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DIFFICULTÉ DE TENIR PAROLE A SON DIRECTEUR

cipes, de n'avoir à son service que des domestiquesservant Dieu et observant les lois de FÊglise. Voilà ce qu'il y a à faire dans une maison bien réglée, ce qui se pratique dans toutes les familles où il y a des principes chrétiens ; et c'est ce que nous devons exécuter chez nous.

— Cela est beau en théorie, mais il est difficile de bien trouver...

— Difficile, non. Il y a de charitables institutions qui s'occupent de cette œuvre si importante et qui préparent, pour les bonnes maisons, des serviteurs dont on peut être sûr, parce qu'ils ont la crainte de Dieu.

— Enfin, où voulez-vous en venir? Nous faisons le sacrifice de Jeannette. La vieille cuisinière a, je pense, la crainte de Dieu; Laurent ne mai^que jamais la messe à Yareilles ; je pense qu'il en fait autant à Paris, le dimanche...

— Mais le valet de chambre?

— Je ne sais pas. Je n'ai pas à me faire l'inquisiteur de sa conscience. Je suis enchanté de son service; à Paris, on n'en demande pas davantage.

— Et précisément c'est sur cela que je suis inquiète.

— Et vous croyez votre conscience engagée à ce que Florentin aille ou n'aille pas à la messe?

— Mais sans aucun doute!

— Vous plaisantez, ma chère amie.

114 LE GOl^ii'ESSBtm

— Pas le moins du monde. Ne répondons^ nous pas de nos serviteurs comme de im»5 eoei^ fants?

— Je ne dis pas le contpaîre. Mais comment en répondons-nous? Nous leur devons le bon exemple, de bons conseils, la liberté de remplir leurs devoirs religieux ; rien de plus que je sache. Si j'avais un fils de vingt-cinq ans, je lui donnerais mes conseils, mais je ne violenterais pas sa conscience : je croirais offenser Dieu.

— Mon cher ami, c'est là une morale relâtîhée que je n'accepte pas ; votre devoir de père serait de contraindre, sous toutes les peines possibles, votre fils de remplir ses devoirs.

— Oui, le menacer de le déshériter pour en faire un hypocrite. Ne me parlez jamais ainsi; vous ne me convaincriez pas. Je respecte dans un domestique ce que je respecterais dans mon fiis.

— Dieu ne peut pas bénir une maison...

— Ma chère enfant, je vous en conjure, ne tous montez pas la tête sur ces choses là. Florentin, vous le savez, est mon domestique personnel. Je prends sur moi le péché, s'il y en a, «de le garder; et je le garde. Vous en êtes donc complètement déchargée.

— Dieu ne m'en décharge pas comme vous.

— Je ne crois pas que Dieu vous ait coi»i* mandé de disposer du valet de chambre de votre mari. Avez-vous des révélations par hasard?

DIFFICULTÉ DE ffiNlR I^AtlOLB A SON DIRECTEUR 115

"— le n'ai pas de réttélations, mais Dieu nouls parie, dati» TËglbe, par ^eux qu'il charge de diriger nos côûBcienô^.

-^Âh! Toilà donc le mot lâché! Je soupçonnais quelque chose depuis longtemps ; mais je yo\ïB àrais vue toujours femme si raisonnable, je vous connaissais une religion si peu exâgét^è, t}lie la pensée ne me i^srait pas venue de vous voir tomber jamais dans ces scrupules.

^— Vouist appeler lôela des scrupules?

'•^ Ne disputez pas stir les mots : appelez cek ^es eisâigéi'ations suggérées par des hommes q^e je respecté profondément, mais que je sais con^àuits pal* un zélé peu éclairé, plus que cela, disposés à !3kiti*Âlner les Ames qu'ils dirigent dans ^B excèb qui touchel^àieM au fanatisme.

-^ Voilà bien h langà^ des ennemis de te religion!

— Me prendriez-vous pour un ennemi de te religion, Héiése?

-^ Non, mais vous vivez avec des hommes qui en ont bien peu, et cela influence toujours.

— Je ne suis pas d'âgé ni de caï^ac^ère, vous le savez', à me laisser influencer. Je tte trouve pas qu'il y ait beaucoup de mérite à se montrer ce que l'on est^ Je ja'^î jamais fléchi devaM le Wftpet» huffîaîtt; mai* je vous avoue que j*â4 été toujiMi^is a^ssi inflexible devant les tendances d'un mysticisme outré, qui fait ses ravages dans

le petit nombre de familles chrétiennes qui restent encore, lors même qu'il n'y porte pas le trouble et la désunion. C'est donc votre directeur qui vous a imposé l'obligation d'expulser mon valet de chambre ?

— Je n'ai pas à vous dire si c'est ou non mon directeur.

