‹ Le Congo, la plus belle colonie du monde; ce que nous devons faireChapitre 12 sur 13 · ANNEXE · texte numérisé non relu

ANNEXE

Réponse faite par M. A. Delcommune au discours prononcé à la Chambre par M. J. Renkin, ancien Ministre des colonies, le V^ octobre 1919.

L'ancien Mùiislre des colonies a voulu juslifier sa gestion clevani la Chambre.

Dans son discours, il a relevé quelques-unes des criti(jues qui ont été dirigées contre son administration dans le livre intitulé F Avenir du Congo helge menacé, dont nous sommes l'auteur.

D'après les Annales parlementaires , qui viennent de paraître, M. Rentin s'est exprimé comme suit :

« Je tiens cejiendant à dire quelques mots du conflit qui se dessine » au Congo entre le grand et le petit commerce, ou plutôt des » clameurs de certains représentants du graiid commerce contre les » petits trafiquants.

» C'est l'éternelle querelle du grand magasin et de la boutique, » de la boutique et du colporteur.

» On est allé jusqu'à réclamer une loi interdisant le commerce des » produits naturels à tout commerçant non indigène qui ne justi- » fierait d'un capital d'au moins 1 million.

» Sans être millionnaire, le petit commerçant rend à la colonie » les plus précieux services.

» On a voulu que le Gouvernement écrasât le petit commerce » d'impôts. J'ai refusé de donner suite à ce vœu.

» On a voulu que l'unique établissement de crédits de la colonie » cessât de consentir des avances au petit commerce, quelque bien

» garanties qu'elles fassent. J'ai invité la Banque du Congo à accom- » plir son devoir en permettant aux petits commei'çanls de renou- » vêler leurs stocks aussi raj)idement que i)0ssible sans être » contraints à avoir recours aux l)ons olïices de quelques sociétés. » J'ai aidé la Banqne à multiplier ses agences, au jjoint qu'elle en » possède une au moins par district, où le commerce puisse trouver » sans délai les crédits nécessaii'es.

» On se trompe en disant que les petits commerçants qui pros- » pèrent sont des étrangers, des Portugais... Parmi eux, les Portu- » gais sont moins nombreux que les Belges, anciens agents de l'Etat » ou de sociétés, qui se sont établis pour leur compte et qui » fournissent à la colonie cet élément précieux : de vrais colons. » D'ailleurs, les conventions internationales dussent-elles le per- » mettre, ce serait une faute d'exclure du Congo les nationaux des » pays amis.

» Les sociétés belges n'ont d'ailleurs pas à se plaindre. Un journal » financier a rapproché récemment les cours, au lo mai 1914 et au » 15 mai 1919, des titres des sociétés belges cotés sous la rubrique » « Valeurs coloniales » à la Bourse de Bruxelles. La hausse » moyenne, en ces cinq ans, était de 84 °/o. Ces mêmes sociétés ont » un capital versé d'environ 74 millions, dont plus de 9 millions » ont été remboursés sur les bénéfices; aux cours actuels, leur avoir » a décuplé; il est évalué à environ 700 millions.

» Il y a place au Congo pour des centaines, pour des milliers » d'entreprises nouvelles : entreprises commerciales, agricoles, » industrielles, minières.

» La prospérit('' de la colonie doit se trouver dans la voie de la » liberté, non dans le monopole et l'exclusivisme. »

Ces dix paragraphes, qui pi'étendent résumer les critiques que nous avons émises au sujet de la situation économique de notre colonie, critiques que le ministre appelle des « clameurs », contiennent un bon nombre d'inexactitudes.

Pour le ])rouver, analysons-les successivement.

Premier paragraphe. — « Je tiens cependant à dire quelques » mots du conflit qui se dessine au Congo entre le grand et le petit » commerce, ou plutôt des clameurs de cei'tains représentants du » grand commerce contre' les petits trafiquants. » <»,

Il n'y a et il ne peut y avoir fie conflit enli'e le grand et le petit commerce. Il n'y a que des protestations du commerce n'-gulier basées sur ce que le Gouvernement colonial favorise, ostensiblement et dans un but intéressé, le loid petit commerce.

