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CULTURES ALIMENTAIRES

Indépendamment des cultures industrielles, d'importantes cultures ont été établies dans le but de subvenir à l'alimentation du nombreux personnel indigène au service des Européens.

La base de la nourriture du nègre du Congo (voir ethnographie) est le manioc, le ma:is, le riz, la patate douce, la banane, Varachide, le sorgho, le millet et Vigname. On peut cependant, à ce point de vue spécial, diviser les territoires de l'État en deux régions : l'une s'étendant jusque près de Stanley-

ville et où domine le manioc; l'autre où Ton cultive surtout les céréales et qui comprend notamment les vallées du Lualaba, de la Tshopo et de la Lindi.

Parmi les plantes que nous venons d'énumérer un certain nombre ont été décrites au chapitre précédent, d'autres entrent pour une part relativement faible dans l'alimentation indigène.

Nous n'étudierons ici que les plus importantes.

Le manioc (variété usitée : Manihot idilissima) est une herbacée d'un à trois mètres de hauteur, donnant d'énormes racines de 20 à 40 centimètres de longueur et de la grosseur du poignet, qui contiennent une grande quantité de fëcule (5 fois plus que le froment). C'est une plante originaire d'Amérique introduite par les traitants il y a peut-être deux siècles et propagée parles indigènes de la côte.

Il en existe deux variétés : la première, à tige verte, douce et inofifensive, est la plus généralement répandue ; la seconde, à tige rouge, est amère et provoque des empoisonnements. Les principes toxiques que présente cette dernière espèce peuvent être facilement éliminés par ébullition dans l'eau.

Le manioc est cultivé dans presque tout l'État. Quoiqu'elle ait un rendement inférieur à l'autre, la variété douce est la plus répandue, sauf cependant chez les Azande.

Cette précieuse plante est d'une production étonnante; elle donne dans le Kasai jusqu'à

40 tonnes par hectare, soit de quoi suffire à Talîmentation annuelle de quarante noirs. Mais elle exige un terrain gras et fertile qu'elle épuise rapidement. Aussi les nègres sont-ils obligés à de fréquents défrichements de forêts, et ce n'est pas une des moindres causes de déboisement.

Le manioc est non seulement la nourriture la plus substantielle et la plus économique à donner au travailleur indigène, mais cette plante pourra peut-être devenir l'objet d'un commerce important. C'est, en effet, le manioc qui sert à fabriquer le tapioca dont on exporte de grandes quantités des Indes et du Brésil.

On estime qu'une usine destinée à traiter 24,000 tonnes de manioc par an nécessite un capital de premier établissement de 400,000 francs et un fonds de roulement de 65, 000 francs.

La production d'une telle usine est la suivante : 810 tonnes de tapioca et 270 tonnes de fécule.

Le mais {Zea mays) est une graminée des plus répandue dans tout le Congo. Très rustique, d'une culture facile, il donne annuellement deux récoltes dans le Bas-Congo et jusqu'à trois et quatre' récoltes dans le haut fleuve.

C'est une céréale très nourrissante, fort goûtée des noirs qui mangent les épis rôtis ou bouillis.

Les tiges de maïs servent de fourrage au bétail indigène.

La Belgique a importé, en igo6, 510,976,728 kilos de maïs, d'une valeur de 61,317,000 francs.

Le riz est une graminée probablement importée au Congo.

Il y présente deux variétés :

Le riz des marais (Oryza sativa), qui veut un sol inondé ou très abondamment arrosé depuis les semailles jusqu'à la récolte, et le riz des montagnes (Oryza montana), qui a tous les caractères botaniques du riz des marais dont il diffère uniquement par de l'habitat ; il aime un terrain léger, qui ne soit pas trop chargé d'eau.

Cette variété a été introduite par les Arabes dans la partie orientale du Congo et propagée par les Belges dans l'Uele, à l'Equateur, à Bangala et même jusque dans le Bas-Congo.

