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LA SITUATION ECONOMIQUE DE LA COLONIE

I. — Exploitation forestière et agricole. — La forêt, la savane et la brousse, chacune avec sa nature de sol et son climat, ont leurs produits spécifiques. Parmi ces produits, il en est auxquels le marché du monde assure un écoulement constant, quelle qu'en soit la quantité. Nous voulons parler des bois de construction et d'ébénisterie, des gommes comme le caoutchouc, des résines comme le copal, de certaines huiles, du cacao, du café, du coton et aussi des céréales que le Congo peut produire en abondance. Les gros problèmes qui apparaissent d'emblée sont ceux de la main d 'œuvre et des voies de transport.

Les bois. — La grande forêt — qui n'est d'ailleurs pas partout de même venue et présente çà et là des éclaircies, des clairières plus ou moins étendues — se trouve la plus puissante dans le Mayoumbé, la Loukoléla, l'Arouwimi et la Province Orientale. Elle constitue une source inépuisable de bois de construction et d'ébénisterie.

Les bois propres à la construction, souvent jaunâtres, sont de forte densité (jusqu'à 950) et d'une très grande résistance. Certain bois de densité à peu près égale à celle du chêne (725) dépassent très notablement celui-ci comme résistance. Nous ne citerons que le séké, l'élongo, l'éloukou, le moukoutou qui sont parmi les meilleurs. Les bois d'ébénisterie, noirs,

rouges, jaunes et blancs, sortes d'ébènes, d'acajous, de palissandres {bois des îles) fournissent les meubles les plus beaux et les plus durables. Le plus remarquable est le mbotou, espèce de bois de fer.

Les essences colorantes sont nombreuses. Elles fournissent le rouge, l'amarante, le violet, le bleu, le brun. Signalons aussi l'orseille, plante parasite des arbres, fournissant un rouge-violet et le rocou, petit arbre donnant une teinture rouge. Les produits tinctoriaux végétaux sont de moins en moins demandés sur le marché et sont donc de peu d'importance, pour le Congo.

La région du Katanga fournit en quantité le bambou dont l'utilisation peut être très grande. Sa croissance extrêmement rapide lui donne une importance qui ne doit pas échapper dans la recherche de matières premières servant à fabriquer le papier.

Certains palmiers sont utilisés dans toutes leurs parties : fibres, feuilles, fruits (Vêlais de Guinée, le raphia vinifera dont les fibres servent à faire des étoffes indigènes, les pétioles des feuilles et les feuilles à construire et à couvrir les cases indigènes; les calamus qui donnent les rotangs, les attalea qui donnent le piassava à faire les brosses). D'autres essences spontanées sont utilisées de façons très variées : les gommiers, les cotonniers, le baobab, etc. Nous en parlerons sous les rubriques gommes, résines, textiles, plantes médicinales, etc.

Les bois de construction et d'ébénisterie ont été exploités en d'assez bons débuts, mais actuellement cette exploitation est interrompue et ne pourra être reprise effectivement et avec succès que lorsque le transport des matières pondéreuses et encombrantes destinées à l'exportation sera d'un prix moins élevé. Le déboisement conduit rationnellement n'épuisera pas la richesse forestière et conservera au sol toute l'humidité nécessaire.

Les huiles. — Le principal producteur d'huile est Vêlais de Guinée, palmier de belle venue — 25 à 30 mètres. Ses régimes ou grappes de fruits dépassent quelquefois 1 mètre de long et 40 kilos en poids. Sa croissance spontanée et exubérante sur presque tout le territoire de la colonie ne réclame

90. — Arachide; a) gousse avec fruit mûr, b) coupe du fruit mûr.

(D'après le Bilder-Atlas sur Pflansengeographie de Kronfeld, — Bibliogr. Instit. Leipzig.)

pour ainsi dire aucun soin. Les indigènes en font d'énormes plantations. Ses fibres constituent une excellente matière textile; ses feuilles sont utilisées comme couverture des huttes; sa sève fournit le malafoîi, boisson fermentée ; son gros bourgeon terminal ou cœur dit choux palmiste est consommé comme légume; son fruit — plusieurs centaines d'amandes agglomé-

rées en régime — donne clés huiles industrielles et comestibles ; de la partie extérieure, charnue, on extrait une huile épaisse employée dans la fabrication des bougies, des savons et dans le graissage des machines; du noyau de l'amande on extrait une excellente huile fine.

