L'AVENIR DE LA COLONIE
La marche ascendante de la puissance commerciale de la Congolie est un exemple unique de rapidité dans l'histoire de l'exploitation coloniale. Il a été prouvé que le milieu naturel centrafricain est d'une richesse extrême et que la population nègre, contrairement à beaucoup d'affirmations téméraires, est fort apte au travail et s'offre spontanément au progrès social. Nous nous sommes rendu compte des problèmes et des difficultés résolues ou à résoudre : la main d' œuvre et les communications. Nous avons clairement entrevu que la solution du premier de ces problèmes comporte en elle la solution du second et dépend elle-même de Y organisation du travail sur Les bases de la liberté et du recrutement des éléments colonisateurs blancs.
En tant que producteur, le bassin du Congo apparaît comme un des pays les plus féconds.
De tout cela, et sous la condition expresse que les sacrifices financiers nécessaires soient consentis par la jeune métropole, nous inférons, pour un avenir peu lointain, au rôle prépondérant de la colonie congolienne dans l'économie de l'Afrique et à l'importance de sa place sur le marché du monde, au plus grand profit commun du noir et du blanc.
A côté de ces problèmes d'ordre économique s'en dressent d'autres d'ordre éducatif. Le colon agriculteur, ouvrier ou fonctionnaire et l 'indigène demandent à être professionnellement armés dans l'œuvre d'aménagement du pays que l'on
attend d'eux. L'éducation agricole ou technique du colon s'ébauchera ici, avant son départ et se parfera en des fermesmodèles ou des chantiers-écoles au Congo (i). Pour l'indigène, les écoles professionnelles créées par l'Etat à Borna, Léopoldville et Stanleyville, et les écoles fondées par les missionnaires seront développées, de nouveaux et nombreux établissements scolaires seront organisés.
Sur toute l'étendue de la colonie, des écoles primaires à tendances professionnelle et technique s'imposent, mais, au préalable, des instituteurs indigènes devront être formés dan^ dés écoles normales à créer dans les principaux centres du Congo. D'une part la psychologie du nègre, d'autre part la prospérité de l'école normale du Gabon et de l'école pour adultes illettrés, toutes deux à Libreville (Congo français) nous sont des garanties de l'empressement de l'indigène à s'instruire. Que des enfants nègres viennent prendre contact
(1) Au moment de mettre sous presse, notre attention est attirée par un arrêté ministériel promulgué le 30 mai dernier :
Service de V agriculture. — En vue de mettre les agents du service de l'agriculture de la colonie à même de recevoir un enseignement théorique et pratique, il est créé : 1° à Laeken, une ferme modèle; 2° à Laeken et à Tervueren, des établissements de culture maraîchère et fruitière.
L'enseignement porte sur les matières suivantes : 1° notions d'anatomie, de physiologie et de zootechnie des animaux domestiques; 2° alimentation, hygiène, maladies et reproduction du bétail; 3° dressage du bétail à la traction d'instruments aratoires et de véhicules; 4° étude et mise à l'essai des instruments et des machines agricoles destinées au Congo; 5° aviculture; 6° culture maraîchère et fruitière appropriée aux conditions spéciales des régions tropicales; préparation et fumure des terres; multiplication des légumes et des plantes fruitières; production et sélection de graines potagères destinées au Congo.
Les institutions créées par le présent arrêté formeront des sections professionnelles de l'Ecole mondiale de Tervueren.
avec notre civilisation et fréquenter nos écoles chez nous, que des pédagogues aidés par ceux qui connaissent le mieux la psychologie du noir aillent au Congo organiser des écoles normales, pépinières d'instituteurs noirs pour enfants noirs. 11 y a là un genre d'importations et d'exportations aussi nécessaire à la métropole qu'à la colonie.
Enfin le Congo, si sombre, il y a 25 ans, nous est devenu mieux connu. D'armée en année, de jour en jour, de meilleures conditions de séjour s'y affirment pour l'Européen. La mortalité diminue ec tomberait beaucoup plus bas, s'il était possible aux agents coloxiiaux de vivre dans un milieu familial. Les missionnaires protestants, accompagnés de leurs épouses, font de très longs séjours dans les colonies équatoriales et les missionnaires catholiques, en 1907, demandaient que « dans l'intérêt des fonctionnaires et agents, dans l'intérêt de l'État luimême qui verrait la qualité de ses agents s'améliorer considérablement, le gouvernement encourageât de plus en plus ses ionctionnaires à venir au Congo avec leur femme ». Des enquêtes fort intéressantes ont mis en évidence que l'installation des familles blanches aurait comme conséquence une certaine décentralisation, une démilitarisation et une moralisation très effectives qui permettraient au colon, fonctionnaire ou non, de vivre dans des conditions plus normales, meilleures pour lui-même et aussi pour l 'indigène dont le souci dominant est de vivre à l'instar du blanc.
L'installation volontaire et la colonisation libre par des familles de colons européens avec l'aide de l'État, feront éclore de nombreux et vigoureux centres agricoles. La voie véritable de la colonisation sera fixée moins dans l'exploitation des ressources minérales, très considérables, sans doute, que dans la mise en valeur par des colons propriétaires agriculteurs européens et indigènes — et l'on sait que les nègres sont d'excellents cultivateurs — d'un fond inépuisable de richesse végétale.
Atlas classique Uertrand P1.XXH1