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B. - GOMMES VÉGÉTALES

Le caoutchouc.

Le caoutchouc s'extrait à l'état naturel d'un liquide tout différent de la sève, qui circule dans l'écorce des lianes et des arbres qui le fournissent.

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Il s'y trouve en suspension sous forme de petits globules et de petits filaments. La « coagulation du latex » est tout simplement Topération par laquelle on juxtapose toutes ces cellules de caoutchouc de manière à en former des masses plus ou moins grandes.

Les diverses variétés de caoutchouc se classent au point de vue géographique en trois groupes : l'américain, l'asiatique et l'africain.

Le groupe américain, jusqu'ici le principal producteur, comprend entre autres le Para, le meilleur des caoutchoucs connus.

Le groupe asiatique est moins important. Cependant les plantations considérables qui ont été établies dans l'Insulinde assurent à bref délai un très grand développement au commerce du caoutchouc dans cette partie du monde.

Enfin le groupe africain qui a pris dans ces dernières années une grande importance comprend les espèces suivantes : Sénégal Soudan, Gambie ou Casamance, Sierra Leone, Libéria, Lagos, Grand Bassam, Côte d'or, Accra biscuits, Niger niggers, Cameroon, Gabon, Congo, Loanda, Angola, Benguela, Mozambique, Zanzibar et Madagascar, parmi lesquelles celle du Congo est la plus recherchée.

Espèces du Congo.

Les immenses ressources caoutchoutières de l'État du Congo proviennent principalement de deux groupes de végétaux : les Landolphia qui se

subdivisent en Landolphia des forêts et Landolphia des herbes, et les Ireh.

Les Landolphia des forêts croissent dans toutes les forêts de l'Etat, se présentant généralement sous la forme de lianes d'une longueur excessive, au tronc atteignant souvent, près du sol, i5 centimètres de diamètre, aux feuilles rares et en forme de fer de lance. Elles s'accrochent aux arbres par des vrilles et grimpent jusqu'au sommet. Les principales espèces sont les Landolphia owariensis, Klainei, Droogmansiana et Gentilii, fournissant toutes un caoutchouc de première valeur.

Citons encore une liane très répandue, le Clitandra Arnoldiana, qui donne du caoutchouc noir en grande quantité.

En ce qui concerne le caoutchotic des herbes, son aire de dispersion géographique peut être limitée approximativement au nord par une ligne oblique partant du 5« degré et se dirigeant vers l'intersection du 22® degré de longitude est et du io« degré de latitude sud, avec cette restriction cependant que dans les environs de Stanley-Pool le 5* degré est légèrement dépassé vers le sud ; vers l'est, le Loange en détermine nettement la limite.

Les Landolphia des herbes, au lieu d'être grimpantes, ont des rhizomes souterrains souvent très développés et détachant des rameaux aériens de 20 à 60 centimètres. Elles croissent admirablement dans les savanes sablonneuses et offrent une variété très importante au point de vue économique.

Le caoutchouc des herbes provient surtout d'une essence : le Landolphia Thollonii.

Ulreh {ou Kikxia elastica ou Funtumia elastica) est un grand arbre glabre de i5 à 20 mètres de hauteur, à rameaux cylindriques, qui croît de préférence dans les terrains d'argile rouge et donne, paraît-il, jusqu'à 5 à 7 kilogrammes de caoutchouc par récolte.

L'administration a prescrit la propagation du Funtumia elastica dans tous les districts où son développement est normal, en raison des avantages qu'il présente : croissance vigoureuse, grande dispersion naturelle dans la région équatoriale et dans les pays à longues saisons sèches, structure arborescente permettant de planter par hectare un plus grand nombre de plantes (800 arbres à l'hectare, pour les lianes 666 seulement) et enfin inutilité d'arbres tuteurs qui épuisent le sol.

Aire de dispersion et centres de récolte.

Districts du Lualaba-Kasai et du Kwango oriental. — Au point de vue de la quantité de caoutchouc produite, le district du Lualaba-Kasai se place à la tête des districts de l'État.

C'est une compagnie : la Compagnie du Kasai, qui se charge de la récolte de ce produit dans cette région et dans la partie du district du Kwango oriental située à l'est de la rivière Inzia.

Le caoutchouc dit « rouge du Kasai >» est sans contredit le meilleur caoutchouc du Congo ; le latex

qui le fournit est tellement riche qu'il se coagule spontanément au contact de l'air. Il est produit par les lianes suivantes : Landolphia Droogmansiana, Gentilii, owariensis et Klainei. Ce caoutchouc est le « Kasai prima ».

Le L. Droogtnansiana abonde dans tout le Kasai; on le rencontre notamment dans les rideaux de forêt qui environnent Kanda-Kanda.

