I. — LE FLEUVE CONGO
Embouchure. — Le fleuve Congo porte plusieurs noms : dans son cours supérieur, on Tappelle Lualaba et Luapula; les indigènes du Bas-Congo l'appellent N'Zadi, nom dont les Portugais, par corruption, ont fait Zaïre et sous lequel ils désignent le fleuve que les géographes ont convenu d'appeler Congo.
Le Congo, qui débouche dans l'océan avec une largeur de 13 kilomètres et une profondeur de 110 mètres, y déverse un volume d*eau qui peut être estimé à 1,200,000 mètres cubes : c'est-â-dire que la poussée du fleuve contre les eaux de l'océan est de 1,900,000,000 de kilogrammes (1). Aussi, à partir de l'Equateur même, les steamers ressentent Feffet de cette poussée par un ralentissement sensible dans la marche. A cinquante kilomètres de l'embouchure du fleuve, l'océan prend une teinte brunâtre : c'est la couleur des flots du Congo. Cette couleur spéciale a été attribuée par Stanley â la
(l) Chiffres ioamis par le capitaine d*ëtat-inajor Jungers, qui a fait une étodc approfondie da Bas-Congo au point de vue topographique.
présence de substances ferrugineuses; mais H. Dupont, le savant directeur du Musée, qui a analysé des spécimens d'eau du Congo et de ses affluents, affirme que ce sont des matières organiques, provenant des marécages et dégageant des acides non encore définis, roulées en quantité considérable par le grand fleuve, qui lui donnent cette coloration d*un brun rougeâtre.
Dès le changement de couleur des flots de Tocéan, le voyageur, du pont du steamer, aperçoit dans le lointain de petites taches blanches sur la plage : ce sont les factoreries et les établissements de Banana, qui, blanchis à la chaux, resplendissent d'une façon éblouissante. Les navires, en arrivant, passent devant la pointe Schark (rive portugaise) et font un grand tour pour doubler la pointe française qui forme avec la terre ferme le port de Banana.
De Banana a Matadi. — Â partir de Banana, le fleuve présente une largeur de plusieurs kilomètres : toutefois il est difficile de s'en rendre compte, car la rive septentrionale est bordée de nombreuses petites îles. Les deux rives sont couvertes d'une végétation inextricable; partout s'élèvent des palétuviers dont les branches se rejoignent en formant des nefs de verdui*e si épaisses que le soleil ne peut les percer.
Il faut deux heures et demie à un steamer ordinaire pour atteindre Kissanga (rive sud) où sont établies deux factoreries portugaises; une heure pour arriver à Ponta da Lenha (rive nord) ; Ponta da Lenha est située dans une Ile et est distante de Banana d'environ quatre-vingts kilomètres : de nombreuses factoreries et une station de l'Ëtat y sont établies. A partir de cette localité, le fleuve est couvert d'Iles assez importantes, entre autres Draper, Nonangona, Tschissiala et Mateba : ces ties ont presque toutes une forme allongée et les plus grandes d'entre elles sont habitées par une population assez dense. De Ponta da Lenha à Boma, les rives sont basses : les grands bois qui garnissaient les rives font place à des landes stériles : celles-ci, couvertes de grandes herbes, avec, disséminés çà et là, des bouquets de palmiers, donnent l'impression froide de déserts immenses : seuls, quelques baobabs élèvent au milieu de la plaine la majesté silencieuse et triste de leur taille gigantesque. Au
loin, vers l'est, l'œil découvre des collines dentelées qui, sur la droite ei sur la gauche du fleuve, semblent se joindre dans la direction de Borna : c'est ici que Je fleuve atteint une largeur de plus de dix kilomètres pour se rétrécir ensuite doucement jusqu'à Borna, où il conserve encore une largeur de 4,700 mètres et une profondeur moyenne de quinze mètres.
