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jours SOUS votre sage direction. Elle en a besoin plus que jamais. Elle se développe moralement avec une rapidité qui m*effraie. Laurence aura longtemps encore quelque chose de Fadolescence; celle-là, qui est toute de feu, sera avant six mois une femme aux idées arrêtées, énergique, terrible même. C'est une crise qu'elle subit. Aidez-la, calmez-la.
Adieu, très bon père. Je suis bien triste d'être si loin de vous et de ne vous communiquer que par lettres toutes mes pensées. Mais je suis heureuse encore par ce moyen, que vous me permettez, de me tenir toujours ici, comme à Paris, en enfant docile sous votre conduite si sainte et si prudente. J'attends vos conseils.
Votre fille qui vous est toute dévouée,
Hélène Deville.
P. S. La malheureuse Aubierge m'a quittée bien tristement. C'est encore une âme perdue. Oue Dieu lui pardonne! Elle n'a pas voulu servir en province. Je ne puis vous dire charitablement que cela. Je vais écrire à la bonne supérieure, pour la prévenir sur le sort de sa protégée. Je lui dois cette politesse.
Adieu, bon père,
Hélène.
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M. Deviile à Armand VUlaret.
Vareilles^ le 38 avril 186 .
Vous m'accusez réception de ma lettre» bien eh^r Armand. Elle a été pour votre cœur, mortellement blessé par la décision deÈ médecins qtiî ne tous permettent plus d'espérer pour Votre mère que quelques semaines, quelques purs peut être d'existence, une douce consolation; tant mieux! Que pouvais-je vous dire cependant? Rien ne console d une telle douteur. Si la science se trompait, si votre mère pouvait être thinsportée, je vous dirais : J'ai bien hâte que vous nous arriviez ici. Vareilles n'est plus ce que vous l'avez vu dans des jours qui ne reviendront jamais. Une influence néfaste est venue troubler notre bonheur domestique : nous ne nous appartenons plus : nous ne nous aimoïis plus. Hélène est complètement changée pour moi. Il semble Iju'elk se donine, pour plaire à ison directeur ^spirituel, l'amer plarsir de détacher chaque jour mon cœur du sieû.
l'espérais beaucoup du séjour de la cam^ pagne. Déjà la pl'emière verdure apparaît. Nos hêtres bourgeonnent à plaisir. Nos prairios sont splendides et ont cette première verdure tendre que nulle palette de peinture n'a rendue encore-
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Que nos soleils ici ont de chaleurs douces ! Cest un monde qui renaît à la rie. Nos abeilles bour^ donnent. Il se fait de premiers coassements aux bords de nos ruisseaux. Tout bondit au sortir des étables. Quelle douce vie que celle des champs ! Et pourquoi ce bonheur si pur estil si cruellement troublé?
Cette nature, tant admirée autrefois par Hélène et par moi, dans son réveil après l'hiver, qui est toujours ici assez rude, semble ne plus rien dire à cette pauvre femme. Elle s'est jetée dans une multitude de dévotions qui l'absorbent. Ce sont des récitations sans fin, des oraisons mentales, des examens de conscience quotidiens, sans parler du chapelet monotone, inventé par saint Dominique pour dispenser de trouver, au fond de son âme, un mouvement de prière vei« Dieu.
La correspondance avec Paris va son train ; je dois respecter cela, quoique je sache très bien que les conseils qui lui viennent de son moine lui sont mortels. Mais jamais je ne ferai de tyrannie sur la conscience de personne.
mon ami, quelle cruelle expérience je fais des dangers pour la société moderne de ces moines qui en sont les ennemis acharnés!
Comme ils sentent que l'homme leur échappe, c'est sur la femme, la pauvre Eve crédule et bonne^ qu'ils se jettent comme sur une proie.
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Hs lui parlent au nom de Dieu. Et avec ce puissant levier, cette grande idée qu'ils avilisent, ce nom trois fois saint qu'ils profanent, ils élèvent» au milieu de notre civilisation prospère, un antagonisme formidable contre lequel, avant peu, tout sera impuissant, la législation ellemême, parce que des lois sages, pas plus que des lois sévères, ne peuvent atteindre des préjugés que Ion a jetés dans les consciences au nom de Dieu.
Quelle étrange révolution s'opère à petit bruit depuis un demi-siècle ! Et nos penseurs et nos publicistes ou n'en connaissent pas les dangers pour l'avenir, ou croient au principe nouveau assez de force pour contre -balancer ces influences néfastes. Ils se trompent. L'idée nouvelle travaille les esprits ; la vieille idée oppressive et écrasante de toute liberté prend racine dans la conscience des femmes et règne déjà au foyer domestique, et cela maigre nous, ou bien à l'abri de nos insouciances, de nos travaux d'aflaires, de notre recherche des plaisirs. La barbarie tua l'ancienne civilisation, brûla ses villes, ses œuvres d'art, pilla son or, son cuivre, et se livra aux grossières saturnales sur les ruines fumantes de ce vieux monde. Les nouveaux barbares, revêtus d'un froc, maudissent la liberté sans laquelle il n y a pas de cité, jettent l'aiiathème aux saintes aspirations de
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rhomme moderne vers un meilleur avenir, pervertissent Tâme dans les êtres faibles et tendres, pour qu'il y ait une force d'inertie indomptable, au sein de la famille même, contre toute idée de progrès déclarée par eux une révolte devant la loi fatale de la souffrance.