Le grand commerce belge au Congo ne peut et ne veut se laisser ruinei' ni par le Gouvernement colonial ni j)ar les petits traitants, pour la plupart étrangers. Dans l'intérêt supérieur des populations congolaises, qui est aussi le sien, il est décidé de défendre énergiquement sa cause.

Detxiéme paragraphe. — « C'est l'éternelle querelle du grand » magasin et de la boutique, de la boutique et du colporteur. »

Celte déclaration montre bien que l'ancien ministre ne connait guère le commerce congolais. Nous lui apprendrons donc, i)uis(ju'il l'ignore, qu'il n'y a pas de grand magasin*dans notre colonie. A part les stores pour les besoins des Européens et les maisons de gros situées dans les centres principaux, il n'y a au Congo belge que des factoreries établies un peu partout, se livrant à l'achat des produits africains en même temps qu'à la vente des marchandises manufacturées. Un semblable commerce n'existe pas en Belgique et la comparaison de M. Renkin ne rime à rien. Peut-être ne l'a-t-il faite que pour faire montre de ses sentiments démocratiques? Nous lui répondrons, dans ce cas, que nous défendons les intérêts supérieurs des populations africaines, c'est-à-dire plusieurs mdlions d'habitants, tandis qu'il ne protège que ceux de ffii-elques milliers d'individus qui écument les richesses spontanées de notre colonie.

Troisfeme paragraphe. — « On est allé jusqu'à réclamer une loi » interdisant le commerce des produits naturels à tout commerçant » non indigène qui ne justifierait pas d'un capital d'au moins » i million. ■>■> '

M. Renkin présente la question soirs un faux jour et dénature notre pensée. Le chiffre de 1 million n'a été cité par nous qu'à titre d'exemple. Nous avons prévu, en effet, qu'un capital de cette importance pouvait donner lieu à la création — dans des comlitions et avec certaines obligations à fixer par le Gouvernement dans l'intérêt général de la colonie — d'environ quinze comptoirs, nombre

également cité par nous à lilre d'exemple. De plus, nous visions des organismes commerciaux de toutes nationalités, dont les comi)lon*s seraient établis en dehors des centres et des postes de l'Etat, par conséquent là où il n'y a aucune autorité pouvant faire respecter les lois et veiller à la moralité publi(jUf, là où il ne faut tolérer que des éléments commerciaux sains et honnêtes.

Il n'y a dans noire colonie (|ue peu de sociétés anonymes qui aient un capital inférieur à l million, jKU'ce (lu'd est imj)ossible d'y ti'availlei" séi"ieusement si l'on ne dispose pas de ressources suflfisantes.

Mais il est évident que, en préconisant des mesures destinées à assainir le commerce congolais, nous réservons la question de savoir si, avec un capital moindre du quart ou de moitié, il est j)ossihle de créer des factoreries dans les conditions que Je Gouvernement doitimposer et qui sont indispensables au développement du commerce et à l'émancipation des |)opul;dions.

On trouve d'ailleurs dans la partie équatoriale du Congo, quelques ' rares maisons belges et étrangères (portugaises), parfaitement honorables et ne disposant que de capitaux inférieurs à 1 million; mais elles n'ont pu établir qu'un nombre très restreint de factoreries. Ce n'est pas contre ces maisons — comme M. Renkin le prétend — que nous menons campngne, |)uisque ces commerçants ont des ressources suffisantes pour être à même de recevoir dii-ectement d'Europe, les articles manufacturés nécessaires aux populations africaines'^ et qu'elles sont en situation de les vendre à un prix raisonnable.

