CHAPITRE II De la Race noire
Voici ce que dil nii siije( de ce clia(>i(re M. Jules Leclerc(|, dans su note bibliographique citée plus haut :
« Le Hvre s'ouvre par une magistrale ('-lude sur la race noire, » au sujet de laquelle régnent beaucoup de préjugés. L'auteur » proclame sanstliésiler (|ue la race noire possède les (pialités » essentielles, (|ui distinguent les autres races humaines. Il a vu » d'assez pi'és les populations africaines, pour avoir pu apprécier » leur intelligence, leur courage et leur endin"ance, qui sont, après » tout, les plus belles qualités de l'homme. Et il nous doime là- » dessus, des aperçus absolimient décisits. S'étant trouvé en » rapports fréquents avec les chefs de tribus et de village, il a pu » apprécier la psychologie du noir : sous ces crânes rendus épais » et garnis d'iuie laine soyeuse, sous ces peaux au ton métallique » changeant, bronzées |)ar l'ardeur du soleil des tropiques, se » meuvent des pensées et coule un sang chaud. Le noir, dit-on, » n'a pas de besoins. C'est là une opinion ' erronée (|ue l'auteur » réfute. Le noir, dit-on encore, est paresseux. Fausse légende.
» Comme l'a remarqué M. Touchard, dans le Mourenicnt f/co- » graphique, l'auteur est animé pour la race noire, qu'il connaît » mieux (|ue ((uicon({iie, de sentiments de réelle affection, qu'on ne » rencontre guère que chez les missionnaires. »
On ne saïu'ait mieux dire !
Éludions mainteiiiinl mi |)fii plus en détail, les diverses divisions de ce chapitre :
Aperçu historique
L'auteur eunihat d'uboi'd les opinions erroïK'es qui on! cours au sujet de<. noirs, qu'on (|ualilie tour à toiu' de brutes, paresseux, voleurs, sauvages ou anthi-opopliages, incapables de s'élever à un degré intellectuel supérieur.
Il faut, dit-il, détruire cette opinion erroni'e.
Il attribue à la traite l'état actuel dans le(|uel se trouve encore le noir et à l'état d'esclavage où ont réduit cette l'ace, de toute antiquité, les nations plus civilisées qu'elle. Ce n'est en réalité que depuis 1895, que les derniers esclavagistes arabes ont pu être chassés de noti'e colonie. Tout cela date d'hier et il n'est donc pas étonnant ()ue la race noire n'ait |)U évoluer aussi l'apidement que les autres races hiuiiaines.
Au point de vue physique, l'auteur ti'ouve que les noirs ne sont pas aussi laids que la caricature les représente; au contraire, leurs traits présentent autant de variétés que ceux des autres races et, en général, leurs formes ne laissent rien à désirer.
Quant au côté psychologique, on a insisté spécialement sur leurs défauts, sans tenir compte de leurs qualités. L'auteur ne |)artage pas, à leur sujet, l'opinion de maints voyageurs ou explorateurs^ qui n'ont pu ou n'ont pas voulu comprendre le caractère, le tempérament, les mœurs, les coutumes des tribus avec lesquelles ils étaient en contact et qui n'ont pu observei' l'indigène que |)rès d'eux et non |)as chez lui.
La race noire possède-t-elle les qualités essentielles qui distinguent les autres races humaines ?
Oui, répond 31, Delcommune. Tous ceux (|ui (Jiit observé le •caractère des populations africaines ne peuveni nier leur intelligence, leur courage, leur endurance et chez maints chefs de tribus la fierté et la dignité de leur langage et de leurs actes. Une preuve de l'intelligence de la race noire ressort de ce que, malgré son éloignement de tout contact avec les races civilisées, elle a su créer elle-même des lois (|ui étonnent par leur sagesse. Le vol, le
ineurli't', riKlulIrro sont |)iiiiis. Toiiles nidimentaires qu'elles soieiU, elles niilitenl en l'avcm; de riiileliigeiu'c de celte race. vS'il existe aussi des couluuies iiiluuuaiues dans certaines régions, ces nuiMU's harhart's leiidenl à (lisparailre, grâce à l'occupalion européenne.
L'auleiii' estime (pic la race noire |)cut aisément atteindre le niveau des Javanais, des Hindous et do (ani d'autres peuples de civilisation plus ancienne, ce (|ui sudil pour (|u'on s'occu|)e d'elle et qu'on tàclie de l'amener |)rogressivemenl à ces premiers ri'sti liais.