— Mais, Hélène, je suis bon entendeur : vous me l'avez dit clairement.

— Qu'importe cela ! Vous ne pouvez pas garder dans la maison un jeune homme qui, je le sais pertinemment, n'a ni foi, ni loi, et qui, souvent même, se raille des choses saintes.

— Oh ! pour cela , j'ai le droit d'exiger qu'il respecte la religion dans ses propos; j'y mettrai ordre. C'est un garçon intelligent; et il comprendra, sur ce point, l'obligation de ne pas blesser les croyances des autres. Mais quant à le renvoyer, chère Hélène , je n'en ai pas la moindre envie. Nous voulons une maison bien tenue; dès lors, il nous faut des domestiques intelligents.

— Vous m'affligez bien !

— Mon amie, vraiment vous n'êtes pas raisonnable. Cela touche au ridicule. Votre bonhomme de directeur vous tourne la tête. J'ai pour première règle de vous laisser toute latitude personnelle ; mais je ne veux pas porter la condescendance jusqu'à passer, pour toutes

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choses, SOUS les fourches caudines de votre très révérend père.

Soit défaut d'autres raisons, soit faiblesse/ madame Deville ne répliqua plus : elle venait d'échouer complètement, au sujet du renvoi du valet de chambre. Peut-être comprit-elle qu'en définitive, cette fois, entre le mari et le confesseur, c'était le mari qui avait raison.

Mais, voulant prouver au père son obéissance absolue, elle disposa tout pour le départ de Jeannette.

Se dirigeant ensuite vers le couvent, que lui avait indiqué son directeur, elle alla arrêter une nouvelle femme de chambre, qui devait entrer en fonctions, le jour même où Jeannette prendrait le chemin de fer de Limoges, afin de se rendre à Vareilles.

C'était un premier triomphe pour le père Jérôme. Il s'était débarrassé d'une femme sur laquelle il avait vu qu'il n'exerçait aucune influence ; et il avait besoin d'une personne plus docile, qui pût servir ses intérêts, et lui faire connaître en détail ce qui se passerait dans la maison de sa pénitente.

— Savez-vous, mon révérend père, disait Hector de Chantonnay à son directeur, que je commence à croire que la marquise de Savinières se moque de vous et de moi.

— Voilà une singulière idée !

— Vous ne croyez pas cela possible?

— Non. Je connais la marquise de Savinières, et je la crois incapable de se moquer ni de moi ni même de vous.

— Oh! de moi, mon père, j'en suis sûr.

— Expliquez-vous?

— Cela est facile. Voici des faits. Mesdames Deville sont à Paris depuis un mois. Trois jours après leur arrivée, c'était un mardi, je suis allé

le soir chez la marquise de Savinières, je n'y ai pas rencontré les seules personnes que je désirais y voir. Le mardi suivant, même déception ; mais madame de Savinières me dit d'une manière assez aimable, j'en conviens : Ma cousine est à Paris depuis quinze jours, elle est un peu souffrante et elle ne va pas encore dans le monde. Ne manquez pas de venir mardi prochain, et, comme je l'ai promis au père Jérôme, je vous présenterai à M. et à madame Deville.

— Tout cela me paraît très bien; et je ne vois pas en quoi vous avez à vous plaindre.

— En toute chose, il faut considérer la fin, mon cher père. La veille de ce bienheureux mardi, j'ai reçu un petit billet de madame de Savinières. Elle était obligée de se rendre à sa villa de Saint-Germain; elle y resterait plusieurs jours, disait-elle, et elle ajoutait qu'elle m'écrirait aussitôt qu'elle serait de retour à Paris.

— C'est donc ce départ qui vous blesse, vous pensiez que la marquise de Savinières ne devait plus avoir qu'un but dans sa vie, celui de vous marier avec mademoiselle Deville , et qu'elle devait faire converger toutes ses démarches, tous ses projets vers ce but. Vous connaissez peu les femmes du monde.

— Mon bon père, vous me parlez là comme à un garçon bien simple, bien naïf, récemment

arrivé de son village, etprêtà prendre au sérieux toutes les protestations de dévoûment et toutes les offres de service. C'est précisément parce que je n'ai pas cette candeur du jeune âge, que j'ai soupçonné que madame la marquise me faisait un mensonge.

— Vous vous trompez, elle est allée à Saint- Germain en Laye.

— Je le sais bien , mais elle y est allée le mercredi, et la veille, le mardi, elle avait à dîner chez elle monsieur, madame et mesdemoiselles Deville; elle avait de plus invité, pour passer la soirée chez elle, une quarantaine de personnes de sa société intime ; on a dansé au piano, une véritable réunion de famille. Commencez-vous à comprendre?

— Oui, et cela me parait étrange.