Le -palmier à vin (Raphia vinifera) et le cocotier (Cocos nucifera), V arbre à beurre (Karité), le ricin, le sésamier et d'autres plantes abondantes ne sont actuellement presque pas exploités comme producteurs oléagineux. Les indigènes pratiquent beaucoup et partout la culture de V arachide, petite plante donnant une graine assez volumineuse et très huileuse. Le rendement en est bon, elle donne environ 30 p. c. de son poids d'huile fine, d'usage combustible ou industriel et fournit un résidu apprécié comme engrais du sol et comme nourriture du bétail. La culture de l'arachide ne réclame que des soins très rudimentaires ; elle est très productive.

Les gommes et résines. — La plus grande richesse du Congo est celle du caoutchouc. Le caoutchouc est un produit de coagulation d'un suc qui n'est point la sève, qui circule dans la partie profonde de l'écorce de certains végétaux : arbres, arbrisseaux et lianes et que l'on appelle latex. C'est une liane forte et longue appelée landolphia — il y a plusieurs variétés de landolphia — qui fournit le caoutchouc en pms grande quantité et en meilleure qualité. Un arbre Viréh, de 20 mètres de haut fournit aussi un caoutchouc abondant et apprécié. Le caoutchouc est exploité non seulement en forêts, mais en plantations. Celles-ci constituent une des principales activités coloniales du Congo et peuvent se faire sur presque toute l'étendue de la colonie. La région du Kasaï est jusqu'à présent la plus riche et fournit le caoutchouc rouge du Kasaï désigné dans le commerce sous le nom de Kasaï prima; c'est le meilleur (fr. 12.50 à fr. 13.50 le kilo). Le gouvernement de l'État du Congo a pris de bonne heure les mesures néces-

saires non seulement pour éviter l'épuisement des ressources en plantes à latex, mais pour les augmenter et les améliorer.

Fi°:. 91. — La récolte du caoutchouc.

D'une part l'exploitant est obligé de replanter en proportion de sa récolte et d'autre part des essences étrangères ont été introduites, telle VHevea dît Brésil qui donne le caoutchouc

Para, le plus apprécié de tous. Les trois plus importants centres de culture d'essences caoutchoutifères, qu'il importe

L'exportation du caoutchouc de 1887 a 1907

Tonnes

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r—cf^T'

Fig. 92.

(D'après les statistiques officielles)

de ne pas confondre avec les très nombreux centres de production, étaient jusqu'en ces derniers temps celui de Banza

dans le Mayoumbé, celui de Douma dans l'Oubanghi et celui de Lodja sur la haute Loukénié dans le Loualaba-Kasaï. L'activité de l'État dans l'entretien et le développement des richesses de la colonie se manifestera bientôt dans l'organisation des plantations à caoutchouc. Les centres de culture d'essences caoutchoutifères seront considérablement multipliées et pourront soutenir une production constante.

En 1901, la production du caoutchouc congolien a atteint plus de 6,000,000 de kilogrammes. Depuis elle a diminué.

Sur les 68,000 tonnes négociées sur le marché mondial en 1906, 43,000 tonnes étaient originaires d'Amérique, 23,000 d'Afrique (4,849 tonnes du Congo belge d'une valeur de 48,489,000 francs, soit les 5/6 du commerce d'exportations congoliennes) et 2,000 d'Asie, de l'Insulinde et de la Polynésie. Les principaux marchés d'importation sont ceux de New-York, de Liverpool, de Hambourg, d'Anvers et du Havre

Cofial. — Gomme employée dans la fabrication des vernis, le copal est une des richesses du Congo. Fourni par des arbres très abondants, il a atteint en 1906 une exportation de 869 tonnes, soit une valeur de 1,086,000 francs.

Gutta-fercha. — Des essais de culture d'arbres à guttapercha ont réussi.

Les textiles. — Comme cultures industrielles, il faut encore signaler les cotonniers qui d'ailleurs croissent spontanément et dont la culture limitée aux régions à saison sèche promet un avenir rémunérateur. Rappelons les falmiers et le baobab dont les fibres sont utilisées comme textiles par les indigènes ou par l'industrie moderne (brosserie, vannerie), le chanvre, narcotique aimé des indigènes du Kasaï, dont le rendement permettra l'exploitation ccmme textile. La ramie et le jute récemment introduits au Congo y ont trouvé de très bonnes conditions de développement.

