UN PREMIER AMOUR
Quelquefois, emportée par ses souvenirs de lecture ou de direction, il lui semblait qu'en e£Pet Satan était là en permanence, provoquant le cœur, dardant, à laide des sens, ses flèches enflammées ; et les images mythologiques sous lesquelles on a représenté l'amour lui paraissaient les images réelles de cette grande chasse aux âmes que fait Satan au milieu des réunions mondaines.
D'autres fois, plus .calme, regardant l'un après l'autre tous ceux qui venaient ainsi se donner quelques heures d'un plaisir après tout assez vulgaire, elle se demandait ce que signifiaient les anathèmes contre le monde, à quoi ils pouvaient s'appliquer, sinon à des hommes qui n'étaient pas là.
Un jour qu'ayant refusé de danser, elle se livrait à ses divagations habituelles, elle se demanda de tous ces hommes qui étaient là, jeunes, brillants, aimables, au milieu déjeunes femmes éclatantes de beauté, et dont Laurence, sa sœur, paraissait la reine, quel était après Armand Vilïaret celui qu'elle pourrait aimer. Elle voulut repousser cette pensée comme peu digne de la modestie d'une jeune fille; mais la pensée revint plus insistante; elle s'empara de toute l'imagination, et cette faculté est vive quand on touche à dix-sept ans.
Elle étudia, elle compara. Louis de Savi-
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nières se présenta le premier à son esprit. Slle conyint sans difficulté avec elle-même qu'il était encore plus beau que Villaret ; qu'il avait dans le caractère plus de gaité» plus d'animation; que Villaret, tout occupé de Laurence, était avec elle, Marie, froid et réservé , tandis que Louis, au contraire, cherchait toutes les occasions de lui être agréable et lui disait, avec toute la délicatesse et tout le tact d'un homme bien élevé, de ces paroles gracieuses, presque tendres, qui pénètrent si profondément dans le cœur d'une jeune fille, Marie s'avouait encore qu'elle était flattée de la préférence que le jeune comte lui accordait. Les insinuations de la marquise de Savinières et même celles de mademoiselle Aubîerge, sur les avantages d'un beau nom et d'un titre de comtesse ou de marquise unis à une grande fortune, avaient fait plus d'impression sur son esprit que sur celui de Laurence. Elle porta ses regards sur les autres jeunes gens appartenant au monde aristocratique; pas un ne pouvait se comparer ni à Savinières, ni à Villaret.
La Providence, ce jour-là , semblait vouloir se mettre dans les intérêts du neveu de la marquise de Savinières.
Quant à Chantonnay, grâce à la marquise, il était très bien accueilli chez M. et madame Deville; il avait de l'esprit, il était bon musicien,