— Ajoutez qu'avant-hier mardi, il y avait encore une réunion assez nombreuse chez la marquise, mais que nul billet de sa part n'était venu m'autoriser à me présenter chez elle. Or vous saurez que le jour où vous m'envoyâtes chez elle, lui porter la Rose mystique effeuillée y je rencontrai un beau jeune homme au teint brun, avec une belle moustache noire, des dents blanches, parlant le français avec un accent italien très prononcé. C'était, à ce qu'il parait, un neveu de la marquise, un rejeton de la branche cadette des Savinières, poussé sur les bords du

Tibre ou de TArno, et transplanté en France de^ puis peu de jours.

— J'ai entendu parler de ce neveu. Son père était le cousin germain du marquis de Sa^irnières ; il est mort en Italie il y a quelques an-^ nées, mais je ne savais pas que le fils fût à Paris .

— Pour mon malheur, ce comte de Savinières y est arrivé, passablement ruiné à ce qu'il parait. Sa tante te protège, elle lui a donné un appartement chez elle...

— Et vous croyez qu'elle a envie de le mariner avec une de ces petites Devîlle?

— Précisément.

— Que vous importé?

— Comment , que m'importe ! mais il m'importe beaucoup, au contraire.

— Puisqu'il y a deux sœurs, il ne les épou- ^sera pas toutes les deux?

— Mais il me faut l'aînée.,

— Pourquoi plutôt l'aîiiée que la plus jeune? celk-ei est si pieuse ! une véritable sainte.

— Mon père, ma femme se sanctifiera avee moi, je m'en charge, il me faut l'ainée pour deux raisons ; la premi-ère , c'est que seule dans ce moment elle est à ftiarier; sa sœur est tr<^ jeune, et nous n'avoM pas le tem^ps d'attendre un an ou diit-huit tùoié.

— Votre première raison est assez bof^ne, voyons la seconde?

— Elle est bien meilleure encore que la prer mière, et la voici : Je $uis anaK>weux de TàîDée.

— Allons donc! Vou3 ne la connaissez pas.

— Depuis que je sais qu elle est ici^ je la vois tous tes matins et je suis tou3 1^ jours plus amoureux.

— Et où h voyeai-vQUs, s'il vous plaît?

— A Féglise ; les deux sœurs accompagnent \em mère à la messe.

— Mais qui vous le^ a fait connaître?

— Oh ! mon père, quand je veux savoir q«jel- ^ue chose, je défierais la poliqe et les jésuites 4'étre plus fins que moi. Vous, voyez bien que jfai su ce qui concerae ce beau comte de Savinières. Quand à mesdames DeviUe, sachez q^e la femme qui vient, tous les matins, faire mon modeste ménage est cousine de la concierge dîe l'hôtel acheté par M. DeviUe.

— Bîeft, je comprends].

— J'ai donc vu Laurence et Marie à TégUse.

Laurence est belle comme une ijuadone du Go?rége. Marie a des yeux noirs magnifiques; mai^ elte est pâle, maigre^ c^ doit être une femme nerveuse et pai^ionnée, et ces natures-là me^, sont antipathiques. Je ne m'étonnerais pas dit tout que Marie inspirât une grande passion? à tout autre qu'à votre serviteur : mais^, quant à inoi, je veux la paix dans mon intérieur, et la physionomie énergique de Marie peut faire pjfeâ-i

sentir des. orages. Je vous le répète donc, mon père, je suis amoureux, amoureux fou de mademoiselle Laurence. Ce n'est pas seulement une affaire où nos intérêts sont en jeu que vous avez à traiter ; mais une affaire où tout mon bonheur est attaché. Je ne pense plus à sa fortune ; c'est aujourd'hui pour moi la dernière des considérations, je vous le jure.

^ Ta, ta, ta, mon cher Chantonnay, assez comme cela! Vous vous oubliez étrangement; soyez amoureux si vous le voulez, soit ; mais ne venez pas me faire des phrases de romans. Je ne les aime pas. Et si vous en mettiez de ce goût-là dans ceux que vous écrivez, ce ne serait pas du tout moral.

— Je ne vois pas ce qu'il y aurait d'immoral, et, il faut bien le dire, mon père, je trouve toutes les pudibondes exigences de vos pieux éditeurs on ne peut plus ridicules ;. l'on étiole le talent que Dieu vous a départi à leur fabriquer cette fade littérature, qu'ils paient le moins cher que possible, il est vrai.

— Allons ! ne vous fâchez pas , on vous en sortira de cette littérature de pacotille. Quand vous aurez un grand journal à diriger, vous ne vous amuserez pas à faire de petits romans, c'est mauvais genre, d'ailleurs.

