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IV. — Importation EUROPÉeNNE

L'examen des matières européennes commercables au Congo est d'une importance capitale, car il nous permettra d'apprécier les débouchés que notre industrie nationale pourra trouver là le jour où l'initiative de nos Chambres aura doté la Belgique de cette belle colonie qui est la base de son avenir économique.

Les étoffes importées par Stanley étaient, c'est naturel, de la qualité la plus inférieure; et pourtant nous voyons, dans Cinq années au Congo, des chefs indigènes insatiables, comme Ngalyema, exiger en payement de maigres dons de vivres, des manteaux de valeur et des couvertures de voyage très chères. Dans le Haut- Congo, les noirs, à qui la qualité des produits européens était d'abord assez indifférente, commencent à connaître la différence des qualités et leurs exigences augmentent en raison de cette connaissance. Et que Ton ne croie pas que cette exigence croissante est un mal pour le commerce ; au contraire, le goût du luxe entraînera les noirs à obéir en tout aux Européens et sera un des principaux motifs pour lesquels on l'amènera au travail et à l'agriculture.

Au nombre des objets doot le commerce avec les indigènes feit une grande consommation, nous distinguons : les tissus et étoffes de toute espèce, les cotonnades, les armes, la poudre, la verroterie, les effets d'habillement, la chapellerie, les fers, la quincaillerie, la cuivrerie, la coutellerie, la Eaïence et la poterie, les allumettes, etc., etc.

Parmi ces produits, les plus demandés sont :

Étoffes. — « Lorsque l'expédition est arrivée au Congo en 1879, dit le capitaine Thys, les cotonnades que nous envoyions étaient tout ce que l'industrie anglaise produisait de plus mauvais, des greys domestics, des stripes et des chectred, à 7/8 ou i5/16 de denier te yard, disons à peu près, à iO centimes le mètre sur une largeur de 23 à 34 pouces anglais. Ce n'était pas du coton, c'était de l'amidon et de la china-cUy, un pur chef-d'œuvre d'industrie : quelques Gis d'araignée retenus par une pâte et ^ nma ahooli

~ ... PABÉa BÏTOWBS ECBOFÉENNES.

formant néanmoins tissu. Aujourd'hui, le tissu de qualité inférieure coûte 17 centimes le mètre ; la qualité a presque doublé.

» D'autre part, les tissus de qualité un peu supérieure, tels que les écrus à 25 et 30 centimes, les rayures et carreaux à 35 et 40 centimes, n'avaient pour ainsi dire pas cours. Aujourd'hui, au contraire, ces qualités sont demandées et commencent à être achetées régulièrement par les noirs.

» Qu*un petit progresse réalise encore et nousarriveronsà un tissu à 45 et 50 centimes le mètre, tissu de qualité moyenne, que notre pays fabrique dans des conditions de prix absolument avantageuses. »

Les noirs achètent les étoffes par grandes pièces et les conservent précieusement : elles constituent leur trésor; la fortune d*un chef s'évalue au nombre de ses femmes et à la quantité d'étoffes qu*il possède. Ils aiment aussi beaucoup les mouchoirs à dessins, les gilets de flanelle; la couleur rouge est la préférée. Les tissus soyeux sont pour eux le comble de la bonne fortune.

Chacun sait le rang que notre pays occupe parmi les nations sous le rapport de la production industrielle ; Tindustrie du coton est une de nos richesses actuelles ; on trouve des fabriques de coton dans un grand nombre de villes: à Bruxelles, Anvers, Liège, Gand, Roulers, Thielt, Wetteren, Gourtrai,Mouscron, Grammont, Eecloo, Tournai, etc. Le jour, où les tribus nègres auront conscience de la qualité des tissus, ouvrira une ère de prospérité nouvelle pour cette importante branche de notre industrie.

Armes. — Les armes ont été importées en grand nombre dans tout le Congo; peu de noirs du Bas ne possèdent pas leur fusil; ce sont généralement des fusils à pierre de vieux modèle, provenant de France, de Belgique et d'Allemagne.

Toutefois en ces dernières années, le trafic des armes à feu avait pris de telles proportions, des trafiquants peu scrupuleux avaient introduit des armes perfectionnées eh nombre si considérable, que le Roi-Souverain se vit obligé, en 1888, de prendre un décret interdisant : 1° l'introduction et le trafic des armes à feu perfectionnées désignées par le Gouverneur général, ainsi que de leurs munitions; 2^ le transport ou le trafic des armes à feu de toute nature, des munitions, poudres, et matières explosibles généralement quelconques, sur le Haut-Gongo et ses afiluents, en amont de TUbangi et dans le bassin du Kassaî.

