GÉNÉRALITÉS
La colonisation est, avant tout, un phénomène d'ordre économique : elle vise à la création de débouchés nouveaux pour les produits et les nationaux de la métropole et à l'exploitation des richesses de la colonie.
Cette exploitation doit-elle, comme la fondation, être l'œuvre de l'État, ou doit-elle plutôt être abandonnée aux particuliers ?
L'initiative privée doit jouer ici un rôle prépondérant. Il est désirable, dans les pays neufs, qu'elle s'exerce par des associations disposant de puissants capitaux, des sociétés capables d'assumer les lourdes charges du premier établissement et des inévitables insuccès passagers. Ces groupements importants ne doivent pas exclure les moyennes entreprises, les sociétés industrielles et agricoles plus modestes, et même les exploitations individuelles. Ils doivent leur préparer la voie. Toutefois, il peut se faire qu'en raison de circonstances spéciales l'État soit conduit à mettre
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lui-même en valeur une partie des richesses locales, soit pour des raisons budgétaires, soit pour initier ou encourager une exploitation nouvelle, offrant trop d'aléas pour que l'initiative privée s'y risque seule.
Afin de faciliter l'immigration des capitaux, une bonne organisation du crédit s'impose. Comme celui-ci ne se commande pas, la loi ne peut faire sentir son influence qu'en inspirant confiance aux capitalistes, par l'organisation simple, claire et sûre des contrats de gages ou de contrats analogues. Plus les droits du créancier sont garantis, plus il sera disposé à prêter ses capitaux pour la création des entreprises.
En matière commerciale, le régime libre-échangiste est le plus recommandable.
Il faut fournir à la colonie le moyen d'accomplir ses transactions le plus facilement, le plus écono*** miquement, le plus fructueusement possible, et laisser ensuite toute liberté à son activité et à son initiative. On a voulu jadis, par un faux calcul, être protectionniste pour tirer profit de la colonie. C'était une erreur. Si sur certains produits l'industrie nationale n'est pas à même de lutter avec l'étranger, s'il s'ensuit qu'elle ne recueille pas de bénéfice immédiat de l'entreprise, les colons, eux, qui sont, en majorité, des nationaux (comme le commerce, le colon suit le pavillon), en profiteront. Or, qu'importe au pays que ce soient ses industriels ou ses colons que la colonisation enrichisse? Les uns et les autres ne communiquent-ils pas la
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richesse à la métropole en venant y dépenser leur fortune ?
La politique coloniale de la métropole doit se prévaloir d'un principe permanent : il faut fournir largement à la colonie les instruments de travail qui peuvent lui donner la richesse et, cela fait, la réglementer le moins possible.
C'est en se conformant constamment à ce principe qu'elle pourra amener l'établissement qu'elle a créé à une situation économique florissante, qui sera la meilleure justification de sa fondation.
L'étude de la géographie économique du Congo nous permettra d'examiner si ce pays renferme des richesses suffisantes pour que, gérées d'après les principes que nous venons d'énoncer, elles puissent en faire une colonie florissante.
La facilité d'accès d'un pays neuf est le premier facteur de sa valeur économique. C'est du coût des transports que dépend la possibilité d'exploiter le pays : certains prix de transport permettront l'établissement de telles entreprises pour lesquelles des prix plus élevés seraient prohibitifs.
A ce point de vue on peut distinguer au Congo diverses régions économiques.
Une première grande division s'impose et condtiit au partage du Congo en deux régions :
A . Le Bas-Congo.
B. Le reste de l'État ou Haut-Congo.
Le Bas-Congo comprend toutes les régions accessibles par la partie maritime du fleuve. Le coût des transports y est minimum : aussi toutes les
entreprises y sont-elles possibles, notamment les plantations.
Le Haut-Congo n'est favorable qu'aux exploitations de produits de grande valeur sous un faible poids; tels sont : le caoutchouc, les gommes copales, rivoire, certains produits miniers, etc.
Le Haut-Congo se subdivise lui-même en quatre sous-régions :
1 . Le Congo central comprenant toutes les régions accessibles aux vapeurs partant du Stanley-Pool ;
2. Le Katanga, qui rentre ou rentrera à bref délai dans la zone d'attraction économique de la Rhodésie et du Mozambique (i);
3. La Province orientale, qui rentrera dans la sphère d'influence économique de l'Est africain, anglais et allemand;
4. UUele qui, actuellement déjà, est situé dans le périmètre économique du Soudan.
(z) Déjà le sud du Congo est dans la sphère d'attraction des chemins de 1er rhodésiens ; les statistiques douanières de la Rhodésie du nordouest pour septembre 1906 renseignent 2,190 onces d'or brut provenant de l'Etat indépendant du Congo (valeur : 220,000 francs).