Le Gouvernement colonial ne doit pas oublier que c'est de l'augmentation de plus en plus grande des transactions commerciales en produits d'Europe que dépend fe développement des besoins des indigènes, développement indispensable à l'amélioration de leur sort. Les éléments commerciaux qu'il est désirable de voir s'installer dans notre colonie, doivent donc pouvoir les leur céder au meilleur marché possible.

. Contrairement à ce que dit M. Renkin, nous demandons que le Gouvernement attire les petits trafiquants dans les résidences européennes, là où les autorités peuvent surveiller leurs agissements. C'est la faculté que le Gouvernement leur accorde d'étendre leur influence, presque toujours funeste, dans toute la colonie, que nous critiquons et que nous continuerons à critiquer jusqu'à ce que nous ayons ouvert les yeux sur le mal qu'ils causent.

Lorsqu'ils ont écume une contrée, ils disparaissent momentané-

iiH'iil. ei \()iil s'iiislallci' plus loin, pour rvveiiir plus lard se livrer aux mêmes opéralions, rriicliieuses pouf eux, mais désaslreuses pour les f)opula(ions.

Qi AiitiEMi-: PAitAr.i{Ai>ni;. — « Sans être milliomiairc, le j)elit com- » merçani rend à la eol(»nie les jilus j)récipux services. »

il est regrettable (|ue M. Henkin n'ait pas éuuméré ces pireieux services. Cela lui serai! du reste bien didicile et il ne le tentera pas, |)arce que les petits traitants ne rendent des services précieux (|u'au budget.

Lui seul benédcie, en etlel, pai- raugmeiilation du taux de rimjKM de capitation, du surplus en numéraire que le petit commerçant peut payer les |)roduits africains, alors que le grand commerce, par les frais généraux de ses installations, ne j)eut le suivre dans cette voie. Nous avons démontré <|ue, malgré cet écart dans les prix d'acliat, le grand commerce est bien plus favorable aux po|)ulations africaines que le petit commerce.

Cinquième paiîagraphe. — « On a voulu que le Couvernement » écrasât le petit commerçant d'impôts. J'ai refusé de donner suite » à ce vo'u. »

Nous avons demandé, au cas où le (iou\ ernement maintiendrait le droit qu'ont actuellement ces éléments indésirables de s'installer n'importe où, qu'ils soient sujets aux mêmes charges ((ue le grand commerce. Ce ne serait que justice, attendu que ayant très peu de frais généraux, ces |)etits traitants établis en dehors de^ centres et postes de l'Etat sont, comme nous l'avons déjà dit, en mesure de payer les produits africains un prix plus élevé et font ainsi une concurrence ruineuse au commerce régulier, dont les installations à demeure sont, ré|)étons-le, bien plus utiles, directement et indirectement, aux populations indigènes.

Sixième paracuaphe. — « On a voulu que l'unique établissement » de crédits de la colonie cessât de consentir des avances au petit » commerce (juelque bien garanties qu'elles fussent. J'ai invité la » Banque du Congo à accomplir son tlevoir en permettant aux |)elits » commerçants de renouveler leurs stocks aussi rapidement que

» possible sans ëti'e eonli-aints à avoir recours aux bons oflices de

» ({uelques sociétés. J'ai aide; la Banque à multiplier ses agences,;

» au ))oint qu'elle en possède une au moins par district, où le corn-

» merce puisse trouver sans délai les crédits nécessaires. »

Nous avons pi'otesté et protestons encore contre les opérations commerciales que le Gouvernement exige des ('tablissements de la Banque du Congo belge, organisme d'Etat. Ces agences font partout .la consignation au détriment du commerce établi^ alors qu'elles devraient rester dans leur nMe financier. Nous sommes convaincu d'ailleurs que si les hauts dirigeants de cette société se rendaient C()nq)te du tort considérable que font les petits traitants à la colonie tout entière, ils cesseraient les o|)érations de crédit sur consignation de produits africains.

