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Les administrateurs des Affaires étrangères et de Tlntérieur ont chacun directement sous leurs ordres un fonctionnaire, qui en septembre 1891 prit le titre définitif de Secrétaire général; celui-ci est chargé de remplacer le chef du département en cas d absence.
Département des Affaires Étrangères. — M. Van Eelvelde avait été désigné au choix du Roi par ses hautes capacités administratives et par une expérience consommée des choses coloniales ; c'est un homme d'un esprit élevé, aux vues larges, aux décisions réfléchies, pendant la longue carrière duquel l'État du Congo a vu introduire et prospérer les institutions les plus importantes ; M. Van Eetvelde, préoccupé d*assurer au nouveau peuple et aux non indigènes du Congo la sécurité et la liberté individuelle, s'occupa immédiatement d'organiser la justice et d*élaborer le code pénal que nous détaillerons plus loin ; le service des postes fut aussitôt créé et fonctionna dès le début de la fondation de TÉtat; Fétat civil, les cultes, etc., furent l'objet de plusieurs décrets qui témoignent d'un travail considérable et d'une entente parfaite des choses administratives : on peut dire de M. Van Eetvelde qu'il a été l'âme de l'organisation politique de l'État du Congo. Quant aux relations avec les pays étrangers, elles ont été empreintes de la plus grande courtoisie; le Secrétaire d'État a négocié plusieurs conventions diplomatiques et il a réussi plusieurs fois à aplanir les difiScultés qui ne pouvaient manquer de survenir au sujet des contestations de limites territoriales. Dans le domaine antiesclavagiste, il y a lieu de signaler le remarquable rapport qu'il fit au Roi-Souverain, le 24 octobre 1889, sur la législation de l'État au point de vue de la suppression de l'esclavage et de la protection des noirs; c'est aussi M. Van Eetvelde qui, s'inspiranl d'une pensée généreuse de Sa Majesté, ordonna la création de colonies d'enfants indigènes, assurant ainsi à l'État, pour l'avenir, le concours d'hommes élevés dès l'adolescence dans des principes d'humanité et de civilisation.
Le 9 novembre 1886, M. Van Eetvelde vit entrer à son département, en qualité de secrétaire général, M. le chevalier de Cuvelier, qui venait de remplir les fonctions de juge aux tribunaux
de l'''^ instance et d*appel de Borna : M. de Cuvelier, qui occupe encore ses fonctions élevées aux Affaires étrangères, y a témoigné d'aptitudes remarquables; il a collaboré à toutes les mesures prises dans l'intérêt de TÉtat; il compte au nombre de ses succès diplomatiques la convention portugo-congolaise du 25 mai 1891, relative au Lunda (1); il fut adjoint à la Commission des tarifs, organisée à la suite de la Conférence de Bruxelles et il est délégué comme commissaire du gouvernement auprès du Conseil supérieur.
M. Van Eelvelde quitta le département des Affaires étrangères le 20 octobre 1891, pour passer définitivement à celui de Tlntérieur, quil dirigeait depuis le mois de juin 1890; il fut remplacé par M. le comte de Grelle-Rogier, ministre plénipotentiaire et envoyé extraordinaire : c*est du gouvernement de M. de Grelie-Rogier que datent le complément d'organisation du Conseil supérieur et l'importante institution du service des mandats-postes internes et internationaux; M. de Grelle-Rogier, qui a fourni dans la diplomatie une carrière où il a eu souvent l'occasion de déployer les ressources de son talent, s'occupe, depuis 1892, de régler avec la France la délimitation dans le Ilaut-Ubangi.
Département des Finances. — L'organisation des Onances, d'une si grande importance au début de la formation d'un État, fut confiée à un homme d'une haute compétence en matière financière, M. Van Neuss, Secrétaire général au Ministère des finances de Belgique; le Roi avait été guidé dans ce choix par la réputation d'habileté administrative, de fermeté de caractère, de sûreté de vues et d'aptitudes pratiques qu'avait su se faire M. Van Neuss à son ministère. Et le choix de Sa Majesté s'est justifié, car M. Van Neuss a doté l'État du Congo d'un système financier en rapport avec les progrès et les besoins de notre temps : il a organisé le régime foncier sur les bases de l'acte Torrens, et le résumé que nous donnons plus loin de la législation foncière de l'État du Congo indique suffisamment la somme de travail qu'a dû s'imposer son auteur ; il a créé le système monétaire et la dette publique, établi l'administration
(1) Voir Livre II, chapitre IV, page 349.
douanière, et les instructions claires et précises qu'il a envoyées aux chefs des services publics en Afrique ont permis à ce service de prendre un rapide et complet développement. M. Van Neuss occupe une belle place dans Thistoire politique de l'État du Congo.
