‹ Le Congo francais du Gabon a BrazzavilleChapitre 1 sur 41 · LIBRAIRIE PLON · texte numérisé non relu

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E. I LON', NOURRIT et C'=, IMPRIMEURS -ÉDITEURS

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Tou> liions tcsovès

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En lisant le titre de ces re'cits de voyage, on sera peut-être tenté de se demander pourquoi ils sont pre'sente's par un naturaliste; je pourrais re'pondre que c'est à titre d'ami des voyageurs et surtout de ceux qui manifestent un goût inné pour les sciences naturelles-, mais je dois avouer que c'est surtout par sympathie et affection que j'ai consenti à remplir deux fois le rôle d'exécuteur testamentaire, car le Congo français est une œuvre doublement posthume.

Le voyageur Léon Guiral, celui qui, compagnon de M. de Brazza, avait su résister aux fatigues d'une première expédition dans l'Afrique centrale, a succombé lorsqu'il a voulu une seconde fois pénétrer les mystères d'un monde inconnu. Par une étrange fatalité, Louis Moleyre, celui qui, savant modeste, s'était dévoué pour colliger les notes de l'explorateur, a succombé, laissant l'cL'uvre inachevée. 11 semble que la mort ait voulu à jamais ensevelirl'œuvre commune de ces jeunes

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g-ens qui, unis d'amitié , avaient rêvé pour tous deux le plus brillaul avenir. Laissez-moi vous dire ce qu élait !e voyageur, ce qu'était le savant : l'un était un rigoureux Méridional, plein d'une sève exubérante, j-iour qui les luttes de la vie ne semblaient qu'un jeu; l'autre était une nature délicate, un caractère froid et posé, une intelligence d'élite logée dans un corps débile ; ces deux êtres si dissemblables s'étaient sentis attirés l'un vers l'autre par leur amour profond des sciences naturelles. Le naturaliste de cabinet, contemplateur des formes inanimées, s'était laissé entraîner aux récits du naturaliste voyageur, observateur des êtres dans toutes les manifestations de la vie.

C'était, on le voit, une association toute de contraste.

Léon Guiral était né à Espalion (Aveyron) en 1858; son tempérament ardent s'accommoda fort mal de l'assiduité des études scolaires; il préférait aux bancs de bois de l'école de la petite ville les bancs de mousse de l'école buissonniére ; mais, à l'encontre des Robinsons en herbe, il ne se contentait pas de courir la campagne pour le plaisir de vagabonder et de commettre diS espiègleries; entraîné par un^ vocation irrésistible, il se livrait à la recherche des reptiles et des oiseaux, et transformait la maison |)aternelle en musée. Poursuivant les uns dans les buissons, grimpant aux arbres et aux rochers pour saisir les autres, il rentrait souvent à la maison les vêtements eu loques ; peu lui importaient les

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remontrances et les corrections paternelles, ses trouvailles remplissaient son cœur de joie. D'ailleurs, son goût pour l'histoire naturelle devait avoir sur sa vie une influence exti aordinaire. .Mis au lycée à Rodez, il n'y resta pas longtemps, son penchant favori lui faisant commettre de graves incartides; un jour, n'eiit-il pas l'idée d'apporter en classe une nichée de chouettes? Dans de telles dispositions d'esprit, le séjour du lycée ne pouvait lui être profitable. On crut que le commerce conviendrait mieux à ses aptitudes; envoyé à Paris, il entra aux Magasins du Louvre; niais un jour, on découvrit parmi les chantilly et les malines, une [tetite tortue que, depuis des mois, il avait habilement dissimulée; le commis naturaliste fut renvoyé à ses chères études.

Guiral pense alors que la marine, en lui faisant parcouiir le monde, lui offriiail l'occasion d'observer la nature; il s'engagea (1879) dans les équipages de la flotte. 11 était tout heureux; ses rêves se réalisaient; son voyage aux Antilles, sur la frégate-école la Favorite, allait lui permettre de faire connaissance avec le monde marin; là encore, il sut bientôt trouver une cachette pour loger ses nouveaux amis; mais la cachette découverte, il eut souvent à la défendre de la rapacité de ses comjtagnons; une fois, ayant livré bataille pour sauver ses oursins favoris, la mise aux fers fut la récompense de sa sollicitude.

