‹ Le conflit italo-éthiopienChapitre 1 sur 81 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Parmi tous les problèmes que la Société des Nations eut à examiner depuis sa création, le conflit italo-éthiopien est certainement celui qui donna lieu aux plus ardentes controverses et qui obligea l’organisme de Genève à prendre les décisions les plus importantes. Jamais la Société des Nations n’avait été amenée jusqu’en 1935 à mettre en pratique l’article 16 du Pacte qui prévoit les mesures à appliquer à un État agresseur. Pour la première fois Genève va déclancher le mécanisme des sanctions dans des circonstances particulièrement graves, Circonstances graves non seulement par l'importance des mesures prises mais aussi parce que l'État visé était un membre fondateur de la Société des Nations : l'Italie, reconnue coupable d'agression contre un autre État membre de la Société des Nations : l’Éthiopie.

Lors du conflit du Chaco et du conflit sino-japonais les États membres n'avaient nullement appliqué toutes les dispositions du Pacte. Au contraire, au cours du conflit italo-éthiopien, l'opinion publique mondiale — il suffit de rappeler le « Peace Ballot » en Angleterre pour en mar-

quer l’importance — allait pousser la Société des Nations

vers la mise en œuvre de toutes les mesures que le covenant met à la disposition des États membres pour arrêter toute agression. Aussi bien les sanctions ne furent-elles déclanchées qu'après que tous les moyens possibles de règlement amiable furent épuisés, la Société des Nations ayant toujours fait preuve d’une extrême conciliation.

Ainsi l’étude de l’action de la Société des Nations pendant le conflit italo-éthiopien nous a paru particulièrement intéressante, à la fois en elle-même et pour les dispositions du Pacte que cette action mit en jeu pour la première fois.

Après avoir étudié les origines du conflit, l'échec de la conciliation et le refus italien de se soumettre à la sentence d'arbitrage, nous exposerons comment l’Italie s’est vue condamnée d’abord par le Conseil de la Société des Nations puis par l'unanimité des États membres. L'étude des mesures prises en conséquence de cette condamnation sera ensuite examinée et nous essayerons de montrer comment, pour permettre d’ultimes tentatives de conciliation qui devaient aboutir à un nouvel échec, la Société des Nations, en ralentissant son action, en refusant l'application intégrale du Pacte, n’a pu empêcher la conquête par lItalie de tout le territoire d’un État membre.

Dans le cours de notre étude nous n’avons pas pu ne pas insister sur les responsabilités italiennes. Aussi bien nous croyons que les faits et les documents officiels autant que le refus systématique du Gouvernement de Rome d'accepter les projets de résolution pacifique du conflit élaborés sous l’égide de la Société des Nations marquent la volonté systématique de l'Italie de poursuivre une guerre de conquête préméditée que rien ne justifiait.

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