Le Directeur général des Finances, M. Hubert Droogmans, en fonctions depuis le 26 décembre 1891, a aidé considérablement M. Van Neuss dans laccomplissement des projets royaux; il a pris, entre autres, une part active à l'élaboration du système foncier et de la législation douanière.
Les délicates fonctions de Trésorier général, occupées par M. A. Galezot à l'époque de la fondation de l'État, ont été remises le 30 décembre 1886 à M. H. Pochez, qui les remplit encore.
M. Van Neuss offrit sa démission le 19 juin 1890 et fut remplacé par M. Janssen, qui venait de rentrer du Congo et qui démissionna à son tour le 23 décembre 1892 pour quitter définitivement le service de l'État, en conservant le titre honorifique de Gouverneur général du Congo. Depuis cette date, le département des Finances est confié à la gestion de M. Van Eetvelde, qui n'a pas hésité à accepter l'écrasante charge de la direction de ce département si important connexement avec celui de l'Intérieur.
Dëpartement de l'Intërieuk. — M. le général Straucb, aide de camp du Roi, qui avait, depuis la conception de l'entreprise royale, été l'un des plus précieux serviteurs de Sa Majesté, conserva les fonctions de chef de ce département jusqu'en juillet 1888; sa démission porte la date du 15 novembre 1888, à laquelle M. Janssen, qui rentrait du Congo la première fois, prit la direction du département. L'intérim avait été rempli par M. Thys, ayant sous ses ordres M. Goquilhat comme secrétaire; M. Thys quitta le département pour se consacrer exclusivement à la fondation des compagnies commerciales, qui s'organisaient à ce moment. M. Janssen étant reparti au Congo le 18 mai 1889, c'est à M. Goquilhat qu'échut la signature du département; il la conserva jusqu'au moment de son troisième départ pour l'Afrique, en qualité d'inspecteur d'État, le 25 mars 1890. M. Van Eetvelde fut chargé de la direction de l'Intérieur et fut définitivement nommé au secrétariat
d'État du département le 20 octobre 1891. Le secrétaire de M. Coquilhat, M. Wahis, prît le titre de Secrétaire général le 19 juin 1890; il conserva ces fonctions jusqu'en novembre 1890 et fut remplacé à cette date par M. Liebrechts.
Les secrétaires généraux qui se sont succédé à ce département ont pris une part des plus active à lœuvre des secrétaires d'État : à MM. Strauch et Thys, Ion doit l'institution des Comités exécutif et consultatif; à MM. Van Eetvelde et Thys, la division du territoire en districts, lorganisation administrative de ces districts, de la force publique, de la marine et du service sanitaire ; à MM. Janssen, Coquilhat et Wahis, le décret sur le recrutement des travailleurs et des porteurs; enfin, MM. Van Eetvelde et Liebrechts ont ctéé le service de Tintendance, les cheflTeries et les résidents, et réglementé les réquisitions militaires; ils ont pris les mesures pour la restriction du commerce des armes à feu et des spiritueux ; ils ont proposé au Roi et obtenu la construction d'une voie télégraphique le long du Congo ; ils ont apporté des améliorations de toute espèce à l'armement de la force publique, au service de ravitaillement des stations, etc.; enfin, et il convient de le rappeler, c'est sous l'administration de M. Van Eetvelde qu'ont été organisées les grandes expéditions de TUelle, du Koango, du Katanga, et que se sont déroulés les événements de la guerre arabe, qui ont nécessité du gouvernement central des mesures promptes et énergiques.
M. Liebrechts, à qui son brillant séjour en Afrique comme explorateur, chef de station et diplomate a donné l'expérience des choses coloniales, est un précieux auxiliaire pour l'administration du Congo et ses avis pratiques entrent pour une grande part dans les décisions et les mesures qui se prennent au département de l'Intérieur, où l'on s'occupe, non seulement de l'organisation administrative, mais encore des multiples détails de l'approvisionnement en vivres, armes et munitions, qui demande une direction technique, pratique et économe. M. Liebrechts est également, en vertu des statuts de la Compagnie du Katanga, commissaire-délégué du Gouvernement auprès de celte société.