Les cultures alimentaires sont celles du manioc, de la patate douce, de l'igname, du sorgho, du millet, de l'éleusine, du riz, du maïs, de la banane, de l'arachide, des courges, de la canne à sucre, des légumineuses qui toutes entrent

93. — Manioc. — Racine comestible, utilisée non seulement par l'indigène, mais encore par l'Européen qui en consomme sous forme de tapioca et de fécule.

(D'après le Bilder-Atlas cité de Kronfeld.)

pour une part considérable dans l'alimentation locale. On a introduit le froment dans le sud-est et l'est. — Manioc : dans toute la colonie; rendement jusqu'à 40,000 kilos à l'hectare soit l'alimentation annuelle de 40 indigènes; sert à la fabrication du tapioca et de la fécule. — Patate douce et igname :

tubercules comparables aux pommes de terre; dans presque toute la colonie; grand rendement. — 5 or g ho, céréale donnant de bonne farine et de bonne bière (pombéj ; surtout dans le nord, l'est et le sud-est (savane). — Millet et éleusine : céréales, nourriture de l'indigène et du bétail : dans l'est et le nord. — Riz : céréale répandue et cultivée avec succès dans la plus grande partie de la colonie (riz des marais et surtout riz des montagnes demandant moins d'eau). — Maïs: céréale dans tout le Congo; fort rendement; nourriture très appréciée de l'indigène; excellent fourrage. — Banane : le bananier (musacée) plante herbacée de grande taille : 5 mètres; fruits en régimes de 20, 30 kilos et plus; nourriture délicate et supérieure; rendement : 10,000 pieds sur un hectare produisent 75,'cbo kilo"s(voir fig.47). — Arachide: voir plus haut sous la rubrique « huiles ». — Elaïs guineensis: voir plus haut. — Les légumineuses d'Afrique et d'Europe et toutes fiantes -potagères fournissent une alimentation abondante aux Européens et aux indigènes dans le voisinage des stations (voir plus haut : cultures indigènes).

Outre ces cultures dont les produits jusqu'à présent ne servent qu'à l'alimentation locale des noirs et des blancs, il est trois cultures coloniales d'alimentation de rendement appréciable : la canne à sucre, le cacaoyer et le caféier. — Canne à sucre : grande grammée, croît spontanément et est cultivée par l'indigène dans tout le haut Congo. Quoique d'un bon rendement, elle ne pourra pas lutter contre la grande production des îles Hawaï et de l'Amérique. — Cacaoyer ou théobrome ( = aliment des dieux) : arbre de 5 a 10 mètres de hauteur, originaire d'Amérique; beaucoup de variétés de culture; introduit en 1884 dans l'État du Congo; de culture très difficile et attaqué par beaucoup d'insectes il est surtout propagé dans le Mayoumbé, moins dans l'Equateur, l'Arouwimi et la Province Orientale. Actuellement il y a environ au Congo 300,000 cacaoyers (exportation en 1896 :

Fig. 94.— Un Caféier d'Afrique (coffea libérien). L'aibusie est en fleur,

Fi». 95 — Fleur et Fruit du caféier (d'après Vcgetationsbildcr de Kavsten et Selienek

G. Fischer à Iéna).

92 kilos; en 1906 : 402,429 kilos). — Caféier : petit arbre originaire d'Afrique; beaucoup de variétés; de culture plus aisée; sa culture a commencé en 1894; il est principalement répandu dans le Mayoumbé, dans la zone des Stanley-Falls, dans l'Equateur et l'Arouwimi. En 1904, l'exportation a atteint le chiffre encore très modeste de 161,522 kilos d'une valeur de 153,446 francs; depuis, la production a baissé : en J906, 74,916 kilos, d'une valeur approximative de 63,000 fr. La situation de la culture du café est difficile en raison de l'énorme production du Brésil : 12,300,000 balles de 60 kilos en 1906, soit 738,000,000 kilos, les trois quarts de la production du monde 988,800,000 kilos.

A classer aussi parmi les cultures d'alimentation, celles des fiantes à fruits suivantes : ananas, papayer, arbre à pain, jacquier, safoutier, avocatier, cœur de bœuf, goyavier, maracoujas, pomme cannelle, grenadier, pomme d'acajou, tomate, aubergine, citronnier, mandarinier, oranger, manguier et celles des fiantes à éfices : poivrier, gingembre, muscadier, piment, cannellier, vanillier, etc.. dont beaucoup croissent spontanément dans la forêt.

Les plantes médicinales et aromatiques sont nombreuses :

Les fiantes médicinales et aromatiques sont nombreuses : kolatier, euphorbes, tamarinier, quinquina, camphrier, croton, baobab, liane à réglisse, ricin, etc.

