I. — Nature du sol
Les dépôts de la surface du sol congolais se composent en général de sable quartzeux, de sable argileux, d*argile, reposant sur un lit de cailloux et de gravier; cette alluvion, extrêmement fertile, se retrouve dans toutes les parties du bassin. La latérite, qui se rencontre souvent dans le Bas-Congo, ne nuit pas à la fertilité (1). Dans le Kassaî, le sable ferrugineux prédomine dans la composition du sol. Les grandes plaines alluviales de la vallée du Lualaba, de la Lufira et de ses affluents sont couvertes d'un limon épais renfermant du calcaire en nodules et riche en humus; les plaines du Marungu et de louest du Tanganyka sont de nature argileuse. Le plateau de la Manika présente un sol uniformément composé de limonite scoriacée qui empêche la végétation arborifère, mais laisse pousser une herbe ténue. Le sol des environs de Kassongo, dans le Katanga, est couvert d'un dépôt limoneux, de couleur rougeâtre.
(l) La fertilité aa point de vue forestier. — Ceci eet Tavis de M. Dapont. Les savants allemands sont d*an avis contraire et assimilent la sorface du Bas-Congo aux terres analogaes, & jamais incultes, des Indes et du Brésil.
Le sous-sol du bassin du Congo semble être constitué par des grès tendres friables, de couleur rougeàtre, jaune ou blanche, dont la base serait largilite à concrétions siliceuses ; cette composition du sous-sol a été observée par M. Dupont, de Lukungu à Kuamouth ; MM. Diderrich et Cornet, qui l'ont aussi constatée à partir de Lukungu, la signalent dans tout le Kassaî, le Sankuru, le Lubilasch et jusqu'au dessous du 10°"^ parallèle. Le docteur Cornet rattache ce sous-sol au système dévonien (époque primaire).
Le sous-sol du sud du Katanga a une autre composition : il est formé de conglomérats de toutes natures, de schistes, de grès, de quartzites et de calcaires. M. Cornet le rattache au système silurien (époque primaire).
Dans la région au nord du Congo, bassins de la Loïka, de la Mongalia, de TÂruwimi, etc., la couche d'humus est très mince et en beaucoup d'endroits le gneiss et le granit affleurent. Â peu d'exceptions près, la nature du sol est celle que nous avons décrite plus haut et la richesse forestière et végétale en démontre lextrème fertilité.
IL — Lithologie.
Sous le nom de lithologie, nous avons réuni les renseignements relatifs à la composition géologique du bassin du Congo, en classant les découvertes par genre de roches et de pierres, et, comme nous faisons œuvre de vulgarisation, nous avons indiqué le genre d'utilité de chaque espèce.
RocHi£s FELDSPATHiQUES. — Le granit est répandu en massifs importants sur tous les points du Congo; il compose généralement les roches éruptives que l'on trouve dans toutes les arèles du bassin; il est souvent pointillé de feldspath blanc et, dans le Katanga surtout, de mica noir : ici, les roches granitiques sont disposées en monts coniques ou en mamelons arrondis. Les pierres des chutes sont souvent un granit dur, très utile pour la construction de bâtiments.
II y a des granits précieux, tels que le granit rose de Belmandec et le granit de Tile des Princes.
Le granit entre pour une grande part dans la construction des habitations pour blancs des stations du Congo ; on s'en sert en Europe pour le dallage.
La pegmatUe, avec les calcaires fossilifères, a formé les terres du Tanganyka par la décomposition des roches granitiques; elle entre dans la composition minéralogique des monts Marungus et des élévations de la côte ouest du Tanganyka. C'est la pegmatite qui, par une préparation spéciale, produit la porcelaine.
Le gneiss entre dans la composition de presque toutes les chaînes de la partie orientale du bassin.
Veurite^ variété de feldspath compacte ou petrosilex, se rencontre dans les collines qui longent la rive droite du Lualaba, entre les rapides de Nzilo et le lac Upemba; elle y a Taspect résineux du pechstein, repose sur de la diabase stannifëre et est pointillée de mica noir. Le pechstein existe en massif isolé près de Kafungue.
Roches trappéennes. — Uamphibolite de l'espèce schisteuse est très répandue dans le bassin de la Lukuga ; l'aimant et la pyrite prédominent dans sa composition.
Roches talqueuses. — Ces roches semblent n'être représentées que par des micaschistes, de couleur grenat, quelquefois verte, qui forment, avec du gneiss et des roches éruptives, le massif qui donne naissance aux sources sulfureuses de Kafungue. Le mica se rencontre partout, principalement dans les contrées entre le Mbomu et rUelle, où il prend toutes les couleurs, parmi lesquelles le jaune d'or domine, et où il est répandu en poussière brillante sur le sol.
Roches quartzeuses. — Le quartzite ordinaire prédomine dans la composition du sous-sol du Katanga, où il s'allie à des conglomérats d'espèces diverses.
Le quartzite blanc se rencontre surtout dans les monts de Nzilo, dans les collines du Haut-Lualaba et dans la région accidentée comprise entre le Luvoï et la Lufira, où il s'étend en couches verticales alternant avec des grès et des schistes durs.
La région sud du Katanga voit affleurer des roches du genre
phtafiilCj principalement vers les sources satines de Moîchia, et des jaspes de couleurs diverses, surtout grise et rouge, qui pourraient devenir un précieux produit d'exploitation. M. Cornet ne cite pas le jaspe noir ou lydien.
Le sable quartzeux ou quartz arénacé joue un grand rôle dans la composition du sol. Il peut servir à la fabrication du verre.
