. Il était aussi rare autrefois que l'élu fût déjà évêque ou môme
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prêtre (1), qu'il serait étonnant aujourd'hui qu'il ne le fût pas (2). Aussi le sacre épiscopal du nouveau pape est-il devenu l'exception après avoir été la règle. Pie III (1503) et Léon X (1513) n'étaient que diacres. Avec eux, Martin V (1417), Sixte IV (1471), Clément VIII (1594), Clément XI (1700), Clément XIV (1769), Pie VI (1775) et^Grégoire XVI (1831), simples prêtres, ont ét^ les seuls, dans les temps modernes, qui aient dû recevoir la consécration épiscopale après leur élection (3).
Sauf quelques détails qui marquent plus de respect et de déférence pour la personne éminente de l'ordinand, la collation des ordres se fait,pour le Pape, d'après le cérémonial habituel des évoques. Il va sans
(1) Peu de clercs mineurs, peu de sous-diacres ont été élus : dans les premiers siècles, c'était surtout parmi les diacres que Ton choisissait le Pontife Romain. L'élection môme d'un prêtre était relativement plus rare et celle d'un évéque paraissait contraire aux canons. — La première fois qu'elle se produisit, ce fut pour Formose (891), et l'on sait à quelles dissensions, à quels scandales elle servit de prétexte !
(2) Quelquefois les papes ont retenu, après leur élévation au souverain pontificat, les évôchés qu'ils possédaient au moment de leur élection. On cite comme ayant agi ainsi Clément II, en 1046, pour l'évôché de Bamberg ; Léon IX pour celui de Toul, en 1049 ; Victor II pour celui d'Eischtaedt, en 1055 ; Nicolas II, en 1058, pour celui de Florence ; Alexandre II, en 1061, pour celui de Lucqucs ; Alexandre IV, en 1254, pour celui d'Ostie et Velletri ; Paul IV, en 1555, pour l'archevêché do Naples ; Benoît XIII, en 1724, pour celui de Bénévent; Benoit XIV, en 1740, pour celui de Bologne, et Pie VU pour l'évéché d'imola, jusqu'en 1816. — Léon XIII retint Tévéché de Pérouse pendant éeux ans.
(3) La consécration épiscopsile se fait ordinairement un dimanche selon un ancien usage consigné dans le Lib&r pontificnlis : c Dominico die, ut mos est et antiqua traditio dictât, consecratusordiitatusque est pontifex ». (Benedicl, III, an. 855). On s'écarta parfois de cet usage, notamment au sacre de Clément XI (1700}.' La règle primitive était môme que le sacre eût lieu le dimanche qui suivait immédiatement le jour de l'élection.
On compte sei^e papes ayant célébré leur cinquantième anniversaire de sacerdoce. Ce sont : Jean XXII, Grégoire XII, Ca-
dire que pour lui la loi des interstices n'existe pas et que, simple clerc, il peutse faireconférer lemômejour tous les ordres sacrés. Assis sur son siège, et la mitre en tête, pour la collation du sous-di^conat, il reçoit des mains de l'évêque le calice vide, la patène et les burettes, le livre des épîlres et le manipule. C'est encore assis que, pour le diaconat, ij reçoit l'imposition des mains; le célébrant seul porte la^mitre : les autres cardinaux et évoques donnent l'imposition des mains, tête nue et dans l'attitude du plus grand respect : Açcedenies cum reverentiâ et detectis capitibus, dit le Cérémonial.
A l'origine, le diacre élu n'était pas toujours ordonné prêtre : on le sacrait évèque immédiatement ; mais cet usage de l'ordination persaltum ne se maintint pas: enl073, S. Grégoire VII, et en 1H8, Gélase II, simples diacres, furent ordonnés prêtres'avant d'être sacrés évoques. C'est encore assis sur son trône et la mitre en tête, que le pape reçoit les onctions du sacerdoce, la tradition du calice avec le vin et l'eau, de la patène avec l'hostie ; il communie à côté du célébrant qui, ensuite, est admis, ainsi que les autres cardinaux et évoques, ad oscidum oris : tous lui baisent la main et le pied ; la croix papale est là et à la fin de la messe, lui simple prêtre, donne, dû-milieu de l'autel, la bénédiction solennelle. Le célébrant fléchit le genou pour adresser au pape le s(^uhait ad multos annos. Ce rite, ainsi que celui de la bénédiction,
lixte îir, Paul III, Paul IV, Innocent X, Clément X, Innocent XII, Benoît XIII, Clément XII, Benoit XIV, Pie VI, Pie VII, Grégoire XVI, Pie IX et Léon XIII.
