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LES RIVES DU MOYEN OGOOUÉ SONT COUVERTES DE PALMIERS A HUILE

Le Congo inéeonmi.

l’I. 30, Page 2i0.

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auraient certainement donné de bons rendements.

Mais on ne saurait rendre les concessionnaires seuls responsables d’avoir négligé ainsi du même coup et leurs propres intérêts et l’avenir de la colonie. Une part de cette responsabilité revient à l’administration elle-même. Il était de son devoir, d’abord, de faire inspecter, par un service agricole, les concessions et de reconnaître si les plantations étaient faites, et si, surtout, elles étaient bien faites. Puis on aurait dû établir, dans des jardins d’essai, des cultures d’expériences pour dire aux colons quelles étaient les essences à cultiver et, au besoin, pour leur en distribuer des semences gratuitement ou à titre onéreux. En un mot, cette clause si importante aurait dû être assurée par une collaboration effective entre les concessionnaires et l’administration. Rien de semblable n’a été fait jusqu’à ce jour. Il est temps encore d’y songer.

Un autre point très important est celui qui a trait au commerce de l’ivoire. Là le cahier des charges ne fait aucune réserve. C’est un tort. On aurait dû interdire rigoureusement l’exportation de l’ivoire provenant des jeunes éléphants, et pour cela n’admettre à la sortie que des pointes pesant au moins 8 ou 10 kilogrammes.

La question de l’éléphant a une très grande importance pour notre colonie. Elle a cependant

été complètement négligée. En permettant la chasse libre de cet animal, on en a amené sinon la destruction, du moins la diminution dans des proportions inquiétantes.

Au début, le commerce s’est fait avec le stock de provisions que possédaient les indigènes dans les régions peu visitées par les trafiquants musulmans. Le fameux Tipo-Tib, dont le nom fut mêlé à l’histoire de certains voyages retentissants, a su, pendant longtemps, drainer toutes les réserves des indigènes du Congo et de l’Oubangui. La plus grande quantité de pointes s’en allait alors vers les régions est de l’Afrique. Après l’établissement des factoreries au Congo français et dans l’État indépendant, les bassins de ces grands cours d’eau et ceux de leurs affluents alimentèrent les ports de l’Atlantique. Nous avons montré quelle quantité croissante a représentée ce commerce jusqu’en 1905.

Dans la dernière période décennale, on peut estimer à environ 180 000 kilogrammes la quantité exportée par le Congo français seul. Or, si les vieux mâles portent des défenses qui parfois arrivent à peser jusqu’à 60 et même 80 kilogrammes, il en est, par contre, qui ne fournissent que quelques kilogrammes. En estimant la moyenne générale à 20 kilogrammes par animal, on est plutôt au-dessus qu’au-dessous de la vérité.

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On peut donc compter que l’exportation représente 9000 à 10000 éléphants tués chaque année, rien que pour notre colonie, qui fournit environ le quart de l’ivoire africain.

Or, on estimait que le troupeau tout entier de l’Afrique ne devait plus compter qu’entre 500 000 et 700 000 têtes. En prenant même le chiffre le plus fort, qui semble exagéré, on voit qu’en moins d’une vingtaine d’années l’espèce serait détruite au Congo, si l’on ne comptait sur la natalité. Mais celle-ci est relativement faible et ne représente qu’un jeune tous les trois ans; de plus, l’éléphant n’est adulte qu’à vingt ou vingt-cinq ans. Il résulte de ces données que l’exploitation outrancière à laquelle on se livre conduira à la disparition rapide de l’espèce, et cela est d’autant plus certain que l’organisation des territoires africains sera plus rapidement poussée, car l’éléphant fuit le bruit et abandonne les régions habitées.

On a fait preuve d’imprévoyance en n’organisant pas la capture et la domestication du précieux animal. On a contesté longtemps la possibilité de domestiquer l’éléphant africain. Cette contestation ne repose sur aucune donnée sérieuse. Tout, aussi bien dans le passé que dans le présent, montre que cette espèce est fort docile, tout aussi éducable que celle de l’Inde. Il n’est

pas douteux, tout d’abord, que les éléphants employés par les Romains et les Carthaginois appartenaient à l’espèce africaine. On les reconnaît partout où ils sont figurés, grâce à la dimension caractéristique de leurs oreilles. De nos jours, nous l’avons dit, il existe quelques jeunes éléphants domestiqués dans notre colonie. Dans l’État indépendant du Congo, on a organisé des fermes à éléphants, où il y a, à l’heure actuelle, près d’une cinquantaine d’animaux domestiqués et dressés au travail et au portage.