Enfin la culture du tabac déjà étendue par l'indigène à de très grandes régions, pourra, dans l'avenir, prendre une extension considérable en vue de l'exportation.

Nous n'avons énuméré que les produits végétaux principaux spontanés ou cultivés. En vérité il y a un très grand nombre d'exfloitations et de cultures qui actuelle7nent commencent. Forcément le choix le flus avantageux se fera, certaines cultures seront abandonnées, mais d'autres, nouvelles,

seront introduites et soumises à des essais. La station agricole d'expériences d'Ëala répond en partie à cette destination. Elle fut créée en 1900 et comporte actuellement un jardin botanique, un jardin d'essais et une ferme modèle. Sans exagération et sans faux espoir, on peut croire que le rendement des cultures du Congo d'ici à 50 ans, dépassera ce que les plus audacieux ont prédit, à plusieurs conditions bien entendu qui ressortiront au cours de notre étude.

Les anmiûUX. — Jusqu'à présent, les produits de la chasse servent à l'alimentation locale de la population. Les

Fig. 96. — Défenses d'un éléphant tué par les membres de la Mission Congo-Nil, près de la place du Yé-Yi. Les deux personnages représentés sont des soldats de la, force, publique. (Photogr. Lemaire.)

dépouilles animales sont négligeables au point de vue économique et commercial à l'exception de V ivoire d'éléphant et d'hippopotame. Cette matière constitue encore un article

L'exportation de l'ivoire

Tonnes

0oQ3QO5OSO000OQ0Q3CO0CQO0O°ï O) O) H 5) Ol î) O)

Fis

(D'après les statistiques officielles)

d'exportation important. Dans un avenir rapproché la production en diminuera au point de devenir tout à fait secondaire. En 1906, le Congo a exporté environ 180,000 kilos

d'ivoire (mort et vivant) pour près de 4,500,000 francs. Il est le premier producteur du monde (total mondial : environ 600 tonnes en 1906 dont les 5/6 originaires d'Afrique). Les trois grands marchés importateurs sont Anvers (327,800 kilos en 1907), Londres (241,000 kilos) et Liverpool (22,000 kilos).

L élevage. — La mouche tsetsé empêche l'extension du bœuf, qu'elle tue. Il faut donc au gros bétail des soins multiples et constants pour lui permettre de lutter contre des conditions défavorables. Les indigènes de la savane et de la brousse, c'est-à-dire ceux du sud-ouest et plus particulièrement ceux de l'extrême est et nord-est ont pu former des troupeaux de bœufs. Par de grands efforts, l'Européen est parvenu à constituer quelques centres d'élevage qui progressent grâce aux splendides pâturages de la savane (Bas- Congo, Bas-Kasaï, Manyéma, Rouanda, Katanga). Le but poursuivi est l'amélioration des races indigènes par croisement avec des races importées. Outre l'utilisation comme viande de boucherie, le bœuf présente pour le Congo l'intérêt capital de pouvoir avec avantage remplacer les indigènes dans le portage caravanier et de servir comme animal de trait pour les lourdes charges. En 1906, l'État du Congo était propriétaire de 5,000 têtes de gros bétail; à ce chiffre il faut ajouter celui des troupeaux des indigènes et des éleveurs, notamment les 7,000 têtes appartenant à une société d'exploitation du Bas-Congo.

L'importation du cheval , qui, lui aussi, succombe sous la piqûre de la mouche tsetsé, se fait très lentement. On tente des croisements avec le zèbre dont la domestication fait l'objet d'essais. YSâne et le mulet appelés à rendre de grands services ne sont pas assez répandus. — Le mouton à poils, du Soudan et le mouton sans laine, la chèvre, le cochon sont assez communs et sont dans de bonnes conditions de déve-

loppement. — La basse-cour indigène se réduit à la poule, très abondante d'ailleurs, et s'est enrichie de poules, de canards et de pigeons européens qui croissent bien et rapidement. On mange aussi le chien.

La domestication de V éléphant et du zèbre est un des points importants de l'activité économique du Congo en

Fig. 98. — Emploi d::s éléphants dans les exploitations forestières aux Indes. Forêt de tecks. (D'après le Bilder- Atlas sur Zoologie der Sâiigetiere de W. Marshall ; — Bibliogr. Instit. Leipzig.)

raison des services que ces animaux rendraient dans les transports. C'est à Api, chez les Azandés, à 20 kilomètres au' nord de l'Ouellé que les essais de la domestication de l'éléphant se font. Le troupeau ne compte que des individus très jeunes dont les plus âgés n'ont pas 8 ans (à 15 ans l'éléphant est adulte). Il y a peu de temps, les éléphanteaux d'Api étaient au nombre de 25 mesurant de inj30 à im72. Ils travaillaient déjà. Dans le nord le dromadaire et l'autruche pourront aussi, semble-t-il, être employés ou exploités avec avantage.