Les dires de M. Henkiii confirment l'instauration dans notre colonie d'un régime économique favorisant tout particulièrement le tout petit commerce.

On pouirait croire (ju'en l'établissant, !e mini^^lre avait en vue les intérêts supérieurs des populations indigènes. Il lui serait impossible de le prouver. Répétons que son principal but a été de pouvoir, par ce moyen, frapper les contribuables congolais d'un impôt de capitation de plus en plus élevé, en raison des ressources plus grandes que leur procurent momentanément ces petits traitants.

Au sujet de l'impôt de capitation, M. Renkin s'exprime en ces termes :

« L'accroissement (des progrès de l'impôt indigène) n'est pas dû » à un relèvement du taux de l'impôt, mais bien à l'augmentation » du nombre de contribuables porté au rôle. »

S'il est vraisemblable, que le nombre d'indigènes adultes touchés j»ar l'impôt est en progression, il est ivgretlable que le ministre ne cile aucun chitfre.

Il dit bien que, en 1917, environ deux millions d'hommes étaient redevables de l'impôt. Il divise ensuite, par ce nombre, la somme de

13 millions li\('o |);ir le lioiiveriK'iir gt-iK-i'iil comiiie l'eceUes ckrinip(H pn'vues pour liH9 et il Iroiive nalurcllement une moyenne (le fr. 7.50 par conlrihuable. Mais M. Konkin ne se souvient sans doute pas qu'en 1!)44, il a déclaré aux Chambres (pie, dans la Provinee-Orientale seule, on avait recensé un million d'hommes adultes. On peut donc sup|»oser que, dans le reste de la colonie, il y avail également à cette <''po((ue (191 i) un million d'aulres contrilniables recensés. Nous sommes dès lors l'onde à allirmer que le nombre de ceux-ci n'a guère changé, mais que c'est le taux de l'impôt ipii a été augmenli' pour permetlre d'arriver à la somme de, 15 millions.

L'accroissemciil di^s recettes proviendrait donc et surtout du relèvement du taux de l'impcH qui varie de 5 à 12 francs, suivant les l'égions. Les ordonnances annuelles du gouverneur généi'al fixant, pendant la guerre, les taux de rimp()t pour chaque région en donnent des preuves flagrantes. Oii constate aussi que, si (juelques réductions ont été accordées et si le Gouvernement n'a pas dépassé comme imp()t le faux de 12 francs, le fisc fend de plus en plus à atteindre ce chiffre.

Si cette mesure a comme but d'unifier partout l'impôt à ce niveau de 12 francs, nous ne pouvons la critiquer, car les ressources des indigènes ont dû augmenter constamment et le décref de 1914 autorise la j)erception de 25 francs par homme adulte. Mais nous espérons qu'il se passera un grand nombre d'années avant que ce maximum soit appli((ué et que le nouveau Ministre des colonies attendra l'époque encore loinfaine, où les contribuables congolais posséderont des ressoiu'ces beaucoup plus grandes que celles dont ils disposent actuellement. Ces ressources, ils les trouveront dans la culture de leurs terres si, comme nous le demandons, on leur donne l'enseignement pratique nécessaire.

Le ministre ajoute :

« Il faut rejeter la pro|)osilion suivant laquelle l'impôt serait » réduit à 6 francs, dans les régions où il dépasse ce taux, à la » condition que des impositions suffisantes frap|)ent les communautés » indigènes qui n'apporteraient pas aux factoreries d(^,s quantités de » produits. Cette mesure serait contraire à la justice disfribufive. »

Nous n'avons dit nulle part (|u'il fallait réduire à 6 francs le taux de rimp<'»t dans les régions où il dépasse ce taux. Nous avons montré

que les ressources des indigi'iies ne perineltaient pas alors (1914) (Iti'on leur appliquât un (aux supérieur à 6 francs. C'esl pourquoi nous avons indiqué ce chiffre. Nous avons demandé que le taux de rinip('»t fût uniforme pour tous les contribuables. Nous n'avons jamais été d'avis de réduire le taux qui a été fixé, quel qu'il fût.