Rentré en France et attaché au port de Toulon, une occasion inespérée se présenta à lui de dépenser son

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activité et de satisfaire sa soif d'observation ; il fut choisi pour faire partie de rexpédition destinée à ravitailler les postes que M. de Brazza avait établis dans la région de rOgooué, expédition que préparait l'Association internationale africaine et qu'elle avait mise sous le commandement de M. Mizon, alors ensei{jne de vaisseau. Embarqué le 15 octobre 1880, à bord du Loiret, à destination du Gabon, il fut, peu après son arrivée à Libreville, dirigé versl'intérieurVlu Congo; mais je n'emprunterai rien à ses récits de voyage, qui feront connaître le rôle qu'il joua dans la mission de Brazza et permettront de se faire une idée très exacte des pays où il a séjourné deux années. Les privations, les fièvres et la fatigue eurent raison de sa robuste constitution; le docteur Ballay, voyant le triste état de sa santé, prescrivit de le rapatrier au plus vite ; un navire de commerce anglais le ramena à Liverpool (avril 1883). Dans cette ville, où les habitants sont cependant habitués à voir des gens de tous les pays, costumés de mille façons, ce fut un étonnement de voir [l'accoutrement de notre pauvre matelot, qui semblait une épave humaine recueillie sur quelque îlot désert; sa téte, aux longs cheveux bouclés tombant jusqu'aux épaules, était coiffée d'un feutre à larges bords, garni d'un ruban de couleur indécise, dont les bouts retombaient dans le dos ; sa figure have, aux joues creuses, était à peine animée par ses yeux encavés assombris par l'anémie ; il était sans chemise; un mauvais tricot, une vareuse

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trouée, un pantalon effiloché, rappelant de loin le costume mario, couvraient ses membres amaigris; il marchait nu-pieds, ses souliers étant restés au fond du Cong^o. Quel cri de surprise, quelle impression de tristesse, lorsque parents et amis le virent arriver à Paris dans un pareil état de délabrement de costume et de misère physiologique ! Il n'avait que vingt-cinq ans ; il en paraissait plus de trente; le Méridional, au langage rapide et imagé, parlait à peine, et ses paroles étaient lentes et mesurées.

L'air natal et la jeunesse eurent bientôt rendu à la vie le courageux voyageur; mais au fur et à mesure que sa santé se raffermissait, son esprit, subissant comme une sorte de fascination, se reportait toujours vers ceite terre d'Afrique, qui pourtant s'était montrée bien dure pour lui; il n'eut bientôt plus qu'une idée, celle de retourner aux régions tropicales.

Au cours de ses voyages, malgré les difficultés sans nombiequi s'étaient dressées sur sa route, Guiral n'avait pu résister à sa passion irrésistible pour les sciences naturelles; il avait fait quelques collections; ne pouvant recueillir que des objets peu encombrants, il s'était attaché à ramasser particulièrement des insectes; il résolut de les offrir au Muséum; c'est ainsi qu'il vint frap|)erà la poi te du Laboratoire d'Entomologie. Bien accueilli, encouragé, il eut la satisfaction de voir primer ses récoltes; M. le professeur Em. Blanchard, membre de l'Institut, adressa au Ministre de rinstruc-

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tion publique un rapport qui appela sur lui l'attention.

Dans les longues et fre'quentes visiles qu'il fit au Laboratoire, il eut l'occasion de se lier avec un jeune préparateur, L. Moleyre, et entre ces deux jeunes gens, il s'e'tablit rapidement un courant de sympathie ; le voyageur et le savant, rapprochés par leur goût pour l'histoire naturelle, s'encouragèrent mutuellement. Guiral avait déserte' le lycée, Moleyre avait fait d'excellentes études ; élève du lycée Charlemagne, il se préparait à l'Ecole polytechnique, mais il avait vu anéantir ses espérances; au conseil de revision, il avait été réformé pour cause de santé. Une vie paisible, exempte de luttes, lui était imposée; il accepta une modeste situation au Muséum. Ayant pu apprécier, dans un contact continuel, ses grandes qualités et la valeur de son intelligence, je ne fus pas surpris de voir ce jeune homme calme et réfléchi se prendre d'enthousiasme pour le voyageur vif et passionné. Un accord fut bientôt conclu; le savant devait être l'apôtre de l'explorateur, en révélant au monde les prouesses qu'il accomplirait aux quatre coins du globe, en faisant connaître aux gens de science les découvertes d'animaux inconnus qu'il devait rencontrer dans les régions inexplorées.