Le L. Gentilii est répandu également dans cette dernière région, dans le bassin du Luele et dans les lambeaux de forêt du sud du district du Kwango oriental. Quant au L. owariensis, il n'est pas spécial au Kasai et existe dans tout le territoire de l'État. Ses lianes de même que celles du L. Gentilii sont très répandues à Zovo surlaWamba et dans la région boisée comprise entre cette dernière rivière et l'Inzîa et la Tungila.

Le L. Klainei a été signalé vers Pania-Mutombo, aux chutes Wolff et dans les environs de Muene-Dinga.

Le caoutchouc « noir du Kasai » fourni par le Clitandra Arnoldiana, quoique existant en grandes quantités, est peu exploité par les indigènes.

Ulreh se développe dans les bassins du moyen Kwilu, de l'Inzia, de la basse Lubue et du Loange.

On rencontre encore dans ces deux districts des lianes du genre Carpodinus, mais aucune d'elles n'a été signalée jusqu'à présent comme fournissant un caoutchouc commercial.

En ce qui concerne le caoutchouc des herbes, il

est fourni notamment par les Landolphia Thollonii et humilis et les Carpodinus gracilis (ce dernier au Kwango seulement).

La direction de la Compagnie du Kasai est établie à Dima où se centralise toute la vie commerciale du Kasai. Cette région est le siège de nombreuses factoreries où les indigènes viennent échanger leur récolte contre des marchandises européennes.

Cinq grands centres de culture ont été établis à BolombOy Bena-Makima, Madibi, Munungu et Lukombe-Madibi : quatre d'entre eux s'occupent de plantations de lianes, le cinquième de plantations d!Ireh (200.000 Funtumia étaient cultivés en 1906).

Le caoutchouc du Kasai se présente sous différentes fonnes dont trois de très bonne qualité.

Le Kasai rouge I, suite de boules disposées en chapelets et qui atteignait à Anvers les prix extrêmes de 6 fr. gS à 7 fr. 12 1/2 en iSgS et de 12 fr. 5o à i3 fr. 25 en 1906;

Le Kasai rouge (genre Loanda II) coté fin décembre 1906 de II fr. 10 à II fr. 35,

et le Kasai noir préparé en briquettes de 20 X 7 centimètres, valant à la même époque de 12 fr. 90 à i3 fr. 20.

Parmi les caoutchoucs du Kwango :

Le Wamba rouge était payé en août 1907 de 6 fr. à gfr. 92 1/2;

Le Djuma rouge était payé en août 1907 de 6 fr. i5 à 9 fr. 17 1/2.

Les quantités de ces caoutchoucs vendues à

Anvers pendant Tannée igoS se répartissaient comme suit :

Kasai .

Djuma .

Wamba .

Kwango.

876 tonnes.

District de l'Aruwimi. — Parmi les lianes qui fournissent du caoutchouc dans ce district, il faut citer les Landolphia owariensis et Gentilii, les Clitandra Arnoldiana et les Carpodinus Gentilii.

Le caoutchouc Aruwimi atteignait comme prix extrêmes à Anvers :

En 1895, de 4 fr. 80 à 5 fr. 70; en 1906, de 11 fr. 3o à 12 francs.

Il a été mis en vente à Anvers, en igoS, 482 tonnes de ce caoutchouc, g6 tonnes de caoutchouc « Lomami » et 65 tonnes de caoutchouc « Isangi ".

District de l'Uele. — Le caoutchouc de TUele provient en majeure partie de Clitandra Arnoldiana.

Le caoutchouc Uele était coté à Anvers (prix extrêmes) : En 1895, de 4 fr. 80 à 5 fr. 42 1/2; en 1906, de 11 fr. 3o à 12 francs.

448 tonnes de ce caoutchouc ont été mises en vente à Anvers en igo5.

District du Lac Léopold II. — Dans les forêts situées entre le lac Léopold II et le Congo (confluent

de rAruwimi) on trouve partout au moins trois bonnes espèces de lianes à caoutchouc : les Landoiphia owariensis et Gentilii ainsi que les Clitandra Arnoldiana.

Le L. Gentilii se rencontre plus particulièrement entre le Lopori et Barumbu.

Une autre liane abonde également dans ce district et notamment aux environs de Mushie : c'est le Landolphia Klainei.

Le Landolphia humilis est une liane buissonnante; bien qu'on la rencontre au lac Léopold II, elle n'est pas exploitée actuellement.

Quant au Carpodinus lanceolata, qu'on prend souvent pour le vrai producteur du caoutchouc des herbes, il fournit un latex sans valeur.

Le caoutchouc Lac Léopold II valait en août 1907 de 7 fr. 40 à 10 fr. 42 1/2.

