LE SYSTÈME DE LA GRANDE CREVASSE CENTRE AFRICAINE
A la frontière orientale du Congo s'est produite, comme nous l'avons vu au chapitre précédent, une fracture qui, partant de l'extrémité sud du Tanganika, aligne dans sa dépression les lacs Tanganika, Kivu, Albert-Edouard et Albert, et dessine la vallée du Nil jusque vers le confluent du Bahrel- Gazai. Cette fracture, produite par une dislocation du plateau de F Est-Africain, est bordée par deux chaînes.
Puis, en travers de la fracture, se souleva la chaîne volcanique des monts Virunga, qui divisa la crevasse en deux bassins hydrographiques distincts.
La chaîne ocaDENTALE DU Graben prend naissance entre 7° et 8® de latitude sud sous le nom de monts du Marungu (i.ioo m.); ceux-ci émergent de 100 mètres environ au-dessus du plateau de ce nom. Après avoir formé, en rencontrant les Mitumba, les pics remarquables du Rumbi (1.790) et du Zawa (1.802), elle présente un large seuil
d'une altitude inférieure à i.ooo mètres par une fracture duquel {gorge de Mitwanzi) s'écoule la Lukuga. Se relevant sous le nom de monts de rUgoma, la chaîne longe le Tanganika, souvent à pic vers le lac, en pentes moins raides, mais cependant rapides vers les terres, et présente les sommets du Misosi (i.ySo) et du Samburisi (2.25o).
Longeant ensuite la vallée de la Ruzizi, puis le lac Kivu, la chaîne conserve une altitude qui dépasse rarement 2.000 mètres, sauf en quelques points isolés, pour s'abaisser plus loin en sommets de 1.700 à 2.000 mètres le long de l' Albert- Edouard, dans lequel elle tombe presque à pic, ne laissant entre elle et les eaux qu'une étroite corniche. Elle diminue encore d'altitude en longeant la plaine de la Semliki et le lac Albert, et forme successivement les monts Biutwe, le plateau du Mboga (altitude i.ooo à i.3oo m.), les monts Balega, le plateau de Kavali (1.400) et le massif des monts Bleus (i.ooo à 1.200), d'où se détache vers l'ouest le plateau Congo-Nil.
La chaîne occidentale du Graben descend dans le bassin du Congo en pentes fortement ondulées. Elle est précédée de sérieux contreforts dans sa partie méridionale : les monts Mugila au sud de la Lukuga et les monts Kaamba au nord de cette rivière. Signalons encore le mont Pisga (1.400), pic isolé à l'ouest des monts Balega.
La chaîne bordière orientale entre dans le territoire du Congo vers 40' de latitude nord. Elle
est située en majeure partie en dehors du Congo et n'offre sur le territoire de celui-ci que les premières pentes de la chaîne du Ruenzori et une partie
(«^ tHOMBON)
La chaîne du Ruenzori.
des monts du Ruanda et des monts Misosi-ya-Mmesi.
La chaîne du Ruenzori est une superbe masse de
diabase qui s'élève entre le lac Albert et TAlbert-
Édouard et dont le pic le plus élevé, le pic Mar-
guérite, atteint 5.i3o mètres de hauteur. On y distingue six massifs principaux : ceux à!Eminj de Gessij de Speke^ de Stanley ^ de Baker et de Thomson. Elle renferme de nombreux glaciers, sources de cours d'eau dont les vallées communiquent par des cols d'une altitude variant entre 4.200 et 4.320 m. De la base au sommet des massifs de cette chaîne
Le Ruemorl.
on rencontre successivement : d'abord la région des forêts (orchidées, lobélias, fougères arborescentes), puis celle des marais, plus haut les glaciers, et enfin les neiges. Ces dernières apparaissent à partir de 3.396 mètres.
Le Toro (est du Ruenzori) est traversé du nord au sud par une chaîne de volcans éteints.
Entre la chaîne du Ruenzori et les monts du
Ruanda, la crevasse est marquée par une ligne de hauteurs atteignant de 1.200 à 1.800 mètres à hauteur du lac Albert-Edouard et allant en s'élevant vers l'extrémité est des monts Virunga en accusant des altitudes variant entre 2.000 et 2.800 mètres.
Les monts du Ruanda qui bordent le plateau de ce nom du côté de l'ouest, à hauteur du lac Kivu, atteignent près de 3.ooo mètres de hauteur. C'est une énorme chaîne couverte à sa base de pâturages plantureux et de belles cultures et dont la crête est encombrée de forêts de bambous presque impénétrables.
La chaîne tombe rapidement à l'est dans la vallée de la Kagera et plus rapidement encore vers l'ouest dans celle du lac Kivu. Elle se prolonge vers le sud par :
Les monts Misosi-ya-Mwezi qui limitent à l'est le bassin de la Ruzizi et forment une chaîne escarpée d'une altitude variant de 2.120 à 2.53o m. Ils sont habités jusque près de leurs cimes et sont couverts de gras et beaux pâturages.
La chaîne des monts Virunga, qui barre la grande crevasse en séparant le bassin du Nil de celui du Congo, est essentiellement volcanique. C'est un groupe de pics très élevés ; quand on s'élève sur leurs flancs on rencontre successivement une ceinture de forêt peu épaisse qui a poussé sur un terrain très fertile : le terrain détritique de la lave ancienne; puis des bois de bam-
bous, des arbustes résineux, des champs de petites immortelles et vers le sommet des scories et des débris de lave.
Les grands volcans du Kivu, orientés est-ouest d'une façon générale, sont au nombre de huit dont deux donnent encore des traces permanentes d'activité (i) :
Les monts Vininga.
Le KirungOnTskorNiragongo (3.412) (®), le Kirunga-Tska-Namlagira (2.960) (^), le Karisimbi (4.500) (•), le Mikeno ou Mukurumubi (4.434) (^), le Wisàko ou Kisasa (3.814) (*), le Sabjino (3.68o) 0, le Ngainga ou A'ana(3.845) (^ et le Mukavura (4. 117) (^). (Voir la carte de la grande crevasse, p. 33.)
(i) Une éruption a été observée au volcan Kirunga-Tsha-Niragongo le i3 mai 1904.
Les deux premiers sont encore en activité; le cratère du Tska-Niragongo est un ancien lac de lave refroidie, formant une plaine à 3oo mètres en contrebas de la montagne. Deux grandes ouvertures analogues à des puits et aussi régulières que si elles avaient été faites de main d'homme se trouvent au centre. L'une d'elles laisse échapper avec fracas un nuage de vapeur sulfureuse.