A vingt-cinq ans, les résolutions sont bientôt prises. Léon Guiral sollicita une mission en Afrique; grâce aux lecommandations de MM. Blanchard et Milne Edwards, la Connnission des Missions scientifiques accéda au désir du voyageur.

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Dans son premier voyage, il avait entendu 1rs indigènes parler d'un fleuve con^ide'rable et de gi'ands lacs situe's au nord et à une grande distance de l'Ogooue', il e'tait d'un haut inte'rét de ve'rifier leurs assertions ; d'impoi tantes de'couvertes géographiques, une riche moisson d'étrcs nouveaux ne devaient-elles pas être h récompense d'explorations en ces pays inconnus? Abandonnant la voie trop connue de l'Ogooué, il avait rës( 1 1 de lâcher de pe'nëtrer dans l'intérieur en suivai.t le cours d'un autre fleuve, le Sau Benito ou Eyo, qui coule à deux cents kilomètres plus au nord.

Parti de France le 20 novembre 1884, L. Guir^l débarquait à Libreville le 7 janvier et s'installait le 20 du même mois sur la côte du Benito, en un point situé à proximité d'un \illagc nègre du nom d'Ivava. La station organisé ', les préparatifs terminés, il entreprit de remonter le San Benito. Le fltuve, large de dixhuit cents mètres à son embouchure, n'avait été reconnu que jusqu'à une calaïaite située à une distance d'environ trente kilomètres de la côte; franchissant cette cataracte, notre hardi pionnier, tout en exploiant la région, s'enfiuiçait à cent cinquante kilomètres dans l'intérieur et atttignait le lac N'jela. Là, sa marche fut arrêtée. Les peuplades de la côte d les Pahouins étaient en guerre; ceux-ci avaient fait trois prisonniers de la tribu des Balanguys et les avaient mangés; en présence d'une telle surexcitation des esprits, la prudence commandiiil de ne [las pousser plus avant. Apiès

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avoir remis au chef des Balanguys un pavillon français pour le protéger contre le danger d'une nouvelle agression, l'expédition reprit le chemin des cantonnements d'Ivava.

Mettant à profit ce contretemps, Guiral donne alors tous ses soins à la réalisation de ses projets. Créant un poste intermédiaire entre la côte et le lac N'jela, recrutantdes porteurs dans les tribus amies, il se livre au travail sans merci et dépense ses forces sans calcul; sa santé devient tout à coup chancelante; ses compagnons lui conseillent de pren Jre un peu de l epos; mais ne tenant aucun compte des avis qu'on lui donne, il pense que les courses dans les montagnes, en l'éloignant de la côte, lui rendront toute sa vigueur; il part pour lâchasse aux gorilles, fort nombreux dans la légion. En rentrant au campement, il trouve des lettres de France lui annonçant la prolongation de sa mission ; il reçoit des caisses remplies de vieilles armes, de munitions et d'instruments que le Ministère et le Muséum lui adressent. Fou de joie, il veut mettre en ordre ses richesses; prières et supplications ne peuvent réussir à le décider à se ménager. La fatigue et la fièvre l'ont bientôt terrassé; à bout de forces, il est obligé de s'aliter. Des missionnaires français de la stati(ui voisine viennent en toute hâte lui prodiguer leurs soins, mais les frissons, tristes avant-coureurs de la mort, font déjà tressauter le moribond; le vaillant marin s'éteint ayant une dernière pensée pour son pays natal et pour sa mère (25 no-

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vembre 1885). Voyageur inconnu, qui que tu sois, si tu t'engages sur la route que Léon Guiral a tenté d'ouvrir à la France, n'oublie pas de visiter le petit cimetière de la mission et de jeter quelques fleurs sur la tombe du pauvre matelot, mort pour la patrie et pour la science; en pensant à celui qui jouait avec sa vie, tu seras sage et prudent, alors l'avenir s'ouvrira grand devant toi ' .