De la psychologie des noirs
On croit généralement que le noir est une brute sans sentiment. C'est, dil l'auleur, une erreur absolue. Ses défauts et imperfections sont plus visibles, parce (|u'ils s'étalent au grand jour, sans l'hypocrite vernis des. nations plus civilisées et rejettent ainsi dans l'ombre, pour des observateurs supei'ficiels, beaucoup de belles (lualités et de sentiments réels.
S'il a vu d{^^ crimes |)assionnels et des vengeances atroces, l'auteur a admiré des idylles charmantes, des amitiés touchantes entre hommes, allant jus/ju'à l'héroïsme, l'amour profond dont la mère entoure son enfant et la protection dont le fils entoure sa mère et l'homme son foyer. Il cite le cas bien connu des ménagères noires, sauvant leur maître blanc, |tar les soins assidus et dévoués dont elles l'enloiu'ent en cas de maladie, et les compare à de vraies sa^ui'S de charité. Maints faits lui ont permis de constater la tierlé, l'amour-propre, le courage, le dévouement, la reconnaissance et même la bonté de ces hommes primitifs. Ils éprouvent |)Our ceux qu'ils aiment tous les sentiments humains (jue nous éprouvons nousmêmes. Le noir aime sa teri'e natale, son village; il pratique à l'égard des hommes de sa tribu l'hospitalité et a pour eux de la pitié et de la compassion. Il connaît la douleur et même le désespoir, quoique les suicides soient fort rares. Il est observateur et a l'esprit moqueur. Grands palabreurs, nombre d'entre eux en remontreraient souvent au plus retors et au |)lus éloquent de nos avocats. Il se gausse facilement de ses semblables et même du blanc et lui donne un surnom, que rappelle admirablement un de ses défauts ou ime de ses qualités. Il affectionne le chant et la musique, aime à rire et à chanter, a le culte des morts et sait pleurer et soulïrir comme nous.
De la moralité du noir
L'auteur estime que sa moralito' est à faire ressortir. Aucun acte indécent n'est commis en public et malgré l'exiguïté de beaucoup de huttes, la promiscuité entre les enfants et les parents n'existe pas ou très rarement. Chez l'indigène, la danse seule est licencieuse. La pudeur existe chez l'homme comme chez la femme. L'homme ne chemine pour ainsi dire jamais entièrement nu. Il n'en est pas de même, dans certaines tribus, pour les femmes, mais leur pudeur se manifeste alors dans leurs gestes et leur attitude. Le noir est généralement retenu dans son langage, sauf en cas de dispute, où, dit l'auteiH'^ il est alors, dans son vocabulaire, au moins égal au plus mal embouché des P]uropéens. Les signes de politesse et de respect sont nombreux.
Des besoins d^e la race noire
Certains alllirment à tort (|ue les noirs n'ont pas de besoins. C'est une erreur flagrante. A l'appui de son opinion, l'auteur invoque les milliers de tonnes de produits européens importés chaque année en Afrique, l'amour des noirs et surtout des négresses |)Our la toilette et le luxe, amour jusqu'ici contrarié en partie par l'esprit de caste, qui réserve certaines éloflés, bijoux et couleurs aux classes élevées, réserve qui disparaîtra rapidement avec l'occupation générale des territoires. NoUiSeulement le noir a des besoins, mais il a en lui des dispositions qui V inciteront à les aur/mentcr chaque fois qifil en mira Voccasion. En outre, les nécessités de l'hygiène, la préservation des maladies épidémiques,- lui en créeront de nouveaux.
Le noir est-il paresseux?
Contrairement à ro[)inion généralement répandue, l'auteur estime que non. Il peut, dil-il, en être ainsi des noirs salariés gravitant tlans l'orbite des Européens, mais cette opinion erronée disparait vile chez tous ceux qui ont pu observer le noir dans son village, éloigné de tout contact avec le blanc. Il cite à ce propos les observations qu'il lui a été donné de faire, au cours de ses longs et mniliples vovages, dans les diverses régions de la
colonie el en conclul (jiie l'homme y l'ail les gros travaux, en laissant les travaux légers à la femme. Parmi ceux-ci figure le travail de la terre (|ui, à part les détriehemonls exécutés par l'homme, est loin de demander les travaux fatigants qu'il exige chez nous. Et à ce sujet, il fait remarquer, avec preuves à l'appui, que la femme indigène est loin d'être traitée comme une béte de somme, ainsi qu'on l'a souvent dit.