— Mon père, je ne pense plus qu'à un seul roman, au mien, et il faudra bien que vous en

trouviez la péripétie, tout dominicain que vous êtes. Après cela, je vous appartiendr&i corps et âme, je serai votre esclave, votre chose, j'écrirai ce que vous voudrez, je vanterai la douceur de Torquemada, si vous l'exigez . Donnez-nioi Laurence, et le million que son père lui constituera en dot vous appartiendra plus qu'à moi.

— Décidément, vous êtes fou ! Mais je vous aime assez pour compatir à votre folie ; soyez tranquille, je vous réponds de tout, vous épouserez mademoiselle Laurence.

Après s'être confondu en actions de grâces et en promesses de dévoûment absolu, Chantonnay quitta la cellule du père Jérôme.

— Il faut me dépêcher à marier ce jeune homme, dit le moine, pour qu'il ne soit pas là, tous les matins, à me réciter ses tirades amoureuses. Quand on a renoncé au monde, qu'on s'est engagé par des vœux éternels et qu'on n'a pas encore quarante ans, ces accents passionnés qu'on fait retentir à vos oreilles, ont bien leurs dangers. C'est absurde de venir pafrler d'amour à un moine, et Chantonnay manque de tact.

Après avoir fait cette judicieuse réflexion, le moine prit son manteau et se rendit chez madame de Savinières. La marquise le reçut de la manière la plus aimable, et avant que le père Jérôme eût trouvé une phrase convenable pour amener une explication, elle lui dit :

126 liE CONFESSfiUR

— f allais écrire à M» de Chaatonnay, mQQi révéread {fera, au mommt même ou vous ôtea^* amiTié.

— Etait-<^e pour lui dire, madame, que vous, lui retirez votre appui?

— Tout au eontraire. Comment pouvez-vou^ faire une telle suppositioan!

— M. die Chantonnay, madame,, craignait que tes réflexions faites, pendant votre séjpur k Sâlin^6ermain, ne lui eussent pas été favoiraUieSi.

La marquise se mit à rire.

— M. de Chantonnay saurait-il que je n'ai q^iiitté Pari3 qu'un seul jour?

— Oui, madame, il le sait.

— Et il est allé vous confier que je lui avais fait un gros mensonge. C'est très aial de sa part d'avoir cherché à me noircir dana lesprit d'uJDi saint religieux.

— Oh! madame, vous savez bien qute voui»

n'avez pas à craindre mon rigorisme : je ee suis pas votre confesseur, et si je l'étaiss, il ost à croire qu'après en avoir connu les motifs, je trouverais la faute bien légère.

— Sans doute, mon mensonge serait ce que vous appelez en théologie, je crois, un meur songe joyeux ou un mensonge officieux; il était à la fois l'un et l'autre.

— Et vous m'expliquerez^ cela?

— Certainement, répondit madame de Savi-

nières, apprenez donc qu'il m'est arrivé un neveu. -> D'Italie.

— Vous savez aussi cela.

— Oui, niadame, je sais de plus que ce neveu a supplanté Ghantonnay dans votre esprit, et que vous désirez lui- faire épouser une des demoiselles Deville.

— Mon père, vous devez être un excellent confesseur, on n'a pas besoin de s'expliquer, vous devinez tout dès les premières paroles; et si jie ne tenais pas autant à mon directeur...

— Votïs avez raison d'y tenir, je vous approuve. Après m'avoir promis votre appui auprès de madame Deville, vous me le retirez, je le comprend» : il vous arrive un neveu que vous n'avez jamais vu ; mais peut-être d'anciens sou* venirs... de famille se rattachent-ils à lui? Ne rougissez pas, madame la marquise, je ne suis pas votre directeur.

« Je ne suis pas fâché, se disait le rusé dominicain, de lui laisser entendre que quelques bruits de son passé sont parvenus jusqu'à moi. Qtiand les femmes ont peu de cœur et beaucoup d'orgueil, on les domine par la connaissance, qu'elles vous savent, de leurs faiblesses. »

— Eh bien, mon père, oui, mon neveu n'a pas de fortune, il a un beau nom; j'ai voulu lui £siire faire un riche mariage, j'ai pensé à ma nièce Laurenee. Vous comprenez que M. de

ChantODDay me gênait un peu; je Fai éloigné pour un temps, je lui destinais Marie. Mon seul tort est d'avoir voulu ruser avec lui et avec vous. J'aurais dû vous aller trouver et vous confier les embarras de ma position.

— Je les aurais compris, madame, et malgré mon regret de ne vous avoir plus pour auxiliaire, j'aurais persisté, comme je persiste encore, dans mon projet.

— Mais, mon révérend père, je suis avec vous plus que jamais, et j'allais écrire à votre protégé pour l'inviter à dîner chez moi demain avec la famille Deville.

— Je ne vous comprends plus.