Ce sont les différences actuelles dans le taux de l'impôt de capitatioiv qui constituent au contraire une atteinte à la justice distribulive.

Septième pahaguaphe. — « On se trom|)e en disant que les petits

» commerçants qui prospèrent sont des étrangers, des Portugais...

» Parmi eux, les Portugais sont moins nombreux que les Belges,

» anciens agents de l'Etat ou de sociétés qui se sont établis pour

» leur compte et qui fournissent à la colonie cet élément précieux :

» de vrais colons. D'ailleurs, les conventions internationales dussent-

» elles le permettre, ce serait une faute d'exclure du Congo les

» nationaux des pays amis. »

Cette allirmalion est tout à fait fantaisiste et contraire aux documents officiels. M. Franck, successeur de M. Renkin, a établi dans son discours du 25 septembre deriu'cr, qu'il n'y avait dans notre colonie, en dehors des 2,438 fonctionnaires, que 825 Belges, y compris les missioiniaires. ^i nous défalquons le nombre de ces derniers, le reste représente l'élément belge commercial et industriel, alors que le nombre d'étrangers travaillant dans notre colonie est de 3,003 indi\idus (Mouvement géographique du 5 octobre 1919) formant en grande majorité la catégorie des petits traitants qui ruinent notre colonie.

Du reste, que M. Renkin se donne la |)eine de compter le nombre de noms belges ([ui figurent dans le tableau que nous doinions à la iin de notre livre et (jui relate les noms mêmes des traitants non indigènes qui existaient déjà en 1913 d'après les renseignements officiels. Il sera \\\è et verra que cette liste comporte 162 noms dont 14 seulement sont des noms belges ou français ou anglais; les autres, au nombre de 148, sont des noms portugais, gi-ecs, arabes et nègres non indigènes. Leur nombre a depuis lors plus que décuplé.

Huitième paragraphe. — « Les sociétés belges n'ont d'ailleurs

— im —

» |»!is à se plaindre, l'n journal finaneier a rapproclié réeeniinenl les

» cours, au 15 mai 1915 et au 15 mai I91Î), des titres des sociétés

» belges colés sous la rul)ri(|ne « Valeurs coloniales » à la lioursc de

» Bruxelles. La hausse moyenne, en ces cinq ans, élail de 84 "/,.. Ces

» mêmes sociétés ont un capital versé d'environ 74 millions, dont

» plus de 5) millions ont ('-té i-emhoursés sur les tiénélices; aux cours

» actuels, leur a\oir a d(''cuplt''; il esj évalu(' à environ 700 nnl-

» lions. »

Ce dei'nier |)aragraphe est slupeliaiit par son aflirmation et sa conclusion. Un pareil argument, contraire à la vérité, n'est pas recevable de la pai-t d'un ministre (|ui devrait tout au moins connaiire la situation exacle des organismes économiques travaillant dans une colonie (|u'il dirigeait encore lout récemment. Prétendre, comme le fait M. Renkin, (jue les sociétés belges, faisant le commerce avec les indigènes — car il ne peut être (pieslion, dans le sujet qui nous occu])e, (|ue de celles-là — sont dans une situation j)rospère, alors (jue, pendant les trois premières années de guerre, certaines d'entre ■elles et non des moindres, comme la Compagnie du Kasaï, la Société anonyme belge |)Our le commerce du Haut-Congo, accusent des pertes de 1,821,901 et 659,956 francs sur leurs transactions commerciales au Congo, c'est tout simplement renversant.

D'aulres sociétés de ce genre n'ont j)as encore |)U dresser leurs bilans; mais nous prévoyons iju'ils se clôtureront également en pertes.

