‹ Le Congo, la plus belle colonie du monde; ce que nous devons faireChapitre 2 sur 13 · CHAPITRE PREMIER servant dlNTRODUCTION · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER servant dlNTRODUCTION

En recevant les journalisles belges, avant son th'parl iiour l'Aiiiérique, S. M. le Roi a attiré leur attention sur l'imjwrtance «{ue le Congo oU're pour la Belgique, comme producteur et comme débouché. En leur énonçant cette grande vérité, dont II a pu se convaincre de visu, au cours de son voyage au Congo, le Roi a voulu attirer l'attention de la presse et, par elle, celle du pays entier, sur la valeui' de notre colonie et la nécessité de travailler sérieusement, et sans tarder, à son développement économique et social.

La plupart des Relges son-l, en effet, dans une ignorance à peu près complète de ce que peut devenir un jour notre colonie, et celte ignoi'ance provient, en grande partie, de ce que, si les ouvrages publiés jusqu'ici sur le Congo ont foui*ni à l'opinion publique des éléments d'appréciation et d'études très intéressants et des impressions de voyage parfois très justes, aucun d'entre eux n'a encore traité réellement ni d'une façon complète la question économique de l'ensemble (le notre colonie. Il n'est donc pas étonnant (jue l'ignorance soit encore grande, à ce point de vue, même dans le monde intellectuel.

Toutefois, celte lacune est aciuellement comblée |>ar le magistral ouvrage que vient de publier M. Alexandre Delcommune, sous le titre : L'Avenir du Congo menacé — Le Mal — Le liemède, où il dresse le bilan des dix premières années (1909-1918) d'administration coloniale gouvernementale.

Nous avons pensé qu'un résumé de ce gros volume de G34 pages pourrait attirer sur lui l'attention du public et contribuer ainsi à

intéresser nos concitoyens à lu i;r;ii)dc u'uvre royale, à son (lévelo|)penient nonnal et ;iux moyens à employer d;ins ce ImiI.

Avîint d'aborder l'élude (U^s divers cliii|)itres, nous ne Siiurions mieux présenter l'ouvrage à nos lecleiu's (|u'eii reproduisant, en |)arlie lout au moins,- la noie ltildiogra|)lii(|ue (|iii a été publiée par la classe des lettres de l'Académie royale île Belgi(|ue, sous la signature de M. Jules Leclercf), lors de la présenlation du livre de M. Delcommime :

« Le livi-e (|ue j'ai l'bonneur de présenter à l'Académie, au nom de l'auteur, laisse une itnpression profonde, impression qu'éprouveront tous ceux qui s'intéressent aux destinées de notre belle colonie. L'avenir du Congo serait, d'après lui, menacé, si l'on n'ap|)orle pas au mal qu'il signale les remèdes qu'il |)réconise. Ce cri d'alarme venant de celui qui fut |)armi les hommes de la première heure, de celui qui se ti-ouvait au Congo des 1874, (|ui ouvrit le Katanga par sa mémorable exploration de 1890-d893 et (|u'on a a])|)elé à juste titre « le vétéran des coloniaux ^>, ce cri a de quoi nous émouvoir. Le chapitre final sur la situation économique du Congo après la guerre est particulièrement ti'oublanl. Mais tout en mettant le doigt sur la plaie, l'auteur indi(|ue les moyens de salut et il le lait avec une indiscutable compétence. Bien des livres ont paru sur le Congo, mais aucun n'<'st aussi |)ropre à dissiper cette pro- Ibnde ignorance, au sujet des (jneslioiis coloniales, dont sont alïèctés les Belges, devenus du jour au lendemain possesseurs d'une des plus belles colonies du monde. C'est de cette ignorance qu'a pu naitre l'idée criminelle d'abandonncM' le Congo belge à quelque puissance étrangère. (]ette pensée, dit M. Delcommune, n'a pu naitre dans certains esprits, que parce qu'ils ne se l'ont aucune idée, de ce ((u'esl réellement le Congo belge, ni de ce qu'il peut devenir sous l'administration d'un gouvernement éclairé, ils ne prévoient j)as ce (pie sera la petite Belgique dans cinquante ans, avec ses frontières trop ('troites pour sa population et son industrie, si on lui enlève le mei'veilleux débouché, exem|)t de tout droit protecteur, (lue sera le Congo belge dans le mfme Jiombre d'années. Et l'auteur dit qu'il ne faut pas s'y tromper. Malgré son ignorance et son apfiarenle inditlérence, le peuple belge ne per'mettra pas qu'on abandonne le Congo, où reposent beaucoup de ses enfants, sans vouloir connaitre les motifs réels yle ce crime de lèse-nation. L'auteur est heiu'eux de i'ap|)(>rter à ce sujet la ferme déclaration que lit à