Voilà la situation actuelle des territoires de la colonie congolienne au point de vue de l'exploitation forestière et agricole. A celui qui réfléchit et qui songe aux conditions d'étendue et de climat, il apparaît clairement que les deux plus grands problèmes de la mise en valeur et de l'exploitation de la Congolie sont : i° la main d' œuvre et 2° les moyens de transport. Nous' allons confirmer cette opinion par l'examen rapide des ressources minérales du pays.

II. — LES GITES MINÉRAUX ET LES ROCHES. — Les recherches minières au Congo sont encore dans les débuts. La nature du sol et la disposition des couches géologiques (voir plus haut) ont concentré ces recherches sur le pourtour surélevé de la grande plaine du milieu, dans laquelle les terrains anciens sont recouverts d'une épaisse couche de terrains récents et d'alluvions lacustres ou fluviatiles.

Le minerai de fer à l'état de magnétite surtout, d'oligiste et de limonite est réparti en très grande quantité à peu près partout. Le cuivre surtout, sous forme de malachite en gisements très riches, est très fréquent. L'or existe et a déjà été exploité (en 1906 : 274.5 kilos, soit 851,500 francs). Des filons riches en étain permettent déjà une faible, exportation. Enfin l'argent, le nickel, le manganèse, le plomb, le zinc ont été reconnus en différents endroits ; la houille aussi, même le diamant. Quant à la pierre exploitable pour la construction, elle existe en assez grande quantité et pourra toujours satisfaire aux besoins futurs du pays : grès rouges et blancs sur toute l'étendue du bassin, schistes formant ceinture aux grès, granits sur le pourtour, calcaires à chaux et calcaires marbres dans le sud-est, le nord-est et l'ouest, argiles en dépôts considérables çà et là. Le sel est abondant, mais localisé. Il est très apprécié des indigènes. La région des grands lacs en possèdent de petits gisements d'origine lacustre dont la production dépasse notablement la consommation

locale. Certains indigènes de la région oubanghienne et du centre, privés par la nature de chlorure de sodium (sel) le remplacent par un produit auquel ils ont depuis des siècles adapté leur physiologie et qui constitue un poison pour tout organisme non adapté, pour le nôtre par exemple ; il s'agit du chlorure de potassium qui charge les cendres de végétaux par lesquelles ces indigènes remplacent le sel, denrée rare et précieuse, servant souvent d'étalon d'échange.

La région minière par excellence est le Katanga, particulièrement riche en fer et en cuivre (et en sel ; moachia). Ces gisements permettront plus tard une exploitation sur une très grande échelle.

Nous avons eu plus haut l'occasion de constater le parti que les indigènes ont tiré des richesses de leur pays, en fer et en cuivre. Ils n'exploitent que les gisements qui affleurent.

En ce qui concerne la mise en valeur des gisements du Katanga, voici des parples autorisées :

« ... c'est que de récentes explorations n'ont fait que montrer davantage leur grande importance et la possibilité de leur exploitation industrielle, lorsque le développement des moyens de communication le permettra. M. Cornet a également décrit de nombreuses mines de fer qui peuvent passer, dit-il. pour les plus importantes du monde. Si dans l'état actuel, ces mines sont sans valeur au point de vue industriel, les choses n'en resteront pas toujours là et il est du plus haut intérêt de savoir qu'il existe là, à proximité d'une région que l'exploitation du cuivre rendra certainement industrielle, des amas énormes de fer dont nul ne saurait prévoir l'avenir » (Stainier).

L'on assure que dès l'établissement d'une ligne ferrée, le Katanga fournira ioo tonnes de cuivre par mois et l'on prévoit même une production de 100,000 tonnes par an. La quantité de combustible nécessaire pour le traitement du minerai étant considérable, on compte la réduire au minimum en adoptant le traitement électrique rendu aisé par la captation de l'énergie en houille blanche des chutes de la Loufira et de la

Loualaba. La force de ces chutes est évaluée à 150,000 chevaux.