En dressant l’éléphant, on aurait constitué une véritable richesse, tandis qu’en exploitant l’ivoire on l’a chaque jour diminuée. Il est aisé de se rendre compte de ce que nous avançons. En effet, en fixant à 20 kilogrammes la moyenne générale du rendement en ivoire d’un éléphant abattu, on est certainement au-dessus de la réalité. L’ivoire vaut environ 25 francs le kilogramme, ce qui fait revenir le rendement moyen d’un animal à 500 francs. Or la valeur d’un éléphant dressé est d’au moins 4 000 à 5 000 francs.

Par la domestication, on serait arrivé à avoir des animaux de portage qui auraient supprimé la réquisition des hommes pour le transport des marchandises. A ce point de vue, un éléphant peut remplacer douze à quinze hommes. Docile et intelligent, cet animal serait un auxiliaire puissant

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pour l’exploitation des vastes étendues ou il n’existe aucun moyen de transport et où, pour cette raison, les exploitants n’ont pu s’éloigner des voies fluviales, seules routes qui leur soient ouvertes. Ils deviendraient encore les auxiliaires d’une voie ferrée en assurant le transport des marchandises vers les chemins de fer.

Il n’est que temps de reprendre l’étude de ce problème, dont la solution incombe non à l’effort des particuliers, mais à la colonie elle-même. Un homme qui connaît bien le Congo, M. Bourdarie, a été le propagateur patient de l’idée de la domestication de l’éléphant africain ; on a eu tort de ne pas suivi-e ses avis et surtout de ne pas accepter le concours de sa bonne volonté et de sa compétence. Certes l’idée du législateur, en inscrivant des privilèges pour ceux des concessionnaires qui auraient procédé à cette domestication, était excellente. Malheureusement, elle est restée lettre morte, et il n’est pas à notre connaissance qu’il puisse être, du fait de cette domestication, accordé une seule parcelle de terre.

On a très vivement critiqué le fait d’avoir ainsi partagé tout le territoire du Congo en quarante grandes concessions. La critique est toujours aisée, mais ce qu’il serait préférable de faire, ce serait de démontrer quel aurait été l’avenir de la colonie si ces grandes concessions n’avaient pas

été établies. Nous l’avons dit, avant leur formation, le commerce, c’est-à-dire l’exploitaion abusive et préjudiciable aux intérêts de la colonie, était libre. Il apportait surtout ses avantages à des sociétés étrangères, dont certaines étaient établies sur notre territoire et payaient les droits, trop faibles à notre sens, dont étaient taxés ces produits ; mais une autre partie était transportée par les indigènes sur les territoires voisins, et le bénéfice nous en échappait complètement.

Certes, il eût mieux valu organiser une mise en valeur méthodique par une véritable colonisation de production et non pas seulement d’exploitation des produits naturels. Il eût été meilleur de ne donner le bénéfice de ces matières premières que comme appoint, comme aide à une organisation agricole de la colonie. Mais on ne l’avait pas fait, et rien de semblable n’a été organisé. On a voulu aller vite, on s’est trop hâté sans doute, et c’est là la raison pour laquelle les clauses de réserve du cahier des charges ont été insuffisamment étudiées.

Les instructions du ministre, très précises, très détaillées, prescrivaient une très grande bienveillance et une très large tolérance à l’égard de ces sociétés. Ce n’était peut-être pas une raison pour interpréter ces instructions jusque dans le sens d’une inobservation absolue

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du cahier des charges au détriment de l’avenir.

Quoi qu’il en puisse être, le sort de ces sociétés fut très divers. Il en fut qui ne réussirent pas, parce qu’elles étaient dans l’impossibilité matérielle, absolue, de réussir. Ges concessions, en effet, avaient pour une très grande part été accordées à des personnes qui ignoraient tout du Congo et qui avaient accepté des territoires qui n’étaient que des marais. Celles-là devaient échouer. D’autres péchèrent par des vices d’organisation ou d’administration. D’aucunes demandèrent même à restituer leur vaste domaine avec ses charges et à ne conserver qu’une part limitée. Mais le plus grand nombre réussirent, et l’on peut dire qu’au total, sur les 50 millions représentant le capital engagé, la moitié environ de cette somme trouve une rémunération parfois très large.