Ses nombreuses observations lui permettent d'allii'mer que le noir n'est pas paresseux^ mais évidemment il ne travaille que pour assurer les besoins des siens, attendu que la plupart du temps, il ne saurait pas écouler le surplus de ses produits. Toutefois l'esprit de lucre étant fort développé chez lui, il modifiera ses conditions de travail, dès qu'il sera assuré de pouvoir vendre ses produits à un prix rémunérateur lui permettant d'augmenter son bien-être.
A la fin de son étude, l'auteur conclut que la généralité des indigènes seront fiers d'être traités en hommes, et que la plupart se montreront dignes des efforts que l'on fera pour leur relèvement matériel el moral, si l'on sait les conduire et les guider vers ce but, en tenant compte de leur caractère et de leur mentalité actuels, ce qui est des plus importants, comme il le démontre.
Quels ont été en Afrique et jusqu'à, présent les éducateurs de la race noire?
D'abord les trafiquants de chair humaine, qui se contentaient de payer le prix convenu et d'emmener leur bétail humain. Puis ce furent les commerçants, mais au début ce fut le commerce rapace, fournisseur d'alcool, poison lent et sûr, qui a amené la dégénérescence parmi les noirs robustes des côtes africaines. La façon dont l'Arabe conquérant traitait l'indigène, est encore présente à toutes Jes mémoires.
Au contacl des Européens lronq)eurs, le noir est devenu tout aussi trompeur qu'eux, si pas plus, au point que celui qui parvient, sans être découvert, à tromper le blanc, est réputé très malin el très rusé.
Après 1885, l'État entreprit l'occupation des territoires de la colonie, en s'occupant pour ainsi dire exclusivement de l'éducation militaire des troupes dont il avait besoin, laissant aux missionnaires le r(Me d'éducateurs de In race noire. Il v a lieu de rendre hoiimiage
à leurs elToi'ls, mais les missions sont trop peu nombreuses, pour exercer une iniluenee séi'ieuse sur les populations. A l'heure actuelle, en effet, une mission et demie doit exercer son action sur une région d'une suj)erficie ég-^le à la Belgique et peuplée d'au moins 70,000 habitants, si l'on admet (jue le chiffre de la population ne dépasse pas 5,500,000.
Coup d'œil rétrospectif
L'auteur a visité les diverses colonies intertropicales africaines, anglaises, françaises, espagnoles et portugaises de la cùle occidentale d'Afrique, les a revisitées à dix, quinze, vingt et trente ans d'intervalle et a |)U constaler que l'émancipation de la race noire y est lente et n'y fait pour ainsi dire aucun progrès. Les Français ont certainement plus travaillé que les Anglais, pour outiller leurs colonies et v développer certaines cultures, mais aucun de ces deux grands pavs n'a fait d'efforts séi'ieux pour le développement de l'éducation pratique de leurs populations indigènes. Ils laissent, semble-t-il, au temps, le soin de modifier |)eu à peu leur état social.
Il convient de dire à la décharge de ces Métropoles (|u'aucune (|u'elle n'a dans l'intérieur de son domaine colonial africain une voie de pénétration due à un réseau lluvial navigable et puissant, IK)uvant être comparée à celle que présente le bassin de l'immense lleuve Congo, dévolu presque tout enlier à l'activité (ie la Belgique; (|ue d'autre part, les populations indigènes établies au Nord du' ■ bassin du Congo sont déjà pour la plupart sous l'induence de la religion musulmane, laquelle s'assimile si dillicilemeiit et si lentement l'enseignement des nations européennes.
Conclusions
Les peuples africains du Congo belge sont des peuples arriérés, à l'esprit inculte, mais màlJéable et ouvert, n'attendant qu'une éducation pratique et ayant xwur premier objectif la situation matérielle (h Vindigene.
(^elte éducation amènera en pou de temps, au point de vue de ces populations, des résultats étonnanis, mais ils ne pourront toutefois être obtenus que jwr une occupation plus grande des territoires
de la colonie ci par nnc ((ctionplus (■tendue, plus directe de tous les éléments civilisateurs que doit comporter cette ocaqwfion.
La Belgique ne doil pas iiiiiler la |tolilique coloniale de la France et de r Angleterre; elle doit laire \ile et grand et peiil et doil avoir une autre compréhension de ridée coloniale et de ses devoirs de tulrice que celle qu'elle a eue jusqu'à présent.
L'auteur demande que le Gouvernement se charge lui-mrme de l'éducation pi-alique et morale des noirs congolais, cai' c'est le seid élément qui possède l'autorité voulue et les moyens nécessaires.