Du reste, les sociétés commerciales coloniales dont les bilans accuseront des bénéfices ne sont pas celles qui se livrent uniquement au commerce avec les indigènes, mais bien celles (|ui ti'afiquent avec les ])eti(s traitants non indigènes, Euro|)éens^ arabisés et autres, ou celles dont l'activité a spécialement ou partiellement pour champ d'action le Katanga, où le commerce est tout à fait spécial.

iXelvikme paraghaphe. — « Il y a place au Congo pour des mil- » liers d'entreprises nouvelles : entreprises commerciales, agricoles, » industrielles, minières. »

Nous avons démontré dans notre étude (|ue, si le champ d'activité est immense pour les entreprises agricoles,* industrielles et minières, il est excessivement restreint actuellement pour les sociétés coloniales

— iU —

se livrant spécialement au commerce des produits africains avec les populations congolaises et ce par suite du régime économique instauré depuis quelques années.

Dixième paragraphe. — « La prospérité de la colonie doit se trou- » ver dans la voie de la liberté, non dans le monopole et l'exclu- » sivisme.

Nous avons écrit :

« Nous ne demandons pour les Belges ni monopole ni privilège » d'aucune sorte. Mais si nous désirons connue tout le monde le » Congo belge ouvert à tous sans préférence, ce qui n'est pas le cas » actuellement, nous souhaitons aussi que la licence n'y règne pas » pour le plus grand bien de notre colonie, n

Puis :

« Du reste, si l'on veut voir prospérer notre colonie, il ne faut » lui donner ni monopole commercial, ni monopole industriel, ni » monopole financier, qui entravent toujours le développement » économique d'un pays. »

Nous croyons inutile d'insister.

Nous ne suivrons pas l'ancien ministre dans l'exposé qu'il a fait, à la Chambre, de ses budgets et des moyens financiers dont il a pu disposer pendant sa gestion. Si nous en jugeons par l'impression que l'on resseut à la lecture de cette partie de son discours, i! eût fallu être l'émule d'Inaudy pour le suivre et le comprendre dans ses développements.

Mais il ne suffit pas à M. Renkin de jongler avec les chiffres, il le fait aussi bien avec les mots :

Il dit :

« Jamais, à mon avis, la colonie ne devra demander à la Belgique » une aide financière quelconque.

» L'expérience de ces dix aiitu-es qui se sont écoulées depuis » l'iuinexion est décisive à cet égard. »

Plus loin :

« II est iiKuiifeste que pour développer sou outillage, la colonie » devra conlracter de nouveaux en:i[)runts. Kst-ee à dire (fue les )) budgets se solderont en déficit?

» Evidemment non. »

Si l'ancien maitre de notre domaine colonial n'avait pas quitté la direction du département, nous eussions pu lui donner le conseil de prescrire à son administration l'ordre de service suivant :

« L'équihhre des dépenses du budget ordinaire sera toujours annuellement assuré par les receltes réelles de la colonie.

» L'excédent des dépenses sera inscrit au passif du budget extraordinaire, qui se gonflera aussi des emprunts successifs nécessaires à l'outillage de la colonie, mais qui aura pour balance une somme égale, qui représentera toujours une partie équivalente de la valeur intrinsèque de la colonie. » Ce serait en somme l'instauration d'un compte de « premier établissement ».

Ainsi pourraient être réalisées les conceptions budgétaires de M. Renkin et sa manie de l'équilibre.

Nous aussi nous demandons un compte de « premier établissement », mais non sous la forme imaginée ci-dessus.

Le ministre continue à atïirmer, comme il le fait depuis le commencement de sa gestion, que le Congo belge peut se suffire. à luimême et posséder un « self government », sans s'apercevoir que cela est en contradiction formelle avec les emprunts qu'il n'a cessé de contracter, puisque de 261 millions qu'ils étaient en 1909, ils se sont élevés à 377 millions en 1917, nombre rond.

Et quels résultats le Gouvernement a-t-il obtenus?

