km
Fi g. 26.
principales : le Louboudi (Kouléchi), le Loualaba, véritables têtes du Congo, et la Loufira qui, après un cours tantôt étalé, tantôt engorgé et parsemé de chutes, se rejoignent dans la plaine des lacs Oupemba et Kisalé. C'est dans cette plaine, après les rapides de Kondé, que le Loualaba dont le nom restera au fleuve dans tout son cours supérieur, présente la première section navigable. En aval, le Loualaba reçoit les eaux de la quatrième grande artère du Katanga, le Louapoula qui, sous différents noms, s'épanche en deux grands lacs : Bangwélo et Moéro et est affecté d'un régime analogue à celui des autres rivières du Katanga.
Le Loualaba, large de 500 mètres en moyenne coule vers le nord jusqu'aux chutes Stanley (Stanley-falls) à partir desquelles on le dénomme Congo. Sa navigabilité est interrompue des chutes des Portes d'Enfer à celles de Chambo. Il a reçu le trop plein des eaux du fossé Kivou-Tanganika par la Loukouga.
La série des chutes Stanley constitue la transition du Loualaba au Congo moyen appelé souvent haut Congo (des dites Stanley-falls au confluent du Kasaï).
C'est ce Congo moyen qui dans la vaste plaine du milieu forme la partie principale du cours entier du fleuve. Dans son large lit viennent se déverser les eaux des principaux collecteurs secondaires du bassin, à gauche le Lomami, la Loulonga, le Rouki, le Kasaï (sous affluents : Louloua, Sankourou, Fini à droite; Loanghé, Kwango à gauche); à droite : l'Arouwimi, l'Itimbiri, La Mongala, l'Oubanghi, l'Ouellé, la Sanga (Congo français). C'est dans cette plaine que l'épanchement fluvial atteint toute son ampleur: nappe liquide de 20 kilomètres de largeur totale se mouvant parmi une infinité d'îles en un réseau encore mal connu.
Quittant la vaste plaine centrale où çà et là on retrouve des restes de l'ancien épanchement lacustre — lac Toumba, lac Léopold II, Stanley-Pool, étalement des eaux fluviales en nombreux marais — le Congo perce les rangées des montagnes côtières. C'est cette trouée qui constitue la transition du cours moyen au cours inférieur.
Dans la région des chutes, au fond des gorges qu'il érode sans cesse, le Congo se resserre jusqu'à 400 mètres et moins; il roule sur une profondeur considérable avec une rapidité qu'on peut s'imaginer si l'on considère que le débit par seconde peut varier de 50,000 à 120,000 mètres cubes. Du Stanley-Pool au pied des escarpements tabulaires atlantiques, c'est-à-dire sur un parcours de 360 kilomètres, les eaux congoliennes franchissent une dénivellation de 220 mètres et
forment la série des 32 rapides ou chutes dites de Livingstone, dont les principales sont celles de Zinga et les dernières celles de Yellala. A Matadi, où le fleuve redevient navigable, sa largeur est d'environ 1,440 m., sa profondeur
Fig. 27. — Haute plaine du loualaba. — La rivière s'engage par ie goulot du Nzilou ou Nzilo à la traversée des Mitoumba dont les collines M'poungwé sont les premiers remparts. Cette photographie a été prise du point de vue A renseigné sur le croquis cartographique ci-contre. Le champ de l'objectif est indiqué sur ce croquis cartographique par les droites AB, AC — Comparer attentivement la photographie et la carte. — « Les collines M'poungwé s'ouvrent suivant une fente de direction S.E.-N.W. ; par cette fente le lac de jadis a trouvé un écoulement et le Loualaba actuel s'est formé. — La rivière ou si l'on veut le fleuve arrive en méandres marqués, à travers une plaine marécageuse en ce moment de l'année — juillet — juste en avant du goulot où il va s'engager, le Loualaba s'épanouit en un petit pool à grosses roches où crocodiles et hippopotames se complaisent. > (Ext. carnet de route manuscrit Ch. Lemaire, Expédit. scient, du Katanga.) — (Phot. Lemaire).
