LE BÉTAIL
Dans tout pays agricole, le bétail est de première nécessité ; en effet, grâce à la fumure, il permet, dans une notable proportion, l'amélioration des terres, et le supplément de force qu'il apporte
à l'agriculture rend plus aisés le labourage et les travaux des champs.
A côté de ce résultat il en est un autre au moins aussi important : celui de la production de lait et de viande de boucherie, si nécessaires aux Européens sous ces climats tropicaux.
Enfin, n'oublions pas que l'emploi de bœufs a fait faire un grand pas vers la suppression du portage là où le chemin de fer ou les automobiles n'ont pas encore pu être utilisés.
Espèce bovine.
Les différents types de races que l'on rencontre au Congo peuvent être considérés comme le produit du mélange de deux espèces principales : le bœuf (bos taurus) et le zébu (bos indicus). Ce croisement s'est réalisé sur une grande échelle depuis des siècles, produisant une série de types intermédiaires qu'il serait très difficile de classer à côté du type original du zébu du Bengale, sans devoir passer sur les points qui les en difiérencient pour les rapprocher du bœuf.
Malgré cette variété de types, trois caractères se montrent fréquemment :
1° La grande longueur des cornes ;
2° L'absence des cornes;
3<^ La présence d'une protubérance à la limite du cou et du garrot.
Ces caractères se manifestent aussi bien chez les
animaux se rapprochant du bœuf que chez ceux qui ont plus d'affinités avec le zébu.
Le bétail du Bas-Congo provient de la côte sud-ouest, et principalement du Benguela et du Mossamédès; une faible partie est originaire du Damaraland d'où elle a été importée par mer; celui du Kasai est originaire de l'Angola où il est vendu aux peuplades de l'ouest qui le cèdent aux indigènes; cependant, une partie du bétail du sudouest congolais provient du Barotseland par l'intermédiaire des peuplades des environs du lac Dilolo.
Le grand développement des cornes est dû vraisemblablement à l'intervention d'une race indigène de l'Afrique du sud : le bétail africander.
Quant à la bosse, on la trouve également dans cette race et chez la race à bosse de l'ouest du lac Nyasa, mais il est probable que l'origine de cette protubérance doit être rapportée au zébu,
La gradation vers le type zébu est très visible dans la région du nord-est de l'État; les troupeaux de Kalembe-lembe et de Baraka (N.-O. du lac Tanganika) se rapprochent de l'Africander par l'aspect de la bosse, mais la forme des cornes accuse un rapprochement plus intense du zébu; à Lado, nous rencontrons déjà le zébu pur; signalons encore la présence de la bosse dans le bétail de l'Ubangi.
Le bétail du Congo est très rustique et doué d'une grande puissance vitale. Mais comme toutes les races vivant en liberté il fournit d'assez mau-
vaises laitières, et des bêtes donnant à peine 5o p. c. de viande. Par contre, ces animaux conviennent fort bien pour la selle (Lusambo et Luluabourg), le bât et le trait.
Ce bétail pourra, sans doute, s'améliorer par le croisement avec d'autres races.
Pâturages.
Les graminées qui forment la savane ont toutes les qualités requises pour faire de bons pâturages. Seules les proportions qu'elles prennent diminuent leur valeur, en les rendant généralement coriaces, au point de ne plus oflFrir que leurs feuilles comme nourriture aux animaux.
Mais le bétail lui-même en modifie heureusement la nature. En les tondant lorsqu'elles sont encore jeunes, en les foulant, il les empêche de grandir, les rend plus touffues, plus tendres et plus nutritives. De plus, l'introduction de quelques légumineuses africaines et européennes pourra facilement améliorer encore la valeur des pâturages.
Les endroits qui conviennent le mieux sont ceux formés de bonnes terres situées autant que possible dans les vallons permettant une irrigation facile.
Les régions signalées comme particulièrement favorables au grand élevage sont celles du Bas- Congo, du Bas-Kasai, du Manyema, du Ruanda et du Katanga.
Postes d'élevage.
Le gros bétail n'existe à l'état naturel que chez les Ruanda qui en possèdent de nombreuses têtes,
chez les tribus
voisines du lac
Albert et celles de
rUnyoro, chez les
Manyema et, moins souvent, dans le Katanga, le
Kasai et le Kwango.
Le centre d'élevage le plus important et le seul au point de vue industriel est celui de l'île de Mateba (Bas-Congo), où une compagnie exploite fructueusement un troupeau de près de 7,000 têtes.
qui servent à approvisionner de viande de boucherie les localités du Bas-Congo.
Le bétail a été introduit sur tous les points de l'État. Actuellement, presque tous les postes importants sont pourvus au moins de quelques bœufs de traction.
Parmi les postes d'élevage importants citons ceux de Zambi, Kitobola, Dolo, Yakoma, Lado, Ye, Mont Wati, Uvira, Luvungi, Rutshuru, Luluabourg et Lusambo. Alors qu'en 1900 le nombre de ces postes était de trente, il s'élève à soixante-dix en 1907.
Le nombre de têtes est monté de 924 en 1901 à 4,873 en 1905 ; actuellement les troupeaux du gouvernement comprennent plus de 5, 000 têtes de bétail.
