‹ Le confesseur: par l'abbéChapitre 13 sur 21 · INCIDENT FAVORABLE AU MOINE · texte numérisé non relu

INCIDENT FAVORABLE AU MOINE

Madame Deville au révérend père Jérôme^

Vareilles, le 186 .

Vous allez être bien étonné, mon très cher père, de recevoir une lettre de moi, datée de la Creuse, lorsque vous me croyez encore dans mon hôtel de la rue Saint-Dominique. Comprenez-vous que je n*ai*pas eu un moment pour aller vous demander votre sainte bénédiction? J*avais toujours espéré m'échapper un peu. Mais le terrible mari , soit calcul, soit coïncidence, ne m'a pas donné un moment. Notre départ a été précipité^ et nous n'avons eu le temps que

d'aller faire nos adieux à nos amis les plus intimes.

Mais pourquoi quitter Paris lorsque beaucoup de familles riches ne sont pas encore parties pour la province? M. Deville me paraissait, depuis quelques jours, préparer ce départ, que je ne croyais pas devoir être si subit, lorsqu'une dépêche télégraphique, reçue par M. Villaret, lui a appris que sa mère, dont la santé paraissait s'améliorer sensiblement sous le doux climat de Nice, a été atteinte par une attaque de paralysie et qu'elle était à toute extrémité. Le fils s'est précipité au chemin de fer de Lyon, voulant rendre les derniers devoirs à sa mère. Laurence, que son père avait eu la maladresse de mettre dans la confidence des efforts que je faisais pour rompre son. mariage, a été au désespoir des nouveaux retards que le deuil probable de M. Yillaret apportera à leur union.

J'ai su qu'elle avait auppUé son père 4e partir imniédiatement pour VareiUes , Paris , depuis eette nouvelle, lui étaskt devenu insupportable^ La père, qui est d'une faiblesse ^tréme pow cette enfant et qui, soit dit entre noua» n'était pas fâebéde me priver des saintes consolatîooa et 4e la force que je puise dan$ vos oeos^iU^ t été enchanté de cette demajude. Il est venu xm dire y dissîmulaot mal sa jpie : -^ Laurence» d^ns la situation pénible qui lui sera faite pat

INCIDENT FAVOlUBii: AD MOINE Stt

la mort de madame Yillaîet, veut absoluitieat quitter Paiis. J'ai envoyé arrêter un oôupé pour le premier train de d^^^ain. le lui ai répondu qu'il était ridicule de quitter ainsi beaucoup de nos coiûaaissanees. — Nous ferons nos principales visites dans l'après-midi. Notre positi4Mi sera comprise.

J'ai vu que c'était une détermination inébranlable; je n'ai pas insister II aurait fallu une jscène , et j'ai assez de celles de ces derniers jours. Âh ! mon père, que de souffrances dans la famille ! que de luttes pour y réaliser le bien ! ^on mari, que j'avais espéré gagner, bien loin de céder à la douceur ou de plier devant mes résistances^ semble s'obstiner de plus en plus. Une uiûion si parfaite autrefois, que dans dix* huit ans pas une de nos journées n'avait eu un nuage, est une union maintenant troublée.

€her père, vous m'avez dit de tout prendre en esffrrit de mortification et de pénitence; je le fais bien. Mais cependant j'en suis à regretta cte passé paisible. Je sais que toute vie humaine peut ^tre troublée; que Dieu envoie l'épreuve •quand il lui plaît; toutes ces choses, la foi me l'enseigne, et je dois croire que Tabus que j'ai Ikit des grâces de Dieu m'a mérité d'être punie ; mais je souffre beaucoup.

