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AYANT-PROPOS

loppées à l'appui de mes assertions. II y a quelque avantage, au contraire, ce me semble, à les soumettre de nouveau à l'atteiition équitable des lecteurs éclairés.

25 janvier 1893.

Ad religionis bonum^ internœque tranquiUitatis conservationem ea quœ sequunturconventasunt. (Préambule du Concordat.)

Sous ce titre : Documents sur la fiégociation du Concordat et les rapports de la France avec le Saint-Siège en 4800 et en 4801 y M. le comte Boulay de la Meurthe vient d'offrir au public un exposé complet des transactions diplomatiques qui ont amené la conclusion du Concordat. Cette publication arrive à son heure. Le traité passé en 1801, entre le pape Pie VII et

m: concordat*

le premier consul Bonaparte n'a pas cessé, on le sait, d'être en vigueur et régit encore pour nous, malgré tant de changements survenus, les rapports de FÉtat et de FÉglise. En quelle mesure il est utile et sera môme possible d'en maintenir l'application dans l'état actuel de TÉglise et de la société franc;aise, — iiuel serait soit l'avantage, soit le danger de faire cesser les obligations qui en dérivent, en rendant, par une séparation légale, leur indépendance aux deux contractants, — ce sont là des sujets d'une j)réoccupation très générale et de débats sans cesse renaissants, soit à la tribune, soit dans la presse. Rien donc de plus opportun, et (si on ne répugnait à se servir d'une détestable expression devenue courante) on dirait même rien qui soit d'un intérêt plus actuel que l'étude impartiale et véridique d'un fait

historique dont les conséquences conservent encore, au bout d'un siècle, assez d'importance pour soulever des questions irritantes et susciter peut-être demain de plus graves agitations.

Sous ce rapport, je ne crois pas qu'on puisse rien trouver de plus satisfaisant ni de plus instructif que le lumineux travail que M. Boulay de la Meurthe poursuit depuis plusieurs années, avec une conscience vraiment méritoire* Il n'est pas une des phrases de la transaction la plus épineuse peut-être dont les annales de la diplomatie fassent mémoire que M. Boulay de la Meurthe ne nous fasse connaître, à l'aide de détails très curieux, qu'il a été chercher dans des documents inédits : car il y avait encore de l'inédit et de l'inconnu (l'aurait-on supposé?) même après M. d'Hausson ville et le P. Theiner, qui, dans leurs ouvrages

diversement célèbres, semblaient nous avoir révélé tous les secrets de nos archives nationales et de celles du Vatican.

M. Boulay de la Meurthe a su en trouver d'autres qui ne sont pas d'un moindre prix et qui voient pour la première fois le jour. Il n'est pas un des projets de pacification d'abord imaginés ou ébauchés, puis proposés, débattus, rejetés ou modifiés, soit à Rome, soit à Paris; pas un des incidents et des orages qui ont interrompu, à plus d'une reprise, le cours de la négociation, et menacé d'en amener la rupture, dont il ne nous tienne scrupuleusement au courant. Et pour que le théâtre nous soit aussi bien connu que les acteurs, de courts résumés nous rappellent les faits survenus tant en Europe qu'en Italie, pen- ' dant cette mémorable année, qui ont pu influer sur les dispositions réciproques des

deux parties en présence. Enfin, des recherches faites dans les archives de Vienne, de Londres et de Madrid, nous peignent la surprise éprouvée, dans les cabinets des diverses puissances, par le rapprochement inattendu du Père commun des fidèles avec un fils couronné de la Révolution française. Ce n'est encore qu'une collection de pièces, mais si bien classées et si heureusement précédées de commentaires d'une sobriété intelligente, que l'ensemble a pour le lecteur toute la clarté et tout l'intérêt d'un récit.

Ce qu'il y a assurément de plus précieux dans les révélations que nous devons à M. Boulay de la Meurthe, c'est la possibilité qu'il nous donne de suivre jour par jour et de mettre en regard les moindres effets produits par les progrès de la négociation sur les deux théâtres où elle de-

r. LE CONCORDAT.

vait ôlre simullanémcnt poursuivie. Rien (le plus curieux que de comparer, à propos des mêmes faits, souvent des mêmes conversations, d'une part, la correspondance écliangée entre les agents pontificaux présents à Paris et la curie romaine; de l'autre, les rapports adressés au Premier Consul, par les deux intermédiaires qu'il s'était choisis : le ministre Talleyrand et un ancien ecclésiastique vendéen, soumis et plus que pénitent, l'abbé Dernier. Rien ne fait mieux apprécier la différence des deux milieux et, dans l'un comme dans l'autre, l'état également, mais diversement agité des esprits. C'est tout un drame qui est ainsi mis sous nos yeux :

la scène, qui est sur le devant, ne nous cache pas les coulisses, et le dialogue ne nous empêche pas d'entendre les apartés.