On peut donc conclure que, au demeurant, la mesure prise par M. Guillain était bonne en elle-même, et les résultats, sous la seule réserve de la nonobservation de la compensation des récoltes par des réserves d’avenir, ont été, dans l’ensemble, favorables. Il est probable que, si ces sociétés n’avaient pas été constituées, on n’aurait substitué à ce mode de colonisation aucun autre moyen meilleur et plus efficace pour amener la prospérité dans notre colonie équatoriale.

Du fait du renoncement de certaines sociétés con-

cessionnaires, de vastes domaines restent libres. On a dit : il faut y développer la culture des plantes vivrières et celle du coton. Rien ne justifie la réalisation possible de semblables indications.

Les plantes vivrières, telles que le manioc, les arachides, le maïs, la banane, sont cultivées abondamment par les indigènes pour leurs propres besoins ; mais on ne saurait en étendre la culture, puisque la faible valeur de ces produits n’en permet pas l’exportation par les moyens existants.

Pour ce qui est du coton, la même observation peut lui être appliquée, car on ne peut faire supporter à une marchandise, dont la valeur en Europe n’excéderait dans aucun cas deux francs le kilogramme, des frais de transport qui dépasseraient la moitié de cette somme. Mais il faut dire aussi, très nettement, que la culture du coton ne peut se pratiquer sous un climat équatorial, ou les pluies continuelles altéreraient les soies quand elles s’échappent en flocons des capsules mûres qui s’entr’ouvrent. On ne pourrait songer à cultiver utilement cette plante que dans les territoires du Haut-Oubangui et du Tchad. Là nous réunissons les conditions exigées par la culture, mais les circonstances économiques s’opposent à cette exploitation.

Il aurait donc fallu, avant toute chose, pour permettre à cette colonie de vivre d’une vie normale.

ie Congo méconnu.

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lui donner des voies d’accès. Nous l’avons dit, et on ne saurait trop le répéter, la seule chose qui lui a manqué et qui lui manque encore, c’est un chemin de fer, et il n’est pas douteux que, si ce puissant moyen de vivifier un pays, — car il constitue comme les artères d’un corps qui ne peut vivre sans elles, — lui avait été donné, on lui aurait vu prendre le rapide essor qu’a pris notre vaste colonie de l’Afrique occidentale française.

Si, sans parti pris, on compare les deux régions, on est obligé de déclarer que, sans nul doute, notre Congo est infiniment supérieur comme aptitude productrice à notre Soudan occidental. Dans l’un comme dans l’autre pays, la main-d’œuvre abonde. Mais la fertilité naturelle est infiniment plus grande au Congo.

Aussi notre Afrique équatoriale, par son exceptionnelle aptitude à la production, peut-elle supporter la comparaison, non pas seulement avec n’importe laquelle de nos possessions d’outre-mer, mais même, pouvons-nous affirmer, avec n’importe quelle région fertile du globe. On peut être plus ou moins séduit par l’aspect pittoresque des pays, par la beauté des sites, par l’ampleur et la diversité des vastes horizons, et, à ces divers titres, aussi bien que sous l’iufluence d’impressions personnelles, considérer telle partie du monde comme la plus belle, mais on ne peut contester à notre Congo de comp-

ter au nombre des plus riches et aussi des plus fertiles. Mais tous ces trésors restent ignorés, car le Congo se garde, après près d’un demi-siècle, avec tout l’imprévu et aussi toute la saveur d’une région inexplorée.

Si le voyageur, ravi, retrouve encore la brousse inviolée par l’outillage moderne, par les longs rubans de rails et la fumée des locomotives, le colon qui veut lui consacrer ses forces et qui espère la rémunération de ses travaux reste consterné devant cette absence complète, totale, d’organisation économique.

C’est partout le néant. Et, à l’heure actuelle, on en est encore, pour ravitailler nos postes de la région du Tchad, qui depuis douze ans tiennent le pays, à faire du portage à tête d’homme. Et, quand on songe qu’il faut plus de trois mois pour faire parvenir à ces braves soldats les munitions indispensables, que les nouvelles que nous en recevons datent de deux mois, qu’ils peuvent être décimés parla maladie, anéantis par un ennemi sans cesse en éveil, sans que nous n’en sachions rien et surtout sans que nous puissions porter remède à ces détresses, on se demande à qui incombe la responsabilité d’une semblable inconscience des devoirs qu’une nation civilisée contracte envers ceux qui défendent au loin son drapeau ?