Pendant que Guiral mourait sur la terre d'Afrique, victime de la fièvre dévorante, son collaborateur Moleyre, né en Algérie, se débattait lui aussi contre la fièvre qui le minait sourdement; tous deux, singulier hasard, étaient sous le coup d'une intoxication paludéenne. Mais bientôt apparurent les tristes symptômes de la phtisie; soutenant une lutte désespérée, le jeune homme plein d'intelligence etde volonté s'efforce, entre deux accalmies, de rédiger quelques feuillets du Congo français; mais la plume tombe de ses mains; à vingt-

' Dans ses premières excursions le lon{; du cours du San Benito, Guiral avait commencé de belles collections d'Iiistoire naturelle; mai-, après sa mort, elles restèrent en souffrance, et ce ne fui que longtemps après qu'elles arrivèrent en France, confondues avec les objets qui lui avaient appartenu. i:llcs étaient dans un triste état; la famille me les remit, me priant d'examiner s'il n'était pas possible de sauver quelques pièces, .le fus assez heureux pour trouver au fond d'une caisse, sous des débris d'oiseaux, une série de magnifiques et rares Coléoptères du genre (Joliath, que l'épaisseur et la résistance des téguments avaient préservés de la destruction J'ai pu ainsi enrichir le Muséum de la plus grande et de la plus remarquable espèce de cétoines, espèce qu'elle ne possédait pas; aujourd'hui, dix-sept spécimens de GoUathus giganteus, mûles et femelles, figurent avec honneur dans ses collections et rappellent le souvenir de I-con (;uiral.

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six ans s'envolaient sesjiliis brillantes espe'rances. ^lon jeune ami, mon futur collaborateur, repose aux champs dans le modeste cimetière de Bagnolet; la main pieuse et inconsolée d'une mère jette sur sa tombe les fleurs à profusion.

J'ai ramasse' la plume échappe'e de la main du moribond, lui promettant démener à bien l'œuvre demeure'e inacheve'e; la voilà terniine'e', quoiqu'elle ait traverse' mille vicissitudes. Je me suis attaché à lui conserver son caractère de simjilicité et sa forme toute personnelle. Que ceux qui liront le Congo français, s'ils remarquent quelques imperfections, soient pitoyables, la jeunesse mérite toujours indulgence; mais lorsque la mort l'a empêchée de s'épanouir, ne doit-on pas être pour elle plein de respect et de commisération ? D'ailleurs, souruis à l'apiiréciatiou d'ht mmes com| élents, le Congo français a été estimé, et !e docteur J. Hamy, conservateur du Musée d'ethnographie, ancien président de la Société de géographie, etc., a demandé de publier dans la Revue d'ethnographie le chapitre dans lequel sont décrites les mœurs tt coutumes des Batékés : c'est une consécration de l'intérêt et du mérite du livre. Ceux qui le liront auront une idée très exacte de la configuration du sol, du climat, de la végétation, des cultures du cintre africain; ils feront connaissance

' m. A. Guiral, proriireurde la Uépublique à Montélimar. al)ien voulu, à l'aide du jouriKil de voyajîe et des correspondance^ de son frère, rédij^er les cinq derniers chapitres.

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avec ses habitants et se familiariseront avec toutes les particularite's de leur existence; livre's à leurs méditations, ils pourront alors porter en toute conscience un jugement sur la valeur économique de cette nouvelle colonie française que M. de Brazza a eu l'immense me'rite de conque'rir pacifiquement.

J. KuNCKEL d'HeRCULAIS.

INTRODUCTION

Jetons les yeux sur une carte d'Afrique, mise au courant des découvertes que les voyageurs ont faites de nos jours; un fleuve, aussi remarquable par l'étendue de son parcours que par le volume de ses eaux, arrose avec l'aide de ses nombreux affluents toute la partie centrale du grand continent : c'est le Congo. A sa sortie des grands lacs, il coule d'abord du sud au nord, ensuite de l'est à l'ouest, après avoir coupé l'e'quateur vers le milieu du continent; il s'incline alors vers l'ouest, redescend vers le sud, coupe de nouveau la ligne et rejoint obliquement la côte occidentale.

Dans cette dernière partie de son cours, le fleuve delimite une vaste contre'e de forme à peu près triangulaire, bornée à l'ouest par l'océan Atlantique, au nord par des régions inexplorées qui s'étendent à plusieurs degrés au delà de l'équateur. Au point de vue géographique, on peut diviser cette importante portion du continent africain en trois régions principales.

