Taine, pp. 285 et suiv
2. E. Renan, De l'influence spiritualiste de M. Cousin. « Revue 'des Deux-Mondes », 1er avril 1858, p. 497.
3. « M. Cousin eût réussi en tout ce qu'il eût voulu entreprendre. La nature l'avait doué de trop de dons pour qu'il pût ne demander la gloire qu'à un seul, et, dans la foule des qualités qu'il joignit à celles du philosophe, une seule eût suffi pour le bannir de cette sévère phalange des chefs de la pensée abstraite, où chacun est marqué au front d'un signe fatal. » (p. 506).
4. « En subordonnant ainsi la haute culture à la politique, en établissant en principe que l'Etat seul enseigne, et qu'un homme ne peut communiquer oralement sa pensée aux autres à moins de se constituer le salarié de l'Etat, qui naturellement peut faire ses conditions, le parti libéral a fondé un énorme instrument de tyrannie qui fera courir les plus grands dangers à la civilisation moderne. Le moyen âge était plus vraiment libéral. Abélard n'eut à demander aucune autorisation pour réunir autour de lui sur la montagne Sainte-Geneviève les foules qui désiraient l'écouter. » (p. 513).
de l'esprit est une prétention aussi vaine que celle du tisserand qui voudrait produire de la toile en faisant aller sa navette sans y mettre du fil. La philosophie, conclut Renan, doit devenir savante. Chaque branche des connaissances humaines a ses résultats spéciaux qu'elle apporte en tribut à la science universelle. Les principes généraux, qui seuls ont une valeur philosophique, ne sont possibles qu'au moyen de la recherche érudite des détails. La psychologie, en particulier, « l'ancienne psychologie, envisageant l'individu d'une manière isolée », doit faire place à une « histoire de l'esprit humain qui sera la vraie philosophie de notre temps» (^). Car au delà de l'individu il y a l'espèce, qui a sa marche, ses lois, sa science, science autrement féconde et attrayante que celle des rouages intérieurs de l'âme humaine... Cette science étudiera l'humanité comme la plus grande réalité qui soit accessible à l'expérience, pour suivre les lois de son mouvement et déterminer, s'il se peut, son origine et sa destinée (2j.
1. Renan reprenait là, sans le dire, une idée d'Auguste Comte. « Si l'on envisage les fonctions intellectuelles sous le point de vue dynamique, tout se réduit à étudier la marche effective de l'esprit' humain en exercice. » {Cours de philosophie positive, t. I, l^e leçon, p. 33, 1830). « Les lois des fonctions intellectuelles et morales ne peuvent être découvertes et établies que par la sociologie. » (Système de politique positive, 1851, t. I, p. 622). « En regardant la biologie comme ébauchant l'étude de l'existence humaine, d'après celle des fonctions végétatives et animales, la sociologie fait seule connaître ensuite nos attributs intellectuels et moraux, qui ne deviennent assez appréciables que dans leur essor collectif. » (Ibid., t. II, p. 437-438). Cfr. Examen du traité de Broussais, p. 221.
2. Cfr. E. Renan, Les sciences de la nature et les sciences historiques. Lettre à Marcellin Berthelot, dans « Revue des Deux- Mondes », 15 octobre 1863. Ici Renan est déjà moins indulgent pour r>éclectisme : « Les philosophes de l'école littéraire, hostiles ou indifférents aux résultats venant des sciences naturelles, seront toujours fermés au véritable progrès ».
La résistance, cette fois, fut presque nulle. Cousin s'était défendu opiniâtrement contre les catholiques. Ses disciples cédèrent devant les positivistes.
Caro, le premier, tout en luttant pour le maintien de certaines positions, reconnut de bonne foi ce qui manquait à la philosophie spiritualiste : Elle s'était isolée du mouvement des sciences physiques, naturelles, historiques qui touchent par tant de côtés à la science philosophique et qui ont le grand avantage de renouveler l'étude de l'homme universel, idéal, abstrait, en la mettant en contact perpétuel avec la réalité vivante, sous la double forme de la nature et de l'histoire Q-).
Il devient nécessaire, conclut Vacherot, que la philosophie spiritualiste adopte un système d'attaque et de défense plus approprié à l'état de la science positive. Il faut qu'elle ne craigne pas de descendre sur le terrain de la science elle-même (^).
Paul Janet confessa mélancoliquement que l'école avait menti à ses promesses. Lorsque Jouffroy, — écrivitil, en rééditant le Traité des facultés de Vâme de Garnier, ■ — esquissait, en 1826, l'idée et la méthode de la science psychologique, il semblait qu'une nouvelle école allait naître. L'on peut dire aujourd'hui que dans cette école, longtemps appelée l'école psychologique, c'est précisément la psychologie qui a été le moins cultivée. Le Traité des facultés de Vâme de Garnier est le seul monument de la science psychologique de notre temps {^).
1. E. Caro, L'idée de Dieu et ses nouveaux critiques ,186^ ; chap. VIII.
2. E. Vacherot, Essais de philosophie critique, p. 26. Paris, 1864.
3. Paul Janet, Avant-propos à la 2^ édition du Traité des facultés de rame par A. Garnier. Paris, 1865.
Morale et sociologie.
Pourtant Janet (i) prétendait maintenir le « dogme fondamental » de l'école et « sa vraie conquête scientifique », à savoir que « la psychologie est distincte de la physiologie et qu'elle est la base de toutes les sciences philosophiques » P).
Mais il concéda à Taine et à Renan que le spiritualisme devait essayer de suivre les savants sur leur propre terrain et faire l'épreuve de ses doctrines en les confrontant avec les faits physiques, chimiques et physiologiques. La philosophie renouvelée chercherait notamment à tirer de^ sciences extérieures une idée philosophique et raisonnée des corps et une idée de la nature... (^).
Ravaisson pouvait donc, dans son rapport de 1867, constater que l'éclectisme, quoique encore en possession presque partout de l'enseignement public, «avait beaucoup perdu de son crédit et de son influence (^) ».
Pour Renouvier, l'école éclectique « avait cessé de vivre », ne laissant rien dans l'histoire de la philosophie, pas même un point de logique ou de métaphysique élucidé ou approfondi (^).