DERNIER ABIEU AU BONHEUR
En se réveillant, après quatre heures d'un «ommeil profond , Hélène crut sortir d'un long rêve. Laurence avait laissé Jeannette auprès d'dile et était allée ell^méme prendre quelques moments de repos. Mais ce fut en vain qu'elle es8a3ra de s'endormir. L'agitation où elle était, apvès la parole qu'elle venait de donner à sa mère^ ne fit que s'accrottre» quand elle n'eut phis sous les yeux l'objet de tendre compassion qui lui avait arraché cette parole de désespoir : Mère, je ferai votre volonté !
Laurence se demanda si ce douloureux sacrifice était nécessaire» si les lois rigoureuses de Tamour filial exigeaient l'immolation d'un im-
mense amour» le brisement de son cœur et de celui d'Armand.
— Oui, se dit-elle , si le salut de ma mère y est attaché.
Et dans ce sentiment d'abnégation rigoureuse, prenant la plume, elle écrivit à Armand Yillaret:
« Après le coup douloureux qui vous a enlevé une mère, en voici un qui va mettre entre Laurence et vous une barrière éternelle. Il est rude comme l'autre. C'est une seconde surprise des douleurs fatales attachées à la vie ; et c'est moi, Laurence, qui donnerais de mon sang pour votre bonheur , qui viens vous dire de courber la tête et de supporter courageusement cette séparation cruelle.
(c C'est qu'au dessus de l'amour donné, il y a l'amour gravé dans le cœur pour une mère. J'ai eu à choisir entre ma mère et vous : il était juste qu'elle l'emportât.
« Ma mère est tombée à mes pieds. Elle m'a dit : Sauve-moi ! La condition était de donner ma main au protégé du révérend père Jérôme.
Sous peu de jours, je serai madame de Chantonnay . L'homme que j'épouserai sait que je vous aime. Il ne me demande que ma main et le peu d'or qui se trouvera dans le contrat par lequel je serai liée à lui. Je lui jurerai fidélité au pied de l'autel, et je garderai cette fidélité.