‹ Le CongoChapitre 75 sur 127 · II. — Gouvernement local · texte numérisé non relu

II. — Gouvernement local

Gomme nous lavons vu précédemment, les premiers représen* tants du gouvernement du Gongo en Afrique portèrent le titre de chef d'expédition. Si Ton se reporte à la partie historique de notre ouvrage, Ton pourra se convaincre que Stanley prit trop à la lettre ces fonctions de chef d'expédition et ne s'inquiéta nullement de l'organisation des différents pouvoirs, dont l'autorité, nettement définie, eût empêché les regrettables conflits qui surgirent à chaque instant dans les stations du Bas-Gongo pendant chacune de ses absences. Dans son livre Cinq années au Congo, l'illustre explorateur se plaint à tout propos de l'anarchie qui règne dans les stations lors de ses retours, des dissentiments qui divisent les Européens, etc.. Notre rôle d'historien impartial nous force à déclarer, et notre sentiment est appuyé sur des faits, que la responsabilité de cet état de choses n'est imputable qu'à Stanley lui-même, sans qu'elle diminue du reste en rien la gloire qui lui revient comme explorateur hardi et courageux; M. Stanley ne possédait pas les qualités d'organisateur qui distinguèrent ses successeurs : MM. Janssen, Gambier, Goquilhat et Wahis. Le même reproche peut être fait à M. Peschuel-Lôesche, qui pendant l'absence de Stanley, rentré en Europe pour motifs de santé, sut encore moins ittribuer à ses agents la part de commandement qui leur revenait t fut la cause de nombreuses et regrettables divisions et querelles ntestines.

L'arrivée de M. de Winton, nommé vice-administrateur le *' avril 1884, pendant que Stanley achevait son œuvre d'occupaon des rives du Congo, amena un certain changement à ce déploible système d'administration ; les fonctions de chacun furent plus ettement définies, une hiérarchie provisoire fut fixée dans les vers rouages gouvernementaux, qui marchèrent dès lors avec une Ttaine régularité.

Toutefois, c'est à M. Janssen que revient l'honneur d'avoir jeté I Gongo les bases d'une administration régulière. M. Janssen, >mmé vice-administrateur le i5 août 1885, en remplacement de

M. deWinton, démissionné le 4^ avril 1886, fut nommé administrateur général le 30 juillet 1886, et échangea son titre contre celui de Gouverneur général, le 17 avril 1887, en conformité de la nouvelle organisation du gouvernement local, décrétée le 16 avril 1887. Cette organisation apassé par diverses phases intéressantes : tout d'abord, le Roi-Souverain, comprenant qu'il importait de fixer exactement les pouvoirs de l'administrateur général au Congo, prit, le 28 mars 1886, un décret conférant à ce fonctionnaire supérieur le droit d'édicter des ordonnances ayant force de loi, valables pour un délai de six mois seulement, à moins qu'elles n'eussent été approuvées par le Souverain dans ce délai.

Le 16 avril 1887, le gouvernement local fut organisé dans les conditions suivantes : à la tète se trouve le Gouverneur général, qui représente le Roi, c'est-à-dire l'autorité souveraine; il assure, dans le territoire, l'exécution des décrets et décidions du gouvernement central; il pourvoit provisoirement aux emplois vacants; il peut commissionner, pour le terme d'un an, des fonctionnaires aux fins d*inspecter ou d'administrer certaines parties du territoire de l'Ëlal; les anciens pouvoirs de Tadministrateur général lui sont transférés; il a en outre le droit, en cas d'urgence, de suspendre lexécution d'un décret II est assisté d'un Inspecteur général, d'un Secrétaire général et d*un ou plusieurs Directeurs. Le territoire est divisé en districts, à la tête desquels sont placés des commissaires de district, qui y représentent l'autorité locale. Tous ces fonctionnaires sont nommés et révoqués par le Roi, sauf les commissaires, qui peuvent tenir leur emploi du Gouverneur général.

Quelques modifications furent apportées à cette organisation par le décret du 22 juin 1889, et le gouvernement local est aujourd'hui composé comme suit : le Gouverneur général, le Vice-Gouverneur général, l'Inspecteur d'État, le Secrétaire général et les Directeurs (un décret du 24 juin 1886 a créé la direction des finances, celle de la justice et celle de la marine et des transports). Le Comité exécutif est désigné pour remplacer le gouverneur général en cas d'absence de son intérimaire ou de non désignation d'un intérimaire; le Comité comultatif se réunit sur la convocation du Gouverneur général ou de son remplaçant pour donner son avis sur les mesures

d'intérêt général à prendre ou à proposer au gouvernement central. Ces deux comités existent depuis 1886.

Pendant la période de son gouvernement, M. Janssen apporta toutes les ressources de son talent à Torganisation d'un élat de choses durable, et il sut, grâce à son esprit pondéré et réfléchi, prendre des mesures de nature à assurer la stabilité des institutions du nouvel État. Les décrets pris en Belgique sur l'initiative deM. Van Eetvelde, il sut les appliquer sur place, en les adaptant aux circonstances locales, et c'est ainsi qu'il organisa, avec l'aide de M. de Cuvelier, le service judiciaire par son ordonnance du 12 mars 1886 ; c'est aussi M. Janssen qui, par une remarquable ordonnance du 14 mai 1886, réglementa la procédure et la compétence des tribunaux en matière civile et commerciale et qui, enfin, jeta les bases, considérablement développées depuis, des services postaux du Bas et du Haut-Congo et de la propriété foncière. Pendant la durée de son commandement, qui se prolongea jusqu'au 19 juillet 1888, M. Janssen prit un congé du 9 janvier au 8 mai 1887.