Je serais bien surpris si ce rapprochement

ne suggère pas au lecteur impartial un jugement qui est le mien depuis longtemps, mais que je trouve tout à fait confirmé, à rhonneur également des deux signataires du Concordat.

Assurément je n'ai pas un instant la pensée de les mettre sur la même ligne.

Nul parallèle entre eux n'est possible.

S'agit-il de génie? Personne n'a jamais prétendu qu'il y eût égalité entre Pie VII et Napoléon, S'agit-il d'élévation morale et de droiture de conscience? La parité n'existe pas davantage, bien que les termes soient renversés. Enfin nulle comparaison n'est à faire entre les deux natures d'intérêts — aussi différents que le ciel l'est de la terre — dont le chef de l'État et le chef de TÉglise avaient à prendre souci.

Mais, mettant de côté des assimilations qui manqueraient de justice autant que de

convenances il faut reconnatire qu'ils eurent l'un et l'autre un mérite pareil : ce fut de résister à un très fort courant d'opinions (»t de préjugés qui régnait autour d'eux el de déploj'er pour y tenir tête une rare fermeté d'esprit.

Pour le Premier Consul, les obstacles qu'il eut à vaincre ont été plus d'une fois décrits. On sait le propos qu'on a prêté à Tun des généraux qui raccompagnaient à Notre- Dame, le jour où fut célébrée la première messe pour l'inauguration du Concordat.

« Belle fête, dit-il, il n'y manque que ceux qui sont morts pour détruire ce que vous rétablissez. » La remarque avait une grande apparence de vérité et trahissait un fond de sentiment qui devait, dans le cortège consulaire même, éveiller plus d'un écho. Il est certain que la Révolution française, issue d'un mouvement philosophique

dont le dernier terme avait abouti à la négation de toute idée religieuse, était entrée, dès le premier jour, avec TÉglise catholique dans une lutle dont, à travers des phases diverses, elle ne s'élait pas désistée un seul instant. Se rapprocher du pape, c'était renier ce qui, aux yeux des esprits superficiels, était Tune des expressions caractéristiques de cette révolution même, et pourtant Bonaparte, élevé par elle, n'avait nulle intention de la désavouer. Si les passions irréligieuses s'étaient un peu assoupies dans l'apaisement général qui avait suivi les grandes crises, l'orgueil national répugnait pourtant à l'apparence humiliante d'une pénitence :

et les nombreux intérêts engagés dans la vente des biens ecclésiastiques s'inquiétaient d'un rapprochement qui paraissait menacer une propriété récente et

encore contestée. L'intérùt et la vanité sont, on le sait, encon* plus vivaces et })lus susceptibles <iue les passions. Puis cette Église qu'on voulait rétablir était divisée. Dc^puis la malluuireuse invention (le la conslilution civile* du clei^é, un nombre très considérable» de prêtres s'étaient écartés de l'autorité ih Rome pour obéir à la loi française, et se A'antaient encore de cette séparation comme d'un acte d'indépendance patriotique. C'étaient ceux-là qui se plaignaient d'être sacrifiés par le Concordat à d'autres dont les chefs avaient cherché un asile à l'étranger, parmi les ennemis de la Révolution et de la France. Pour se faire une idée de la variété complexe des résistances que rencontraient les desseins du Premier Consul, môme dans son entourage le plus intime, il suffit de rappeler que l'homme du

monde qui sut le mieux, dans toute sa carrière, se prêter aux circonstanœs, Talleyrand, — mêlé, comme je viens de le dire, à la négociation en qualité de ministre des relations extérieures, — n'y entrait qu'à regret, et M. Boulay de la Meurthe nous montre qu'il l'entrava î\ plusieurs reprises. Autrefois év(>que et marié, cela s'explique. Mais cela même atteste combien étaient difficiles à rompre les liens qui écartaient, de la voie suivie par le nouveau maître, même les serviteurs les plus habituellement empressés de ses volontés.