Sous le l'égime qui consiste à confier le développement économique de notre colonie à une multitude de petits traitants non belges, à ne pas s'inquiéter de l'hygiène ni delà conservation ties j)opulations, à ne donner à ces dernières aucune éducation pratique, il est certain que les richesses naturelles du Congo belge, mises ainsi au

pillage, ne pourront durei' longtemps, ni se reproduire, ni se multiplier. Il peut en résulter qu'un jour la colonie ne trouvera plus de crédit, pour faire face au payement des intérêts et au remboursement de ses dettes, (|ui se seront augmentées sans cesse.

Qu'arrivera-t-il si les emprunts étaient aux mains étrangères, comme cela se constate en partie aujourd'hui? La seule solution possible serait que la Belgique payât les arriérés et le reste, alors que sa colonie serait devenue exsangue.

Ne vaut-il ])as cent fois mieux que la Belgique accorde dés maintenant les crédits nécessaires, mais (ju'elle mette sérieusement la colonie en valeur par l'éducation pratique des populations y

M. lienkin n'a fait dans son discours que l'apologie de son règne.

Et cependant, lorsqu'on questionne les coloniaux, qu'entend-on?

Les fonctionnaires, mal payés et encore plus chichement pensionnés, sont mécontents.

Le commerce régulier est lésé et mécontent.

Les industriels, planteurs, etc., se plaignent du défaut de maind'œuvre résultant du man{{ue d'organisalidii du travail.

Et les noirs congolais?

(]eu\-ci seuls ne peuvent faire connaître à la Belgique ce qu'ils pensent de la politique coloniale de 31. Kcnkin. Cependant si on les consultait sur les méthodes d'application de rim|)ùt de capitation, ils répondraient qu'ils sont nu-contents parce qu'elles sont injustes et parce qu'on les traite dilléremiiient, au lieu de rendre riin{)ôl uniforme et de les mettre tous sur le même pied d'égalité.

Si on leur demandait comment il se fait qu'après dix ans d'administration gouvernementale helge, on puisse encore constater le fait — révélé aux Chambres par l'honorable M. Elbers à la séance du 19 août 1919 — (|u'on a (ITi ap|)réhender en une seule fois, une centaine de contribuables se refusant à payer l'impôt, que répondraient-ils? Ils diraient que cette situation est due à la mauvaise politi(pie indigène suivie jusqu'à présent. Au lieu de nous servir des chefs noirs et d'étendre autant que i)ossibie leur influence, nous la faisons disparaître de |»lus en plus, en em|)risonnant ou en écartant du pouvoir beaucoup des dits chefs.

Citons un exemple.

Le lanienx chef baluba, Kassongo Kalonibo, dont nous parlons dans la i-elation de voyage (|iie donne en annexe notre livre, est prisonniei' à Nouvelle-Anvers (Bangala) el ses sujets, qui Je réclament constamment, n'obti«Minent aucune satisfaction. Nous tenons le fait d'un haut fonctionnaire, rentré récemment, qui nous le racontait il y a (pielque quinze jours et dont nous citerons le nom au l>esoin.

Les noirs ont-ils des raisons sérieuses d'être mécontents? Beaucoup d'entre eux se refusent à payer l'impôt parce que le fisc pi-end tout le fruit de leur travail. C'est pourquoi la contrainte par corps doit s'exercer en une fois sur un aussi grand nombre de contribuables récalcitrants. Ceux-ci resteront dans cet état d'esprit, tant qu'ils ne sauront pas à quelle somme s'arrêtera la pression deTimpôt.