INTRODUCTION

La première comprend une série de bassins côtiers formés en {général par des cours d'eau de peu d'étendue, dont le plus important est le Killou, parce que ses affluents, les rivières Lalli et Niari, ont leur source en un point très éloigné de la côte.

La seconde région est formée par le vaste bassin du fleuve Ogooué; bien qu'on ne puisse le comparer au Congo, il vient lui aussi de l'intérieur, et dans le triangle dont nous avons précisé les limites, il occupe une plus grande place que les affluents du bas Congo.

La troisième région embrasse les territoires qui sont arrosés par ces affluents de la rive droite du grand fleuve, le Lefini, le iMpama, l'Aliuia et la Likona.

Dans ce livre il sera surtout question des deux dernières divisions; ce sont aussi les plus intéressantes et en même temps les moins connues; les contrées qu'elles comprennent ont été parcourues en divers sens [)ar M. de Brazza; nous nous proposons de les décrire d'après les renseignements recueillis au cours d'un voyage de trois années, par M. Léon Guiral, alors attaché à la mission de cet explorateur.

Mais M. de Brazza a eu des pi écurseurs dans les tentatives faites pour pénétrer dans l'intérieur de l'Afrique en parlant de la côte occidentale; il importe de rendre justice à ces premiers pionniers; n'oublions pas qu'ils ont osé se lancer dans l'inconnu et qu'ils ont eu le haut mérite d'ouvrir la voie à leurs successeurs.

De 1857 à 1859, Paul du Cliaillu parcourt le bassin

INTRODUCTION

du .Ngoumié, affluent de l'Ogcoue, et s'avance assez loin dans l'inte'rieur. Malheureusemeuf, les re'cits de ce voyageur sont quelquefois empreints d'exagération, et, comme il arrive toujours en pareil cas, les fables et les inexactitudes ont de'pre'cie' toutes les ve'rite's; cela n'a rien de surprenant, quand on songe que du Chaillu a devance' de beaucoup les autres voyageurs. Un Anglais, M. Walker, remonte l'Ognoue' jusqu'au pays des Okandas. A partir de ce moment, les découvertes se succèdent rapidement. A peine un voyageur, arrête' par un obstacle, renonce-t-il à poursuivre sa marche en avant, qu'un autre, profitant de l'expe'rience acquise, se pjet en campagne et arrive un peu plus loin. C'est ainsi que le regretté marquis de Compiègne et son compagnon et ami M. Alfred Marche atteignent en 1874 le confluent de l'Ivindo; que Marche, dans un voyage subse'quent, de'passe les chutes du Doume' (1876) ; que le docteur Ballay remonte le fleuve au delà du confluent de la rivière Passa, A ce point, l'Ogooue' venant du sud ne pouvait plus servir pour s'enfoncer dans l'intérieur; mais il avait conduit les explorateurs assez courageux pour remonter son courant rapide, hérissé de rochers et coupé de nombreuses chutes, à plus de cinq degrés vers l'est. On était forcé maintenant de courir les chances d'un voyage |)ar terre dans un pays d'une nat ire bien différente, où l'on allait rencontrer des d fficultés sans nombre et de tuute nature, qu'il faiidi ail vaincre au moment même où elles se dresse-

INTRODUCTION

raient devant vous. C'est à M. Savorgnan de Brazza que revient l'honneur d'avoir tracé la voie nouvelle qui lui a permis de parcourir la re'gion qui appartient au bassin du Congo.

Nous allons, dans les pages qui suivent, nous attacher à faire pénétrer le lecteur à notre suite dans un pays nouveau; son attention, sans nul doute, a été éveillée par les communications faites aux Sociétés savantes, les articles publiés dans les journaux; il sera heureux certainement de vivre quelques heuies de la vie africaine. C'est un marin qui sera son guide : habitué aux dangers, il ne lui montrera pas le péril où il n'y a que difficulté; observateur attentif, il lui permettra de recueillir sur son carnet de notes une foule de renseignements variés et originaux; respectueux de l'exactitude, il le convaincra que l'intérêt d'un voyage ne perd rien à être présenté, dégagé de toute exagération, sous le seul couvert de la vérité.

LE

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