Le cinquantième anniversaire d'épiscopat a été célébré par les mômes, à l'exception de Pie VI qui n'avait pas Ôté évêque avant son élection.
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s'observe à la collation des trois ordres sacrés qui précèdent Tépiscopat.
, Le consécrateur épiscopal du Pape est de droit le Cardinal-évêque d'Oslie, ainsi que l'atteste, dès Tan 411, saint Augxistin : « Nec Romanœ EcclesisB episcopum ordinal aliquis episcopus metropolitanus^ sed de proximo Ostiensis episcopus (1).
Nous nous bornons à résumer Jes principales dispositionsde ce cérémonial. — Après le chant deTierce, îe pape revêt, sur son trône, les oniements pontificaux. Le cardinal consécrateur, portant lepallium (ce jourlà seulement), et ses deux assistants vont processionîiellementà Tautel ; le cardinal-diacre ôte la mitre au pape, qui, à genoux, fait Tacte solennel de la profession de foi (2), puis il monte sur le marche-pied de Tautel et s'agenouille su^ un prie-Dieu, Aprèsle chant des litanies et les bénédictions prescrites, après Timposition des mains et la tradition du livre des Eviangiles, le cardinal entonne le Veni Creator ; puis il
(1) In Brev. collât, cnm Donalist. c. 16.
(2) L'usage de la profession de foi remonte aux origines. Il apparaît nettement dès leVI* siècle. (Cfr, Gratien, 1, <//.s'^61, c. S.) Liis Papes envoyaient ensuite cette profession de foi aux autres Eglises et aux princes sous forme de lettre. Trois formules différentes, dont l'une, contenant une allusion au pape Ilonorius, défrayabeaucoup de polémiques, nou» en ont été conservées par le Liber Viurnus {Edit. Rozière, Pr?ri5, 1869, n»» 83, S4, 85) qui est le formulaire de Chancellerie de l'ancienne Église romaine, comme le Liber pontificalis donne ses annales historiques, comme le Liber cetisHurn fournil l'état de ses comptes et revenus, et comme les Of'do romains recueillis par \Tabillon représentent son Gode liturgique. — Boniface VIII ayant négligé d'adresser sa profession de foi à Philippe le Bel, celui-ci réclama, en faisant valoir que depuis Ghildéric et le pape Pelage II, les rois de France avaient toujours reçu cette communication. Sur ce, le pape lui envoya une bulle spéciale. L'usage de cette profession de foi tomba en désuétude sous les Papes d'Avignon.
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fait, sur la tôtc et ]es mains cTu pape, les onctions sacréesy en entonnant Tantienne UnguerUum in capite, que suit le psaume Ecce quant bonum chanté par le^ chœur.
Le cardinal consécrateur met au doCgt du pape Tanneau pontifical et, avec lescardinauxassistants,Iui fait toucher le livre des Evangiles. Après quoi, leur rôle étant terminé, les consécrateurs se retirent. Ils sont remplacés par le Cardinal-do}i^n qui revôt le pluvial, pour assister le Souverain Pontife, comme évêque, à* la messe solennelle, et par le caj*dinal-diacre d'office qui s'approche du pape assis , essuie sa tôte encore humide des onctions sacrées et l'accompagne au pied de* Taulel où, assisté encore d'un auditeur de Rote, sousdiacre apostolique, le nouveau Pontife commence la me?se.
A Toffertoire, pendant le chant du motet Exultate DeOf cinq prélats delà Signature, précédés d'un maître des cérémonies et des massiers, portent les offran-, des: deux cierges à î'écusson pontifical, deux pains et deux petits barils de vin, que le Doyen présente successivement au Pape.