De Borna à Matadi, quatre-vingts kilomètres environ, il faut six heures de navigation. Les douze premiers kilomètres, à partir de Boma, font encore partie de l'estuaire du fleuve : des deux côtés du
Congo s'allongent de hautes lies boisées, bordées de rochers. La partie maritime du fleuve s'étend jusqu'à l'Ile des Princes, ainsi nommée parce qu'elle servait de sépulture aux rois de Boma. Le Congo est navigable pour les grands navires jusqu'à Matadi : c'est le steamer Lu^aba, qui, en 18S9, efl'ectua le premier ce trajet. Entre Boma et Matadi, quelques tourbillons se montrent par places, mais ils n'entravent pas la navigation. Le Congo y présente 700 à 800 mètres de largeur moyenne. Les rives sont montagneuses : elles sont bordées de blocs rocheux, entassés les uns sur les autres, pèle-méle, affectant tes formes les plus bizarres et semblant
ne se maintenir que par un miracle d'équilibre : l'aspect du fleuve évoque ici, à une imagination poétique, celui des bords du Rhin, aux rocs sauvagement jetés sur les rives et qui donnent une allure si grandiose et si majestueuse au pittoresque fleuve allemand. Ces montagnes sont couvertes de hautes herbes, desséchées en temps ordinaire par le soleil : ce n'est que dans les mille vallées qui viennent aboutir au fleuve, et tout au bord de celui-ci que se montre une belle végétation arborifère. De nombreuses foctoreries s'élèvent sur les deux rives : Binda, Nokki et Ângo Ângo (rive gauche), Ikungula (rive droite) sont les plus importantes.
De Hâtadi au Stamley-Pool. — De Haladi à Léopoldville, le fleuve n'est plus navigable, à cause des cataractes et des rapides. Cependant, entre Isanghila et Hanyanga, les embarcations de peu d'impo^ tance peuvent se risquer, mais elles y courent les plus grands dangers et doivent observer la plus extrême prudence.
À quelque distance de Maladi commencent les chutes Livingstone, que Stanley a ainsi baptisées et dont il parle de la façon suivante : « Ce n'est plus le cours d'eau majestueux dont la beauté mystique, la noble grandeur, le flot calme et ininterrompu sur une distance de neuf cents milles (près de 1,450 kilomètres), avaient pour nous un charme irrésistible en dépit de la férocité des tribus de ses bords. C'est un torrent furieux, roulant dans un lit profond, obstrué par des récifs de lave, des projections de falaises, des bancs de roches erratiques, traversant des gorges tortueuses, franchissant des terrasses et tombant en une longue série de chutes, de cataractes et de rapides. Après nos conflits avec les sauvages, récommence la lutte avec le grand fleuve, dans la profonde et large déchirure qui, des hauts plateaux, descend à l'Atlantique (1) ».
Les chutes Livingstone sont au nombre de trente-deux sur un parcours de 350 kilomètres. Les premières, appelées Yellalla ^ soûi de toute beauté et ceux qui les ont vues ont conservé de ce spectacle une impression profonde. Entre Isanghila et Manyanga, les endroits les plus dangereux sont : les rapides de Kilolo^ les rapides de Fia-
(l) Stâklxt. — A travers le Continent mystérieux.
mini et ceux de Rubala. Les chutes de KintamOf en aval de la baie de Ntamo, à une heure de marche de Léopoldville, sont réellement merveilleuses : le fleuve s*y divise en plusieurs bras très étroits, formés par des lies rocheuses couvertes d'une luxuriante végéta* tion ; les rapides s'étendent sur une longueur de plusieurs kilomètres; le fleuve descend sur une suite de gradins, pareils aux marches d'un gigantesque escalier, et y roule des flots énormes, qui se précipitent avec une rage inouïe, un bruit effrayant semblable aux grondements du tonnerre, pour rejaillir en vagues écumeuses, hautes parfois de cinq à six mètres.
Dk Léopoldville â Kimpoko ; le Stamley-Pool. — A Léopoldville commence ce qu'on est convenu d'appeler le Haut-Congo. Le fleuve y prend une grande largeur vers la rive droite : c'est la sortie du Stanley-Pool (étang de Stanley). Cet étang consiste en une immense expansion du fleuve, qui présente une nappe d'eau calme, pareille à un lac, divisée en deux parties par l'île de Bamu, couverte d'tles et de bancs de sable. La superficie du Pool est d'environ 1,500 kilomètres carrés ; son altitude est de 340 mètres à Léopoldville. Au fond d'une baie située sur la rive droite se trouve la station de Brazzaville, fondée quelque temps avant l'apparition de Stanley au Pool par M. Savorgnan de Brazza, l'explorateur français qui avait pris possession de toute la partie septentrionale du fleuve. Du côté de la rive gauche, à la pointe Kallina, le courant augmente : les voyageurs présument qu*il devait s'y trouver anciennement une cataracte, usée aujourd'hui par la violence des eaux. Les deux rives sont toujours très boisées. Kallina-pointe est un massif rocheux à pic et d'aspect très pittoresque : des herbes, des plantes grimpantes garnissent les anfractuosités des roches. Au milieu du Pool s'étend Ttle immense de Bamu, boisée vers le nord, basse et sablonneuse dans la partie faisant face à la sortie du Pool. Dans les forêts de la rive nord du Pool, on distingue deux clairières, oii sont établies deux factoreries, l'une française, l'autre hollandaise. Avec la mission catholique de Brazzaville, ce sont les seuls établissements de la partie française du Slanley-Pool.