— Je le crois bien, mais écoutez-moi : Mon neveu a vu trois ou quatre fois Laurence et Marie chez moi. Il a trouvé Laurence une ravissante créature, et cela est vrai, c'est l'idéal de la beauté et de la grâce.

— Passons là-dessus, dit le père Jérôme en baissant les yeux.

— Tout en rendant justice à Laurence il prétendait que Marie avait un genre de beauté plus original, plus attrayi»nt que celui de sa sœur. Toutefois, voyant mon désir de lui faire épouser Laurence, — je n'aime pas cette petite Marie, et puis c'est encore une enfant, — il se fût trouvé très heureux de devenir son mari. Je lui avais caché qu'il y avait déjà des engagements de pris

entre M. Deville et M. Villaret. Je comptais agir sur ma cousine, et lui faire comprendre la distance qui existe entre le comte de Savinières et un Yillaret. Et Louis est si beau ! TÂntinoûs est un voyou auprès de lui.

— Il ressemble sans doute à son père, dit le dominicain avec un fin sourire.

— Oui, beaucoup, dit la marquise un peu déconcertée, mais vous n'avez pas connu le comte Georges?

— Un de nos pères de Bordeaux a servi avec lui sous Louis-Philippe. Tous les deux ont quitté Tarmée en même temps ; ils sont partis ensemble pour ritalie; l'un s'y est marié, l'autre a pris l'habit de Saint-Dominique. Et voilà, madame, commentje me trouve avoir entendu parler du comte Georges de Savinières.

— Oui, dit la marquise rêveuse, je comprends tout maintenant.

Son orgueil était humilié, mais elle n'était pas femme à courber longtemps la tête, même sous le regard d'un moine.

— Reprenons, dit-ellfe avec un sourire un peu forcé, l'histoire de mte trahisons envers M. de Chantoiinay. Je désirais que, pour quelque temps du moins, il restât éloigné de cette course à Théritière, car il faut bien nommer les choses par leur nom. Je ne voulais pas le présenter à la famille Deville avec l'arrière-pensée

de ne pas le servir auprès de ma cousine.

Maîis comme à présent mes projets sont renversés....

— Vos projets sont renversés, s'écria le père Jérôme !

— De fond en comble. Gh! c'est une singulière histoire.

— Vous allez me la raconter.

— Voici ce qui s'est passé. Vous comprenez que, bien que les Deville m'eussent présenté €hez eux leur Villaret, je m'étais bien gardée de l'inviter à venir chez moi. M. Deville ne m'avait rien dit d'officiel au sujet du mariage de sa fille, j'étais censée ne rien savoir et j*avaîs ainsi toute ma liberté d'allures. Aussi me suis-je hâtée de présenter mon neveu à ma cousine et à son mari, et voici la fatalité. Mon neveu a rencontré là ce maudit Villaret. Il y a eu une reconnaissance. M. Villaret est allé deux fois en Italie, conspirer contre le pape sans doute ; il s'est fait l'ami de mon neveu et je ne sais s'il a pressenti en lui un rival ; mais il lui a confié ses projets, ses espérances, son amour pour Laurence, et il n'a pas oublié de dire, toujours sous le sceau du secret, que cet amour était partagé. Mon neveu est venu me raconter tout cela, et le résultat est, qu'il ne veut pas, qu'il ne peut pas prétendre à Laurence et, il ajoute qu'il a une véritable passion pour Marie.

LES INQUIÉTUDES DE M. DE CHANTONNAT iM

— Allons, dit le moine en se frottant les mains, voilà toujours un obstacle de moins.

Pardonnez-moi, madame, de vous exprimer mnsi ma satisfaction.

— Elle est très naturelle, mon père; quant à moi, je suis contrariée, je lavoue. J'admire la délicatesse de mon neveu ; mais comme tout ce qui fait obstacle à ma volonté m'irrite, j ai pris ce Villaret en horreur; et je vous promets de faire mon possible pour faire réussir M. de Chantonnay. Nous avons trois mois devant nous, cela nous sufiSt.

— Bien. M. de Chantonnay verra demain Laurence chez vous; mais il faudrait aussi qu-il fût reçu chez M. De ville.

— Là -dessus nulle diflSculté , M. Deville et moi nous sommes les meilleurs amis du monde, il ne me suppose plus le désir de dominer sa femme, il accepte mes flatteries, il m'a fait faire une opération financière excellente, qui me permet de pouvoir être utile à mon neveu. Moi, de mon côté, je lui ai composé une société de choix; il me sera facile d'y amener M. de Chantonnay; il est vraiment très bien ce feune homme; s'il aime réellement, il saura se faire aimer : j'aurai soin de le faire valoir aux yeux de M. Deville, et surtout à ceux de Laurence. Voilà quel est mon rôle, et je saurai le remplir. A présent, mon révérend père, s'il y

avait, ce que je ne crois pas, quelques difficultés à faire de Marie une comtesse de Savinières, vous m'aideriez à en triompher.

