Le Temps, 20 août
Société des Nations malgré son désir d’éluder toute discussion sur le fond du conflit était amené en dernière analyse à essayer de prendre des mesures pour maintenir la paix. La session du Conseil de la Société des Nations de septembre dont l’importance était ainsi considérable risquait d’ailleurs de s’ouvrir dans une atmosphère troublée par un incident vivement exploité par les Italiens : l’incident de la concession Rickett.
Le 31 août, en effet, le correspondant à Addis-Abeba du News Chronicle annonçait que le Négus avait réalisé, le 30 août, avec M. F. W. Rickett, représentant une société anglo-américaine «l’African Exploration and Development Corporation » un accord concédant à cette société l’exploitation des gisements de pétrole, des minerais et de toutes autres ressources naturelles sur un territoire comprenant près de la moitié de l’Éthiopie. On précisait que ce contrat avait trait aux territoires situés à l’ouest d’une ligne partant de la rive gauche du lac Rodolph et allant jusqu’à la frontière nord del’Éthiopie en passant par le pont d’Aouache sur le chemin de fer de Djibouti à Addis-Abeba. L'accord, valable pour soixante-quinze ans, avait été signé par le ministre des Mines, Wolde Maryan au nom de l'Empereur en présence de M. E. Andrews Colson, conseiller financier américain du Négus. Les clauses financières de ce contrat devant rester secrètes, les hypothèses les plus diverses ne manquèrent pas d’être faites à cet égard.
La nouvelle de la concession avait été accueillie en Italie comme le signe manifeste des intérêts économiques que l'Angleterre cherchait à sauvegarder sous le prétexte du respect du pacte de la Société des Nations. En réalité le Foreign Office jugeait l’affaire « très malheureuse » et la nouvelle provoqua plus que de la consternation à la veille
de la réunion décisive qu’allait tenir le Conseil de la Société des Nations.
Les insinuations de la presse italienne déclarant que l’opposition britannique aux ambitions de l’Italie s’expliquait par des motifs d’égoïsme, eurent pour premier effet de diviser l’opinion française. Pourtant le Cabinet de Londres n’avait pas eu connaissance de l’affaire avant sa publication, il n'avait donné aucun appui officiel ou non à M. Rickett et il est certain que s’il avait été au courant des négociations, il aurait marqué nettement sa désapprobation. Au demeurant, pour éviter toute équivoque, le Gouvernement britannique publiait dès le 31 août !, un communiqué officiel ainsi conçu : « Le Gouvernement de Sa Majesté n’a « pas encore reçu confirmation des nouvelles de presse « annonçant l’octroi de concession du droit pour l’exploita- «tion de gisements pétrolifères et minéraux en Éthiopie. « Mais il à cependant estimé nécessaire d’informer le « ministre de Sa Majesté à Addis-Abeba que de telles con- « cessions devraient très certainement faire l’objet de con- « sultations préliminaires entre le Gouvernement de Sa « Majesté et les Gouvernements français et italien en vertu « de l’article 2 du traité tripartite de 1906. Dans ces condi- « tions, M. Sydney Barton à été autorisé au cas où les « rumeurs seraient exactes à informer l’Empereur que le « Gouvernement de Sa Majesté, doit pour sa part, lui con- « seiller de refuser l’octroi de concessions. »
Le 3 septembre, le Gouvernement éthiopien publiait le communiqué suivant qui mettait exactement l'affaire au point ? : « Le Gouvernement éthiopien, en accordant à « une société américaine une concession pour la recherche