La double question de la main d'œuvre et des voies de communication se pose ici, plus impérieusement encore que pour l'exploitation agricole, en raison de l'éloignement du Katanga. // apparaît comme évident que cette exploitation minière ne pourra être engagée sur une grande échelle que plus tard, lorsque la mise en valeur agricole et forestière, véritable fond économique de la colonie, aura créé et alimentera déjà un réseau de voies de communication. C'est alors seulement que sera praticable et rémunérateur le transport dés matières minérales pondéreuses et encombrantes entre l' arrière-pays minier et la côte.

III. — Le mouvement commercial. — En 1887, l'État du Congo produisait et exportait pour 1,980,000 francs de marchandises (caoutchouc, 117,000 francs; ivoire 795,500 fr. ; noix palmiste, 791,000 francs; huile de palme, 462,500 francs; copal, arachides et divers, 14,500 francs). Vingt ans plus tard, en 1906, les exportations se chiffraient par 58,278,000 francs (caoutchouc, 48,489,000 francs; ivoire, 4,455,000 francs ; noix palmistes, 1,469,000 francs ; huile de palme, 1,197,000 francs ; copal blanc, 1,086,000 francs ; or, 851,000 francs ; cacao, 563,000 francs; café, 75,000 francs ; riz, étain, peaux, arachides, minerai de cuivre et divers, 93,000 francs).

En 1893, première année où la statistique des importations se fit, l'Etat du Congo importait et consommait pour 9,175,000 francs. Treize ans après, en 1906, ce chiffre montait à 21,478,000 francs.

Nous envisageons là ce que le Congo produit et exporte, ce qu'il importe et consomme, abstraction faite du transit. C'est le commerce dit spécial de l'Etat du Congo qui, en 1906, se chiffrait donc par 58,278,000 (exp.) et 21,478,000 (imp.) ce qui donne 79,756,000 francs. En 1893, ce commerce

Le commerce spécial du Congo (en millions de francs)

Million!

Fig. 99.

D'après les statistiques offi(

était de 6,206,000 (exp.) plus 9,175,000 (imp.) ce qui donne 15,881,000 francs. Il a donc plus que quintuplé en 13 ans.

Les exportations au compte du gouvernement de la colonie, de sociétés concessionnaires et aussi de particuliers, se font en presque totalité à destination de la Belgique par la voie de Matadi-Boma-Anvers. De même, la Belgique est le principal importateur. Comme tout pays neuf, producteur de matière première, le Congo importe surtout des objets fabriqués, d'usages divers : i° objets d'échange commercial, tels que tissus de coton, de laine, de toile, de soie, fil de laiton, perles, bibelots, quincaillerie, vieilles armes ; 2° machines et outils pour les chemins de fer, la navigation, l'exploitation agricole et minière, la construction, etc.. A l'importation figurent aussi les matières alimentaires en conserves à destination de la population blanche.

IV. — LES VOIES DE COMMUNICATION. — Les administrateurs de la colonie léopoldienne ont de tout temps compris la nécessité d'un réseau de voies de communication, permettant une pénétration aisée et un drainage rapide et peu coûteux des produits. Dès l'origine de la colonie, les efforts furent dirigés dans ce sens et poursuivis sans relâche. « Sans chemins de fer, le Congo ne vaut pas un penny » avait dit Stanley.

La création d'un chemin de fer d'escalade des contreforts africains percés en cascades par les eaux congoliennes, devait permettre l'utilisation progressive d'un réseau naturel de 15,000 kilomètres de voies d'eau. La création et l'entretien de routes et de chemins de fer intérieurs devaient réduire les difficultés et aboutir au résultat commercial étonnant que nous avons signalé plus haut et qui est unique dans l'histoire de l'exploitation coloniale.

Comment on arrive au Congo. - I. Par V embouchure

du Congo. — i° Ligne Anvers-Las P aimas ( Canaries )-Banana-B orna-Mat a di, (Compagnie belge maritime du Congo), 9,000 kilomètres, départ toutes les trois semaines; durée : 18 à 20 jours; — 2° Ligne Lisbonne-Cabinda-San Antonio do Zdire et au delà (Compagnie portugaise), départ tous les quinze jours, durée : 20 à 22 jours; — ■ 30 Ligne Le Havre? B ordeaux-B anana-B 07na-Matadi, (Compagnie française), départ une fois par mois; — 40 Ligne Anvers-Cabinda- Banana-Boma-Matadi, (Compagnie hollandaise), départ une fois par mois ; — 50 Ligne Liverpool à toute la côte occidentale de V Afrique (Compagnie anglaise), départ toutes les semaines.