Le Cérémonial qui règle l'ordination épiscopale du Pape est plus ancien que celui que prescrit le Pontifical romain pour le sacre d'un évoque ordinaire. Il a ceci (le remarquable que le titc de la consécration ^ épiscopale s*aclu>ve tout entier avant la messe, et que le Pape peut ainsi célébrer la messe pontificalemenl, tandis que Tdvôque ordinaire n'est pleinement évt^(iue qu'après la célébration de la messe. Aussi, juscju'au moment delabénédictionfinale,cedernier occupe une place inférieure à celle du consécrateur. Il en est autrement pour le Pape. Ce rite spécial fut très "
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exactement observé lors dy sacre de Grégoire XVI, le 6 février 1831.
Durant les onze premiers siècles, la cérémonie de la consécration épiscopale du nouveau Pape formait le complément régulier de Télection^ puisqu'on n'élisait jamais un candidat qui fût déjà évèque. On donnait à cette célébration une importance et un relief tels que le début d'un pontificat se supputait d'après le jour du sacre et non d'après celui de l'élection (1). Au temps oô les rois goths, les empereurs byzantins . et plus tard les empereurs allemands formulaient la prétention d'approuver Télection et Jfaisaient ainsi peser, sur la papauté; le joug que Grégoire VU ,devra briser,- la consécration de l'élu était retardée «jusqu'à l'arrivée de l'approbation impériale, ou jusqu'à la venue des ambassadeurs désignés par l'empereur pour y assister. Durant cet intervalle souvent , fort longjle nouveau pape ne s'immisçait pas dans le gouvernement ecclésiastique et le siège, en réalité, demeurait vacant. C'était un état de choses qui ne pouvait durer. Ilildebrand préluda à la suppression tle la confirmation impériale en faisant prévaloir de nouveau, par la Bulle de Nicolas II, le principe primitif que l'autorité pontificale est conférée tout entière par l'élection seule, avant et en dehors de toute
(1) Conformément à cet usage^ le pape élu, mais décédé avant la Consécration, n'est pas compté alors dans la liste des Pontifes ro* mains. C'est le cas notamment du successeur de Zacharie, en 752, lequel aurait été Etienne II, s'il eut vécu jusqu'au sacre. De son pontificat de quatre jours {papa quatridinnus), \e Liber ponti fi calis ne tient pas compte. De là même une divergence de numération dans la série des papes du nom d'Etienne. Il en est de môme, probablement, d'un Jean XV en 985. — Plu% tard, le cas se reproduit encore pour Urbain VII ^1590).
cérémouie d'intronisatioo, de sacre ou de couronnement (1). Ce principe, on sait si Grégoire VII le soutint activement, après l'avoir proclamé doctrinale- • ment.
Au reste, l'élection d'un évêque déjà sacré étant devenue plus fréquente sous l'influence des Othons de la maison de Saxe, et à la suite du cas de Formose, S. Léon IX avait inauguré l'usage de dater Tannée du pontificat du jour du couronnement, sans tenir compte du Sacre : il y avait là comme un premier . acheminement vers la doctrine que Grégoire VII allait remettre en honneur. Après lui, il resta bien établi que l'exçrcice de la juridiction pontificale commençait dès le premier moment de l'élection canoniquement proclamée et acceptée. Depuis lors, U Sacre, quand il dut avoir lieu, se fit toujours librement et sans longs retards : tout ce qui ressemblait à un droit d'agrément ou de confirmatiop de la part du pouvoir impérial se trouva définitivement écarté. Sur ce point, comme sur tant d'autres, l'influence du moine Ilildebrand est demeurée décisive.
(1) Si... is qui clertus est, in Apostolica Sede Juxta ronsuetu» dinem^ inthronizai'i non vulentj elertus tamen sirut verns Pfipa ohtinrt nuctoritnlcm refjendi liornnnnm Kcclesiam, et disponen^ di omnex fdcultates illius^ quod hectinn (rregorium ante suant consecrationeoi coy/ioci/nics fecisse. {Constit» In nomini Doinini).
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