Rapport.
L'établissement dont il a été question plus haut et qui exploite le centre d'élevage de Mateba a donné, au cours de ses dix-neuf années d'existence, un bénéfice qui a varié entre 110,429 fr. 90 (en 1890) et 367,046 fr. 63 (en 1905).
Avenir de Tespèce bovine.
Quelque favorables que soient les résultats obtenus par l'établissement de Mateba, le grand élevage ne semble pas devoir être, dans les circonstances présentes, l'objet de spéculations commerciales.
Ce n'est pas ainsi que la propagation du bétail doit être envisagée en ce moment. Elle doit plutôt être considérée au point de vue de la colonisation proprement dite comme fournissant un auxiliaire indispensable aux planteurs et comme un moyen d'assurer la traction sur les routes; ces raisons suffisent d'ailleurs pour qu'elle soit encouragée par tous les moyens. Le premier sera l'amélioration de la race qui s'obtiendra par la disparition progressive du petit bétail et par la sélection et des croisements judicieux ayant pour but de donner aux bêtes plus de chair et plus de lait. Le second sera l'élevage dans chaque station d'un troupeau d'une cinquantaine de têtes environ, en attendant que les indigènes suivent cet exemple et en arrivent à compter leur richesse d'après la force de leurs troupeaux.
Espèce chevaline.
Le cheval n'existait pas au Congo à l'arrivée des Européens. Il y a été importé par le bas fleuve et par l'Ubangi.
Les chevaux du haras d'Eala viennent du Sénégal; la race propagée à Bambili et dans le haut Ituri est la race du Cayor (SénégambieJ.
Dans les postes de l'Uele autres que Bambili existent des chevaux de race barbe importés de la région du Tshad. Nouvelle-Anvers possède des chevaux des îles Canaries. Les écuries des divers postes comptent une centaine de chevaux. Les
haras les plus importants sont ceux de Bambili, Yakoma et Borna.
Les chevaux vivent parfaitement au Congo et peuvent être considérés comme un excellent auxiliaire de l'agriculture ; ils manquent cependant de rusticité et, d'autre part, la rareté des routes rend leur utilisation difficile. Il est donc probable que d'ici longtemps leur élevage ne prendra pas une grande extension. Ils pourraient cependant rendre de sérieux services si les expériences de croisement avec les zèbres entreprises au Katanga concurremment avec les essais de croisement des ânes avec ces derniers donnaient de bons résultats ; on pourrait obtenir de la sorte des sujets aptes à résister aux attaques de la mouche tsé-tsé.
L'âne est beaucoup plus résistant et plus utile que le cheval.
Deux bonnes races sont déjà assez répandues : Vâne de Mascate dans l'est, grand, bien bâti, aux jambes sèches et nerveuses, d'une résistance sans égale; Vâne des Canaries, réparti largement dans les postes du centre et de la côte, plus petit, moins rapide que le précédent, mais très résistant, parfaitement acclimaté et d'une grande utilité.
L'âne n'a pas très grande valeur, mais son entretien est peu onéreux. C'est une espèce dont la propagation est souhaitable : toutes ses qualités de simplicité et de robustesse peuvent trouver leur emploi au Congo.
Le mulet, qui, ainsi que Tâne, résiste aux plus dures privations et aux plus lourds travaux, est assez répandu au Congo, où il s'est très bien acclimaté.
Ce sont surtout les îles Canaries et parfois le Portugal et le Sénégal qui fournissent les mulets.
Si ces derniers sont moins répandus que les ânes et que les chevaux, il faut en chercher la raison dans leur prix élevé et dans l'impossibilité de leur reproduction.
D'ailleurs, l'âne remplace parfaitement le mulet dans ses divers services.
Espèce ovine.
Le mouton, répandu chez les indigènes du bassin du Congo, appartient, semble-t-il, à une variété de la race soudanaise, caractérisée par une toison de poils. Dans le Manyema et le haut Nil existe le mouton à queue grasse.
Très rustique, très prolifique, le mouton joue un rôle important dans l'alimentation au Congo.
De bons soins peuvent améliorer dans de sérieuses proportions sa valeur comme bête laitière et comme animal de boucherie.
Il est possible, bien que rien ne le prouve encore, que l'introduction de races étrangères, celle du mérinos d'Algérie, par exemple, amène dans l'avenir l'exploitation de la laine.
Espèce caprine.
La chèvre da Congo est, plus encore que le moaton, répandue dans tout l'État, sauf chez quelques rares peuplades du nord, les Âzande par exemple.
C*est la chèvre commune, plus petite que celle d*£urope, mais, conmie elle, très sobre et donnant, quand elle est jeune, une bonne viande. Les Mangbetu possèdent une race spéciale à poils longs.
L'élevage de la chèvre semble pouvoir être abandonné aux indigènes.
Espèce porcine.
Le porc est de race ibérique. Quoique répandu dans tout le bassin, il ne s'y rencontre pas d'une façon continue. Il complète, avec les deux espèces précédentes, le bétail indigène. Il fournit une chair moins fine que le porc d'Europe, mais pris modérément, et après un examen minutieux, il constitue un bon appoint à la consommation.