Sur la rive gauche, on arrive à la station de Kinchassa.: dans la
plaine qui commence à cette station, on remarque énormément de baobabs au tronc conique et au feuillage rare. Le Pool est ici parsemé de grandes Iles au sol rocheux, aux rives taillées à pic. Au delà de Kinchassa on ne rencontre plus que des ties basses et sablonneuses et de nombreux bancs de sable ; à quelque distance de la station se trouve le rapide de Kinchassa, assez dangereux à franchir pour les petits bateaux. Â partir de Kinchassa, Taspect du Pool est monotone : on navigue au milieu de grandes Iles, sétalant presque à fleur d*eau : le fleuve prend parfois des largeurs immenses, et, par les trouées entre les Iles, on n'aperçoit souvent plus la terre. De Kimpoko, on voit au loin la ligne de faite qui limite le bassin du Pool; rentrée du Pool est véritablement d'aspect grandiose : qu'on s'imagine un fleuve de 2,000 à 2,500 mètres de largeur, coulant avec impétuosité dans un lit encaissé par des collines et des montagnes qui atteignent jusqu'à 500 mètres de hauteur; ces rives escarpées sont bordées de rochers et sont couvertes d'une puissante végétation arborifère s'étendant à perte de vue : ce Rien n'est plus joli ni plus pittoresque que ces rives boisées, nous écrivait un ami : toutes les essences diverses mélangent agréablement les tons variés de leur feuillage, dont le vert, le jaune, le rouge contrastent avec les troncs blanchâtres. Les pieds des arbres bordant directement la rive, dégarnis par la force des flots qui les baignent, sont entourés d'un fouillis inextricable de racines; de toutes parts, des lianes enchevêtrées, des buissons multicolores, des plantes grimpantes courant sur le sol ou s'accrochant au tronc des arbres rendent ces forêts impénétrables et contribuent à leur donner un aspect sauvage et grandiose. «
De Kimpoko a Bangala. •— De Kimpoko jusqu'au Kassaî, le Congo conserve en général la même largeur, variant entre 500 et 700 mètres.
Les collines, qui descendent par gradins vers le fleuve, vont s'abaissant progressivement, de même que diminue la profondeur des forêts qui garnissent les rives : les élévations que l'on aperçoit dans le lointain sont couvertes de pâturages parsemés de bouquets d'arbres. La rive de l'État est moins boisée que la rive septentrio-
nale; tout le long de la rive gauche, on distingue de magnifiques roches d'argile grise, striées de grandes raies jaunâtres ; ces roches sont à pic : toutes leurs aspérités, toutes leurs anfractuosités sont ornées de plantes grimpantes, de buissonnets oti les épen'iers et les mouettes ont établi leurs nids.
Deux cent cinquante kilomètres séparent Kinapoko de Msuata, la première station belge sur le Haut-Congo : les steamers font ce parcours en trois jours. Dès qu'on arrive à quelques kilomètres de
TILUaS WAHOATA.
cette station, la rive de l'État se couvre de nombreux villages, dont les toits brunâtres surfissent des belles plantations de bananiers au feuillage clair; de magniilques palmiers étalent leurs panaches de verdure au-dessus des cases des nègres. Un peu au-delà de Msuata se trouve la pointe de Ganchu : les flots du Congo y roulent avec une violence extrême et forment maint tourbillon. Audelà de la pointe, le fleuve s'élargit; il atteint par places S, 000 mètres de la^ur; tes rives s'abaissent de plus en plus jusqu'à l'embouchure du Kassai : celle-ci a environ 3 à 400 mètres de lar-
geur; le Congo y a 1,500 mètres; la teinte des eaux change, par suite du grand débit d*eaux noires du Kassaî; les flots des deux fleuves coulent longtemps à côté les uns des autres sans vouloir se mélanger. Presque au confluent, dans Tangle méridional, est établie la mission belge de Berghe-Sainte-Marie.