Londres, le II févriei* lUlG, M. liciikiii, .Vliiiisire des colonies : « Jamais la Helgique n'abandonnera inie parcelle de ses droits ni » lin pouce des terriloires où s'exerce sa souverainelé. Noire pre- » n)ière revendicalion est rintégrilé et rindé|tendance complète de » la Beltti(|ue et par consé((uenl aussi de sa colonie. »

» Le liul de l'auteur est de renseigner h; piihlic belge sur la situation acliielle et liilure de sa colonie et de le mettre à même de juger quelle voie il doit suivre pour assurer non seulement son avenir, mais celui d'une plus tirandc lielgique. Le |)eii|)le belge, avec son bon sens pro\erl)ial, a dû se dire que si le Congo belge était si ardemment convoilé par d'autres puissances, c'est (|u'a[)|)ai'emment il valait (pichiue chose/ LorsipTil saura ce qu'il vaut et peut valoir, il n'hésitera ()as à inviter ses maiidalaires e( ses dirigeants à prendre les'mesures nécessaires à sa mise en valeur, de manière à rehausser plus encoi'c son renom de peu|)le courageux, Iravailleur, prévoyant et intlépendant. Le pi'ogramme de l'auteui- est de montrer ce qui existe et ce qui pourra exister. Il expose la situation actuelle et future sous un jour nouveau, ne cache rien, ni le bien ni le mal, le mal surtout, proposant les remèdes propres à l'enrayer, que lui dictent son expérience de vingt années de séjour dans la colonie, sa connaissance de tout ce vaste territoire, ses observations sur les populations qui l'habitent et l'étude (|u'il a pu faire sur place de la question économique. Si l'auteur n'a pas la prétention de croire qu'il convaincra tout le monde, il a foi dans les méthodes qu'il propose, qu'il considère comme étant les mieux appropriées à la situation particulière de la Belgique en tant que puissance coloniale, il espère susciter la controverse parmi les coloniaux, soit pour combattre son opinion, soit pour se joindre à lui et l'aider à défendre ses idées.

» Tous les chapitres de ce volumineux ouvrage sont à lire, niais il faut renoncera les analyser, même succinctement. »

Nous partageons en tous points l'avis de M. Jules Leclercq. Le livre est à lire en entier et notre résumé a pour but principal, en en étudiant dans leurs grandes lignes les divers chapitres, d'inciter

l'élite du peuple belge, les hoiiiines poliliques, les intellectuels, industriels, commerçants, etc., en un mot (ous les gens s'inléressant à l'avenir de notre pays, à le lire et même à l'étudier très sérieusement, persuadé que nous sommes, que cette lecture leur ouvrira des horizons nou\eaux et contribuera à l'aire sortir la nation de sa trop longue indillerence envers notre belle colonie.

Cela est d'autant plus désirable, que bientôt une Constituante va se réunir et pourrait être amenée à reviser certaines des clauses qui ont été admises lors de la reprise du Congo en 1908, clauses qui ont été provoquées par des raisons qui, à l'heure actuelle, n'existent plus et dont le maintien peut singulièrement gêner le •développement de notre colonie.

Dans le chapitre I'' servant d'introduction, aftrès avoir combattu l'idée d'abandonner le Congo, M. Delcommune assure qu'il n'entre ni dans son programme ni dans sa pensée de ci;itiquer qui (jue ce soit et que son désir est d'excliu'e de son travail toute question personnelle.

Il pense que le meilleur moyen d'exposition qui lui soit donné, consiste à suivre les dilférenles (juestions coloniales, telles qu'elles ont été discutées dans les débats parlementaires de 1914.

