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CHAPITRE V

La Conférence antleaolavaglBte de Bruxelles et l'Acte général de cette conférence

La Conférence de Bruxelles de 1889 a marqué une étape grandiose dans la marche triomphante du mouvement antiesclavagiste qui prend chaque jour plus d'extension chez toutes les nations civilisées du globe. Elle a été, pendant toute la durée de ses importants travaux, le point de mire de la civilisation universelle, et le résultat final de ses opérations, TActe général, n'a pas trompé les espérances que les peuples avaient placées en cette réunion d'hommes illustres.

C'est encore Léopold II qui fut le promoteur de la Conférence de 1889 : à la suite de la mémorable croisade du cardinal Lavigerie, croisade inspirée par le pape Léon XIII lui-même, le Souverain du Congo décida de faire un suprême appel aux nations, afin qu'elles rédigeassent une sorte de code commun contre la traite et prissent ensemble les mesures nécessaires à la guérison de cette abominable plaie. Toutefois le roi Léopold laissa la Conférence absolument libre d'élaborer son programme et d'en régler les détails à sa convenance : aussi, dès la première séance, la Conférence fit-elle une déclaration en vertu de laquelle elle écarterait de son programme toute question territoriale et elle éviterait de donnera ses discussions une couleur politique; elle reconnaissait qu'elle s'était réunie pour accomplir une tâche purement humanitaire et qu'elle devait se considérer comme représentant, non pas les puissances individuelles de l'Europe et de l'Amérique, mais la civilisation entière faisant face à la barbarie.

Somme toute, le programme de la Conférence consistait à développer et à rechercher les moyens pratiques de mettre à exécution les clauses de l'article 6 de la Conférence de Berlin, ainsi conçu : « Toutes les puissances exerçant les droits de souveraineté ou une

influence dans les dits territoires (bassins conventionnels du Congo et du Niger) s'engagent à veiller à la conservation des populations indigènes et à ramélioralion de leurs conditions morales et matérielles d'existence, et à concourir à la suppression de l'esclavage et surtout de la traite des noirs. Elles protégeront et favoriseront sans distinction de nationalité ni de culte toutes les institutions et entreprises religieuses, scientifiques ou charitables, créées et organisées à ces fins ou tendant à instruire les indigènes et à leur faire comprendre et apprécier les avantages de la civilisation. »

Le 18 novembre 1889 s'ouvrit à Bruxelles la Conférence antiesclavagiste ; les nations suivantes y étaient représentées par des diplomates et des plénipotentiaires : rAllemagne« l'Autriche, la Belgique, le Danemark, l'Espagne, l'État indépendant du Congo, les États-Unis d'Amérique, la France, l'Angleterre, l'Italie, les Pays- Bas, la Perse, le Portugal, la Russie, la Suède et Norwège, la Turquie et le Sultanat de Zanzibar. La Belgique était représentée par MM. le baron Lambermont, ministre d'État, et Banning, directeur général au ministère des affaires étrangères, l'auteur érudit du Partage politique de F Afrique; TÉtat du Congo par MM. Van Eetvelde, actuellement secrétaire d*État de l'intérieur, et Van Maldeghem, conseiller à la Cour de cassation.

M. le baron Lambermont fut élu à l'unanimité président de rassemblée : l'éminent homme d*État, à qui la Belgique est redevable des plus grands services, sut conduire cette lâche difficile et ardue avec une prudence, une habileté et un tact admirables; il prit la part la plus active dans l'élaboration de TActe final, et c'est d'après un projet fait par MM. le baron Lambermont et Banning et présenté par le gouvernement belge à la Conférence, que celle-ci étudia successivement les diverses questions relatives à la traite.

Deux commissions furent instituées tout d'abord, ayant pour objet, la première de rechercher les mesures à prendre aux pays d'origine, la seconde de rechercher les mesures à prendre relativement à la traite par mer.

Pour faciliter la tâche des membres du Congrès, le cardinal Lavigerie envoya au roi Léopold un volume contenant tous les documents utiles à l'étude des questions intéressant la traite; un

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exemplaire de ce volume fut remis à chacun des membres de la Conférence.

Il n'entre pas dans notre cadre restreint de reproduire dans leurs détails les intéressantes discussions auxquelles donna lieu la Conférence ; nous résumerons aussi succinctement que possible l'Acte final, qui ne fut signé que le 2 juillet 1890, après six mois de longs et patients travaux, et nous examinerons, article par article, dans quelle remarquable mesure, avant la réunion de la Conférence et depuis cette réunion, l'État indépendant a, malgré la modicité de ses ressources, rempli les clauses de l'Acte général.

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