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de 70 m. A 3 kilomètres en aval, il s'engorge de nouveau, se resserre à 560 m., mais affouille son lit à une profondeur de 120 mètres. La coulière fluviale s'élargit un peu, la profondeur des eaux diminue. A une trentaine de kilomètres en aval de Matadi, l'estuaire s'annonce.
A Borna, le grand fleuve a repris son ampleur.
Sa profondeur varie en raison de ses apports détritiques qui font varier l'emplacement du chenal principal. Celui-ci atteint fréquemment 12, 15, 20 mètres de profondeur. La
Fig. 28. — La haute plaine du loualaba et l'entrée du goulot du nzilou à l'échelle de i à roo,ooo, d'après levers de Ch. Lemaire. Expéd. Scient, du Katanga (carnet de route manuscrit).
courbe de 35 mètres remonte à plus de 25 kilomètres en amont de Banana. A l'issue du lit fluvial à la mer, en face de la pointe de Banana, le plomb accuse l'existence d'un fond de 446 mètres. Arrivée à la mer, l'énorme masse des eaux congoliennes entretient un estuaire sous-marin que révèle claire-
Fig. 29. — Le goulot du N'zilou. — « ... Puis la rivière commence à dévaler sur les énormes blocs de roches (poudingues quartzeux) qui forment un éboulis géant où l'eau se baratte en une perpétuelle lessive écumante ; la largeur du goulot se rétrécit jusqu'à une quinzaine de mètres par places; les parois sont formés d'abord par des éboulis de roches, puis par la crevasse même des M'poungwé. » (Lemaire — ibid.)
Fig. 30. — Le goulot de sortie du lac Moéro : le Louapoula
(l'hot. Lemaire.)
ment sur nos cartes l'allure des courbes de profondeur. Elle est emportée vers le nord-ouest par le grand courant marin
Confluent du Congo et de l'Oubanghi
Fig. 3*
(D'après Grenfell, Carte du fleuve Congo des Stanlcy-Falls au Stanley-Pocl, à l'échelle du 250,000e — Geogr. Journal, nov. 1902.)
froid venant du sud et ce n'est qu'à 25 ou 30 kilomètres au large de l'embouchure que les eaux douces et chargées
zZ
Fi&- 32- — Stanley-Pool; — à l'horizon la rive française.
(Phot. communiquée par le Ministère des Colonies.)
Stanley-Pool.
Fig. 33
(D'après GRENFELL, ihid
du fleuve africain sont définitivement mêlées à la vague saline de l'océan. La puissance de ce courant d'eau s'ouvrant à la mer est telle que la force de la marée est détruite et que l'estuaire est entièrement libre de toute barre.
Le Bas-Congo.
Fig- 34- — Echelle de 1 à 1.000.000. (D'après la Carte au 100.000e du Bas-Ccngo par H. Droogmans)
Le iSll. — Quoique, en réalité, la limite nord-orientale de la colonie belge soit la ligne de faîte Congo-Nil, nous possédons un débouché sur la voie du Nil grâce à des conventions établies entre l'Angleterre et le Souverain Léopold en 1897. Par le lac Albert-Edouard et la Semlïki, le Nil drame une faible partie de nos territoires. Il est important comme route d'accès et de débouché malgré l'encombrement de son lit par une végétation touffue flottante ou fixe, le sedd, qui
rend la navigation difficile. Du lac Albert à Doufilé, le fleuve est très praticable. De Doufilé à Redjaf, il est barré par des rapides. En aval de Redjaf il ne pourra constituer une bonne voie fluviale qu'après avoir été bien aménagé. L'importance du Nil pour la Congolie est toute économique. Nous aurons l'occasion d'en reparler plus loin.
Fig. 35 — La rivière Tçhopo saute sur un gradin du rebord abrupt séparant l'arrièreplateau congolien de la plaine centrale. (Voir étude du relief, 30.)
