UN VAPEUR FAIT LE SERVICE RÉGULIER DU BAS-OGOOUÉ
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LA COLONISATION
nous, a-t-on osé aliéner non pas seulement une large part de territoire français, mais la part qui précisément constituait comme la clé de voûte de notre immense empire africain, par la double raison qu’elle formait la jonction de tous nos territoires pour en constituer un tout homogène, désormais facilement accessible et exploitable, et que, en même temps, elle réduisait à néant les rêves de la nation rivale.
Lorsque, dans des conditions qu’il ne nous appartient pas d’examiner, la question se posa d’offrir à l’Allemagne une compensation territoriale à son renoncement à toute action au Maroc, des esprits éclairés proposèrent, — si cette compensation matérielle était indispensable, — de céder une de ces terres lointaines que nous possédons en Australie ou en Amérique. Mais on ne voulut pas donner suite à ces suggestions si sages pour nous, et si larges en même temps pour la partie adverse. Ce que l’onvoulait, c’était l’accès pour la colonie allemande vers nos grandes voies navigables. C’était aussi la destruction d’un des deux obstcales à l’accomplissement du plan de Bismarck. L’autre, le Congo belge, ne résiste que par notre droit de préemption. Était-il bien téméraire, vraiment, de penser que nous n’y renoncerions bientôt, alors que nous n’avions pas hésité à sacrifier notre propre territoire ?
Maintenant que, malgré tant de protestations,
malgré même les restrictions des commissions qui se sont crues forcées de l’accepter, malgré même les larmes que versa le ministre des colonies et qui constituaient la plus patriotique des protestations, maintenant que, malgré tout, l’acte est signé, que reste t-il à faire ?
Notre malheureux Congo a été sans cesse méconnu, et tout le mal dont il a souffert est venu de là : méconnu par l’opinion publique qui l’a injustement mis au nombre du territoire malsain et improductif; méconnu par les pouvoirs publics, qui ont sans cesse refusé de lui accorder les crédits nécessaires, indispensables à sa mise en valeur ; méconnu enfin au cours des dernières négociations diplomatiques, où l’on a considéré son territoire comme terres sans valeur. Il a porté la peine de cette ignorance coupable dans laquelle on l’a laissé plongé.
Peut-être les événements douloureux que nous venons de traverser éclaireront-ils l’opinion en attirant l’attention sur la valeur réelle de notre colonie mutilée et reconnaîtra-t-on enfin la nécessité de faire pour ce domaine ce qui a été accordé à nos autres possessions ; peut-être, et c’est notre seul espoir, se convaincra-t-on enfin de la nécessité de garder avec un soin jaloux la moindre parcelle de ce territoire et surtout de ne céder jamais, sous quelque raison que ce puisse être, ce qui nous reste de terre le long de l’Oubangui.
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On a dit que cette concession faite à l’Allemagne aplanirait bien des difficultés et rendrait plus faciles nos rapports diplomatiques. Nous pensons que l’on a créé là, au contraire, un nouveau sujet de conflits qui ne sont pas prêts de s’éteindre. Déjà , après avoir, au début, parlé de l’accès à la rive des grands cours d’eau, on réclame le partage sur le milieu du thalweg, ce qui nous supprimerait même la possession des îles de l’Oubangui. A la vérité, celles-ci ne nous appartiennent pas en propre ; elles ont été considérées comme terres neutres dans nos conventions avec la Belgique. Au surplus, elles n’ont nulle valeur, car, à la saison des hautes eaux, celles qui ne sont pas complètement submergées servent de refuge aux hippopotames, aux caïmans et aux serpents, et le sol en est peu habitable. Il nous faut donc nécessairement garder tout ce qui nous reste de la rive si nous ne voulons perdre la libre navigation sur l’Oubangui, c’est-à-dire le passage vers les régions du Tchad. Car, ne l’oublions pas, la navigation se fait exclusivement en chauffant au bois ; il faut donc pouvoir s’approvisionner sur la rive.
Au demeurant, quelle sera désormais notre situation dans notre colonie congolaise ? Telle est la question que se posent tous ceux qui songent à l’avenir de notre possession équatoriale.