Les indigènes de ces contrées le prisent beaucoup, surtout ceux de Manyema. Ceux des autres régions n'y tiennent pas énormément.

Des rizières ont été établies dans plusieurs postes de l'État : à Basoko, à Ibembo, sur le Lomami, à Nouvelle-Anvers, etc.; elles ont donné de bons résultats.

Indépendamment de celles-ci, le riz est cultivé sur une grande échelle par les indigènes arabisés de la Province orientale, le long du Lualaba entre la Romée et Kasongo et dans la région qui s'étend entre Stanleyville et Mawambi.

Dans le courant de l'année 1906 on a négocié plus de 1,000 tonnes de riz sur le marché de Stanleyville.

La société de la voie ferrée du Congo supérieur

aux Grands Lacs africains en achète de grandes quantités pour la nourriture de son personnel. Ce riz indigène des Falls est la variété qui semble la plus susceptible de donner de bons résultats au Congo; il est notamment cultivé avec succès à Kitobola et à Gongolo (District des Cataractes).

La patate douce et l'igname donnent des tubercules féculents assez semblables , comme goût, à nos pommes de terre. Très saines et très nourrissantes, d'une vitalité, d'une production étonnantes, elles produisent plusieurs récoltes par an, certains plants d'igname portant jusque 26 kilos de fruits. L'igname comporte diverses variétés, toutes à tubercule souterrain. Ces deux plantes sont, avec le manioc, les produits les plus cultivés au Congo.

Les bananiers sont des plantes herbacées et vivaces appartenant au genre Musa et qui croissent dans tout l'État du Congo. Elles atteignent une hauteur de 4 à 6 mètres. Les fruits forment des grappes ou régimes pouvant peser jusque 40 et 45 kilogrammes.

Ces fruits sont très nutritifs et très appréciés, aussi bien des blancs que des indigènes, qui en consomment de grandes quantités.

On cultive au Congo de grandes variétés de Musa à fruits comestibles et à graines; citons parmi les principales le Musa paradisiaca ou bananier plantain et le Mtisa sapientum à petits fruits;

de plus, les Européens ont propagé le bananier de Chine.

Le bananier est d'une croissance extraordinairement rapide et sûre : on peut obtenir à l'hectare i,ioo pieds, fournissant 3,ooo à 4,000 régimes pesant de 60 à 80 tonnes.

On pourra peut-être entreprendre l'exploitation commerciale de cette plante et l'exporter sous forme de fruits séchés ou de farine.

Les sorgho sont des graminées de 5 mètres de hauteur en moyenne, dont les graines donnent une farine de bonne qualité et servent aussi à faire une bière appelée Pombe.

Quoique existant dans tout le centre et l'est de l'État, elles ne se trouvent en grandes cultures et ne sont beaucoup consommées par les noirs qu'à l'est de Lomami, dans l'Uele et le Katanga.

Ces plantes aiment un sol assez fertile et un climat à longue saison sèche ; elles conviennent donc à la savane.

Elles paraissent originaires du nord de l'Afrique et ont dû être répandues au Congo par les Bantu qui y renoncèrent presque totalement lorsqu'ils eurent appris l'usage du manioc.

Le millet et l'éleusine sont des graminées de beaucoup moindre importance, cultivées dans l'est et le nord. Elles donnent du fromage au bétail et certains indigènes en tirent de la bière.

Le froment n'est répandu que dans la partie sud et est de l'État, Manyema et Katanga, Il en existe des champs dans la plupart des établissements et dans certains postes de la Province orientale.

Les récoltes sont belles et fournissent un excellent pain.

On a essayé d'acclimater cette variété de froment dans le Congo central, mais les essais n'ont pas donné des résultats encourageants.

La culture des plantes potagères est de la plus haute importance au point de vue du confort et de l'hygiène des Européens.

Chaque poste est entouré d'un grand potager où croissent, à côté des meilleurs produits de la flore africaine, la plupart des légumes européens.

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