Ihid., pp. 101 et
4. F. Ravaisson, La philosophie en France au XIX^ siècle, 1867, p. 34.
5. Ch. Renouvier, L'infini, la substance et la liberté. « Année philosophique », 2™^ année, Paris, 1869. — « L'éclectisme, avait-il écrit l'année précédente, est manifestement devenu une école qui possède et ne saurait justifier de ses titres de propriété, qui jouit et ne travaille points mais en dehors de laquelle se produit tout ce qui a quelque vie autre que d'emprunt, quelque activité ne serait-ce qu'éphémère, et ne serait-ce même que nuisible, mais enfin de celles qu'on ne peut en aucun cas soupçonner d'être un fruit d'influences et de positions ou l'insp" ration d'une grâce d'Etat. » (Ch. Renouvier, De la philosophie du XIX^ siècle en France, dans « L'Année philosophique », ire année, p. 3. Paris, 1868.)
Positivistes et matérialistes ne demandaient pas mieux que de reprendre la place vacante {^).
Et Vacherot, après une nouvelle et pénétrante analyse de la situation faite au spiritualisme par les trois écoles rivales — matérialiste, positiviste et critique — constatant que le divorce paraissait aussi complet que jamais entre le spiritualisme et la science, — Vacherot se demandait anxieusement si une conciliation était encore possible {^).
Alors, en même temps que Taine, dans Y Intelligence, étudiait les faits psychiques d'après une méthode nouvelle en France (^), M. Th. Ribot, y introduisant la psychologie anglaise, proposa d'élargir l'idée de la psychologie et d'en perfectionner la méthode (*).
En faire simplement la science de l'âme humaine, c'est, dit-il, lui assigner un objet trop étroit; on en retranche ainsi les faits psychologiques du monde animal, on néglige les races inférieures, on prend les facultés toutes constituées sans s'occuper de" leur mode de développement; bref, la psychologie, au lieu d'embrasser tous les phénomènes de l'esprit chez tous les animaux et de les
1. Voir notamment, dans la revue «La philosophie positive » que Littré venait de fonder, E. LiTTRÉ, Les trois pMlosophîes^ t. I QuiHet 1867); et H. Stupuy, M. Cowsin et l'éclectisme, t. II (mars-avril 1868). « La psychologie, disait Littré, ne peut être étudiée que dans et par l'iorganisation cérébrale, laquelle à son tour dépend des lois de la vie, comme la vie dépend des lois chimiques et physiques ; rien ne s'y peut faire que par l'observation, l'expérience et la comparaison. » {IjCS trois philosophies, p. 5).
2. Et. Vacherot, La situation philosophique en France. « Revue des Deux-Mondes », 15 juin 1868.
3. Voir l'excellent essai critique de Paul NÈVE, La philosophie de Taine, chapitre V. Louvain, Institut supérieur de Philosophie, 1908.
4. Th. Ribot, La psychologie anglaise contemporaine, 1870. Introduction.
ccnsidérer dans leurs phases successives, prend simplement pour objet l'homme adulte, blanc et civilisé (i).
La méthode consistant tout entière dans la réflexion ou l'observation intérieure, ajoute-t-il, ne révèle pas tout et ne suffit pas à tout. La méthode doit être à la fois subjective et objective; cette dernière étudiera les états psychologiques au dehors, non au dedans, dans les faits matériels qui les traduisent, non dans la conscience qui leur donne naissance; au lieu d'être personnelle comme la simple méthode de réflexion, elle empruntera aux faits un caractère impersonnel et moulera ses théories sur la réalité.
