CHAPITRE PREMIER
Le bassin du Congo
Formation géologiquk. -^ D'après M; Dupont (1), qui est parvenu, par ses patients travaux, à reconstruire rtiistoire de la formation géologique du bassin du Congo, la naissance des monts de Cristal, voisins de la côte, est due à la première période de soulèvements terrestres, celle des temps paléozoïques, qui a produit les élévations à relief peu prononcé. La formation de ces monts empêcha la communication des eaux du centre de l'Afrique avec l'océan et produisit une vaste cuve centrale, dont la ceinture était formée de roches cristallines : ces roches avaient une inclinaison très sensible vers le centre du continent. La cuve regut toutes les eaux intérieures, provenant des pluies intenses de cet âge géologique, et devint un lac immense qui occupait toute la région centrale de TAfrique : les eaux devinrent si grosses, vers la un de Tépoque tertiaire, qu'elles cherchèrent une issue, franchirent le point le moins élevé de la bordure de la cuve et s'écoulèrent vers l'Atlantique en creusant un sillon qui atteignit une profondeur de 500 mètres à Pallaballa.
(l) Voir livre I, chapitre XIII, page 170.
Si Ion considère que, de Paliaballa à l'océan, sur une distance de 130 kilomètres seulement, le soi du bassin subit une dépression de 560 mètres, il est facile d'imaginer que les eaux, en s'écoulant avec violence et rapidité, transformèrent le lit de la crevasse et produisirent la série d*énormes cataractes qui s'étagent entre le Pool et Matadi.
Étendue du bassin. — Le bassin du Congo est Tun des plus considérables du monde, à cause de son étendue et de Timportance des cours deau qui le sillonnent : la configuration du bassin proprement dit pourrait être comparée à celle de la coupe d'une calebasse, c'est-à-dire qu'il afTecte une forme ovale finissant vers l'océan comme un goulot de bouteille. Sa largeur moyenne est de 1,600 à 2,000 kilomètres, sauf à partir du Stanley-Pool jusqu'à l'océan, où il se rétrécit presque brusquement et où sa largeur diminue jusqu'à n'atteindre que 100 kilomètres à peine : le bassin s'y étrangle entre les monts de Cristal.
On pourrait donner comme limites approximatives au bassin la ligne suivante : de Banana vers le nord-est jusqu'au 4"" parallèle sud (le séparant des bassins du Cliiloango et du Kuilu Niadi); du 4'' parallèle sud, elle longerait à peu près le méridien 14"" SO' est jusqu'au 4* parallèle nord (séparant les bassins de la Sangha (affluent du Congo) et de TOgôue); elle se dirigerait vers le nordouest jusqu'au 8* parallèle pour passer entre la Sangha supérieure et les affluents de la Sannaga (versant de l'Atlantique) ; elle prendrait la direction de l'est en décrivant une courbe vers le sud et séparerait les eaux de l'Ubangi de celles du Kuta (bassin du lac Tchad); à partir du point 23'' longitude est et 6"" latitude nord (environ) elle décrirait jusqu'au lac Albert un immense arc de cercle pour délimiter les bassins de l'Helle et du Nil ; elle passerait entre le lac Victoria et le Tanganyka, comprenant ce dernier dans le bassin ; de l'extrémité sud-est du Tanganyka, elle décrirait un nouvel arc de cercle jusqu'au ii"" degré de latitude sud en embrassant les lacs Ranguelo et Moëro; elle longerait la crête de partage des eaux du Zambèze et du Lualaba, prolongerait cette crête jusqu'au 19^ méridien (à l'est des sources du Kassaï), se dirigerait vers le
Dord-ouest (séparation avec le bassin du Goanza), et enBn, à partir du 14^ méridien, suivrait le parallèle G"* 30' sud jusqu'à TOcéan.
Telle est, dans ses grandes lignes approximatives, la délimitation du bassin du Congo qui comprend, dans son étendue, les possessions de diverses puissances et le territoire de l'Ëtat indépendant et dont la surface atteint approximativement le chiffre de 4, 100,000 kilomètres carrés.
ASPECT GÉNÉRAL. — L*aspect du bassin du Congo varie selon les régions : en général, dans le Bas-Congo, le terrain est très tourmenté et couvert de longues bandes de bois, vestiges d'anciennes forêts disparues : la contrée y offre un aspect assez semblable à celui de nos Ârdennes, et le Congo lui-même pourrait être comparé au Rhin, dont il a souvent Taspect pittoresque et mouvementé. Dans le Haut-Congo et dans les régions arrosées par les affluents du nord, s'étendent des plaines immenses, couvertes d'une végétalion touffue et extrêmement riche; vers l'est, la grande, la mystérieuse forêt de l'Aruwimi, d'une sauvage et grandiose beauté. Toute la partie nord-est de l'Uelle est rocheuse, et vers le Nil apparaissent de grands sommets. La partie sud-est du bassin ou région du Katanga présente une orographie bien déterminée, des plateaux élevés, des bois considérables, de grandes plaines. Le cœur du bassin semble ne former, une partie de l'année, qu'un vaste marécage, où prennent leur source plusieurs affluents du Congo, du Lomami, de la Lukenye.
Le bassin central est un haut plateau qui a une pente douce du sud-est vers le nord-ouest, ce qui explique la direction générale des affluents du Congo et celle du fleuve lui-même. Les quelques chiffres d'altitude ci-après viennent à l'appui de cette assertion : sources du Lualaba: 1,540 (environ); lac Bemba (Luapula) : 1,130; Lualaba (confluent du Lubudi) : 755; Nyangué : 633; Stanley- Falls : 428; Nouvelle-Anvers : 375; Equateur : 320; Léopoldville : 340; Lukungu : 233; Matadi : 87.
