‹ Le conflit de la morale et de la sociologie. --Chapitre 99 sur 186 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

VERS LA SOLUTION (i).

Des philosophes, émus par la vigoureuse attaque de M. Lévy-Brùhl contre «les morales théoriques», se sont défendus et ont même pris l'offensive.

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— J. Delvolvé, L^ organisation de la conscience morale, Paris, 1906.

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M. Lévy-Briihl, tout en répondant à leurs critiques, a jugé nécessaire de « mettre mieux en lumière ce qu'il s'était proposé d'établir » (^j.

Il n'avait nullement, assure-t-il, eu rintention d'«ap-

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1. Lévy-Brûhl, La morale et la science des mœurs. Réponse à quelqwes critiques (« Revue philosophique », Paris, juillet, 1906 ; t. LXII, p. 1). — Les critiques auxquelles M. Lévy-Briihl répond, sont celles de la « Revue de métaphysique et de morale , supplément de juillet 1903; de M. Bélot, En quête d'une morale positive, dans la « Revue de métaphysique et de morale », juillet et septembre 1905; de M. Cantecor, La science positive de la morale, dans la « Revue philosophique », mars et avril 1904 ; et de M. Fouillée, La science des mœurs remplacer a-t-elle la morale? dans la « Revue des deux Mondes », l^r octobre 1905.

porter un nouveau traité de morale », car il n'ambitionne point de «constituer une morale».

Il n'avait pas non plus, en préconisant de créer une science des mœurs, entendu prononcer l'interdit sur la métaphysique : « Libre à la métamorale de s'attacher aux problèmes de la destinée de l'homme, du souverain bien, etc. et de continuer à y appliquer sa méthode traditionnelle ». — Déjà M. Durkheim avait fait cette distinction entre la science, cultivée par les sociologues, et la métaphysique, abandonnée aux philosophes (^).

Il s'agit exactement, dit M. Lévy-Briihl, de rompre avec une méthode et d'en adopter une nouvelle: « La question soulevée ne porte que sur l'objet et la méthode d'une science ».

Ces éclaircissements n'étaient pas superflus. Car n'avons-nous pas vu M. Durkheim conclure un volumineux essai de sociologie, en proclamant que « notre premier devoir actuellement est de nous faire une morale » {^) ? K 'estil pas obsédé aussi par le problème, — métaphysique

1. « La science de la morale n'est en opposition avec aucune espèce de philosophie, car elle se place sur un tout autre terrain. Il est possible que la morale ait quelque fin transcendante que l'expérience ne peut atteindre ; c'est affaire au métaphysicien de s'en occuper » (E. Durkheim, Division du travail social, V^ éd., préface, p. II). « Il est possible qu'il y ait une morale éternelle, écrite dans quelque esprit transcendant ou bien immanente aux choses et dont les morales historiques ne sont que des approximations successives : c'est une hypothèse métaphysique que nous n'avons pas à discuter » (Ibid., p. 22). « La science de la morale n'a pais à connaître de la doctrine qui voit en Dieu le créateur de la morale. La question n'est pas de notre ressort. Les causes secondes sont les seules dont nous ayons à nous occuper » (E. DURKHEIM, Le suicide, p. 359, note 1).

2. E. Durkheim, De la division du travail social, 2^ éci, p. 406^

d'après M. Lévy-Briihl, ^ du fondement du devoir (^)? — Certes les sociologues prétendent que leur méthode est indépendante de toute philosophie et que la sociolog"ie n'a pas à prendre parti entre les grandes hypothèses qui divisent les métaphysiciens {^). Mais, en vérité, ils ont sur des questions métaphysiques, — celle de l'âme (^), par exemple, et celle de Dieu (*), — des idées faites et des solutions arrêtées, empruntées aux systèmes dont ils ont d'aventure subi l'influence. Or, leurs opinions sur ces problèmes fondamentaux se retrouvent constamment mêlées à l'exposé de leur méthode sociologique. Si leur contradicteur ne fait pas mieux qu'eux-mêmes la dissociation nécessaire, la discussion s'égare facilement ou reste confuse. Il faut, par conséquent, savoir gré à M. Lévy- Briihl d'être venu préciser l'objet du débat.

Puisqu'il s'agit exclusivement de méthode, quelle est celle que la sociologie condamne?

C'est, rappelons-le, celle des philosophes qui construisent de toutes pièces une soi-disant science pratique, appelée la morale ou le droit naturel (^). Ils supposent connue la nature humaine, individuelle et sociale et, forts de cette connaissance, ils prescrivent aux individus et aux collectivités des règles de vie et des principes d'organi-

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