‹ Le conflit italo-éthiopienChapitre 30 sur 81 · Le Temps, 5 septembre · texte numérisé non relu

Le Temps, 5 septembre

«et l’exploitation de gisements de pétrole à agi dans la « plénitude de ses droits souverains. La concession accor- « dée revêt un caractère purement et exclusivement éco- « nomique et contribuera au développement du pays. Le « Gouvernement éthiopien à toujours pratiqué loyalement « une politique qui tend à ouvrir largement son territoire « à l’activité de techniciens et de financiers de toutes les « nationalités disposés à y travailler sérieusement et honnê- « tement sans arrière-pensée politique. Le Gouvernement « ne saurait en aucune manière changer sa ligne de con- « duite dans ce domaine. Quant aux allégations selon « lesquelles une telle concession serait contraire aux stipu- « lations du traité tripartite de 1906, le Gouvernement « impérial déclare qu’il n’est pas partie à ce traité. Dans « la lettre qu’il à adressée au Secrétaire général de la « Société des Nations le 7 août 1926, M. Grandi alors « ministre des Affaires étrangères d'Italie, s’exprimait « ainsi : En ce qui concerne plus spécialement la recon- « naissance par le Gouvernement britannique de la sphère « d'influence économique exclusivement réservée à l’Italie « dans certaines régions de l’Éthiopie, il est manifeste que « cette clause constitue un engagement qui lie uniquement « les Gouvernements italiens et anglais, mais qui ne saurait « porter atteinte à la liberté de décision du Gouvernement « éthiopien, ni limiter une action éventuelle d’un tiers. Or « le Gouvernement britannique n’a été mêlé d'aucune façon « ni de près, ni de loin, à l’octroi de cette concession à une « socité américaine. 11 ne faut pas oublier enfin que le « traité de 1906 contient pour chacune des hautes parties « contractantes l’obligation de maintenir l’intégrité du « territoire éthiopien, obligation que l'Italie signataire du « dit traité se prépare ouvertement à violer, en ayant

« recours à la guerre aux engagements internationnaux. »

L’Éthiopie ne manquait pas de faire remarquer qu’en accordant à une entreprise privée une concession d'ordre exclusivement économique, elle n'avait agi que dans les limites de sa pleine souveraineté sans enfreindre un seul de ses engagements internationaux, y compris le traité de 1906 que l’Éthiopie pouvait juridiquement ignorer, ce traité ayant été négocié et signé sans sa participation Mais en dépit de cette déclaration du Négus, les doutes sur les caractères réels de la concession et sur les contreparties éventuelles en armements subsistaient. L'Italie se préparait à tirer partie de cette situation lors de l’ouverture de la proche session du Conseil. Mais elle n’allait pas pouvoir faire usage de cet argument, car l’incident allait être liquidé par la volonté même des intéressés. En effet, à la demande du Département d’État américain, l’ « African exploration and Development corporation » dont les capitaux étaient constitués en majeure partie par la compagnie américaine « Standard Vacuum Oil », elle-même filiale de la « Standard Oil Company of New Jersey », renonça à la concession éthiopienne. M. Welden au nom de la Standard Oil annonça en ces termes : « Devant les conséquences que la transaction pouvait avoir en l’état actuel des choses, les Compagnies intéressées avaient décidé d’en référer au Département d’État et après des échanges de vues entre ce dernier et les dirigeants des Compagnies, celles-ci avaient décidé d’aviser le Gouvernement éthiopien de leur intention d'abandonner la concession. »

Ainsi, au moment où le Conseil de la Société des Nations allait se réunir, l’affaire de la concession Rickett était complètement liquidée et l’Italie ne pouvait plus en aucune

manière exploiter l'incident. La Conférence tripartite avait

échoué en raison de l’intransigeance de Rome ; la Commission de conciliation et d'arbitrage avait donné au principal incident du conflit une solution définitive dégageant la responsabilité des deux pays.

Dans ces conditions, comme le fait remarquer M. de La Pradelle, « le problème se posait seulement sur le point de vue colonial italien, dressé contre le point de vue national éthiopien », et cette juste définition ne manquait pas de rendre plus grave les délibérations qui allaient se

dérouler.

SECTION II Les réunions du Conseil des 4, 5 et 6 septembre 1935‘.

« Le Conseil acceptera-t-il la responsabilité devant le monde de laisser sans intervenir le massacre d’un peuple qui ne massacre personne ? »

P. TEeczé-HAWARIATE.

Lettre au Secrétaire général de la $S. D. N., 12 août 1935.

La résolution n° 2 du 3 août 1935, par laquelle le Conseil de la Société des Nations avait décidé de se réunir en tout état de cause le 4 septembre 1935 pour évoquer l’examen général sous ses différents aspects, des rapports entre l’Itaile et l'Éthiopie, n’avait pas été votée par l'Italie qui s'était abstenue. La question se posait donc de savoir si l'Italie serait représentée à la présente session du Conseil. M. Mussolini dans une interview accordée à M. Ward Price, envoyé spécial du Daily Mail à Rome y avait répon-

1. Voir The Observer, 15 septembre 1935. Revue Politique et Parlementaire, 10 septembre 1935. Dumont-Wilden. « L'Europe en danger. » (Revue Bleue, 7 septembre 1935). Europe Nouvelle, supplément, 14 sep-

tembre 1935. M. Griaule. « Le Problème abyssin. » (Esprit international, octobre 1935). Le Mois (1er septembre-1€r octobre 1935).

du par l’affirmative. IL avait d’ailleurs précisé ainsi le dessein de Rome t : « L'Italie ne reculera pas. Si des sanctions sont décidées contre l'Italie à Genève, elle quittera sur le champ la Société des Nations. Il faudrait alors bien comprendre que quiconque voudrait appliquer contre elle des sanctions rencontrera l’hostilité armée de tout le peuple italien. Qu'on suive l’exemple des États-Unis et qu’on nous laisse seuls remplir notre mission.» M. Ward Price ayant demandé : « Est-il vrai que vous ayez réglé tous vos différends avec la France, à Tunis et ailleurs, en échange d’un engagement du Gouvernement français de vous laisser les mains libres en Afrique orientale ? » M. Mussolini répondit : « Il est exact qu’en conséquence des accords du 7 janvier, tous les différends entre nous se sont trouvés réglés. » Il apparaît ainsi que l'Italie, présente à Genève, escomptait dans le grave débat qui allait s'ouvrir la neutralité bienveillante du Gouvernement français et de son chef M. Pierre Laval.

Dès. l'ouverture de la session, le 4 septembre, MM. Eden et Laval proclamèrent leur confiance en la Société des Nations et leur désir d'aboutir pacifiquement à la résolution du confit. L’exposé de M. Eden extrêmement modéré, non seulement n’employait pas le mot « sanctions », mais évitait toute allusion à des moyens coercitifs. M. Aloisi prononça alors un violent réquisitoire contre l’Éthiopie. La thèse italienne * consistait à voir dans l’Éthiopie un État « barbare », ayant contrevenu aux principes essentiels de la civilisation moderne, indigne de siéger à Genève et par suite, non habilitée à se réclamer d’un pacte qu’elle

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