 partir du Kassaî, la largeur du Congo varie; il conserve une largeur de 7 à 800 mètres jusqu*à Temboucbure de la Lav^son Lefini, jolie petite rivière qui arrose le territoire français. Au-delà de cet afiluent, il s*épanouit de nouveau jusqu'à atteindre 1,500 et 2,500 mètres, pour se rétrécir un peu à la passe de Chumbiri, point où est établie une mission anglaise. Lorsqu'on a dépassé Chumbiri, le Congo change d aspect : là commence le plateau immense de TÂfrique centrale; désormais plus de montagnes, sauf les hauteurs d*Upoto ; le fleuve, qui sépanouit parfois en nappes de 3 à 4 lieues de largeur, roule au milieu de plaines immenses des eaux calmes, profondes et limoneuses. De nombreux villages se succèdent sur la rive gauche, qui est très peuplée jusqu'à Bolobo; le fleuve est parsemé d*!les basses, couvertes tantôt de broussailles épaisses dont le pied plonge dans Teau, tantôt d*herbes sauvages, et alors elles sont bordées d'une ceinture de papyrus et de roseaux. L'aspect du Congo ne varie pas jusqu'à Tembouchure de l'Ubangi, le gigantesque afiluent qui se jette dans le Congo avec une largeur de onze kilomètres. Au confluent se trouve établie une mission catholique sur la rive française, à Isanga. Depuis Irebu jusqu'à TÉquateur, les paysages sont magnifiques; des panoramas vraiment féeriques se déroulent sous les yeux du voyageur, ébloui de la richesse de cette généreuse nature; les Iles du fleuve ellesmêmes sont couvertes d'une végétation splendide; partout des arbres de haute futaie ; au bord de l'eau des broussailles, des bambous épineux, des fleurs, mille essences diverses.
D'Équaleurville à Bangala, le fleuve conserve une largeur et un aspect uniformes ; à signaler sur la rive gauche le village de Luloogo à l'embouchure de la Lulonga, où est installée une factorerie hollandaise; une chose remarquable aussi est la densité extrême de la population riveraine, dont les villages se pressent littéralement les uns sur les autres jusqu'à la station de Bangala.
« Le groupe de Bolombo forme la première agglomération bangala» dit le capitaine Thys. Il est extrêmement important. Nous suivohs, pendant une petite demi-heure, la rive, où les villages ininterrompus sont établis sur un espace de 400 à 500 mètres de prorondeur, défriché dans la forêt. La rive est plane, élevée de 4 mètres, tout au plus, au-dessus du niveau des hautes eaux.
» Nous entrons dans un chenal qui passe entre des iles. Au bout d*une demi*heure, nous regagnons la rive. Les villages ont continué, pendant ce trajet, à se succéder au bord deTeau.Nous tombons en pleine population. On aperçoit le bateau. En un clin d'oeil, les embarcations sont mises à Teau et le fleuve se couvre de pirogues. Des milliers de bouches acclament les arrivants. Les plus hardis des pagayeurs s'approchent du Stanley^ qui avance toujours à toute vapeur, ils s'accrochent au passage à la baleinière que nous avons à la remorque à notre flanc droit et se laissent entraîner avec nous, aux applaudissements de la foule massée sur la rive. Un de ces audacieux voit, tout à coup, sa pirogue se remplir d*eau; il a à peine le temps de sauter dans la baleinière, tandis que son embarcation sen va à la dérive. Une autre pirogue vient d'ailleurs nous débarrasser de ce passager improvisé.
» Cependant les embarcations deviennent toujours de plus en plus nombreuses; Tenthousiasme est à son comble. On est ému malgré soi de voir lexubérante joie de toute cette population et Ton pense combien rapides ont été les résultats atteints par l'État, et combien consolant s'offre Ta venir dans ces conditions. »
De Dangalâ aux Stanlky-Falls. — Dans cette partie de son cours, le fleuve prend à certains moments sa plus grande largeur, qui atteint parfois dix lieues. « Les deux rives, dit M. Roger (1\ n'y sont visibles qu'à deux endroits : à Loukolela, situé à 250 kilomètres au sud de l'Equateur, où il n'a qu'une largeur de 10 kilomètres, puis à Rubunga, d'où l'on voit l'autre rive située à une douzaine de kilomètres et formée par les hauteurs d'Upoto, qui sont situées par deux degrés au nord de l'Equateur et forment le point le plus septentrional, longées par les eaux du grand fleuve.
(1) Le Congo, par Roger. — BtiUeiin de la Société de Géographie, 1884, n» 6.