— Madame, je ne m'occupe de mariages qu'autant que cela peut être utile à la sainte cause que nous défendons. Cependant , je vous dois trop pour vous refuser mon faible appui ; mais, permettez-moi une question, M. le comte de Savinières est-il un bon catholique?

— Excellent catholique, mon père.

— A-t-il, ce que Ion a si bien appelé, la dévotion au pape?

— Comme tous les Italiens bien pensants, mon père.

— Alors il peut compter sur moi.

— Je ne sais pas, dit la marquise, quand le moine fut sorti, si la dévotion de Louis pour le pape est bien fervente et si son catholicisme ne laisse pas quelque chose à désirer ; mais le père Jérôme apprendra que lorsqu'il s'agit d'un Savinières on n'y regarde pas de si près. Et, après tout, la réponse d'un évéque à une princesse, qui lui exprimait des craintes sur le salut de l'âme d'un frère qu'elle venait de perdre, ne me parait pas si niaise qu'on veut bien le dire : Madame, dit-il. Dieu y regardera à deux fois avant de damner un prince du sang.

LA PIEUSE GAMÉRIÈRE

On comprend quel accueil empressé avait été fait à madame Deville dans la maison de placement des pieuses domestiques de la rue Notre- Dame-des-Champs. Après la supplique de la dame, mère sainte Âglaé avait fait appeler mademoiselle Aubierge, jeune soubrette, élevée avec un soin extrême dans la maison, et tenue précieusement en réserve pour la première grande dame qui viendrait réclamer les services de la communauté.

Rien n'était plus mignon, plus angélique, plus confît en dévotion que mademoiselle Aubierge. Elle était petite, rondelette, faite de roses et de lis, vraie madone à poser en niche et qui

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n'eût pas manqué d'adorateurs. Ajoutez à ce portrait un extrait de baptême en règle, qui lui donnait pour âge dix-neuf beaux printemps. La pauvre fille n'avait que cela pour fortune. Elle était orpheline et, dès le berceau, avait reçu le pain et le vêtement d un grand établissement de charité. Mère Aglaé l'avait recueillie, au sortir de ce couvent, pour la préparer à la vie de domestique.

— Aubierge, lui dit la révérende mère, vous avez une très belle place dans l'une des riches maisons de Paris. Vous serez sous la surveillance d'une dame très pieuse et très bonne, qui vous traitera comme sa fille. Bénissez Dieu, mon enfant, et saluez madame qui veut bien, sur la sainte recommandçition du très révérend, père JéKÔme, Yom agpéer auprès d'ellQ.

Tout fut bientôt réglé entre la supérieure et madame Deville pojijr lès coDiditioms. La jenm personne ferait honneur ài la maison où elle eur trait. C'était' un vrai trésor, le nec plus ultra, des filles sages et habiles. Madame Deville se retiirsii enchantée.

Quand elle f«t partie, la supérieure parlau ainsi à mademoiselle Aubierge :

— le n'ai que deux conseils à vous donner en me séparant de vous : l'un, que vous avez à vo»6; prémunir dan^ cette maison , quelque honnêta qu'elle soit, comme partout, contre les pièges

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qui VOUS seront tendus... vous me comprenez; Fautre que vous suiviez aveuglément les conseils que vous donnera le révérend père Jérôme, do* minioain, confesseur de madame, qui vous place lui-même dans cette maison. C'est de la peconnaissance et de la prudence que de vous adresser à lui en confession : de la reconnaissance, puisque c'est lui' qui vous y fait entrer ; de la prudence, parce que ces bons pères, qui acceptent d'être directeurs spirituels de ces grandes maisons, ne sont pas fâchés, dans l'intérêt du bien^ de conduire aussi les principaux domestiques, ceux qui sont en contact habituel avec les maîttres. Je vous donne ce conseil pour toute votre vie; car, hélas! on ne reste pas toujours dans les mêmes maisons. Demain matin, vers dix heures , vous irez prendre , à la chapelle des dominicains, rue du Vaugirard, les premiers avis du révérend père.

Le lendemain donc, à l'heure indiquée, vêtue de son petit costume noir, à robe tombante, sans crinoline, ce qui était trop mondain aux yeux des bonnes sœurs, conservatrices cette fois des règles du beau contre les inventions de la mode, mademoiselle Aubierge se plaçait dans le confessionnal du père Jérôme.

— Je suis, mon père, la jeune femme de chambre qui va entrer chez madame Deville.

— Très bien, mon enfant.

