Exportateur français, 19 décembre
Certains faits avaient pu laisser croire à l’Europe que l’'Éthiopie avait été approvisionnée abondamment par le Japon en matériel de guerre. A la suite du traité de commerce japono-éthiopien de 1927 et de la visite, en février 1932, d’une commission d’études japonaise et d’instructeurs militaires japonais à Addis-Abeba, les liens ont paru fort cordiaux entre les deux pays. Des représentants du trust Mitsui ont visité les provinces de Godjam et de Gondar. Les Japonais ont pris à ferme un million d’hectares du sol éthiopien pour y cultiver du coton. N’avaient-ils pas fourni en échange des armes à l’Abyssinie ? On évoque, à l’appui de cette hypothèse le fait que les Italiens ont pris dans le Tigré des fusils et des mitrailleuses portant une marque de fabrique japonaise. Néanmoins, on ne peut avoir à cet égard, aucune certitude absolue et il n’en demeure pas moins que l’Éthiopie manquait incontestablement d'armes et de munitions. Aussi la décision du Comité des Dix-Huit allait-elle permettre à l’Éthiopie de pouvoir s’équiper en vue de la longue campagne militaire qui commençait.
Dès la levée de l’embargo, les grandes fabriques anglaises de matériel de guerre, avaient ouvert à l’Éthiopie des crédits importants ; ces crédits étaient garantis par le trésor de la couronne éthiopienne, qu’Addis-Abeba, par mesure de précaution, avait envoyé à Londres dès le début des hostilités. De plus, le Négus avait mis également à la disposition de l’Éthiopie sa fortune privée qu’on évaluait à 25 millions de livres sterling. Enfin les grands seigneurs éthiopiens, stimulés par l'exemple de l'Empereur, avaient créé un « fonds national » de 10 millions de livres sterling.
Mais pour que l’Éthiopie puisse procéder aux achats d’armes qui lui étaient indispensables et pour que l'Italie
en soit privée, il fallait que les États membres acceptent individuellement Ja proposition I du Comité de Coordination. Dès le 2 novembre, celui-ci recevait un rapport du sous-comité juridique classant les réponses des Gouvernements Concernant cette proposition I. Ce rapport était rédigé dans les termes suivants ‘ : « Le sous-comité juridipue à examiné les réponses reçues des Gouvernements des membres de la Société des Nations au sujet de la proposition I.
Ces réponses sont au nombre de cinquante-deux.
— Ces réponses son au nombre de cinquante-deux.
— Il en résulte que : l
1° Les mesures faisant l’objet de la proposition I sont déjà en vigueur dans les quarante-trois pays suivants :
Union Sud-Africaine Finlande Pérou Argentine Frandce Pologne Australie Grèce Portugal Belgique Inde Roumanie Royaume-Uni Irak Siam Bulgarie État libre d’Irlande Suède Canada Lettonie Suisse
Chili Liberia : Tchécoslovaquie Chine Lithuanie Turquie Colombie Luxembourg U*R'S25:
Cuba Mexique Uruguay Danemark Norvège Venezuela Équateur Nouvelle-Zélande Yougoslavie Espagne Panama
Estonie Pays-Bas
Toutefois, parmi ces États le Luxembourg et la Suisse n’ont pas accepté la proposition I en ce qui concerne l’Éthiopie, le premier invoquant sa politique de neutralité le second la Convention de la Haye de 1907, concernant les droits et devoirs des puissances et des personnes neutres
1. S. D. N. Journal Officiel. Supplément, n° 146, p. 12 et 13.
en cas de guerre sur terre (article 9), ainsi que son statut de neutralité. Le sous-comité juridique gote qu’il n’a pas été chargé d’examiner la compatibilité de cette attitude avec les obligations du Pacte. ;
20 Huit États ont déclaré accepter la proposition. Les uns ont annoncé la prise prochaine de mesures nécessaires d’exécution, les autres n’ont pas ajouté cette précision sans doute parce qu’ils ne sont pas impliqués dans la fabrication, ni le commerce des armes et munitions de guerre.
Ces États sont les suivants :
Afghanistan Haïti Nicaragua Bolivie Honduras Salvador Guatemala Iran
30 Un État, le Paraguay, a déclaré qu’il n’estime pas qu’il soit actuellement désirable, étant donné la situation existant dans le pays, d'envisager l’autorisation nécessaire du pouvoir législatif en ce qui concerne les mesures proposées. »
La situation en novembre 1935 est donc la suivante : l'Italie et l'Éthiopie n’entrant pas en ligne de compte, et trois États, d’autre part, ne s’étant pas associés aux sanctions (Albanie, Autriche, Hongrie), il reste cinquantedeux États membres de la Société des Nations qui ont adopté la proposition I. Cependant il y a lieu de faire des distinctions parmi ces États : quarante-trois seulement ont mis déjà en vigueur la proposition I et huit États ont accepté la proposition sans avoir encore pris les msesures nécessaires en vue de son application. Parmi ces derniers États, le Salvador qui a accepté en principe d’appliquer les sanctions, à cependant estimé qu’en fait ses « possibilités » ne lui permettaient d'appliquer que les
sanctions financières. Enfin le Gouvernement du Paraguay s’est déclaré dans l'impossibilité de prendre une décision en cette matière, le Congrès seul étant compétent à cet égard, et le Gouvernement ne jugeant pas possible une convocation spéciale du Congrès pour délibérer sur ce sujet. Il convient également de noter que le Luxembourg et la Suisse en vertu de leur politique de neutralité appliquent l’embargo sur les armes aussi bien à l’Éthiopie qu’à l'Italie.
Comment les États non membres de la Société des Nations agirent-ils en ce qui concerne cette question de l’embargo sur les armes et matériel de guerre ?
Aux États-Unis, le Président Roosevelt à publié, le 5 octobre 1935 ‘, une proclamation décrétant, en vertu de la loi du 31 août 1935, l’embargo sur l'exportation des armes, munitions et matériel de guerre à destination des deux belligérants ou à destination d’un port neutre pour être acheminé ultérieurement vers le territoire de l’un des deux belligérants. « Étant donné la situation qui malheureusement s’est développée entre l'Italie et l’Éthiopie, il est de mon devoir, déclare M. Roosevelt, en vertu des clauses de la résolution adoptée par le Congrès le 831 août 1935, de publier une proclamation mettant en vigueur l’embargo sur les exportations d’armes, de munitions et de matériel de guerre des États-Unis à destination de l’Éthiopie et de l’Italie. Malgré l’espoir que nous avions que la guerre serait évitée et Les efforts