Le régime des eaUX. - Pour des raisons dont nous nous sommes partiellement rendu compte, les eaux du Congo ne sont pas affectées de crues subites. Ses affluents dont les surfaces de drainage sont soumises à un régime de pluies périodiques, sont affectés de fortes crues périodiques. Cela se produit dans les régions éloignées de l'équateur : les débits du Loualaba, du Lomani, de l'Oubanghi, de la Sanga, du Kasaï subissent ainsi de fortes oscillations. Mais en vertu de l'alternance des saisons au nord et au sud de l'équateur,
DO
les crues de l'Oubanghi et de la Sanga alternent avec celles du Kasaï, du Lomami, du Loualaba, ce qui apparemment provoque deux montées du niveau du bas Congo, la première due aux affluents de droite (noray, la seconde aux affluents de gauche (sud). Sur les pays de l'Oubanghi, la saison des pluies se produit de mars à novembre (voir diagramme des pluies à Mono) et provoque une crue fluviale qui se marque dans le bas Congo en avril, croît jusqu'en octobre, époque à laquelle elle est maxima. Quand l'apport de l'Oubanghi et de la Sanga baisse, c'est-à-dire en fin octobre ou début de novembre, le débit du Kasaï, du Lomani, du Loualaba commence à monter. En effet, la saison des pluies s'étend d'octobre à mars ou mi-avril sur les régions méridionales de la colonie (voir diagramme des pluies à Loukafou).
Si tous les affluents du nord rendaient en même temps au maître fleuve leurs tributs de crues périodiques et si de même tous les affluents du Sud dégorgeaient ensemble dans le collecteur Congo l'apport saisonnier de leurs eaux maximales, nous assisterions à des crues alternantes très régulières du bas fleuve. Mais non seulement les discordances de temps sont considérables dans l'apport au fleuve de Léopoldville des eaux lointaines du Loualaba (Katanga) et du Kasaï, du haut Oubanghi et de la Sanga, mais encore le débit uniforme de toutes les rivières équatoriales — Loulonga, Rouki, Arouwimi — peu sujettes aux crues et aux maigres en raison du régime des pluies (voir diagramme des pluies à Éala) est un facteur de régularisation du niveau des eaux du Congo. Ajoutons encore que la différenciation du degré de perméabilité des sols, que la variété du relief et du tapis végétal, que l'existence de bassins lacustres régulateurs du débit fluvial viennent singulièrement modifier les premiers éléments du problème. Simple en apparence, l'étude du régime d'un fleuve est très complexe et il serait prématuré de vouloir apporter beaucoup de précision dans l'exposé hydrographique du bas-
sin du Congo. Nous pouvons en général dire que dans le bas Congo une première montée des eaux, provoquée par les pluies du bassin de l'Oubanghi, se marque aux mois de novembre et de décembre. Les pluies sur la surface de ruissellement des affluents de gauche (partie sud de la colonie) provoquent aux mois de février et de mars une seconde montée qui perdure assez longtemps en raison de l'éloignement des lieux d'origine des eaux de crues (Katanga). Cette dernière crue atteint son maximum dans le bas Congo en mai. Le niveau du fleuve baisse ensuite assez rapidement. Le moindre niveau moyen se marque en septembre.
L'examen du bassin du Congo nous fait entrevoir tout l'avantage que l'on peut retirer de l'existence de ce formidable réseau fluvial. Il est vrai que des séries de chutes ont opposé à la pénétration une barrière longtemps infranchie, mais le chemin de fer, comme nous le verrons tout à l'heure, en a eu raison et le système de navigation fluviale du bassin congolien surpasse en étendue tout autre réseau analogue du monde à l'exception de celui du fleuve des Amazones. Cette valeur est augmentée de l'existence de trois ports maritimes sur l'estuaire : Banana, Borna, Matadi dont le dernier est situé fort avant dans les terres, à plus de 125 kilomètres de la pointe de Banana.
V. — LA VÉGÉTATION. — Le climat qui affecte le bassin du Congo peut se résumer en trois termes : i° lumière violente; 2° température élevée à faibles variations ; 30 humidité atmosphérique entretenant far une copieuse précipitation une très riche circulation aqueuse à la surface comme à V intérieur du sol. De telles conditions s'accordant sur un sol d'altitude faible ou modérée doivent forcément entretenir un puissant tapis végétal. L'exubérance de la vie végétale est en effet une des caractéristiques des pays congos.