Il y a donc invasion lente, mais irrésistible, de cette seconde barbarie. J'ai le cœur trop malade, Armand, pour songer à chercher un remède à cet envahissement de la théocratie.
Notre triste expérience n'éclairerait personne; et il faudra de plus grandes catastrophes pour que le cri d'alarme soit enfin poussé parmi ceux qui veillent aux destinées des peuples. Mais que de mal aiira été fait j
Vous voyez au ton de ma lettre que mes idées sont au noir. La chère Laurence, dont vous avez dû recevoir une seconde lettre, fait tout pour m'arracher à une vague stupeur qui semble s'emparer de moi. Si je n'avais pas le sentiment d'un reste de raison et de force, je croirais qu'un génie fascinateur et méchant a jeté sur moi et sur les miens ce que la superstition a appelé un sort et que les Italiens rendent par ce mot expressif, la jettatura. Dieu merci, moi, l'ennemi des préjugés, je ne tombe pas dans celui-ci ; mais il est universel dans l'humanité, II règne à Rome, à quelques pas du palais du isuccesseur des apôtres, qui n'a pas pu le déra-
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ciner, et qui, par une bizarre idée, passe lùiméme pour le plus dangereux jetteur de sorts de toute l'Italie. Les voyageurs le trouvent régnant sous la tente des nomades, dans les solitudes brûlantes de TAfrique , au sein des peuplades de ce troisième monde étrange que nous appelons TOcéanie.
îiotrejettatore à nous, mon bien cher Armand, a été un moine. Ne m avez-vous pas dit que là première fois que cet homme parut devant vous, il vous vint cette pensée terrible : Si mon bonheur pouvait se perdre, ce serait par cet homme. Notre bonheur, Armand, n'est pas perdu; il y a une justice divine contre les moines; mais il est cruellement empoisonné.
Laurence est obsédée par sa mère. L'idée que vous compromettrez le salut de sa fille lui a été inoculée, par son moine, avec un art infernaL Cette idée, dans un cerveau que je vois s'affaiblir de jour en jour, fait un affreux ravage. L'homme ennemi, pour employer le langage des mys*tiqdes, a très bien calculé ses coups. Faisons trembler cette mère sur le salut éternel de sa fille, compromis par un mariage avec un homme qui n'aime pas le pouvoir temporel du pape. Il n'en fallait pas davantage. L'idée de votre livre l'épouvante. Le moine lui a dit qu'il serait mis infailliblement à YIndex. Aux yeux de ma femme, cela vaut une excommunication. Si cela
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«prive, et je CFoiâ que le moine ne $e trompera pas y Hélène croira plaire à Dieu et à son père spirituel eq vous traitant comme un excommunié. Vous avez beau séparer la cause de la papauté spirituelle de celle de la politique : les femmes ne comprennent pas cela. G*est le pape! Et un pape sans une couronne de roi, sans une gard^ de roi, sans un empire terrestre, c'est un pauvre homme qui représente mal le fabricant de charrues de Nazareth. Faites comprendre le contraire à notre bonne Hélène !
Voilà comment le moine a été notre jettaiore. Il n'a pas été trop maladroit. Hélène croirait aller au martyre, si je lui imposais un gendre qui ne serait pas pour le pape, à la façon de son cher père spirituel, maître Jérôme, qui, à ses yeux, se connaît mieux en orthodoxie que vous et moi.
En apparence, c'est très logique. Que dire à cela?
Vous comprenez que ce n'est qu'avec un amer chagrin au cœur qu'elle est partie pour VareiUes. E)lle se faisait une fête d'assister aux sermons du mois de Marie, que prêchera, dans la chapelle des dominicains, le père Jérôme, Je l'ai contrariée là visiblement; mais enfin elle n'a pas résisté. Puisse-t-elle ici se calmer un peu!
Au milieu de choses si tristes, je ne dois pas
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oublier la jolie aventure de mademoiselle Auibierge* Ma femme, le matin, la veille dé notre départ, lui avait payé son mois de gages et lui avait appris que nous partions pour la campagne. La journée se passa. Vers le soir, après le souper, plus de femme de chambre. On cherche partout; elle avait disparu,
Laurence monte dans la petite chambre qu elle occupait. Elle est vide des bardes de la jeune fille. Un papier blanc, déchiré en quatre, était sous la table, Laurence le ramasse; elle reconnaît un brouillon de lettre ; elle me l'apporte. ]Nous réunissons les fragments déchirés, et nous y lisons Tépître suivante, que Laurence vous jpecommande pour sa belle orthographe.
« Monsieur Florentain.
<c Quand vous nous avez eu quittées, j'ai été bien triste. Je n'ai fait que langir. Je vous aimé tant. Mes yeu seul vous le disait. Je n*aurai jamé osé vous le dire. Mintenante madame pard pour la Gruze. Je n'ai pas envi d'allé avec les gardeurs de daindon. Je veu resté à Paris. Vous voilà mon secré, cher monsieur Florentain : j'ai assé fait l'expion du père Jéraume dans cette méson. Gela m'annui. J'aime mieu être moin heureux ailleur et être libre.