A M. Janssen succéda M. Ledeganck. nommé vice-gouverneur par décret du 31 janvier 1888; arrivé au Congo en février, il ne signala la période de son gouvernement par aucune mesure particulièrement saillante; cependant ses subalternes se sont plu à vanter la droiture de son caractère et la cordialité de ses relations. Il démissionna en janvier 1889 et sa démission fut acceptée par un décret du 23 août de la même année. En attendant l'arrivée du Gouverneur, M. Janssen, qui retournait une seconde fois en Afrique en cette qualité, M. Gondry, inspecteur général depuis le l**' janvier 1889, remplissait intérimairement avec la plus grande fermeté ces hautes fonctions, lorsque la mort le surprit le 18 mai, le jour même où M. Janssen s'embarquait à Anvers.

Le second terme de commandement de M. Janssen eut pour caractéristique une inspection complète du territoire de TÉlat du Congo, que nous avons relatée dans notre première partie ; cette inspection eut pour résultat de sérieuses découvertes géographiques et l'établissement du camp du Sankuru.

Celte période de gouvernement de M. Janssen fut féconde en innovations et en améliorations de toute espèce, et nous pouvons

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affirmer que Tœuvre de cet homme de talent est de celles qui resteront dans rhistoire de TÂfrique. M. Janssen céda ses hautes fonctions à M. Coquilbat, arrivé en mai 1890 comme inspecteur d'État, pour venir prendre à Bruxelles la direction du département des finances.

La période de gouvernement de M. Coquilhat marque certes une ère de gloire pour TÉtat du Congo. Ceux qui ont servi sous ses ordres s'accordent à vanter les grandes qualités de ce gouverneur, dont tous les actes, toutes les décisions, toutes les ordonnances n'ont eu en vue que le relèvement des populations indigènes, le bien-être des agents européens et la prospérité de l'œuvre dont il était le suprême représentant. Nous voulons rendre ici, à la mémoire de M. Coquilhat, un hommage que nous n'avons pu rendre assez chaleureusement dans notre partie historique : de Tavis unanime des explorateurs congolais, nul plus que lui, si la mort l'eût épargné, n'aurait conduit dans la voie du progrès l'œuvre que Sa Majesté lui avait confiée en fondant sur lui les plus légitimes espérances. M. Coquilhat succomba aux atteintes de la fièvre bilieuse \eU mars 1891.

Par décret du 1^ juillet 1891, le Roi nomma Vice-Gouverneur M. Wahis, alors secrétaire général à l'Intérieur; le premier séjour de M. Wahis fut signalé par des mesures importantes, telles que les arrêtés d'exécution relatifs aux colonies d'enfants indigènes, la réglementation du trafic des armes, l'institution de corps de police administrative, etc., et par une série d'inspections qui lui permirent de se rendre un compte exact de Tadmirable développement qu'avait pris la colonie du roi des Belges. Après un court séjour de vacances en Europe, M. Wahis est retourné au Congo le 6 avril 1893, et il a eu le rare bonheur de pouvoir transmettre à Sa Majesté les nouvelles des brillants succès de la guerre arabe, et l'honneur d'inaugurer la ligne de chemin de fer du Pool, achevée jusqu'à la station de Kenge. M. Wahis est un homme énergique, d'un caractère ferme et pondéré et d'une remarquable intelligence; il est aimé de tous ses subalternes, heureux de servir un chef qui sait reconnaître les services et les récompenser. M. Wahis a été promu Gouverneur général le 1*' juillet 1892.

Pour terminer cet apergu rapide de Thistoire du gouvernement local, nous devons rappeler les noms des personnages qui occupèrent les fonctions d'Inspecteur d*Ëtat, appelé primitivement Inspecteur général. Ce sont : M. Gambier, nommé le i5 juin i889, démissionné le 21 juin 1890 pour se consacrer à Tétude du chemin de fer; il remplit les fonctions de Gouverneur général pendant plusieurs absences de M. Janssen; M. Coquilhat, le 12 mars 1890, nommé dans la suite Vice-Gouverneur général; MM. Van Gèle et Van Kerkhoven, le 30 septembre 1890; M. Fivé, le 6 décembre 1891 ; MM. Fuchs, Baerl et 6. et P. Le Marinel, le i*" janvier 1893; M. Fuchs a remplacé M. Wahis pendant son séjour de vacances en Belgique et il a pris plusieurs arrêtés importants.

Les secrétaires généraux qui se sont succédé au gouvernement local sont : MM. Vandevelde, du 30 avril 1887 au 7 mars 1889; Destrain, du 7 mars 1 889 au 27 novembre 1890 (décédé à cette date) ; Lombard, du 8 avril 1891 au 10 mai 1892; Leroi, nommé le 6 avril 1892. C'est un poste important qui a mis en lumière le grand mérite de chacun des titulaires.

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