FORMATIONS POST-PRIMAIRES CONTINENTALES
A l'ère des dislocations que nous avons étudiée plus haut succéda, pour l'Afrique, la longue période d'érosion continentale qui eut pour effet d'émousser considérablement le relief créé par les plissements hercyniens; des nappes lacustres vinrent occuper le bassin primitif dont nous avons parlé plus haut, et les produits de l'érosion vinrent s'y accumuler en deux groupes superposés de
formations, entre lesquels existe, au moins dans certaines parties du bassin, une discordance de stratification manifeste.
Groupe inférieur ou grès rouges (i).
Alors que dans le Congo occidental ce groupe comprend deux systèmes superposés : le système inférieur constitué par des schistes, des psammites et des grès sans galets, et le système supérieur consistant en bancs de grès rouges feldspathiques avec galets, dans les autres régions où on le rencontre, et notamment au Katanga, cette division ne se retrouve plus que d'une façon très obscure.
Le groupe inférieur s'étendit autrefois en immenses dépôts horizontaux sur tout le bassin, dont il recouvrit les chaînes primitives sous un vaste plateau de 1.700 mètres d'altitude environ.
Dans la suite, la mer intérieure se vida et la formation du grès dur fut à son tour soumise à une longue période d'érosion atmosphérique et fluviale. Cette érosion amena la disparition des couches sur tout le bassin, rongeant même les terrains primaires en ne laissant plus apparaître le grès qu'en quelques endroits, comme sur les flancs des monts de Cristal, dans le Muata-Yamvo et surtout dans le Katanga.
(i) Grès durs feldspathiques ou couches du Kundelungu de Cornet.
Cette dernière région devait être presque complètement aplanie lorsque se produisirent les dislocations qui mirent en évidence, par affaissement des parties intermédiaires, les trois massifs des monts Hakansson, Mitumba et Kundelungu. C'est ce qui explique le relief accidenté que présente cette région que l'érosion aurait dû niveler depuis longtemps si des causes étrangères aux agents externes n'étaient intervenues.
Z^es Crevasses.
La cause qui avait provoqué l'assèchement de la mer intérieure avait été la suivante : toutes les parties est et ouest du continent primitif, à peu près jusqu'aux côtes actuelles, s'abîmèrent sous les flots, pendant qu'une série de gigantesques crevasses longitudinales, orientées dans des directions voisines du méridien, ridaient l'Afrique équatoriale et en rompaient la masse compacte.
De ces crevasses, la plus importante, de beaucoup, fut celle appelée le Graben Central^ où s'alignent maintenant les lacs Albert, Albert- Edouard, Kivu et Tanganika (i),
L'étroite bande de terrain comprise entre les lignes de rupture s'effondra, tandis que les lèvres
(x) Il en existe deux autres remarquables : le grand Graben est' af maint le lon^ duquel se trouvent le Kenia et le Kilimandjaro, et le Graben ouest-africain, entre le Kamerun et l'ile Fernando-Pô.
de la crevasse, en se relevant, redressaient fortement les couches préexistantes, bouleversant le grès dur et le plissant jusqu'aux monts de Cristal,
Le long de ces lignes de moindre résistance vinrent s'épancher une série de roches éruptives qui se manifestèrent, aux abords de la crevasse centrale, par le soulèvement longitudinal de diabase du Ruenzori et plus tard par les éruptions transversales des volcans Virunga qui séparèrent la crevasse en deux parties et rattachèrent définitivement sa partie septentrionale au domaine nilotique.
Le bassin du Congo lui-même n'a pas été exempt de ces dislocations, et l'on en rencontre à l'ouest du Tanganika qui le cèdent à peine en importance transversale, sinon en extension longitudinale, à l'accident dont nous venons de parler : ce sont les Graben du Ltiapula^ de la Lufira et du Hatit-Lualaba, dépressions destinées à devenir les grands bassins hydrographiques de l'intérieur.
Le Graben du Luapula forme la cuvette du lac Moero et les plaines alluviales qui l'entourent.
Le Graben de la Lufira, large de plus de loo kilomètres et séparé de la première par les monts Kundelungu, déposa dans la plaine d'importantes alluvions.