Roches calcareuses. — Ces roches sont communément dénommées du nom de calcaires. Un genre spécial de cette famille minérale, la dolomie^ a été observé par M. Cornet le long du Lualaba.
Le calcaire cristallin est commun dans le sud du Katanga; il semble se rapprocher du genre cipolin à cause de sa nature saccharoïde et légèrement micacée. Le calcaire commun, pouvant se rattacher au genre lumachelle, est très répandu dans les terrains de la Lufira, où il contient énormément de débris de fossiles. Le calcaire compacte de couleur gris-bleu ou marron s'étend, sur le plateau de la Manika, au-dessus de couches de schistes rouges : M. Cornet y a trouvé certaines analogies avec le système carbonifère; ce calcaire est un marbre de qualité ordinaire. Le calcaire blanc saccharoïde se rencontre surtout dans le Marungu et à proximité des sources du Lualaba. Le calcaire oolithique, de l'époque secondaire, * a été rencontré en grandes masses dans le sud du Katanga. Les usages du calcaire sont assez connus pour que nous insistions.
Charbons. — Aucun voyageur n'a rencontré la houille dans l'État du Congo. Cameron a pourtant découvert, sur la rive du Tanganyka, un strate à cassure brillante, bitumineuse, qu'il croit être du charbon. Livingstone raconte, et le fait a été contrôlé depuis, que le Zambèze traverse une contrée d'une richesse immense en charbon : pourquoi les provinces du sud de l'État ne recèleraient-elles pas le précieux minerai? Qui oserait affirmer que, dans quelques années, on ne pourrait pas découvrir des mines de charbon dans les contrées voisines du Zambèze, contrées sur lesquelles des renseignements précis manquent encore aujourd'hui. Ce serait l'ouverture d'une ère nouvelle de prospérité et de fortune pour cette partie du globe, déjà si favorisée sous le rapport des productions naturelles.
Roches volcaniques. — La plupart des montagnes situées au nordest du bassin, dans la région des grands lacs, sont d*essence volcanique; les monts Fumbiro sont reconnus comme étant des volcans; l'un des pics est encore en activité. Aucun voyageur n*a encore pu . étudier sérieusement la nature de leur lave.
Roches arénacées. — Les cailloux font partie de la composition du sous-sol du bassin du Congo ; les poiidingues, qui ne sont qu'un conglomérat de cailloux, entrent pour une certaine part dans la formation des monts Marungus; le long de la rive gauche du Luataba, ils recouvrent des couches de phyllades (ardoises) ; ils se rapprochent plutôtdupoudingued*Ângleterrequedu poudingue gompholite.
Les grès ont une importance capitale dans la structure du bassin congolais; c'est, comme nous l'avons vu, le grès tendre qui forme le sous-sol de la plus grande partie du bassin. Ou trouve aussi du grès rouge très pur dans les roches du bassin du Lubudi. Quant au grès rouge du genre pséphite^ cest-à-dire contenant en grande quantité des mouches de feldspath, il est extrêmement commun : il s*étend horizontalement au-dessus des couches de schistes rouges desKundelungus,et ces deux espèces se continuent dans les falaises qui bordent le lac Moëro; à partir du Marungu, il prédomine et semble être l'élément principal de la structure des collines du Tanganyka; le taonl Rumbi» d'après M. Diderrich, est formé de ce grès reposant sur des pegmatites. C'est encore la pséphite qui constitue la base de la série horizontale du bassin du Luembe. Les grès, ainsi que les argiles, servent aux indigènes pour la fabrication de leurs poteries; le grès quartzeux s'emploie pour la fabrication des pierres de taille, des meules, etc.
Les argiles se rencontrent dans toute l'étendue du Congo, où ils ont servi, en beaucoup d'endroits, à la fabrication de briques. Uargile pure couvre le sol du Marungu ; dans le bassin de la Luflra elle est légèrement mélangée de calcaire en nodules. Le long du Lubilasch, entre le 5* et le V parallèle, prédomine targilite à concrétions siliceuses. VargUe ocreuse, colorée par de l'hydrate de fer, forme le sol de la contrée située entre le Lualaba et Bunkeia. L'argile limoneuse existe sur tous les points du bassin.
' Les schistes, de très grande importance en minéralogie et dans l'industrie, se rencontrent sous leurs différentes espèces. Le schiste argileux est nettement représenté dans les Marungus par une phylladetrès fissile, qui conviendrait parfaitement pour la fabrication des ardoises. Les phyllades fines, de couleur bleue et verte, entrent, avec les schistes niliceux de couleur noire et rouge (précieux pour la fabrication de pierres de touche) et les quartzites blancs, dans la composition des monts Muttus et des monts de Nzilo, que le docteur Cornet rattache au système cambrien. Le schiste chlonteux^ renfermant une grande partie d'aimant, onctueux et très flexible, semble devoir entrer dans la composition de la ligne de fatle Congo- Zambèze, où elle est alliée au calcaire blanc saccharoîde : il a été reconnu aux sources du Lualaba; la pierre ollaire, servante la confection de vases fins, a été signalée en plusieurs endroits. Le schiste graphitique a été découvert par M. Cornet dans la plaine de Moïchia (sur la Lufira); il y a affleure, sous l'aspect ampélitique, à côté de calschistes et de jaspe rouge; des fissures de ce massif s'échappent des ruisselets d'eau extrêmement salée, à une température de 37'' à 40^ : ce sont les sources thermales salines de Moïchia. L'ampélite joue un grand rôle dans l'amendement des terrains.