HYDROGRAPHIE
Cette partie de la géographie congolaise, qui fut une des plus rapidement connues, grâce aux travaux des explorateurs, parmi lesquels il faut citer au premier rang MM. Chavanne, von François et Grenfell, a fait depuis des progrès considérables par suite des importants travaux du service de navigation que l'Etat a eu la prévoyance de créer.
Depuis que ce service existe, de nombreuses cartes fluviales ont été dressées et remises aux capitaines de steamers qui, tout en assurant leur service journalier, ont fourni les renseignements et les observations nécessaires pour tenir ces cartes à jour. Le service de navigation s*est occupé également de Tétude des nouveaux biefs qui ont été ou sont sur le point d'être ouverts à la navigation et parmi lesquels il faut citer le bief Ponthierville-Kindu, étudié par le lieutenant Van der Maesen et M. Holmqvist, et celui de Kongolo aux chutes de Konde, dont la connaissance est due aux lieutenants Lattes et Mauritzen.
En ce qui concerne la source du Congo, différentes théories se trouvent en présence : Tune d'elles fait choisir le point le plus éloigné de Tembouchm-e, la seconde est celle du volume d'eau le plus imposant, et enfin la troisième, la plus rationnelle et la plus scientifique dans le cas du Congo, consiste à prendre comme source le tributaire qui peut être considéré comme branche mère.
La première théorie donnait comme source au Congo le plus long des affluents orientaux du Malagarazi ; la seconde le Tshambezi, cours supérieur du Luapula; enfin, d'après la troisième, celle que nous adopterons, il faudrait considérer comme source le Kuleshi, dont les eaux se mêlaient déjà à celles du Congo à une époque où les tributaires de droite n'avaient pas encore creusé, au travers des Mitumba, le chenal qui devait en faire des affluents du grand fleuve (i).
Certains auteurs donnent comme source au Congo le Lubudi; cependant nous avons cru devoir nous rallier à
(i) C'est M. Wauters qui le premier a mis en avant cette hypothèse que l'auteur de la première édition (voir Bulletin du Club africain d'Anvers, no i) avait reprise en la basant sur les données géologiques et géographiques les plus récentes à cette époque et que les découvertes subséquentes ont d'ailleurs confirmée avec une légère variante résultant de l'étude faite sur place par le commandant Lemaire.
Topinion du commandant Lemaire qui a traversé le Kuleshi et le Lubudi à la même latitude et constaté que le premier avait un débit au moins double du second.
Pour le choix des affluents à citer nous nous sommes^ basés :
i^ Soit sur rimportance de leur bassin et du volume de leurs eaux. Ex. Ubangi;
2^ Soit sur leur direction caractéristique indiquant une des parties de la configuration générale du bassin. Ex. Ebola;
3^ Soit sur certains faits remarquables au point de vue géologique ou hydrographique. Ex. rivière Kashimbi, rivière Lofembura.
Nous sommes arrivés aussi à faire un choix judicieux dans ce fouillis de rivières.
Il est un autre point que nous avons essayé de fixer : c'est celui de la dénomination des cours d'eau.
Lorsque, au début de l'exploration, un voyageur rencon* trait une grande rivière et qu'il demandait son nom aux indigènes, ceux-ci répondaient la plupart du temps dans leur dialecte : « grande eau » ; l'Européen inscrivait aussitôt le mot sur ses tablettes et le donnait comme nom du cours d'eau.
Un autre explorateur, rencontrant une rivière en un autre point, recevait la même réponse dans un dialecte difiërent et la donnait comme le véritable nom, et ainsi de suite. C'est de cette façon que le Kibali-Uele-Te-Du-Ubangi ne forme qu'une seule rivière; que le Sankuru et le Lubilash sont identiques; que le Lualaba devient le Kamolondo, etc.
Ces complications, de peu d'importance pour les spécialistes, ne peuvent qu'embrouiller l'étude de la géographie du Congo pour les non-initiés. C'est pour faire un premier pas dans cette voie de simplification que nous avons donné un seul nom à chaque rivière. Nous avons pris, autant que possible pour chacune d'elles, le nom relevé par celui qui l'a 1 découverte (Ex. Semliki au lieu d'Isango), à moins que ce
• nom ne soit tombé en désuétude. (Ex. Rubi au lieu d'Itim-
biri ou de Loika.) . Nous avons cependant fait exception à cette règle pour les
I i noms qu'un long usage a consacrés. (Ex. Uele et Ubangi au
r lieu d'Uele.)
1 Citons parmi les auteurs consultés pour l'hydrographie :
; Cameron, A travers V Afrique ^ Paris 1878 (Lualaba). .
Dupont, Lettres sur le Congo, ! Donnay, Belgique coloniale (Bomu).
Lattes et Mauritzen, Belgique coloniale (Lualaba).
Heymans, Belgique coloniale (Ubangi).
Capitaine Julien, La Géographie ^ Paris 1902 (Cuvettes de rUbangi).
Borms, Mouvement géographique, Bruxelles 190S (Fini).
Droogmans, Notices sur le Bas-Congo, Bruxelles 1901 (Shiloango).
Francqui, Mouvement géographique (Bangwelo).