— La bonne mère m'a envoyée à vous pour que je prenne vos conseils. De plus, mon père, étant placée si jeune dans une grande maison, je sens que j'ai besoin dun bon confesseur. Et je viens vous prier de vouloir bien me prendre sous votre sainte direction.

— Ah ! se dit le révérend Jérôme, en voilà une qui comprend ses intérêts. Parlez-moi de ces jeunes personnes, élevées par de bonnes sœurs, pour la docilité et pour le véritable esprit religieux. La bonne mère m'a donné celleci comme étant très intelligente, elle comprendra à demi-mot.

Et il continua.

— Chère enfant, nous sommes accablés, accablés, c'est le mot. Tous les jours je refuse jusqu'à des personnes marquantes, qui voudraient se placer sous ma direction. J'aime mieux n'avoir à diriger qu'un petit nombre d'âmes pieuses : mais enfin, puisque vous entrez dans cette excellente famille, je ne puis pas vous refuser; je vous accepte donc.

— Oh! merci, mon bon père, merci. Je n'oublierai jamais cette faveur.

— Y a-t-il longtemps que vous vous êtes confessée?

— Deux jours, mon père.

— Oh! bien. Nous ne parlerons de votre conscience qu'à votre prochaine confession. Àujour-

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d'hui je vous donnerai mes avis. Vous comprenez que je vous prends de confiance des mains de la bonne mère. Elle ne me tromperait pas.

Donc, mon enfant, dès ce jour, vous et moi nous devons nous entendre pour conduire cette maison dans les voies de Dieu. Vous aurez là votre influence toute naturelle sur les autres domestiques; de plus, une autre influence, plus précieuse encore, sur lesdeux jeunes personnes, et même quelquefois sur la mère elle-même.

Vous sentez-vous bien disposée à coopérer avec moi pour le bien de cette famille?

— Tout à fait disposée, mon bon père.

— Prenez garde ! C'est un engagement de conscience que j'exige de vous.

■ — Je le prends volontiers, mon père.

— Vous sentirez-vous le courage de faire entre les mains de votre confesseur vœu d'obéissance?

— Mais certainement, mon père, trop heureuse de me laisser conduire par vous comme un enfant docile.

— C'est bien, ma fille. Nous en viendrons à ce vœu, qui sera infiniment agréable au Seigneur, comme un moyen de sanctifier vos rapports avec votre père spirituel, surtout en ce qui concerne la conduite de cette maison. Pour aujourd'hui, puisque je vois que je puis compter sur vous, nous* pouvons prendre nos mesures

ensemble pour pratiquer le bien. Je vais d'iabord vous mettre au courant des personnes avec lesquelles vous aurez à vivre. Madame Deville, votre maîtresse, est très pieuse, très bonne : son mari a été banquier à Tours. Leur fortune s est, je crois, amassée honorablement : c est beaucoup. Autrement, vous le comprenez, je iie me serais pas chargé de la direction de madame ; probablement, avant peu, j'aurai celle de monsieur. Vous devez comprendre que ce dernier point est pour moi d'une grande importance. Vous y aiderez...

— De grand cœur, mon père; mais comment?

— Oh ! une parole bien placée, à l'occasion.

Mon nom sera quelquefois prononcé dans l'intimité. Vous pourrez dire modestement votre opinion. Gela influence toujours. On ne suspecte pas une jeune personne.

— Très bien, mon père, je comprends.

— Monsieur a quelque religion ; ce n'est pas un méchant homme. Mais cela se confesse, sans se faire diriger; cela s'adresse à quelque vicaire de paroisse qui ne demande pas mieux que d'expédier son monde, qui n'interroge jamais sur les cas graves, qui donne l'absolution à tour de bras. Quels confesseurs, bon Dieu! Vous comprenez combien l'âme de ce pauvre monsieur, ainsi conduite, est en danger de son

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salut. Cest donc chose importante qu'il vienne se mettre sous la conduite sérieuse d'un reM- )giéux. Vous pourrez de temps en temps, en conversant avec madame, parler dans ce sens. Vous lui insinuerez que le salut de son âme, à ellemême, est peut-être bien en danger, tant qu'elle ïi'âura pas tout fait pour amener son mari à se hiettre. sous une sainte direction. Il y a, mon enfant, des positions embarrassantes. Je ne puis îpas me vanter moi-même^ n'est-ce pas? Ce serait regardé comme peu modeste, quoique. Dieu m'en est témoin, je ne le fasse jamais qu'avec l'intention du bien. Il m'est donc bien difficile d'insister auprès de madame Deville, ma bonne pénitente, pour quelle exerce son influence auprès de son mari, dans la pensée de l'amener à mon confessionnal.

— Je vois en effet, mon père, que cela répugne à votre saint caractère.