IL Par la voie du Nil. — Lignes française, allemande ou anglaise à Alexandrie; remontée de la vallée nilienne en bateau et chemin de fer (Alexandrie à Lado : 35 jours).

III. Par V Océan Indien. — i° Lignes anglaise ou allemande à Mombasa. Traversée des territoires anglais en 30 à 35 jours (voir carte). 2° Lignes anglaise ou allemande à Dar-es-Salaam. Traversée des territoires allemands. Route abandonnée.

IV. Par C a-pet own et le Sud-africain, jusqu'à Broken Hill (voir carte),

La voie absorbant presque tout le trafic des voyageurs et des marchandises est celle à' Anvers-B orna-Mat adi.

Comment on circule au Consro.— Une fois que le chemin de fer du Bas-Congo, contournant les chutes Livmgstone, de Matadi à Léopoldville, fut construit et mis en exploitation (juillet 1898), tous les produits de l'intérieur pouvaient arriver à la mer et être versés sur le marché du monde. C'est de cette époque que date l'essor commercial vrai du Congo (voyez les diagrammes). Léopoldville et Matadi, l'une comme point de concentration et centre d'équi-

I3fl

L'Afrique politique. — Les voies de communication

Possessions belges. [))jjjjjjj]j)| Possess. it„i ;

n] Possessions françaises ^j (et territ. d'infl. franc.)

■ ■'///. /////~7 *Â' Possess. britanniques

-^M^^'/^.'-'/J (et territ. d'infl. britan.)

Possessions allemandes.

Possessions portugaises.

Possessions turques (et

4 territoires nominalement ^ possédés par la Turquie.)

Échelle 1 à 80.000.000

ennes.

j Possess. espagnoles.

Pays libres (1).

Chemins de fer en exploitation.

Chemins de fer projetés.

Cours àïeau navigables.

Rentes decaravanes.

(i) Par erreur, la république de Libéria n'est pas indiquée comme Etat libre. (Petit espace en blanc à la côte de Guinée) — (Voir texte p. 23.)

libre de toutes les voies fluviales du Congo, l'autre comme seul point de contact maritime et d'éjection au dehors des produits congoliens, sont les deux points vitaux du commerce du pays. Borna, sur l'estuaire, a acquis comme centre capital de l'administration, un développement considérable.Conserve-

F'ig. xo2. — Un Sternwheel (bateau à vapeur à propulseur d'arrière; de 15 tonnes (le Baron Dhailis, sur le Loualabaj

ra-t-il cette importance ? Cela est peu probable, car les voies de communications se perfectionnant, l'administration centrale trouvera profit de se déplacer vers l'intérieur. A Banana semble réservée une prospérité commerciale considérable, grâce à sa belle rade hospitalière.

En amont des cataractes, la navigation fluviale se fait à l'aide de bateaux plats à propulseurs d'arrière ou de côté, mus à la vapeur, à moins que les rivières ne présentent pas une profondeur suffisante. Dans ce cas on emploie d'assez grandes allèges plates, des barques européennes ou des pirogues indigènes. Les principaux ports fluviaux, Léopoldville,

Kinchasa, Ponthierville, possèdent des chantiers de montage qui ont livré à la circulation environ quatre-vingts petits steamers. La résolution du problème des voies de transport se poursuit par l'établissement de chemins de fer d'exploitation locale, de voies ferrées contournant les chutes et rapides du haut-fleuve, par l'étude de la ligne joignant le Nil au Congo, le Katanga à Léopoldville, etc.. (Voir sur la carte : ligne vicinale du Mayoumbé ; ligne de Stanleyville à Ponthierville ; ligne, actuellement en construction, de Kindou à à Kongolo qui permettra l'accès au plus haut bief navigable du Loualaba.)

Des efforts considérables ont été faits pour compléter le réseau des voies fluviales et ferrées par un réseau de routes de roulage (route Congo-Nil de Bouta à Redjaf (i) et route Sankourou-Loualaba de Pania à Bouli), mais le résultat obtenu ne concorde pas avec l'effort fourni. On ne voit guère sur ces routes que des caravanes de porteurs. Les routes de portage proprement dites, assez nombreuses, sont plutôt des sentiers plus ou moins larges le long desquels s'acheminent les caravanes de porteurs et dont nous avons eu l'occasion de nous entretenir à propos du commerce des indigènes.