Il fallait, dès le début, savoir ce que l’on voulait

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faire de ce pays, et, du jour où l’on a décidé de l’occuper, le devoir s’imposait de prévoir toutes les conséquences de cette occupation.

Et toutes les fois que, de ces terres lointaines, sont venues les nouvelles, nous disant la mort de ces braves luttant sans cesse contre des forces vingt fois supérieures aux leurs, nous nous sommes contentés de porter à ces familles de héros l’expression de notre douleur. C’est peu. On a bien été jusqu’à songer à élever à la mémoire de ces vaillants pionniers un monument qui attestera leur dévouement à la défense de toute terre où flotte le drapeau national. Il eût mieux valu leur porter secours.

Et toutes les fois qu’on a fait encore appel à des dévouements nouveaux, de toutes parts de nouvelles énergies se sont offertes. Et on les a acceptées. Et encore, dans les mêmes conditions pitoyables, sans base d’opération suffisante, sans ravitaillement possible, sans organisation et sans forces qui puisse garantir le succès à leur admirable bravoure, on a pris la responsabilité de les lancer dans des aventures dont l’énergie la mieux trempée, dont la volonté la plus tenace, comme la santé la plus robuste, sont parfois impuissantes à triompher. Et après le vaillant commandant Lamy, ça été Faigenchuch, et puis le colonel Moll, qui successivement ont péri, certes, en faisant payer très cher

leur mort, mais ils n’en ont pas moins succombé uniquement parce qu’ils ne disposaient ni de forces ni d’organisation suffisantes. Et combien de braves et valeureux officiers ont péri à leurs côtés ?

A ce prix, cette conquête est trop cher payée. Non pas qu’aucun d’eux ait jamais marchandé ses efforts et sa vie pour soutenir le drapeau dont on lui avait confié la garde, mais pour la double raison que, d’abord, ces morts, quelque glorieuses qu’elles soient et quel que soit le nombre d’ennemis dont elles ont entraîné la défaite, n’en laissent pas moins dans l’esprit de nos adversaires un sentiment de fierté et d’orgueil qui les porte à résister avec plus d’énergie encore. Car les bardes musulmans s’en vont chantant la victoire et colportant la nouvelle de la mort des chefs blancs et ne parlent même pas du prix qu’elles leur ont coûté. Puis, à quoi bon tous ces sacrifices des meilleurs de nos officiers si, de ces territoires qu’ils ont arrosés de leur sang, nous n’en faisons rien? Ah! lorsque de ces efforts doit naître une colonie nouvelle, quand le territoire de la France et son patrimoine glorieux doivent s’en trouver agrandis, qu’importent ces sacrifices ? Qui donc songerait à les marchander?

Avons-nous le droit de n’avoir pas d’autre sentiment que celui d’orgueil et d’admiration pour tous ceux qui ont lutté pour nous donner notre

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belle Algérie, pour conquérir le Dahomey ou Madagascar, ou pour nous ouvrir les portes de notre superbe empire indo-chinois ? Mais nous devons pleurer, avec des larmes amères, ceux dont les existences ont été sacrifiées en pure perte. Et n’en est-il pas ainsi de ceux qui nous ont donné le Congo ?

Hier encore il en était autrement, car on savait que le temps perdu pouvait être vite rattrapé ; mais aujourd’hui nous sera-t-il possible de refaire ce que quarante années de courageux efforts avaient accompli et qui, d’un trait de plume, a été détruit? L’histoire, dit-on, est un éternel recommencement ; le retrouverons-nous pour notre Congo ?