D'autre part, le Gouvernement colonial a dû prendre, le 16 juillet 1918, un arri'li' conçu en ces termes :

« Akt. ^. — Indépendamment de la révocation des permis de port d'armes pré\us par la législation sur les armes à feu, le commissaire de district '|»put également décider que dans telle région et à partir de telle date qu'il déterminera, les personnes de couleur ne pourront détenir des lances, javelines, arcs, flèches, haches et couteaux de guerre sans être on possession d'une autorisation de l'administrateur territorial ou de son délégué. »

Si nous comprenons l'interdiction de circuler avec des armes à feu, nous ne comprenons plus la défense faite aux indigènes de détenir leurs propres armes. Si cette interdiction se rapportait uniquement aux centres européens, elle se concevrait encore, mais dans la brousse !

Vouloir enlever à l'indigène les armes primitives, lances, zagaies, haches ou couteaux, dont il ne se sépare jamais, lorsqu'il voyage ou se déplace à l'intérieur des terres, parce que ces armes constituent pour lui une sauvegarde personnelle dans un pays souvent infesté d'animaux malfaisants, est d'une bien dangereuse politique. C'est la plus sanglante injure que l'on puisse faire au noir de l'intérieur, étant donnée sa mentalité actuelle. Ces mesures, dictées par la pusillanimité, sont essentiellement vexatoires et ne peuvent avoir eu pour cause — nous n'en trouvons pas d'autre — qu'une altitude menaçante des indigènes.

— iSH —

D'où vienl celle atlitiide nouvelle des populalionsy Apparemment de ce qu'elles sont méconlenles. M. Kenkin l'ignore sans doute ou ne s'en rend pas compte.

F]l c'est précisément l'instauraleur de ce régime-' qui s'élève aujourd'liui avec indignation, contre la pression paternelle, mais intelligente et bien comprise de l'impôt de capitation, que, pour le bien des indigènes, nous conseillons de mettre en pratique!

Il s'écrie : « Jamais je n'admettrai que l'impôt ait un caractère » pénal. »

Cette allirmation nouvelle monti'e combien M. Renkiu connail peu la mentalité des populations africaines. Il semble ignorer que les dirigeants des peuples doivent tenir compte de la mentalité de ceux-ci et ne pas les froisser outre mesure, s'ils ne veulent pas tôt ou tard provoquer des révoltes dont leui's agents seront les premières victimes. M. Renkin ne comjjrend pas qu'il n'a pas allaire à des Belges, à des liommes civilisés, mais à des êtres primitifs dont il doit faire l'éducation.

Nous espérons bien que le nouveau ministre, dont l'attention est attirée sur ces faits regrettables et sur quelques autres encoi'e, tiendra à modifier radicalement cette politique indigène.

Nous croyons pouvoir aHirmer que tout ce qui travaille au Congo belge — à part les petits traitants étrangers — est mécontent du régime instauré par l'administration du premier ministre de notre colonie.

Seul M. Kenkin est satisfait. Nous nous |)ermeltons de ne pas l'en féliciter.

Il déclare lui-même « (|ue toute œuvre nouvelle veut des frais d'expérimentation, et qui jamais ne fit erreur, jamais ne fit rien ». Il eût dû en profiter pour reconnaître que l'orientation qu'il a donnée à sa politique générale coloniale — laquelle ne pouvait constituer qu'un essai — n'a pas donné satisfaction dans certains domaines, tels ((ue ceux que nous signalons dans notre livre.

Lorsqu'il a assimié la fâche de conduire à bien les destinées de

notre colonie, M. Ronkin, pas plus ipie ses collt'gues d'alors, ne possédait pas de connaissances coloniales nécessaires pour assunier — sans risque de se ironipei', — le gouvernenieni d'un pays tout neuf, aux |)opulations primitives dont il ignorait la psych(>logie et la nienlalilé. Il devait donc faire école, comme tout autre minisire belge l'eût pcul-(Hre fait à sa place.

Qu'il le veuille ou non, l'avenir démontrera (|ue la voie (|u'il a suivie était mauvaise.

A. DELC0MMLi.\E.

N» S93. — Briix. Impr. de I'Office de Publicité, imp. du Sureau, 7.

LIBRAIRIE J. LEBEGUE & C

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