Le plateau de la Manika se dresse à l'ouest de ce Graben, s'intercalant ainsi entre lui et le Graben du Haut'Lualaba.
Groupe supérieur ou grès blancs (i).
A la suite de ce premier assèchement, un affaissement de la cuve centrale provoqua la création d'un nouveau lac. Les sédiments de ce dernier s'accumulèrent en couches épaisses qui constituent le système des grès tendres du Haut-Congo.
Ce système se compose essentiellement de grès siliceux blancs ou jaunâtres, très purs, tendres, friables sous les doigts, formant des couches épaisses de plusieurs centaines de mètres et à stratification ondulée et entre-croisée. Ces couches doivent s'étendre sur toute l'étendue du bassin actuel du Congo, depuis la Likati jusqu'aux monts Mitumba, depuis les falaises du Stanley- Pool jusqu'à celles du lac Kivu.
Une mer intérieure s'étendait donc sur tout le Congo pendant les époques secondaires et tertiaires, recevant tous les affluents de la région qui venaient y jeter leurs eaux chargées des produits de l'érosion. Par suite d'une sorte de phénomène de capture pratiqué par la partie supérieure d'un petit fleuve côtier, les eaux du lac lubilachien commencèrent à se déverser dans l'océan.
(i) Grès tendres du Haut-Congo ou couches du Lubilache de Cornet.
La différence du niveau étant énorme (i), le torrent attaqua énergiquement le massif montagneux et s'y creusa rapidement une profonde gorge d'écoulement. Le niveau du lac baissa rapidement, et, après l'évacuation de celui-ci, s'ouvrit une nouvelle ère d'érosion pluviale et fluviale. Une atténuation très avancée du relief du pays et la régularisation du cours du fleuve et de ses principaux affluents en furent la conséquence, de sorte que tout le bassin du Congo présenta bientôt l'aspect d'une immense plaine ondulée dont les différents cours d'eau aux allures paisibles se réunissaient en un tronc commun, le Congo, qui venait se jeter dans l'Atlantique par un long delta dont la pointe se trouvait à hauteur de Boma. Des poissons de type marin purent remonter le fleuve et ses affluents et des anastomoses permirent aux animaux fluviatiles du Nil, du Congo et du Zambèze de passer d'un bassin dans l'autre.
Un nouvel aff'aissement relatif des parties centrales du bassin, accompagné du relèvement en bourrelet des régions périphériques, barra la route au grand fleuve et restitua un régime torrentiel aux affluents supérieurs.
Le lac intérieur, qui déposa les vastes nappes d'alluvions qui bordent le fleuve actuel entre Bolobo et le confluent de Lomami, ne tarda pas à
(i) La chaîne des monts de Cristal devait avoir alors une altitude de beaucoup supérieure à celle qu'elle a maintenant, puisqu'on observe les. couches de grès blanc à plus de x.ooo mètres d'altitude.
s'élever rapidement, de sorte que les eaux, après avoir été un instant arrêtées devant la barrière que le soulèvement avait créée, reprirent le chemin de leur ancien déversoir.
Cette fois le lac se vida définitivement et Teau, en s'écoulant, entraîna avec elle des sédiments qui recouvrirent d'un immense dépôt superficiel la majeure partie du bassin. Ce dépôt, qu'on retrouve sur le flanc des vallées, est formé d'alluvions argilo-sableuses, grises, jaunes ou rouges, reposant sur un lit de cailloux roulés. Elles renferment généralement une forte proportion d'hydroxyde de fer, qui se concrétionne souvent en noyaux et même en bancs de limonite, d'aspect scoriacé, utilisés comme minerais de fer (latérite).
Actuellement la période d'érosion n'est pas encore achevée; le fleuve creuse toujours son cours partout où il rencontre des obstacles, achevant de vider les derniers restes de la grande mer intérieure (lac Tumba, Léopold II et le Congo lui-même au-dessus de l'équateur) et les lacs secondaires (Bangwelo et Moero).
Dans son travail il dépose des alluvions quaternaires, qu'on signale au Moero, au Bangwelo, sur le moyen Lualaba, le haut Congo, le Kasai et l'estuaire du fleuve.
Le même phénomène se présente sur le lac Albert pour la Semliki.