Anlmaux de basse-cour.
La poule commune, très répandue au Congo, est le seul oiseau de basse-cour élevé par les indigènes. Elle est médiocre pondeuse et généralement maigre.
La poule, le canard et le pigeon européens se sont très bien acclimatés au Congo et s'y répandent rapidement.
Essais.
L'importation d'éléphants asiatiques n'ayant pas donné de résultats, TÉtat a entrepris de domestiquer l'éléphant d'Afrique. Un établissement de domestication a été établi à Api (Uele). Il compte actuellement vingt-cinq sujets dont le dressage donne de bons résultats.
Le dressage des zèbres entrepris au Katanga donne également des résultats encourageants.
Le kraal comprenait en igoS soixante zèbres en très bonne forme. Malheureusement depuis lors les animaux dressés ont été décimés par une maladie que l'on attribue à la piqûre de la mouche tsé-tsé.
Citons encore un parc à autruches dans l'Uele et quelques dromadaires dans l'Enclave à Ye ; de plus, des chameaux originaires des îles Canaries ont été importés à Léopoldville.
Conclusions.
La courte étude que nous venons de faire laisse assez voir quel avenir de prospérité l'agriculture prépare à l'État du Congo. Le territoire est partagé presque entièrement entre la forêt et la
Espèce caprine.
La chèvre du Congo est, plus encore que le mouton, répandue dans tout l'État, sauf chez quelques rares peuplades du nord, les Azande par exemple.
C'est la chèvre commune, plus petite que celle d'Europe, mais, comme elle, très sobre et donnant, quand elle est jeune, une bonne viande. Les Mangbetu possèdent une race spéciale à poils longs.
L'élevage de la chèvre semble pouvoir être abandonné aux indigènes.
Espèce porcine.
Le porc est de race ibérique. Quoique répandu dans tout le bassin, il ne s'y rencontre pas d'une façon continue. Il complète, avec les deux espèces précédentes, le bétail indigène. Il fournit une chair moins fine que le porc d'Europe, mais pris modérément, et après un examen minutieux, il constitue un bon appoint à la consommation.
Animaux de basse-cour.
La poule commune, très répandue au Congo, est le seul oiseau de basse-cour élevé par les indigènes. Elle est médiocre pondeuse et généralement maigre.
La poule, le canard et le pigeon européens se sont très bien acclimatés au Congo et s'y répandent rapidement.
Essais.
L'importation d'éléphants asiatiques n'ayant pas donné de résultats, l'État a entrepris de domestiquer l'éléphant d'Afrique. Un établissement de domestication a été établi à Api (Uele). Il compte actuellement vingt-cinq sujets dont le dressage donne de bons résultats.
Le dressage des zèbres entrepris au Katanga donne également des résultats encourageants.
Le kraal comprenait en igoS soixante zèbres en très bonne forme. Malheureusement depuis lors les animaux dressés ont été décimés par une maladie que l'on attribue à la piqûre de la mouche tsé-tsé.
Citons encore un parc à autruches dans l'Uele et quelques dromadaires dans l'Enclave à Ye ; de plus, des chameaux originaires des îles Canaries ont été importés à Léopoldville.
Conclusions.
La courte étude que nous venons de faire laisse assez voir quel avenir de prospérité l'agriculture prépare à l'État du Congo. Le territoire est partagé presque entièrement entre la forêt et la
savane, qui toutes deux conviennent à des cultures de rapport. A côté de l'ivoire et du caoutchouc, produits d'une exploitation immédiate , nous voyons certaines plantations et notamment le cacao prendre un vigoureux essor.
Si à l'origine l'État en est le principal propriétaire, quoique certaines sociétés aient déjà acquis un certain développement à ce point de vue, c'est que, comprenant ses devoirs, il a dû créer de toutes pièces des centres agricoles auxquels l'initiative privée n'eût pu assurer ni un capital suffisant, ni une main-d'œuvre régulière.
Depuis, dans certaines régions, les expériences ont donné des résultats favorables; l'organisation du travail s'est faite et les planteurs et les éleveurs ont pu s'établir avec des chances sérieuses de succès. Cette nouvelle phase n'est encore qu'à ses débuts; elle se développera progressivement.
Concentrant leur activité sur quelques produits d'une culture facile, d'une valeur économique connue et d'un écoulement assuré, les particuliers pourront peu à peu s'intéresser à des exploitations nouvelles, soit dans d'autres régions, soit d'autres produits.
Ces nouvelles plantations d'essai seraient étendues si l'expérience prouve qu'elles sont avantageuses.
Il serait imprudent de se borner à cultiver un nombre d'espèces trop restreint. Quelque rémunératrices qu'elles puissent être, elles pourraient,
soit par suite d'une mauvaise récolte, soit par suite du mauvais état du marché, amener dans la colonie une crise intense dont les eflfets pourraient être désastreux. C'est en progressant dans ce sens que le bassin du Congo pourra devenir, comme le Brésil et les îles de la Sonde, un des grands fournisseurs des produits tropicaux du monde.