Cette mesure a été prise dans Tintérèt de la tranquillité publique, du maintien de Tordre et de la sécurité du commerce régulier, et elle avait pour objet surtout de prévenir les luttes et conflits entre les indigènes et les trafiquants établis dans ces contrées.

Le noir adore le bruit, et ae manque pas une occasion, pas une cérémonie, pour faire parler la poudre. Tout est prétexte pour te noir à tirer des coups de fusil. Aussi, dans le Bas-Congo, fait-on une consommation énorme de poudre, qui consiste généralement en déchets de poudre de guerre. Le capitaine Goquilhat raconte qu'à chaque instant les indigènes bangalas venaient lui demander de consommer quelque poudre pour célébrer un événement heureux ou malheureux. Voilà encore un futur article d'exportation pour dos fabriques de poudre belges.

Smbitueux. — Nous ne parlons que pour mémoire des liqueursspiritueuses; nous renvoyons le lecteur i noire chapitre du système économique de l'État : ils y trouveront le résumé des décrets qui en réglementent le débit.

Verroterie. — Les perles sont un objet de monnaie courante; on en confectionne peu en Belgique; mais d'autres articles, très demandés, tels que verres de couleur, miroirs de toutes grandeurs, cristaux ordinaires, bouteilles et flacons, etc., sont ^^^^ b^vqu^. produits en grandes quantités par les fabriques de la province du Hainaut, d'Anvers et de Bruxelles.

Les effets D'eABiLLEHENT. — Nous extrayons ce passage du Congo économiqtts, de M. A.-J. Wauters : « Les vieux babils, voilà, certes, un article d'importation dont ne se doutent guère les personnes qui ne sont pas initiées aux secrets du commerce africain. Ce que la cfile occidentale d'Afrique consomme de vieux

habits, de vestons passés, de redingotes usées, de fracs hors dusage, de tuniques d'uniforme démodées, est inimaginable. Les anciens uniformes rouges ou bleus des soldats anglais ou français trouvent là un placement admirable. Les vieux habits galonnés et chamarrés sont extrêmement demandés. Il n'est pas de frac, quelque usé qu'il puisse être, qui ne trouve amateur au Congo. On en jugera par le passage suivant, dans lequel Stanley décrit le costume des chefs de Vivi, au moment où il arriva en cet endroit en 1879 :

<c A quatre heures du soir, dit-il, nous retournâmes à notre camp, sur la plage, pour conférer avec les chefs de Vivi. Entourés d'environ une quarantaine d'hommes armés, ces chefs me furent amenés par le souriant Massala qui me les présenta tour à tour par ordre d'importance.

» D'abord, le doyen des seigneurs de Vivi, s*appelant Vivi- Mavoungou, de Banza-Vivi, fils d'un père qui portait exactement le même nom. C'est un petit homme, trapu et affligé d'un pied-bot. Il nous regarde de travers, d'un air de truculente bravade, qui voudrait être un air aimable et obséquieux. II porte une livrée bleue de domestique, un bonnet phrygien en tricot multicolore et un caleçon de nuance criarde.

» Vient ensuite Ngoufou-Mpanda, de Banza-Sombo, vigoureux vieillard à cheveux gris, véritable oncle Tom, vêtu d'une tunique rouge de soldat anglais, un chapeau de feutre brun, un calegon à carreaux, un collier en poils d'éléphant, enfilé de quelques reliques de fétiches, en guise de porte-bonheur. Des anneaux en fils de laiton ornentleschevillesdece personnage. Il porte la main à son chapeau, se courbe pour me faire une révérence qui ne manque pas de grâce, et, à l'aide d'une jambe, il se gratte l'autre, comme les matelots.

» Puis on me présente Rapita, un chef d'une physionomie joviale, de taille grêle, enveloppé d'une tunique de soldat bleu foncé, les chevilles et le cou garais comme les chevilles et le cou du précédent. Après un salut imitant également celui des marins, il se range pour faire place à Vivi-Nkou, dont les traits flétris, les yeux hilares, indiquent que la sobriété n'est pas sa maîtresse vertu. Celui-ci est vêtu d'une redingote noire et d'un chapeau de soie. En fait de caleçon, une ample jupe de laine écarlate.

» Enfin, vient Benzani-Congo.uD brave jeune homme bien découplé^ portant un paletot brun foncé qui a évidemment appartenu jadis au domestique de quelque club de Londres, un caleçon en toile de coton à pois bleus et des anneaux en fil de laiton aux chevilles, aux poignets et au cou.