Dans la région côtière, nous devrons nous hâter
de mettre enfin à exécution tant de grands travaux depuis longtemps étudiés et qui dornent paisiblement dans les cartons. Par les concessions accordées, Libreville est sérieusement menacée. Si nous ne nous hâtons de faire des travaux d’aménagement du port, nous risquons de voir ce vieil établissement perdre sa suprématie dans ces parages. Cap-Lopez, qui commande l’embouchure de l’Ogoôué, c’est-à-dire l’entrée d’une des parties les plus fertiles et les plus pleines d’avenir de la région littorale, devrait recevoir des aménagements qui permettent aux navires de s’approcher de terre et de charger plus sûrement la masse des bois, des graines de palmistes, du cacao et du café que cette région doit produire, Loango, enfin, chemin d’accès du Mayombe et de la région des mines de cuivre, auxquelles l’avenir peut réserver un puissant intérêt, devrait devenir le port d’embarquement de ces matériaux ainsi que des produits de l’immense forêt.
La construction d’un chemin de fer vers cette région minière s’impose. Le groupement des compagnies concessionnaires des périmètres d’exploitation des mines de cuivre devrait permettre de trouver une combinaison pour construire, avec l’aide de la colonie, la voie ferrée sans laquelle les concessions resteront éternellement dans un état de stagnation absolue.
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Brazzaville, la clé de toute la région supérieure par la navigation sur la Sangha et l’Oubangui, semble désormais réduit au rôle de chef-lieu de la région environnante ; encore son importance estelle menacée et par la prospérité plus grande que les événements récents réservent à Léopoldville, point d’arrivée du chemin de fer belge et sans doute, bientôt, point de départ de voies nouvelles, et peut-être aussi par l’utilisation que feront les Allemands de l’accès que nous leur accordons sur le Congo pour y établir le port de départ d’une navigation fluviale concurrente de celle formée parle groupement de nos sociétés concessionnaires.
Restent les vastes territoires du Tchad et du Haut-Oubangui. Ceux-là ne peuvent demeurer en l’état actuel, et une solution prompte s’impose. On ne peut espérer que la voie ferrée, qui aurait dû les relier à la côte en passant par toute notre Afrique équatoriale, qu’elle aurait vivifiée, trouvera maintenant une réalisation possible, alors que cette solution n’a pu être obtenue alors que nous possédions les vallées de la Sangha et de l’Oubangui. Il semble qu’il faut à tout jamais renoncer à cette espérance.
On ne peut admettre, cependant, que ces territoires seront vivifiés par le chemin de fer allemand Cameroun-Tchad, dont nous verrons, sans tarder, éclore le projet.
Et alors deux solutions restent en présence. C’est, d’une part, la reprise du vaste et si séduisant projet de la construction du chemin de fer transsaharien, que l’on a appelé, non sans raison, « la grande route impériale », et qui relierait toutes nos possessions du Centre ou de l’Ouest-Africain à nos possessions du Nord de l’Afrique. C’est là la puissante conception dont l’accomplissement nous placerait, à tout jamais, dans une situation exceptionnellement privilégiée, car, en reliant tous ces territoires de l’Afrique centrale et occidentale, ceux-ci ne seraient plus qu’à huit jours de l’Europe. Alger, qui déjà, ne l’oublions pas, est, par son trafic, notre deuxième port marchand, prendrait une importance considérable. C’est là la grande œuvre d’avenir à la réalisation de laquelle tous nos efforts devraient tendre.
Cependant une solution plus rapide, et qui a l’avantage d’aider et de préparer l’établissement même du grand transsaharien, est celle qui consisterait à pousser activement la construction du chemin de fer du Dahomey pour lui faire franchir le Niger et le diriger résolument vers nos territoires du Tchad, vers lesquels un passage pourrait être sans doute obtenu. De plus, l’autonomie sous la forme de la constitution d’un gouvernement de l’Afrique centrale s’impose à brève échéance.
Certes, par ces solutions diverses, il nous sera
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permis de ne pas désespérer encore de l’avenir de ces vastes territoires si patiemment et si chèrement conquis. Mais nous ne pourrons oublier qu’ils étaient plus vastes encore et qu’ils restent pour l’instant mutilés.
Et de même que nous avions déjà nos regards fixés vers l’Alsace et la Lorraine, nous devrons maintenant les tourner aussi vers notre Congo.