Vente à Anvers en igoS : 142 tonnes de ce caoutchouc.

District de r Equateur. — Les lianes à caoutchouc qui dominent dans ce district sont :

Les Landolphia owariensis, Gentilii, les Clitandra Arnoldiana et les Carpodinus Gentilii.

L'espèce des L. owariensis présente cette particularité de donner à la fois du bon caoutchouc et de la glu sur des pieds croissant en un même endroit.

Les L. Gentilii se rencontrent surtout le long du Ruki et dans le Lopori et la Maringa.

Parmi les centres de récolte importants il convient de citer Basankusu, Waka, Baringa, Monpono, etc.

Le caoutchouc Equateur I atteignait comme prix extrêmes à Anvers :

En 1895, de 6 fr. 17 1/2 à 6 fr. 65 ; en 1906, de 12 fr. 72 i/a à i3 fr. 40.

La variété Lopori I, en 1895, de 6 fr. 17 1/2 à 6 fr. 5o; en 1906, de 12 fr. 72 1/2 à i3 fr. 40.

Le caoutchouc Ruki était payé en août 1907 de 6 fr. i5 à 9 fr. 7S.

Le caoutchouc Momboyo était payé en août 1907 de S fr. 62 1/2 à 5 fr. 80.

Le caoutchouc Lulonga était payé en août 1907, 8 fr. 5o.

à Anvers

en

igoS :

tonnes Equateur.

^ Lopori.

» Momboyo.

« Ikelemba.

Ruki.

Lulonga.

Maringa.

Districts des Cataractes, du Stanley-Pool et de Borna. — Les deux premiers districts sont couverts sur de vastes étendues de Landolphia des herbes, qui forment leur principale richesse. Les indigènes les exploitent sur une vaste échelle, et quoique toutes les parties de la plante contiennent du latex, ils ne retirent celui-ci que de la liane souterraine.

Leur produit, rempli de débris végétaux dont

la présence est due à un battage insuffisamment poussé, affecte la forme de rognures de la grosseur du bout du doigt (thimbles) et se désigne commercialement sous le nom de ^ Bas-Congo ».

En tête des plantes qui fournissent du caoutchouc des herbes il faut placer le Landolphia Thollonii. D'autres lianes en renferment, mais dans des proportions moindres : les Landolphia humilis et les Carpodinus gracilis.

Le Landolphia Klainei a été signalé au Stanley- Pool dans les environs de Sabuka.

Le Clitandra Arnoldiana se rencontre en abondance tant dans les districts des Cataractes et du Stanley-Pool que dans celui de Boma (Mayumbe).

Les Bas-Congo ihimbUs rouges atteignaient à Anvers comme prix extrêmes :

En 189S, de 3 fr. 60 à 3 fr. 80; en 1906, de 6 fr. 5o à 7 francs.

Vente à Anvers en igoS : 86 tonnes de ce caoutchouc.

District de la Province orientale. — La liane la plus répandue est le Clitandra Arnoldiana. On la rencontre surtout dans les zones des Stanley- Falls, de Ponthierville et du Manyema ainsi que dans le sud du Katanga.

Le Carpodinus lanceolata existe également dans la zone du Manyema, mais cette plante fournit un latex qui ne donne par coagulation qu'une masse poisseuse employée comme glu par les indigènes.

La variété Kaianga était payée en août 1907 de 8 fr. 62 i/a à II fr. 10.

Vente à Anvers en igoS : 98 tonnes de caoutchouc « Katanga 9>.

District des Bangala. — Ici encore c'est surtout le Clitandra Arnoldiana qui fournit le caoutchouc en plus grande quantité.

La variété M<mgala valait en août 1907 de 6 fr. 27 1/2 à 10 fr. 52 1/2.

Vente à Anvers en igoS : gS tonnes de caoutchouc « Mongala n.

District de l'Ubangi. — Deux lianes ont été signalées dans ce district comme fournissant du caoutchouc : le Landolphia Klainei (environs d'Imese) et le Clitandra Nzunde. Cette dernière n'est connue actuellement que dans les forêts situées au sud de Banzyville; elle donne un latex abondant, fournissant un caoutchouc noir de très bonne qualité.

Rapport.

Il n'est guère possible de fournir un chiflFre exact en ce qui concerne les bénéfices que peut donner une exploitation de caoutchouc bien menée.

Toutefois, nous donnerons à titre d'indication les renseignements suivants qui permettent de se

faire une idée de la valeur du caoutchouc en Afrique et rendu à Anvers.

La Compagnie du Kasai paie le kilogramme de CTC I fr. 25.

Le prix de rétrocession au Congo français était fixé vers le mois de juillet 1907 à des prix variant de I fr. 25 à I fr. 5o.