Là où il fait toujours humide la végétation a pris l'aspect
de la grande forêt dense toujours ve)ïe. La forêt vierge congolienne couvre toute la grande plaine du milieu et présente des éclaircies dont la dimension varie avec l'abondance de la circulation aqueuse. En général, les grandes clairières se
Fig. 36. — Une éclaircie dans la forêt dense. (Considérer la dimension du personnage.)
trouvent sur les parties les plus élevées de ia plaine, dans les zones de contact des surfaces de ruissellement. La forêt remonte en galeries profondes dans les coulières des cours d'eau, notamment dans celles du bassin du Kasaï.
D'une activité constante, sans période de repos dû à un abaissement de température ou au manque d'eau, cette végétation forestière vit en somme plus fort et plus longtemps
que celle de nos pays tempérés et atteint de gigantesques proportions. L'excellence des conditions naturelles a entraîné une très grande variété de la flore en sorte que, à la différence des bois de nos régions qui présentent souvent une essence dominante, la forêt congolienne compte, même sur un espace restreint, un très grand nombre d'espèces diverses.
Stanley, en des pages devenues classiques, nous a décrit la sylve congolienne :
« Imaginez, dit-il. toute la France et toute l'Espagne revêtues d'arbre.s d'une hauteur variant entre 6 et 54 mètres; les cimes de ces fûts, dont le diamètre mesure de quelques pouces à 120 centimètres et plus, sont tellement rapprochées, qu'elles s'enchevêtrent et empêchent de voir le ciel et le soleil. Lancez d'un arbre à l'autre des câbles épais de 5 à 40 centimètres, contournezles, plaquez-les contre les troncs, ou enroulez-les tout autour et jusqu'aux sommets comme un serpent sans fin. Prodiguezleur les feuilles et les fleurs, et que là-haut ils aident les ramures à cacher le soleil : des branches les plus élevées, qu'ils retombent par centaines à quelques pieds du sol... Que sur chaque fourche, sur chaque branche horizontale, s'élèvent des choux géants, et ces végétaux à larges feuilles ensiformes qu'on appelle la plante à oreilles d'éléphants, puis des touffes d'orchidées, merveille des tropiques, et une draperie de ces délicates fougères, si communes dans la grande forêt; couvrez branches, rameaux, lianes, de mousses épaisses, ressemblant à une verte fourrure. Une fois chaque arbre en place avec sa parure de lichens et de sarments, il ne reste plus qu'à étendre sur le sol un tapis verdoyant de phryniums, d'amomes et de buissons nains. Voilà la grande forêt, la sylve antique et compacte. »
« Nous gagnâmes la Mitammba, cette forêt sinistre que nous avions en face de nous depuis notre départ; et, disant adieu au soleil, nous entrâmes dans ce bois redouté. Accoutumés à une marche rapide, nous devions nous arrêter sans cesse, attendre avec patience qu'on pût faire quelques pas. Pendant ce temps-là, les arbres nous versaient leur rosée, chaque feuille pleurait sur nous: et, de toutes les branches, de toutes les lianes, de toutes les tiges, l'eau nous arrivait en larges gouttes. Au-dessus de nos têtes, des lits de rameaux enlacés nous cachaient la lumière.
Nous ne savions pas si le jour était clair ou sombre, ensoleillé ou brumeux. Nous marchions au milieu d'un faible crépuscule, celui des climats tempérés une heure après le coucher du soleil... « ... Le terrible sous-bois qui, à l'ombre des géants de la forêt, encombrait tout l'espace, était un miracle de végétation; c'était un inextricable fourré dont toutes les plantes se disputaient chaque
37. — La grande savane congolienne (étendue couverte de hautes herbes, de bois de bouquets d'arbres ou d'arbres isolés).
(Photogr. communiquée par le Ministère des Colonies.)
pouce du terrain, d'où elles s'élançaient avec une luxuriance que peut seule donner cette prodigieuse serre chaude. Certes, nous avions vu des forêts auparavant, mais celle-ci devait faire époque dans notre existence, — souvenir d'une amertume à ne jamais oublier. Tout mettait le comble à nos misères : l'obscurité des lieux, l'humidité pénétrante, l'insalubrité de l'atmosphère, la monotonie de la scène, — toujours des branches enlacées, des amas de feuillage, toujours les hautes tiges des arbres s'élevant d'une jungle éternelle, où nous avions à faire notre trouée et à passer en rampant sur les mains et les genoux... (Stanley. A travers les ténèbres d'Afrique.)