CORNET
Connaissez- vous Cornet ? — Corps agile, esprit fin, Cœur aimant, belle humeur, caractère enfantin.
D'une boîte à ressorts, un bonhomme à surprise Vous saute à la figure, et crac ! vous électrise. Ce Cornet, face humaine, apparut au Congrès, Salua, sans s'asseoir, fila, l'instant d'après.
D'un pôle à l'autre il va, part, court, voltige, arrive, Sans vous laisser le temps de lui crier: qui vive ! Comme il est prompt en marche, il esl bref en discourj En deux mots il a dit : Oui, non, jamais, toujours. De partout à partout, semblable à l'oiseau mouche, Il sautille à tous points, effleurant ce qu'il touche. J'entends dire: à quoi bon ce fringant moulinet ?
Enfin, dans le Sénat que fit-on de Cornet ? Voici : par l'univers il fit plus d'un voyage, Et d'Antoine LeChauve il fut dix ans, le page.
De Cornet, jusque là, c'est le mauvais côté ; Tournez la feuille, il plait, vous êtes enchanté. D'un corps éléctiisé cent étincelles brillent ; Du cerveau de Cornet cent jets d'esprit pétillent. A tout ce qu'on peut dire il sait mettre un bon mot ; Et vif, là comme ailleurs, il riposte aussitôt. Au Sénat, Sieur Cornet entre et sort à toute heure ; Si le corps n'y tient pas, l'esprit y fait demeure !
Sous ses vives couleurs je l'ai peint tel qu'il est ! C'est bien lui ! c'est lui seul ! Vous connaissez Cornet !
TCHICOUTIMY, 1ère Luxe du 1er Mois.
A MOEAVIEF 1er,
Grand Chef des Hurons,
Salut.
Frère,
Wananish I reçoit avec joie l'invitation que tu lui fais d'assister au conseil de tous les Chefs, et, pour cela, de se rendre au quatorzième jour de la lune dans le pays des Iroquois. Tu sais, et tous les autres chefs le savent comme toi, jamais Wananish n'a manqué d'assister à de tels conseils, tant que vous les avez tenus sur les bords de la Grande Rivière dans la cabane de Celui qui règne à Tour Lognon. Ni la neige, ni la pluie, ni les vents, ni les tempêtes, rien ne pouvait le retarder dans sa marche, tant son cœur avait soif de rencontrer ses frères, les chefs des autres nations. Aujourd'hui, il n'en est pas ainsi : Wananish a toujours le même cœur et la même volonté ; mais une volonté plus forte que la sienne le retient captif dans son pays des
Montagnais. Le Grand Ononthio, qui commande à Stadaconé, n'aime pas que Wananish laisse son pays de chasse ; voilà pourquoi il l'a emprisonné dans une grande cabane et l'oblige à instruire dans l'art de la chasse et de la guerre une troupe de petits Montagnais, Comment veux-tu que Wananish se rende dans le pays des Iroquois ? il n'a ni canot, ni raquettes ; il ne se souvient plus du sentier qui le conduisait autrefois sur les bords de la Grande Rivière. Tout ce qu'il peut faiie, c'est d'errer, 'pensif, sur les bords de la Koushpaagan, de la Métabetchouan, de la Ouiatchouan, etc. Il ne tourne plus ses regards vers le lieu où se lève le grand astre, il tient toujours ses yeux fixés vers la terre, et son esprit ne vit plus que dans l'image des soleils disparus à l'occident.
Pars donc seul, Moravief, pour le pays des Iroquois ; que ton cheval de feu te conduise promptement et sûrement. Salue pour moi le Grand Chef du Conseil et Celle qui lui a donné la vie, ainsi qu'à moi ; et dis leur pour moi tout ce que ton cœur de fils et de frère t'inspirera. Salue tous les autres chefs, et dis leur que pendant que tous ensemble vous fumerez avec joie le calumet de paix, Wananish, retiré dans un petit coin de sa cabane, fumera aussi ; mais il fera noir dans ses pensées.
Pars, mon cœur et mon esprit t'accompagneront jusqu'à ton retour. Je ne te demande qu'une chose, c'est de me rendre un compte fidèle de toutes vos délibérations, de tous vos chants de paix.
N'oublie pas de saluer pour moi les femmes de la prière qui se dévouent à l'instruction des petites Iroquoises, et toutes les robes noires que tu rencontreras. J'ai dit.
Ton Frère,
WANANISH I.
TCHIKOUTIMY, 9ème Jour