» Les hommes d'armes n'avaient pas mauvaise tournure. Les profits du commerce leur avaient fourni les moyens de s'afTubler

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d'habillements convenables, en calicot à dessins ou en calicot écru. Presque tous étaient coiffés d'une casquette de toile rayée, ayant la forme d'un prétentieux bonnet phrygien ; quelques-uns, mais le petit nombre, portaient de préférence le feutre anglais ou le chapeau, de paille. Gomme armes, des fusils k pierre portant la marque o Tower ».

» Si peu nombreuse que fût cette assemblée d'aborigènes de Vivi, elle, me faisait espérer un brillant avenir pour l'Afrique, en supposant que, par un miracle de bonne fortune, je pusse parvenir à décider,

les millions de nègres de rintérieur à se dépouiller de leur accoutrement d*herbes sèches, pour adopter des vêtements d'occasion européens, — tels qu*on en porte à WbitechapeU par exemple. Que' débouché il y aurait là pour les vieux babils ! Les anciens uniformes des héros militaires de l'Europe, les livrées des laquais de clubs et de la valetaille attachée aux Pharaons modernes^, les vieilles robes d*avocats, les habits usés des Rothschild, les sévères redingotes de mes éditeurs eux-mêmes serviraient à parer des chefs du Congo, qui s*y pavaneraient avec joie, les jours où ils auraient à se mettre en grande tenue, pour faire des visites de cérémonie.

» Depuis, Texpérience a entièrement coniirmé mes premières prévisions : j'ai rencontré par milliers de noirs enfants d'Afrique qui ne croient pas déroger en utilisant les vieux habits des pâles enfants de TEurope, qui, au contraire, se donnent beaucoup de mai pour réunir de quoi acheter ces vêtements passés et en devenir les légitimes et fiers propriétaires. »

« Notons ici, ajoute M. Wauters, que si Thabit européen est très goûté au Congo, notre pantalon, par contre, n y a aucun succès. »

Chapellerie. — Tous les chapeaux, indistinctement, ont cours au Congo; on y rencontre les formes les plus bizarres : chapeaux de feutre, chapeaux mous, chapeaux de haute forme (certains dandys ne portent que le cercle du chapeau), chapeaux de paille, etc.

Ferronnerie. — Tous les instruments en fer se vendent aux indigènes; et plus tard, lorsque de nombreuses factoreries et fermes seront installées, les instruments aratoires seront un article d'exportation des plus lucratif.

Quincaillerie. — Des pipes, des sonnettes, des grelots, de menus objets, qu'on fabrique beaucoup en Belgique, et dont les indigènes font une grande consommation.

Coutellerie. — Les couteaux de toutes formes sont très prisés et notre industrie nationale, qui en a des fabriques à Namur, Gharleroi, etc., en fournit à bon compte. « Au début, dit le capitaine

Thys, les couteaux envoyés au Congo étaient des couteaux à 1 franc ou à fr. 1.35 la douzaine, actuellement les nègres dédaignent cette camelote, tes couteaux de qualité inférieure co&lent déjà fr. 1.8S. Encore un efTort, et là aussi nous arriverons aux couteaux à 3 et 4 francs la douzaine, que la Belgique fournit à des conditions plus avantageuses que n'importe quel pays au monde.

Faîbhce. — La faïence et la porcelaine sont encore un article

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très recherché; les indigènes achètent des assiettes, des plats ornés de dessins coloriés ; des pots, des cruches en grès, etc. La Belgique possède de nombreuses fabriques de faïences à La Louvière, Jemmapes, Tournai, Andenne, Mons, etc.

Une foule d'autres produits manufacturés, objets de menue bijouterie, bougies, lampes, allumettes, etc., ont au Congo un cours très productif. La Belgique, avec son industrie de qualité moyenne, est en état de pourvoir à toutes les demandes, à toutes

les exigences des trafiquants indigènes, et notre pays peut trouver là un débouché à sa production qui, actuellement, languit à cause du système de protectionnisme adopté par tous les pays. Le Congo est pour notre pays, sous ce rapport, la meilleure acquisition que la Belgique puisse faire : c'est du reste l'avis de M. Daumas, négociant français qui a séjourné au Congo pendant de longues années, et dont Texpérience au sujet des choses africaines est incontestable : « La Belgique, dit-il, est en situation de tirer grand profit de l'initiative de son Souverain. C'est, sans peut-être qu'elle s'en doute, un des pays les mieux placés pour pratiquer avec fruit le commerce avec l'Afrique. Port admirable pour expédier, recevoir et réexpédier : Anvers ; — productions variées et d'un bon marché remarquable : poudre, armes, cotonnades, spiritueux, cuivrerie, ferronnerie, etc.; — enfin, consommation importante de produits africains. »

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