Que des fautes lourdes aient été dès longtemps accumulées, seuls ceux qui ne sont pas au courant de la question le pourraient nier. Pourquoi nos autres colonies se sont-elles si promptement organisées, alors que celle-ci est restée à l’état primitif du début ? Uniquement parce qu’il ne s’est trouvé personne, jusqu’à maintenant, pour opérer sa transformation nécessaire. L’Afrique occidentale a eu ses conquérants et ses organisateurs dans les personnalités illustres des Faidherbes, des Archinard,des Dods, puis des administrateurs émérites tels que Ballay, Roume, et aujourd’hui Merlaux-Ponty. L’Indo-Ghine a eu des gouver-

neurs éminents, tels que Paul Bert, de Lanessan, Doumer, qui ont laissé une trace profonde de leur administration et ont organisé le pays. Madagascar a eu la bonne fortune de voir ses destinées confiées à un homme d’un haut mérite, qui a su pacifier la colonie et la transformer sous ses inlassables efforts. Le nom du général Gallieni restera inscrit comme celui du véritable fondateur de notre colonie de l’Océan Indien.

Le Congo, au contraire, s’est péniblement traîné sans crédits, sans organisation, sans routes, sans chemins de fer et, par suite, sans progrès. Toujours méconnu, on l’a considéré comme malsain et inhabitable. Ceux qui avaient assumé la tâche de l’administrer n’ont pas su le montrer simplement tel qu’il est, avec ses énormes richesses et sa fertilité sans pareille. Ils ont été impuissants à obtenir les crédits nécessaires à la création de son outillage économique, qui seul pouvait lui assurer une définitive prospérité.

L’espoir nous était venu d’un temps meilleur qui allait commencer quand, sous les énergiques efforts de M. le gouverneur Merlin, nous avons vu la colonie transformée en gouvernement général de l’Afrique équatoriale. Ce n’était rien, semblait-il, ce changement d’étiquette qu’instituait le décret du 19 janvier 1910, et c’était tout cependant. C’était tout, parce que, du coup, la colonie se trouvait

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érigée au rang de grand gouvernement, et déjà des projets étaient élaborés pour obtenir un important emprunt qui aurait permis d’amorcer la construction d’un chemin de fer. Enfin l’activité allait y naître ! Le rail civilisateur allait transformer de son pouvoir magique ces contrées, comme il avait vivifié celles de l’Afrique occidentale française. Tout espoir était permis pour l’avenir de notre empire du Centre-Africain.

Ce tout énorme, qu’allait former notre Afrique du Nord avec tous nos territoires de l’Ouest et toute la partie centrale, devait placer notre empire africain à la tête des grandes colonies du monde, car nulle autre possession ne pouvait bénéficier de cet inappréciable privilège d’avoir accès aux territoires qui le forment après seulement un voyage, par mer, de vingt-quatre heures. Déjà, le fil télégraphique reliait tous nos postes. Bientôt le rail les unirait et permettrait, en huit jours, d’atteindre le lac Tchad, le Congo, le Soudan !

Mais ce rêve, au moment où il allait s’accomplir, devait s’effondrer dans l’épouvantable réveil de la réalité.

S’il avait pu se réaliser, une seule enclave importante nous eût empêchés d’entrevoir comme très proche le moment où tous les territoires appartenant à d’autres nations auraient pu, par voie d’échange, nous revenir, c’était le

Cameroun. Né peu de temps après notre Congo, les Allemands en poussaient activement l’organisation.

Tout au moins étions-nous les maîtres de réduire à néantles conceptions de Bismarck, qui avait formulél’espoir de voir un jour les possessions de l’Ouest et de l’Est- Africain rejointes par des terres allemandes. Deux obstacles s’opposaient à la réalisation de cet espoir. Le Congo français et le Congo belge. Notre Congo une fois organisé, notre jonction une fois faite et notre chemin de fer construit, c’était une barrière à tout jamais élevée au passage de la route transafricaine allemande.

Et c’est au moment précis où nous étions les maîtres de nos destinées, où rien ne pouvait plus nous empêcher de parachever l’œuvre gigantesque qui plaçait la France à la tête des nations colonisatrices, qu’il s’est trouvé des esprits, assez peu éclairés sur la situation réelle des choses, pour oser assumer, devant l’histoire, la responsabilité d’entraver l’essor de la définitive grandeur de la nation.

Il estpermis de se demander comment, en pleine paix et en pleine prospérité coloniale, sans que nulle assemblée de la nation n’ait été préalablement consultée, sans même constituer une de ces commissions telles que celle que nomma le Sénat pour juger l’acte accompli, et qui ne !’a voté que « la mort dans l’âme » , comment, disons

EXPLOITATION AGRICOLE DANS LE BAS-OGOOUÉ. — PLANTATION DE CAFÉIERS ET DE POIVRIERS.

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