CHAPITRE XVII
I. — Cérémonies complémentaires. — Le pape avant le couronnement. — Premières origines. — Mitre et Tiare. — La double Couronne. — Le Tri^egnum à Avignon. — La triple puissance et M. de Bismarck.
II. — La messe du couronnement. — A la porté de S. Pierre. — Flamme d*étoupes : Sic transit gloria. — L'imposition du Pallium. — Tu illurn adjuva ! — L'Epitre et TEvangile en grec. — Le pape communie au trône. — Gonsalvi, diacre de Léon XIL
III. — Le couronnement dans la LoggUi du portique. — Accipe tiaram ! — La grande bénédiction. — Histoire de tiares. — Avant et après Tolentino. — Couronné à huis-clos.
IV. — Rites anciens. — Chape rouge et tunique blanche. — Au Latran. — De stercore erigens pauperem. — Les sièges de la papesse Jeanne. — Polémique protestante et transfert au Louvre.
— La férule et la bourse. — Dispersit pauperihus, — Intronisation au Vatican. — Cathedra Pétri. — Procession et Renaissance. — Les juifs, la Thorah et le pape.
V. — Le pape à la porte du Latran. — Clefs d'or et d'argent. — Obédience et presbyterium. — hSiCavalcata n*est plus qu'un souvenir. — L'armée italienne rend les honneurs militaires au pape.
— Visions d'avenir.
L'élection a conféré au nouveau pape la plénitude de la juridiction; la consécration épiscopale lui a donné la plénitude sacramentelle de la puissance d'ordre : aucun autre act& n'est en réalité nécessaire pour qu'il exerce légitimement les fonctions propres au chef de l'Eglise, la Primauté de l'évoque de Rome.
Cependant les âges chrétiens ont introduit un ensemble de cérémonies symboliques qui sont les rites complémentaires de Tinstallation du nouveau Pontife, et qui se résumaient jadis en deux actes principaux: rintronisation sur le siège de S. Pierre, et le couronnement. L'intronisation s'est transformée, au cours des siècles, et survit aujourd'hui dans la prise de possession de l'Eglise du Latran, cathédrale de l'évoque de. Rome, et siège du patriarcat d'Qccident; mais, tandis que cette cérémonie était autrefois le premier acte des solennités en l'honneur du nouveau pape, elle en clôt actuellement la série.
Le couronnement précède donc, aujourd'hui, l'intronisation (1). Lorsque le nouveau pontife doit rece-
(1) La yéritable intronisation, aujourd'hui, se retrouye plutôt
voir la consécration épiscopale, les deux cérémonies ont, le plus ordinairement, lieu le môme» jour ; — et il en fut ainsi pour le sacre de Grégoire XVI. Mais aucune prescription n'existe à cet égard : Clément XIV, sacré le 24 mai, ne fut couronné que le 4 juin. Si au contraire, le pape élu est déjà évoque, comme c'est aujourd'hui le cas le plus ordinaire, il n'y a point d'autre consécration que le couronnement : Episcopus qui in papam electus est^ non consecratur deniio, sed benedicitur aliquo die Dominico et coronatur^ dit un Ordo romain du XIV' siècle ; si electus pontifex jam episcopus est, tantum benedicendus etcoronandus, répète le Cérémonial de Patrizzi. C'est cette bénédiction particulière, impliquée dans le rite du couronnement et désignée, parfois, sous le nom impropre de consécration, que certains auteurs ont confondue avec le Sacre épiscopal.
Le couronnement n'ajoute en rien à l'autorité du pontife ; il peut donc être différé sans inconvénient. Le pape emploie généralement les jours de délais que nécessitent les préparatifs de la cérémonie, à faire les nominations des principaux dignitaires du gouvernement pontifical ; mais il n'expédie point de Bulle et se contente, jusqu'au couronnement, d'écrire et de délivrer, quand les affaires Texigent, des Brefs qu'il scelle de l'anneau du pêcheur. S'il arrivait des circonstances tellement graves qu'il fallût .absolument recourir à l'expédition de Bulles, durant cet intervalle, le sceau de plomb ne porterait que les effigies de S. Pierre et de S. Paul, sans le nom du pape au revers. Le diplôme pontifical serait alors souscrit au
dans la cérémonie de la triple obédience des Cardinaux aussitôt après l'élection.
moyen de cette formule: Datum à nostri suscepti
apostolatûs officio anno primo. Après le couronnement, la suscription est ainsi modifiée : Datum.., pontificatus nostri anno primo.
Nous avons vu que, depuis S. Léon IX (1049), les années du pontificat datent du jour du couronnement et non de celui du sacre ou de Téleclion. Cet usage a persisté en dépit de la Constitution Cum esset du IS décembre 1633, dans laquelle Urbain VIII cherchait à faire prévaloir la date de Félection.
La cérémonie spéciale du couronnement du Pape qui, sans doute, à Torigine, faisait partie intégrante du sacre, apparaît vers l'époque de Charlemagne ; du moins la première mention qu'on en retrouve est celle du couronnement de Léon III (793), lequel couronna lui-même le grand Empereur (1).
(1) Ingressiis in sncrntarium jarn tune sedet in sella apostO' lien. Egrediens inrie, cum ad inferiores gradus snncti Pétri descendit^ ihi stat equus nel selln prœdecessoris Pontificis et ad sedendum paratua. Et accedunt patroni regionum uno incipiente ceteris respondentibus in hune modutn eanunt ei laudem : Domnus Léo Prrjya^ quem sanctus Petrus elegitinsua sede multis annis sedere. Hor usque ter dicta, nceedit prior stabuli, imponit in ejus eapite Regnurn quod ad similitiidinem cassidis ejc albo fit indu/nento. (Ord. IX, aj). Mabillon, l. c.) •
Got Ordo, déjà cité dans la collection canonique de Deusdedit (XI» siècle) est considéré généralement comme datant du IX« siècle, et le Pape dont il décrit le couronnement est Léon IV (847) ou plutôt encore Léon III (795). — Un document encore antérieur, la Donatio Constanti7ii^ (MuratoriyScript. italic. III; Lvihhfi,Concil. I), qui, si elle n'est pas authentique dans sa forme actuelle, n'en remonte pas moins à Tépoque de Pépin, vers 740-774, parle de la Tiare phyrgienne qu'aurait donnée Constantin au Pape S. Sylvestre, après que le Pontife eût refusé la couronne d'or que l'empereur lui offrait. — On a voulu parfois rattacher la cérémonie à la couronne que Glovis envoya au Pape Symmaque, mais il semble que cette couronne était plutô^un ex-iooto à suspendre au-dessus du tombeau de S. Pierre. •