Les principales questions qui y sont abordées doivent se classer logiquement de la manière suivante :

1" La question des populations africaines et par consr(pient de la main-d'œuvre indigène;

2° Celle de l'occupation des territoires;

S" La question des terres va^^antes;

4" Celle de l'impôt indigène;

5° La t|uestion du commerce;

6" Celle de l'agriculture;

7" Celle des voies et moyens de comminiication, et

8" flnfin la question financière, qui a dominé tout le débat et qui jette l'incertitude, l'inquiétude même, dans l'esprit de nos parlementaires comme dans celui de ceux (|ui ne connaissent pas ou qui connaissent peu notre colonie.

Avant d'aborder l'étude de ces questions capitales, il trace en

quelques grandes lignes le hilan des dix j)reniièi'es années d'adnf>inistralion coloniale belge :

A son actif :

1° Une plus grande occupalion ih'^ terriloires de la colonie; 2" La libeiié commerciale; 3" La déceniralisation des pouvoii's; 4" Un lot imporlanl. de lois cl de décrels nouveaux; o" X millions d'augmentation des dépenses.

A son passif :

1" Occupation insu/lisante des territoires de la colonie; 2" Manque complet d'éducation pratique de l'indigène; 3" Licence commerciale et ingérence gouvernementale intempestive dans certains cas;

4° Protection insuHlsante des capitaux belges; o" Insécurité des Européens dans la colonie.

Les trois derniers articles du j)assif sont la conséquence de la réaction violente qui s'est produite, lors de l'abolition dû régime absolu. Toutefois, cette réaction j)ersiste à tel point, que si elle perdurait, elle serait de nature, l'auteur se' fait fort de le prouver, à ruiner la colonie, sans aucun profit pour la Belgique, ni |)Our les liabitants des deux pays.

Si donc le Gouvernement persiste dans la voie qu'il a suivie jusqu'ici, le commerce belge ira rapidement en périclitant d'année en année et les déficits budgétaires s'accroîtront de même, sans qu'on puisse entrevoir, même dans un avenir très lointain, ni les perspectives d'une situation économique plus j)rospère, ni une amélioration tangible dans le sort des populations afi-icaines.

En émettant cette opinion, l'auteur déclare faire abstraction du Katanga, la seule région qui puisse être mise en valeur par la race blanche, grâce à son climat plus clément et à ses richesses minières.

Pour cette province, qu'il qualifie de joyau minier, la question économique ne se pose donc j)as; les sociétés minières, les commerçants et les colons sauront la résoudre eux-mêmes. Mais le peu de densité de sa population indigène met en relief la question de la main-d'œuvre, qui sera traitée dans un chapitre spécial.

M. Delcomimine espère que son Iraviiil sera soumis à discussion et donnera lieu à des controverses, d'où pourrait sortir un faisceau d'idées pratiques, permettant à l'adminislralion coloniale de mettre en action des métJiodes nouvelles de colonisation, qu'impose la réalisation iWm programme complet comportant toutes les branches de l'activité (''conomique propres à déveIop|)er les richesses de la colonie et à ouvrir ainsi à ses po))ulations, la voie du progrès.

Ce livre ayant été écrit durant les années de guerre, alors que l'auteur était sans nouvelles de ce qui se passait dans la colonie, on pourrait croire que la situation a changé d'allure, durant cette période de cinq ans.. Il n'en est rien, les principes sur lesquels repose le politique coloniale du Gouvernement belge, pas plus que les méthodes d'application, n'ayant subi aucune modification essentielle, la situation de 1919 né peut être que la continuation de celle qui existait avant juillet 1914, à |»art quehjues changements dans les exportations que l'auteur note par des astérisques.

Avant de résumer les onze chapitres restants du livre, il nous parait intéressant de condenser en quelques mots les idées de l'auteur.

Au Congo, comme partout ailleurs, il faut d'abord semer avant de récolter.

C'est ce qu'on n'a pour ainsi dire pas fait jusqu'ici et c'est la voie dans laquelle il faut dorénavant et sans plus tarder s'engager résolument et avec pei-sistance, car c'est la seule qui puisse amener des résultais sérieux autant que durables et assurer l'avenir et la prospérité de la colonie, avec toutes ses conséquences pour la Belgique et les |)opulations africaines.

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