Les suggestions de M. Ribot devinrent plus précises et plus pressantes, quand, quelques années plus tard, il fit connaître à ses compatriotes la psychologie allemande (^). L'ancienne psychologie, dit-il, est condamnée. Elle reste imbue de l'esprit métaphysique; l'observation intérieure, l'analyse et le raisonnement sont ses procédés favoris d'investigation; elle se défie des sciences biologiques. Les questions y sont traitées par une méthode verbale. Fout se passe en déductions, en argumentations, en objections et en réponses. On finit par ne plus agir que sur des signes; toute réalité a disparu et l'esprit solitaire se creuse obstinément pour tirer tout de lui-même. La nouvelle psychologie différera de l'ancienne par son esprit : il n'est pas métaphysique; par son but: elle n'étudie que les phéno-
1. Auguste Comte avait déjà, en 1828, fait la même observation: •.( La psychologie ne considère que l'homme adulte et parfaitement sain, en faisant totalement abstraction des animaux et même de l'homme dans l'état de développement imparfait ou d'organisation dérangée. » {^Examen du traité de Broussais sur Virritation, p. 220).
2. Th. Ribot, La psychologie allemande contemporaine. Introduction. Paris, 1879.
mènes ; par ses procédés : elle les emprunte autant que possible aux sciences biologiques.
Les idées nouvelles, renforcées par le courant sociologique naissant, firent leur chemin, non sans résistance il est vrai (i), jusqu'à pénétrer dans les programmes de l'enseignement.
C'est, — fit remarquer M. Boutroux, disposé d'ailleurs aux concessions nécessaires — une véritable révolution: on change le fondement et la méthode de la philosophie. Elle reposait sur l'esprit: on entend la faire reposer sur les choses. Elle était une action, un développement spontané de la pensée: on en fait la représentation toute passive de telle ou telle face de la réalité extérieure (^).
Il s'agit, lui répondit M. Espinas, de savoir si l'enseignement de la philosophie créé en France par Cousin doit subsister tel qu'il est ou même doit subsister absolu-
1. Voir notamment, dans la « "Revue internationale de l'enseignement », Blanchet, De l'enseignement de la philosophie dans les lycées, 1881, t. II. — Beaussire, L'enseignement de la philosophie avant les nouveaux programmes, 1882, t. III. — - BouTROUX, De Vorganisation de l'enseignement philosophique dans les Facultés des lettres, 1882, t. III. L'agrégation de philosophie, 1883, t. VI. — A. Es- PINAS, L'agrégation de philosophie, 1884, t. VII. — Cfr. Et. Vacherot, Le nouveau spiritualisme, Paris, 1884.
2. E. BoUTROUX, De l'organisation de l'enseignement philosophique dans les Facultés des lettres, p. 428. — Dans un mémoire présenté au Congrès de Heidelberg (septembre 1908), M. Boutroux caractérisa, à peu près dans les mêmes termes, la philosophie française contemporaine : « A partir de 1867, l'activité philosophique en France se détourna de la dialectique abstraite, qui ne se donne d'autre fin que l'analyse, la définition et la conciliation logique des concepts, pour se mêler à l'ensemble des activités, scientifique, religieuse, artistique, politique, morale, littéraire, économique par où l'homme entre directement en contact avec les réalités données. » (E. Boutroux. La philosophie en France depuis 1867, dans « Revue de métaphysique et de morale », t. XVI, p. 684).
ment. Deux systèmes sont en présence: l'un qui tend à développer l'esprit en l'exerçant à vide sur lui-même, par la gymnastique pure, l'autre qui veut joindre à ces exercices formels une alimentation substantielle tirée du spectacle des choses. La philosophie «scientifique» n'a encore qu'un très petit nombre de représentants dans l'enseignement supérieur, mais elle, est dans l'air ; livres et revues la répandent partout {^).
M. Boutroux en convenait (^j. Il admettait même qu'il fallait, dans le haut enseignement, priger, à côté des chaires « magistrales » représentant la « philosophie constituée », des chaires « annexes » représentant les « tentatives novatrices ». En particulier il lui parut légitime de créer des cours annexes pour la psychologie physiologique et la psychologie comparée (^).
Ce fut un rude coup pour le cousinisme. L'école psychologique qu'avait avant tout voulu être l'éclectisme, ne subsistait déjà plus que parce que l'éclectisme était resté la philosophie officielle et prescrite. La création de ces nouveaux cours — dont les résultats, au surplus, n'ont peut-être pas répondu à l'attente des promoteiurs (*) — mit décidément fin à son hégémonie dans l'Université.