Ce maître, seul de son avis, tint ferme et en vint à ses fins. Les motifs qui lui avaient suggéré sa décision et l'y firent persister, étant d'une valeur inégale aux yeux du moraliste et de l'historien, sont appréciés différemment, sliivant le juge-

ment qu'on porte de l'homme et de son œuvre. Ceux que lui-même nous a fait connaître étaient sérieux et ont été justifiés par l'événement. C'était l'exécution, sur un point très important, d'un plan général et vraiment patriotique qui consistait à mettre fin, après dix ans de luttes violentes, à toutes les dissensions civiles et à fermer toutes les plaies béantes. Le schisme constitutionnel avait été l'un de ces éléments de discorde et des plus actifs : il importait d'en effacer le souvenir, et le pacificateur devait attacher autant de prix à faire prier, dans les mêmes églises, prêtres jureurs et prêtres insermentés, qu'à faire asseoir sur les bancs d'un même conseil d'État des régicides et des émigrés. Il ne se trompait pas d'ailleurs en pensant que l'opposition, dont le murmure bourdonnait à ses oreilles —

quelque vive et même importune pour lui qu'elle pût être — était pourtant superficielle et restreinte à une classe d'hommes trop mêlés aux agitations politiques, pour en perdre l'impression et le souvenir, tandis que dans les masses devenues indifférentes et fatiguées se trouvaient une foi religieuse encore très vivante, un attachement héréditaire au culte des aïeux, d'où résultait une souffrance muette mais aigué d'en être violemment privées. C'était un instinct supérieur qui avertissait Bonaparte qu'en allant droit à ce fond de la société, il pouvait braver, sans détriment même pour sa propre popularité, les railleries impuissantes des mécontents^ Enfin, il raisonnait en véritable observateur du cœur humain, en reconnaissant qu'à la religion seule appartient une influence morale suffisante pour rendre aux âmes

troublées un esprit de règle et de paix qui leur fasse accepter le frein des lois et supporter le poids des inégalités sociales.

Seulement c'est ici que les opinions se partagent. Plus d'un critique a soutenu, et des censeurs éloquents afBrment encore que c'était cette influence morale même dont il reconnaissait l'empire, que l'ambitieux dictateur voulait mettre sous sa main, en l'attachant à son pouvoir par tous les liens de la gratitude et de la dépendance, afin d'en faire le soutien de sa grandeur personnelle, et comme son principal instrument de règne. Tous les calculs intéressés peuvent être imputés, avec vraisemblance, à un despote et à un conquérant. Et les derniers actes de Napoléon, en matière religieuse comme en toute autre, autorisent assurément à incriminer l'intention qui lui dicta les premiers. Mais si

tous les soupçons sont permis, toutes les accusations pourtant ne sont pas également démontrées, et il ne faut pas s'empresser, en ce genre, de prêter même aux plus riches. L'insistance que le Premier Consul mit à se rapprocher, par un traité formel, de l'Église catholique, ne peut-elle donc s'expliquer par d'autres mobiles que par l'arrière-pensée de l'asservir? L'expérience qui venait d'être faite par dix années de persécutions impuissantes, plus funestes à ceux qui les avaient exercées qu'à ceux qui les avaient subies, ne parlait-elle pas assez clairement ? Le sens politique, dont on ne dira pas qu'il fut dépourvu, ne suffisait-il pas pour l'avertir que, placés en face d'une société morale aussi fortement organisée que l'Église catholique, ceux qui gouvernent une nation où elle est dominante ne peuvent pas faire semblant de ne pas la

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connaître, et n'ont que le choix ou de vivre en accord ou d'entrer en hostilité avec elle?

Voyez donc sans parti pris les choses comme elles sont, et non comme on pourrait souhaiter qu'elles pussent être. D^geons, pour un moment, le problème qu'avait à résoudre le Premier Consul du trouble des circonstances accessoires qui en accroissaient les difficultés, mais qui en dissimulaient la nature. N'était-ce pas le même qui s'est posé devant tous les gouvernements modernes, depuis que l'Évangile a introduit dans le monde cette distinction du spirituel et du temporel qu'avait ignorée l'antiquité, et dont la. notion tend toujours à s'obscurcir même dans les pays chrétiens ? Impossible (et Dieu en soit loué!) à supprimer depuis qu'elle est devenue aussi essentielle à l'hon-

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neur des nations qu'à la dignité des individus, cette distinction est loin, il en faut convenir, de rendre plus commode la tâche de ceux qui ont à leur commander. Rien de plus dissemblable assurément que ces deux domaines dont l'un ne veut relever que de la conscience, tandis que l'autre est réclamé par la loi civile : mais rien de plus indécis que leurs limites, et l'entreprise de tracer entre eux une ligne de démarcation est véritablement la quadrature du cercle qui fait le désespoir des mathématiciens politiques. Une grossière appréciation pourrait seule leur faire croire que la séparation souhaitée puisse s'opérer d'elle-même d'après des principes absolus.

« Tout serait simple, en effet, écrivais-je il y a plus de trente ans, si l'Église n'était qu'une institution de prière, et l'État une institution de police; si toute la religion

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