L'évaluation de la superficie des lacs a été prise dans différents auteurs; celle du lac Léopold II a été calculée par nous.
Nous avons adopté pour le lac Albert Edouard la hauteur de 920 mètres adoptée par la commission de délimitation angloallemande.
Le chiffre de 1,476 donné pour le Kivu est celui de Moore, que Ton trouve reproduit dans une récente carte officielle anglaise.
L'altitude du lac Tanganika (854 m.) est celle donnée par Lancaster et finalement adoptée par Lemaire. Elle a été obtenue à Taide des tables de Jordan, et le chiffre en a été déterminé par 222 observations du baromètre et du thermomètre faites aux mêmes moments à Daar-es-Salaam et au Tanganika.
Le commandant Lemaire, en appliquant la formule de Delporte légèrement modifiée, est arrivé au chiffre de 855 mètres.
On trouve dans les observations altimétriques de la mission scientifique du Katanga, publiées par le même officier, le chiffre moyen de 858'"44 obtenu de la façon suivante :
Par la formule de Babinet 855™oo
Par la formule d'Angot 86o"65
Par la formule du bureau des longitudes . . 856"*25
Par la formule de l'observatoire de Belgique. 86i™84
Moyenne . . . 858'"44
Le capitaine Hermann donne 780 mètres comme altitude du même lac.
Nous avons adopté pour le Moero le chiffre de Lemaire (972™2o) résultant d'une moyenne obtenue par l'application de formules différentes :
Pour la formule de Babinet 969™5o
Pour la formule d'Angot 974™90
Moyenne .... 972^20
Weatherley nous a fourni l'altitude du lac Bangwelo; Giraud Testime à i,3oo mètres.
D'après le commandant Le Marinel, il se pourrait, et cette supposition est basée sur les chif&es donnés par les levés du chemin de fer des grands lacs, que l'altitude donnée pour les lacs Albert- Edouard et Kivu fut trop faible.
Le lac Diloîo est étudié d'après le commandant Lemaire et M. Willemoës.
Le régime du Congo résulte surtout des études de Chavanne ; l'estuaire sous-marin est décrit d'après Thomson (dans les notices sur le Bas-Congo de M. Droogmans).
La description de la Lufira a été corrigée d'après les observations faites en 1899 par le commandant Lemaire.
Il a constaté que les chutes de Djuo ont comme véritable nom Kiubo et qu'à cet endroit la Lufira coule encore en plaine ; ce n'est que plus loin qu'elle pénètre dans les monts Mitumba.
Quant au débit des cours d'eau ce sont les résultats donnés par Tuckey, Chavanne, Grenfell, Stanley. Cameron et von François. Quoique Reclus émette des doutes sur les chiffres de ce dernier, nous les admettons conmie ayant été relevés avec autant de conscience que ses observations astronomiques.
Le débit de l'Escaut a été obtenu de la manière suivante : il passe devant Anvers pendant un flot de six heures 57,089,455 mètres cubes avec une vitesse de 45 mètres à la minute (Bon Guillaume, V Escaut depuis i83o, Bruxelles 1902) ; nous en avons déduit qu*en une seconde il y passait 57,089,455 : 21,600 = 2,643 mètres cubes.
Dans les conclusions nous avons donné au Congo le dixième rang parmi les fleuves du monde au point de vue de l'étendue, en nous basant sur les renseignements suivants :
Mississipi : 7,200 kilomètres, d'après Reclus, Nouvelle . géographie universelle (Paris, 1892) ; 3,940 ou 5, 880 en comptant
\) à partir des sources du Missouri, d'après Vidal de la Blache
! et Camena d'Almeida.
Nil : 6,397 kilomètres, d'après VVauters. Mouvement géographique^ igo5.
Ôb ou Obi : 5,700 kilomètres, d'après Finsch, Reise nach west Sibérien; 4,220 kilomètres, d'après Vidal de la Blache et Camena d'Almeida.
Yang-Tse-Kiang : 5. 200 kilomètres, d'après le cours de
géographie de Vidal de la Blache et Camena d'Almeida (Paris 1908).
Amazone : 5,ooo kilomètres, d'après le cours de géogpraphie de Vidal de la Blache et Camena d'Almeida. Paris 1908.
Amour : 4,400 kilomètres, d'après Vidal de la Blache et Calmena d'Almeida.
Hoang-Ho : 4,192 kilomètres, d'après Vidal de la Blache et Camena d'Almeida.
Lena : 4,000 kilomètres, daprès Vidal de la Blache et Camena d'Almeida; Vitim Lena : 5,465, d'après Reclus.
Ienisseï : 3,5oo ou 4,700 kilomètres à partir de la source de la Selenga, d'après Vidal de la Blache et Camena d'Almeida.
Carte. Le bassin du Congo,
La partie ouest est dessinée d'après F. Rouget, Expansion coloniale au Congo français.
L'est, d'après Max Moisel, Karte Von Deutsch OsùAfrika, Berlin 1907.
La partie sud-est, d'après L.-A. Wallace, Geographical Journal^ igo*j.
Les expansions du Haut-Congo.
Tracées d'après Rev. W. Grenfell. Map of the Congo River. Geographical Journal, 1902.