CHVPlTHh: III
OccupaHon générale des territoires de la colonie
Le ('li;i|)i(i'e III et les suivants conipoi-tanl dans le livi'e des développements considérables, force nous sera, pour rester dans le cadre que nous nous sommes tracé, de les résumer heaucouj) plus succinctement que les chapiires précédents. Nous nous ellbrcerons cependant de notre mieux, d'en dire sullisamment, pour que le lecteur puisse se faire une itiée générale et exacte des |)ropositions de l'auteur et du but qu'il poui'suit.
Pour réaliseï' l'occupation générale et progressive de la colonie, l'auteur la divise l)ypothéti(|uemeiit en damier comprenanl deux cents carrés équivalant chacun à un degré cari'é, soit 10 à 15,000 kilomètres carrés ou environ la moitié de la superficie de la Belgique et ayant de 10 à 100,000 habitants; la population totale de la colonie est estimée au minimum à 5,S00,000 habilanls. Pour élre complète, l'occupation comportera donc '200 centres et 1,200 posles d'éducation, à raison d'un centre et de 6 postes auxiliaires par difegré carré.
Évidemment, dans la pratique, on ne s'en tiendra pas à ces divisions hypothétiques, mais il importera de s'en écarler le moins possible. L'auteur admet que des 39 centres et 243 postes existant actuellement, un assez grand nombre pourront rapiilemeni, si le Gouvernement le veut, devemr des centres gouvernementaux, chargés spécialement de l'éducation pratique des indigènes, en y
niellant le personnel blanc nt'cessaire, (|ui doil coniporler un chef lerrilorial et son adjoint, un in;igistrat, deux nukiecins au moins, des artisans professionnels et agricoles, des instituteurs et institutrices, des prêtres et missionnaires des deux sexes et de chaque religion et enfin des commerçants. Soit en tout vir)gl agents par centre et deux |)ai' jjostc. [^u-tanl de ces données, l'auteur calcule (|tie le coût annuel d'un centre d'éducation et de ses six postes auxiliaires peut être évalué à I million. En ci'éant de 1 à 5 centres par an, dans cincpiante ans la colonie sera occupée entièrement et la dépense en rt-sullanl alors peut être évaliu'e à 200 millions par an.
En vue d'avoir à sa disposition le meilleur personnel possible et d'y attirer l'élite de la jeunesse belge, l'auteur propose de tripler les traitements actuels, (^est en |)artant de cette base qu'il a établi ses calculs. Lorsque roccu|)ation sera terminée, son fonctionnement exigera environ neuf mille agents belges.
L'auteur examine ensuite comment il convient de créer ces centres et trace de main de maitr-e la façon de procéder pour y parvenir vite et bien. Bâtiments, jardins, installations hygiéniques, chemins reliant les divers postes au centre, moyens de locomotion à mettre à la disposition des blancs, rien n'échappe à son attention. Il insiste sur la nécessité absolue pour les Européens de posséder la langue du pays et, sans harceler les indigènes, de les visiter constamment et régulièrement, afin de les tenir en haleine et de leur faire comprendre que l'on s'occupe constamment d'eux. Celte partie de l'ouvrage dénote chez l'auteur une connaissance approfondie des sujets qu'il traite et est des plus intéressante.
Ce qu'il dit du rôle des chefs territoriaux est aussi un modèle du genre. Il préconise la réunion mensuelle des chefs indigènes pour écouter leui-s plaintes et leurs desiderata et leur exposer ce que l'on attend d'eux. A ces réunions pourraient être adjoints des notables et hommes libres désignés à cette lin |)ar leui'S pairs, de façon à constituer peu à peu des espèces d'assemblées politiques à consulter chaque fois que le chef territorial le jugerait utile. Il y aurait lieu aussi de faire régulièrement de grandes palabres où l'on exposerait aux populations, dans leur langue, ce que l'on attend d'elles. Les chefs teri'itoriaux doivent être à la fois vigilants et paternels. Ils doivent veiller à ce que les indigènes disposent de boissons saines et, pour leur procurer des amusements, il serait bien d'instituer.
comme chez nous, des kecmesses ou ducasses. On doit veiller iiussi à ce ({ue les vicluailles ne tiépassent pas un prix raisonnable et à faire installer de nombreux niarcliés indigènes pour la vente et l'échange des produits et vivi'es. Un point important aussi consiste à consolider l'aulorité des chefs indigènes sur leurs sujets tout en les empeclianl de les molester et d'abuser de leur pouvoir. La force armée mise à la disposition des chefs teri-iloriaux pour la sécurité et le maintien de l'ordre doit faire l'objet de leur entière et constante attention. Leur surveillance doit s'étendre sur les relations entre les diverses tribus et ils doivent s'attacher à profiter de la rivalité qui existe la plupart du temj)S entre elles pour les aiguillonner ilans la voie du progrès et notamment en stimulant leur amour-propre poiu' la bonne tenue des villages, l'amélioration el l'agrandissement des cultures, etc., etc.
