‹ Le Congrès de la Baie Saint-PaulChapitre 3 sur 23 · CHARLEMAGNE · texte numérisé non relu

CHARLEMAGNE

A cap Corbeau vivait, au pied de la montagne,

LTn grand homme, un grand nom qui signait : Charlemagne.

A notre capitale il était résident ;

Le Congrès le choisit pour premier président.

Bien fait, six pieds de haut, géant par la prestance, Par l'esprit il était géant d'intelligence. Homme lettré, poète, il laissa des écrits Que d'illustres auteurs auraient fort bien souscrits. Doux et ferme à la fois : telle était sa prudence Qu'il gouverna son peuple avec omnipotence. Voilà ses qualités ; son rôle est assez beau. Peut-être il eût été Berryer ou Mirabeau, Avec un peu d'audace et moins de sapience ; Son grand péché, ce fut son modeste silence.

Aux affaires du siècle il était moins heureux, Et s'engageait par fois en des pas hasardeux. Simple comme l'enfant, nul en toute industrie, Sa gloire, il faut le dire, en fut un peu flétrie.

* Note. — Les trois Présidents.

Si l'on veut un exemple, on parle encore au loin, De sa déconfiture au commerce de foin.

Je suis historien, plus franc que charitable ; Je dois à l'avenir l'histoire véritable. Charlemagne, au Congrès, s'acquit un grand renom Mais relatons un trait qui fait brèche à son nom. Fut-il bien honorable en son fameux voyage, Lorsqu'au pont Dorchester il frauda son passage ?

On allait traverser un char comblé de grain ; Il y saute d'un bond, s'y blottit, et, soudain, Disparaît dans un sac, quand la voiture approche, N'exhibant que son fond, qui semblait une poche. — Holà ! contrebandier, rendez- vous, lui dit-on ; Mais déjà le fuyard était bien loin du pont. En affichant son nom aux clous de la barrière, Il noyait son honneur au fond de la rivière, Qui s'appela Saint-Charle, et dut, pour l'avenir, Laisser de Charlemagne un piètre souvenir

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