» Peu ou point de vie animale dans toute cette immensité sauvage, que Ton croirait, au contraire, devoir être le véritable repaire de nombreuses bêtes de tous genres : quelques hippopotames farouches, quelques oiseaux ressemblant à des faucons et au vol fort bruyant, des perroquets gris à queue rouge, volant par couples ou par petites bandes bavardes, çà et là des bandes de singes du plusieurs variétés sautant d'arbre en arbre, de cime en cime, s*aci^rochant le long des haies, voilà à peu près tout ce que Ton y voit pendant de.longs jours de navigation. »
. Les Stanley- Falls. — Stanley a baptisé ainsi la succession des sept cataractes qui, de quelques minutes au-dessus de TËquateur à 2(y sous rÉquateur, empêchent toute navigation. Elles sont infranchissables, même en pirogue. Le fleuve s*y épanche en immenses cataractes, dont les vagues s'engouffrent avec un bruit épouvantable qui s'entend de très loin : de Nyangué à la septième cataracte, en aval de laquelle est située la station des Falls, la diflTérence de niveau est de 205 mètres. Les rives du fleuve en amont des chutes sont plates et couvertes de forêts.
Les sources du Congo. — Les sources du Congo étaient encore inconnues et. restaient à Tétat de problème, lorsque les explorations Delcommune et Bia sont venues faire la lumière sur celte question capitale. M. Delcommune a prouvé à toute évidence que, des deux branches de fleuve qui se joignaient à Ankorro, cest la branche orientale, c'est-à-dire le Luapula, qui est la plus importante : il s'ensuivrait que le Lualaba ne serait que l'afiluent du Luapula.
Le Luapula vient du territoire anglais, où il prend sa source entre les lacs Tanganyka et Nyassa, dans les monts Chingambo, à*environ 700 kilomètres de la côte de l'Océan Indien. Use dirige vers le sud-ouest sous le nom de Chambeù; en passant au sud du lac Baaguelo, ses eaux se confondent avec le trop plein de celles du Banguelo et forment, pendant la saison sèche, l'immense marécage de Bemba, que l'on a longtemps confondu avec le Banguelo même; en sortant du Bemba, le Luapula décrit une courbe vers le sud, puis, vers là"" 25' de latitude, il prend la direction nord pour aller se
jeter dans le lac Moêro; pendant cette partie de son cours, le Luapula subit une diminution de niveau d'environ 220 mètres et reçoit un grand nombre d*affluents, dont les plus importants sont le Lohombo, la Moangoêcha et le Lufubo. De la sortie du lac, à Mpueto, jusqu au confluent du Lualaba, le cours du Luapula n'a pas été exploré; à hauteur du 29<> parallèle, où le fleuve a déjà une largeur d'environ un kilomètre, il est coupé par des chutes ; jusqu'à Ânkorro on lui connaît quelques affluents, entre autres le Luule, le Lufanzo et le Luikussu.
Le Lualaba a été à peu près entièrement exploré; les lieutenants Francqui et Dcrscheid en ont découvert lès sources, qu'ils placent par il"" 44' 48» lat. S., à une altitude de 1,525 mètres. Son cours, supérieur est embarrassé de rapides de peu d'importance jusqu'aux cataractes de Nzilo, que nous avons décrites dans notre livre premier (1). Ces cataractes, sur un parcours de 70 kilomètres, provoquent une diminution de niveau de 450 mètres. Peu en aval des rapides de Nzilo, le Lualaba reçoit la Lufupa^ qui vient du sud ; puis l'importante rivière Lubudi qui a elle-même des affluents, entre autres la Lunga; après avoir formé les lacs Kabire, Kabele, Upemba, Kasêoli^ le Lualaba reçoit, à droite, les eaux de la LuQra, qui gonflent le lac Kassali. La Lu/ira est une rivière très importante qui a sa source à proximité de celle du Lualaba ; elle a droit à upe cer-. taine renommée à cause des sources salines de Moachia, qui sont très riches ; elle reçoit à gauche la Bunkeia et le Dikulue et à droite le Lofoï et la Lulua. Le Luv&i, qui se jette dans le Lualaba à peu de distance en aval du confluent de la LuQra, sur la rive gauche, reçoit lui-même le Kiluilui. Du lac Kassali à Ânkorro, le cours du fleuve n*a pas été exploré, mais tout porte à croire que ce bras du Lualaba constitue un chapelet de lacs. Le Lualaba coule à travers une région accidentée et riche en gisements de minerai de fer ; à hauteur de Kazembe existent des mines de cuivre. Le Bas-Lualaba et tous ses affluents arrosent une contrée extrêmement fertile. Le point de jpnction du Lualaba et du Luapula est situé approximativement par 26*55' long. E. et 6<» 25' lat. S.
(1) Voir livre I, chapitre XXI, p, 270.