Dans les conllits survenant entre tribus les chefs territoriaux offriront leur médiation et, si elle n'est pas acceptée de prime abord, se garderont bien d'intervenir j)ar la force. Il vaut mieux parfois laisser les indigènes agir suivant leurs coutumes, quitte à s'interposer si après le temps leur fixé pour aboutir à un arrangement, la paix n'est jias intervenue. Dans ce genre de conflits, mieux vaut ne pas brusquer trop vile les coutumes indigènes qui, peu à peu, et grâce au contact des Européens, se modifieront. On évitera ainsi les froissements toujours à craindre si l'on intervient maladroitement. Ces conflits ne sont en général pas très gra\es et finissent comme ia pluj)art des duels au premier sang.
M. Delcommune considère comme des |)lus imjtortant le rôle des juges territoriaux. Il estime avec raison que ces magisfrals devraient être des hommes réfléchis et pondérés et non déjeunes avocats tous frais émoulus de runivei'sit('' el souvent imbus d'idées fausses au sujet des noirs. La justice gagnerait aux yeux de l'indigène si les chefs reconnus |)Ouvaieiit siéger au tribunal à côté du juge européen. Les chefs ont, du reste, posséd('' de toul tem|is le pouvoir judiciaire dans leurs villages. Il voudrait même que le juge déléguât une partie de ses pouvoirs aux chefs indigènes (|ui en seraient dignes, quitte à prendre certaines précautions envers eux. Pour les délits entre indigènes il conviendi'ait, pour la répression, de s'inspirer des coutumes locales, quand elles ne sont pas inhumaines. Il faut être aussi très prudent dans l'application des peines corporelles et l'on devrait chercher à les faire disparaître dans un avenir aussi rappro-
chc que possible. Dans les délits peu gi'aves enli'e Européens et noirs, il faut toujours, autant que faire se peut, maintenir le prestige (lu blanc. L'auleur voudrait voir expulseï" de la colonie, comme indésirables, les Eiu'opéens qui persisteraient à se livrer à des brutalités et à (ies"se\ices graves sur les indigènes, ainsi que ceux coupables de crimes. Un point très important Serait d'arriver à codifier promj)lement les coutumes locales de chaque région. Dans certains cas à délerminer, les agents des postes auxiliaires devraient recevoir des pouvoirs judiciaires et, aidés des chefs indigènes, devraient pouvoir suppléer le magistrat.
Les artisans, outre leur besogne d'édification et d'entretien des stations et routes, etc., etc., devraient dresser un certain nombre d'apprentis, de façon que d'ici à dix ans on n'ait plus recours qu'à des artisans noirs.
Les agronomes adjoints des postes sous la direction des ingénieurs agricoles des centres devraient initier les indigènes aux diverses cultures, aux soins à leur donner, etc., etc. ; en un mot, leur donner les connaissances j^'rt/îVy^fes, nécessaires à leur métier d'agriculteur, le plus important de tous.
Ils devraient également dresser à ce métier les enfants des écoles, mais en leur donnant seulement les connaissances pratiques que doit posséder, pour cultiver seul son champ, tout petit cultivateur.
Les médecins, eux aussi, peuvent rendre les plus grands services. L'auteur, qui a connu la maladie du sommeil au Congo en 1877 déjà, alors qu'elle n'avait pas encore revêtu le caractère épidémique, fait part de recettes immunisatrices lui indiquées par des chefs indigènes, qu'il serait bon d'expérimenter. Il indique aussi des mesures d'isolement des malades j)araissant fort simples et elîicaces et signale ton! ce qu'il conviendrait de mettre en œuvre pour assurer l'hygiène : la construction convenable des villages indigènes, la |)ropreté des huttes, elc. Une nouveauté qu'il propose, c'est la construction, dans cliafjue village, d'une habitation réservée au logement des blancs de j)assage, ce qui constituerait un grand progrès. Tout cela est des j>lus intéressant et est à lire dans l'ouvrage lui-même.
L'auteur indique également, dans leurs grandes lignes, les services que peuvent rendre les agents du lise, des finances, de l'administration et de l'intendance. Et, à ce propos, il préconise la création de caisses de dépôts gratuites, où les indigènes pourraient, contre