— Ah! sans doute, mon enfant. Mais vous, vous le pouvez sans aucune difficulté.

— Oh ! soyez tranquille, mon père. Je ne suis pas très maladroite. Je vous servirai bien.

Ce mot dit bien naïvement par la jeune fille, ût sourire notre homme ; il lui dévoila cette nature confiante et, en raison de son âge, très enthousiaste.

. — Je vous soutiendrai à mon tour, mon etifant.

Le marché se passait tacitement entre le père et la fille spirituelle.

— Soutenons-nous! Vous ferez mon éloge chez M. Deville; je maintiendrai votre position auprès de madame.

Ils se comprirent très bien lun et l'autre.

— Maintenant, pour madame, c'est une excellente chrétienne ; elle n'est pas comme tant de femmes du monde, qui veulent un directeur pour la forme, qui prétendent se conduire ellesmêmes, et leur directeur au besoin; cela n'aurait pas pris avec moi. Elle est souple comme l'osier. Pas de résistance! Je ne connais que cela. C'est quelquefois difficile avec ces puissantes dames. Eh! mon enfant, quel supplice ce serait de consacrer son temps à ce périlleux métier, si l'on n'avait pas la certitude que l'on sera obéi en tout. Elle en est là. Elle marche à grands pas dans les saintes voies de la soumission, de la simplicité, de la docilité, de l'obéissance absolues. J'en ferai, avant peu, une âme d'élite, une âme sainte; quand je dis : j'en ferai, je veux dire : à l'aide de la grâce.

— Oh! c'est bien heureux, mon père. Vous me guiderez aussi vers le bien, tout indigne que je suis?

— Oui, mon enfant; je vous vois docile.

Avec cette sainte disposition, je réponds d'une âme.

LA PIEUSE CAMÉRIÈRE Ul

— J'espère l'être toujours envers vous.

— Restent maintenant les deux demoiselles.

L'une, la plus jeune, a de grandes dispositions pour la sainteté. Elle est venue à moi d'enthousiasme. C'est bien autre chose encore que sa mère. Quelle ardeur ! un vrai séraphin. J'aurais plutôt à retenir cette âme, dans laquelle est toute l'étoffe d'une sainte Thérèse, qu'à la pousser en avant. Quant à l'aînée, c'est différent, non pas qu'elle soit absolument sans foi ; heureusement non ; mais c'est le portrait du père : fière comme lui et indépendante. De telles natures ne prennent pas à la direction, à moins qu'un grand coup den haut ne les terrasse. Sa mère la redoute. Quand elle lui a parlé de l'amener à moi, elle a répondu qu'elle verrait. Mais elle en est encore là, très respectueuse en tout, très prévenante pour sa mère, bonne créature selon le monde; elle m'a reçu gracieusement; mais sujet détestable pour la direction spirituelle. Je n'en ai encore trop rien dit à madame De ville. C'est un peu pénible pour moi que j aie la mère et la fille la plus jeune, et que cette aînée orgueilleuse fasse fi de ma direction. Nulle personne mieux qu'une femme de chambre, perpétuellement en causerie avec sa jeune maîtresse, ne peut, sans que jamais celle-ci s'en doute, Tin* fluencer à cet égard. Ce n'est pas tout. Cette aînée se mariera prochainement. Le père l'a

i4i LE CONFESSEUR

promise à un M. Armand Villaret, je vous le dis en confidence. J'ai pris des renseignements, et ils sont détei^ables. Je vais doucement dans cette affaire parce que c'est très délicat. Mais, en conscience, je ne puis pas permettre à ma chère pénitente qu'elle donne jamais son consentement à ce mariage. J'ai fait plus, «tant j'aime cette maison : j'ai trouvé un jeune homme charmant, distingué, très fervent catholique. Je veux lui faire épouser Fainée de ces jeunes personnes. Il a été présenté ces jours-cî à madame Deville. C'est surtout pour cette importante négociation que vous me serez précieuse. Il faudra doucement, à petit bruit, sans que mademoiselle Laurence vous soupçonne le moins du monde, battre en brèche dans son esprit ce M. Villaret, vanter M. de Ghantonnay qui est tnon protégé à moi . Surtout revenez constamment sUr une chose insignifiante en apparence, mais capitale sur Tesprit des jeunes personnes, qtfil est ridicule d épouser un roturier, qui ne sera pas reçu ou qui sera mal reçu dans le monde de sa mère, pendant qu'il lui serait si facile, avec sa belle fortune, d'être comtesse ou .marquise. Vous la prendrez par là. A force de s'eiiitendre dire la chose, elle s'y arrêtera ; les hésitations viendront, et le temps fera le reste. Voilà mes instructions. Vous voyez qu'il faut que je sois bien si&r de la parole de la bonœ

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