Enfin, l'État du Congo s'est engagé à céder aux sociétés Abir et Société anversoise du Commerce au Congo, sur quai, à Anvers, et pendant un laps de temps déterminé, le kilogramme de CTC au prix de 4 fr. 5o.

Avenir du caoutchouc.

Abondant partout, dans la savane comme dans la forêt, le caoutchouc peut être récolté en grandes quantités. La pureté du produit, condition essentielle de la qualité, va s'améliorant constamment grâce aux procédés perfectionnés de récolte auxquels les indigènes sont déjà parfaitement initiés.

Aussi le caoutchouc est-il et restera-t-il sans doute longtemps la principale richesse de l'État. Comme le montre le diagramme, les exportations ont monté à 4,848,931 kilogrammes en 1906 contre 18,069 kilogrammes en 1886 (voir page 324).

Cet énorme accroissement de production n'abaisse cependant pas le prix de vente du produit, car les nouvelles applications qu'on en fait tous les jours en augmentent sans cesse la demande; au contraire, il subit un mouvement de

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hausse presque continuel : ainsi la hausse moyenne à fin décembre 1906 était de 3 p. c. comparativement à fin décembre igoS, et cela malgré une hausse de i3 pour cent constatée à la fin de cette dernière année.

Dansle courant de l'année 1907 cet article a subi de violentes fluctuations de prix qu'il faut attribuer plutôt à la crise financière que nous traversons qu'à l'état précaire de l'industrie :

c'est ainsi qu'on constatait en décembre une baisse moyenne d'environ 28 p. c. sur les prix de l'année précédente.

Cette situation est anormale et passagère, et il

faut remonter jusqu'en 1902 pour retrouver des cours aussi bas.

Voici un tableau de comparaison des valeurs en 1895, en 1906 et en 1907 :

Kasai rouge I 6.95 à 7.12 1/2 12. 5o à i3.25 9.40 a 13.45

Equateur I . . 6.17 1/2 à 6.65 12.72 1/2 à 13.40 9.40 à i3.65

Lopori I . . . 6.i7i/2à6.5o 12.72 1/2 à 13.40 9.4oài3.65

Uele .... 4.8oà5.42i/2 11. 3o à 12.00 8.8oài2.oo

Aruwimi . . . 4.8045.70 11. 3o à 12.00 8.80 à 12.00

Haut-Congo ord. 5.5oà6.oo 11. 35 à 12.25 8.8oài2.2o Bas-Congo thim-

bles rouges. . 3.6oà3.8o 6.5o à 7.00 4.50 à 7.00

Le seul danger qui menace le caoutchouc, c'est l'épuisement que pourrait provoquer une exploitation imprudente. Il a été constaté, en effet, qu'après une récolte il faut à peu près deux ans pour que les lianes puissent se reposer. Le tort causé à la plante est donc grand. Il n'en est pas de même pour les caoutchoutiers des herbes, que l'on peut cultiver par coupe réglée : des espaces exploités à fond et abandonnés par l'indigène ont, en effet, repris leur valeur au bout de trois ans.

Le gouvernement a pris une série de mesures destinées à parer aux dangers qui pouvaient menacer la production du caoutchouc : c'est d'abord la défense absolue de couper les arbres et les lianes comme les indigènes le faisaient autrefois; ensuite l'obligation imposée à ceux qui récoltent du caoutchouc de planter un nombre d'arbres

ou de lianes proportionnel à la quantité de produit récolté (au moins 5o pieds pour le caoutchouc d'arbres ou de lianes et i5 pieds pour le caoutchouc des herbes par loo ou fraction de loo kilogrammes

il CAOUTCHOUC

B Grande produciion r3 huiiicKim fiKiyeimi □ PêtfU produclisn # Centrer dteulturv

de caoutchouc frais récolté) (i); enfin, la propagation des bonnes espèces.

L'administration, après avoir d'abord tenté des replantations dans tous les postes de l'État,

(i) Au premier janvier 1907 les champs d'essences à caoutchouc aménaf^és par l'Etat et les sociétèB commerciales comptaient 1 1 ,525, 000 plants. En tenant compte de l'inexpérience des planteurs, etc., etc., on peut estimer à i5 millions le nombre de pieds plantés en conformité des dispositions légales citées cindessus.

s'est décidée à concentrer ses essais dans un certain nombre d'établissements agricoles judicieusement choisis par les agronomes dans chaque district producteur. Chacune de ces plantations comprendra un ou plusieurs secteurs de 5o hectares.

Indépendamment de celles-ci, trois grands centres de culture d'essences à caoutchouc^ d'une étendue d'environ 3oo,ooo hectares, sont établis :

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