Le service des postes est organisé sur toute l'étendue de la colonie. Celui des télégraphe et téléphone fonctionne entre quelques points : de Borna à Coquilhatville (ligne télégraphique suivant le Congo et desservant les stations intermédiaires) ; de Kasongo sur la Loualaba à Ouvira sur le Tanganika (ligne télégraphique) ; de Stanleyville à Ponthierville (ligne télégraphique).

Dans un avenir assez rapproché, les chemins de fer allemands et anglais de l'est et surtout la ligne anglaise transafricaine Cap-Caire (voir cartes) prendront une très grande

Cl) En avril 1907, trois voitures automobiles faisaient le service de Bouta vers l'Ouellé.

importance dans le commerce de la partie orientale de notre colonie, depuis les pays du Nil jusqu'aux confins de la Zambézie.

Fig. 103. — La route de roulage près de Lousambo. (Photogr. Verdick.)

V.— La MAIN D'ŒUVRE. — La traite a été justement abolie; mais au Congo subsiste encore cette forme indigène assez atténuée et d'ailleurs indéracinable ex abrupto de l'esclavage domestique. Dans les débuts de la pénétration, le blanc a eu recours à l'engagement de travailleurs étrangers originaires en grande partie de Zanzibar et des côtes de Guinée, car les indigènes se montraient méfiants et réfractaires à tout travail. Les efforts de Stanley en 1880 et 188 1 et ceux de tous ses successeurs aboutirent à la création parmi les indigènes de la côte de la profession de -porteur. En 1893 déjà, on estimait à 50,000 le nombre des noirs circulant sur la route des cataractes. Depuis, l'indigène de l'intérieur et de la côte s'est familiarisé avec le travail du portage, de la culture, de la

forêt, du chantier et de l'atelier de construction. Les Congoliens sont portefaix ou pagayeurs, ouvriers des champs ou de l'atelier ; ils sont cultivateurs, jardiniers, bûcherons, machinistes, poseurs de voies ; ils sont employés ou magasiniers, cuisiniers ou hommes de peine, guides ou domestiques (boys). Il y a certaines régions où tous ces travailleurs se recrutent sans peine, non pas qu'ils soient artisans accomplis, ils ont tout à apprendre, sont en général de bonne volonté et le restent s'ils sont traités avec égard, bonté ;c justice. Leurs salaires sont d'ailleurs bas. En moyeme fr. 1.50 par jour à la côte ; le salaire descend, dans l'intérieur, à quelques pièces d'étoffes de 5 francs comme mensualité. Nous avons vu plus haut que l'impôt se payait à l'État en heures de travail (40 heures par mois). Ajoutons à cela l'entraînement aux travaux manuels des soldats de la force publique. Nous nous expliquons ainsi comment l'État a pu, à très bon compte, créer de très vastes plantations et s'assurer un revenu considérable.

En outre, les missions catholiques s'occupent très activement de l'éducation professionelle du nègre.

En 1897, M. Wauters écrivait :

<r La question de la main-d'œuvre semble donc en voie de solution. Les résultats obtenus en si peu d'années permettent de bien augurer de l'avenir. On peut entrevoir le jour où il deviendra inutile d'importer des travailleurs exotiques, où les bras s'offriront sur tous les points du territoire et où, grâce à l'organisation du travail sur les bases de la liberté, chacun des pauvres villages d'aujourd'hui sera transformé en un centre de production et de richesse. »

Nous avons souligné quelques mots à cause de leur vérité et de leur actualité. En effet, dans l'élaboration par le parlement belge du régime de la colonie, l'étude de la situation du travailleur noir prendra son importance vraie et aboutira à une solution qui marquera dans l'histoire de la colonie belge.

Le même auteur disait :

« On a vanté les avantages qu'offrirait, autant comme procédé de colonisation que comme moyen de se procurer une main-d'œuvre régulière et à bon marché, la déportation des individus condamnés dans la mère-patrie, les vagabonds et les malfaiteurs. Ce système qui a fait ses preuves au Brésil et surtout en Australie — ajoutons en Nouvelle Calédonie, où la France a souvent des difficultés — a trouvé des partisans en Belgique... Cependant, on ne pourrait le préconiser ; ce n'est pas en mettant les indigènes en contact avec le rebut de la société européenne, avec des êtres lâches, pa.resseux et corrompus, cueillis sur le pavé de nos grandes villes, qu'on arrivera à rehausser le niveau moral et intellectuel des races africaines : la présence de pareils déchets serait extrêmement nuisible au développement de la colonie, s

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