Orographie. — Comme nous le disions précédemment, le bassin du Congo constitue la cuvette centrale de l'Afrique; cette cuvette
est formée par la chatne de montagnes qui longe TÂtlantique d*un côté et par Timportant massif des monts Ruwenzori à Test, d*où se détachent, vers louest la chatne tourmentée qui forme la limite entre les affluents du Congo et ceux du Nil, et, vers le sud les monts qui rejoignent la ligne de faîte Congo-Zambèze et qui sont assez accentués sur la rive orientale du Tanganyka.
L'intérieur du bassin ne présente pas de hauteurs nettement dessinées, à part les collines d*Upoto et les élévations qui bordent les chutes des Falls.
Les chaînes de montagnes importantes sont : les monts de Cristal, qui s'étendent parallèlement à la côte, à environ 186 kilomètres de celle-ci : le massif rocheux de Pallaballa, le plus haut de la chatne, n'atteint que 560 mètres. Le massif des monts Bleus, à louest du Nil, où prennent leur source plusieurs affluents du Congo et dont certains sommets atteignent 1,000 mètres.
Celte chaîne se prolonge jusqu'aux monts Makroli (2,100 mètres), à la pointe nord de l'Albert Nyanza, puis longe, avec des altitudes assez faibles, la côte ouest du lac Albert, pour rejoindre l'extrémité ouest du Ruwenzori : cet important massif, découvert par Stanley, s'étend entre les lacs Albert Edouard et Albert Nyanza et présente des altitudes variant entre 4,500 et 5,800 mètres.
La vallée de la Semliki (canal de jonction des deux lacs) est une vaste plaine Sippelée plaine de Makara, limitée à l'est par le Ruwenzori et à louest par une suite de montagnes dont l'élévation va en augmentant du nord au sud pour former, à la rive nord-ouest du lac Albert Edouard, des sommets élevés de plus de 3,000 mètres, qui surplombent les eaux du lac presque à pic. Cette même chaîne se prolonge sur la rive ouest du lac en diminuant graduellement pour mourir dans les plaines arrosées par le Ruchwru, affluent de l'Albert; les côtières du lac Albert atteignent des altitudes de plus de 4,500 mètres, et le sommet de ces montagnes est couvert de neiges à partir du 4,000* mètre environ (1).
Les deux plaines qui s'étendent au sud du lac Albert sont bornées par une ligne de pics volcaniques, dont le pic oriental, appelé
(1) Observations recueillies par le Dr Stuhlman dans sa briUante exploration du ^- Haut-Arawimi de 1891-92.
mont Fumbiro (nom qui s'est étendu à celle chaîne de volcans), est situé par l'^lQ' lat.S. et 30''4' long. E. ; les six autres.^qui s*éloignent vers Touest-sud-ouest, présentent à leur sommet des crevasses qui indiquent suffisamment leur nature volcanique; les indigènes affirment même que le plus occidental des pics, appelé Virungo, est encore en activité ; le plus élevé est le monl Kissigali, dont l'altitude est évaluée par Stuhlman à 4,000 mètres.
Un peu au sud du Fumbiro commence la chaîne des monts de la Lune 9 explorés par le docteur allemand Baumann, qui forme la séparation des bassins du Rusiji (affluent du Tanganyka) et de la Kagera (affluent du lac Victoria, considéré aujourd'hui comme étant la source du Nil) ; la plupart des montagnes de cette chaîne atteignent 3,000 mètres de hauteur. La chaîne des monts de la Lune se continue sur la rive orientale du Tanganyka par une succession de plateaux qui s'élèvent progressivement jusqu'à 13 ou 1400 mètres, et d'où, vers le 8* parallèle sud, surgissent par endroits des pics de plus de 2,000 mètres.
Du Tanganyka, au sud du mont Rumbi, se détache l'importante chaîne des Marungus, qui, passant au nord du lac Moêro, vient se confondre, à l'ouest de ce dernier, avec la grandiose cliaîne des Kundelungus; ceux-ci, dont la hauteur varie entre 1,500 et 1,700 mètres, rejoignent, au nord, les monts Kibalas qui s'étendent le long du chapelet de lacs du Lualaba, et, au sud, la ligne de faite Congo-Zambèze. Cette ligne de faîte consiste en un large plateau à pentes très douces, d'une altitude d environ 1,550 mètres, où viennent mourir, entre le 26® et le 27* méridien, les monts Kilabis qui commencent vers Bunkeia et forment la séparation des rivières Dikulue et Luûra (affluents du Lualaba); leur altitude varie de 1,300 à 1,600 mètres; le sommet extrême de cette chaîne a été baptisé mont Bia.
La région du Katanga, la seule montagneuse du bassin avec la région des grands lacs, contient encore plusieurs chaînes importantes : les monts Muttus, qui s'étendent du nord au sud, entre le 8** 30' et le 1 1"* degré de latitude sud et qui forment la séparation des bassins du Lualaba et de la Lufira ; les monts Uakansson qui côtoient les expansions du Lualaba entre 7"" 30' et S"* 30' lati-
tude sud; les monts Khika Liulas qui forment les effrayants rapides de Nzilo ; les monts Kinuis^ qui joignent, entre le lO"" et le 11"" parallèle, les monts Kiiabis aux monts Kundelungus.
De nombreux plateaux couvrent la région accidentée du KataDga: les plus considérables, celui de la Manika (i,000 mètres), et celui des Sambas (1,100 mètres), donnent naissance à la plupart des innombrables rivières qui sillonnent cette contrée.