Je ne vois d'issue à aucune de mes entreprises, iaites pour la gloire de Dieu et pour répondre à

VOS bontés, mon si digne père, et cela me désole. M. de Ghantonnay, qui est venu nous voir plusieurs fois avant notre départ, a dû vous dire avec quelle amitié je Tai toujours reçu, et que j'ai tout fait pour que Laurence l'accueillit convenablement. J'ai beau travailler, cette chère fille est trop semblable de tout point à son père; je crois bien qu'elle rend justice aux brillantes qualités de votre enfant; elle lui reconnaît de l'esprit, beaucoup d'esprit, une distinction parfaite; mais, quand je veux lui insinuer qu'elle est aimée de ce jeune homme, elle me terrasse par ce mot : — Mais, ma pauvre petite mère, vous savez bien qu'on ne donne pas deux fois son cœur! — Je vous avoue que je suis embarrassée pour lui répondre ; j'ai tant aimé son père!

Puisque j'en suis là, je vous dirai que j'éprouve de plus en plus, pour ce pauvre homme, des sentiments que je me reproche, mais qu'il ne dépend pas de moi de ne pas trouver dans mon cœur. Conformément à votre système, je pensais bien que je n'aurais qu'un rôle à jouer, que, devant mes froideurs combinées à l'avance et qui d'abord n'étaient pas dans mon cœur, il se sentirait malheureux, et que, revenant à moi, il me dirait : Hélène, laissons cela, aimonsnous toujours ! Je n'ai pas obtenu ce résultat. Â chaque lutte que vous m'avez conseillée, j'ai vu

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son cœur se retirer de moi; il souffrait; mais c'était plutôt de pitié pour moi que d'affection, de cette affection que je lui ai connue si douce, m persévérante. Mon cœur est ainsi fait, que les froideurs par lesquelles il a répondu aux miennes l'ont glacé définitivement.

En examinant ma conscience, ces jours derniers, je me suis vue forcée de me faire ce triste aveu : Non je ne l'aime plus. Cela est-il bien? Ai-je pu en arriver là sans désobéir à Dieu? Ne suis-je pas coupable de ne rien faire qui le ramène à un cœur qui lui a dû tant d'années de joies pures?

Je vous consulte sur cela. Il me semble que je fais mal.

D'un autre côté , si je m adoucis, je rends inutile le procédé sur lequel, d'après votre volonté expresse, nous pouvons espérer de l'amener enfin à nous céder sur le mariage de Laurence.

Mais qu'arrivera-t-il si nous continuons l'un l'autre à nous repousser ainsi? Il y a des moments où je me suis surprise à dire de lui :

L'homme dur! pendant que je le sais le plus doux, le plus aimant des hommes. Ne craignezvous pas, bien cher père, que cela amène une position intolérable entre nous deux? Cette position m'effraie pour l'avenir.

Puisqu'ici je vous fais lire dans les derniers

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rôplis de mùm âiDeJeTouBâToùerai qm d'abord^ même pendant plusieurs jours de nos rmeê querelles, et il y a ieu des moments où c'était atroce pour mon cœur, j'ai parfaitement distendu ne jouer qu'un rôle, ne m'abandoimer qu'à une colère apparente contre iliomme que Ôiêu m'avait donné pour éfxmx, et arec un but chrétien, celui <fue vous m'avez suggéré dans îisitérêi; de la religion, pour donner à Laurence un époux bien pieux et formé par vos mainsf»

mon excellent père. Mais si tout cela tirarne à la réalité, si nos cœurs .s'aigrissent mutuellement, si je ne fais que rendre mon mari plus inflexible, quel affreux avenir Je me préparerai !

Je vous dis bien finalement toutes mes inquiétudes, cher père. Je cherche le bien par vous ; je veux arriver à Dieu par votre sainte -direction. Mais s'il était temps encore des'arré>- •ter^ sur un signe de votre part, je le ferais ; -^t peut-être que ces cœurs aigris pourraient S6 rapprocher et reprendre la paix si compromise ^entre eux.

Donnez-moi sur cela vos bons aviis.

Marie me charge de vous dire combien elle vous aime, combien die vous regrette.- Elle se dit exil^ maintenant. Nos prêtres de paroisse ici, quand elle les comparev^a à vous, toi sembleront bien froids, bien inférieurs. Yous Im écrirez souvent, bon père, pour qu'elle soittou-

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