ANTOINE LE CHAUVE
Eiche Fort Pic, et toi, Côte de la Négresse, De votre souverain dites nous la noblesse ! Un quart de siècle il fut votre bien aimé roi I Un quart de siècle il eut v< 9a foi !
Témoins de ses travaux, léguez à la mémoire Ses talents, ses vertus, sa grandeur et sa gloire.
Ses ancêtres, dit-on, vécurent à Cadix ; Avant d'être baron, il s'appelait Eadix. Vous le plantez partout ; rochers, monts ou ravine, Il est bien là ; partout il sait prendre racine. Dès lors vous prévoyez que, sans baisser jamais,
Comme l'aigle, il ira jusqu'aux plus hauts sommets I Sachez comment régna Don Antoine Le Chauve.
Adorable tyran ! son audace le sauve.
Son regard est un feu qui brûle jusqu'aux os ;
Sa parole, un torrent qui déborde à grands flots.
Jamais plus fin matois, plus rusé politique ;
Il est partout, voit tout, règle tout sans réplique.
" On ne s'aperçut pas, disent ses gouvernés,
" Qu'il nous mena vingt ans, et par le bout du nez."
Il s'en va droit à vous, il vous attaque en face,
Sans reculer, s'arrête, et revient, quoiqu'on fasse.
Il avance à propos, se tait ou parle peu ;
Son grand pouvoir consiste à bien cacher son jeu.
Qu'on le prévienne en tout, jamais il ne demande ;
Qu'en tout l'on soit soumis, jamais il ne commande.
Il vous fait à savoir qu'il vous sert tant qu'il peut ;
Croyant vous-même agir, vous faites ce qu'il veut.
En faisant tout pour lui, l'on se croit redevable
Qu'il daigne envisager le tout comme acceptable.
A l'en croire, il serait votre humble débiteur !
Oui, tant qne vous serez son humble serviteur !
Du reste, c'est bien l'art de la diplomatie ;
Le berneur pille tout, le berné remercie.
Près de vingt ans, Le Chauve illustra le Congrès,
Prit une large part à ses nombreux succès.
Avec ses qualités, ses vertus, son adresse,
Le Chauve était en route, il volait sur Yexperesse.
Dans l'ordre militaire il gravit tout honneur,
Et de Sherbrooke enfin fut premier gouverneur.
WANANISH
Le jeune Wananish, radical de naissance, Venait dans le grand nord de fonder sa puissance.
Tout mieux civiliser ses rades Montagnais,
Il s'adjoignit d'abord la race des Maltais.
Tribun, soldat, grand prince, un tant soit peu vampire,
Il sut en peu de temps étendre son empire.
Vaillant comme César — veut, mdi, vici —
Aller et voir et vaincre était l'instant pour lui.
Avant d'avoir blanchi, croyant à la science,
Il niait tout d'abord l'art de l'expérience.
Il refusait de croire, il le sut par les faits,
Que ce grand art du sage, on l'apprend à ses frais.
Plus prompt que réfléchi, comme on est au jeune «âge,
Sans craindre ni prévoir le danger du naufrage,
Il se lançait aux flots, dût-il n'en pas sortir.
Son exploit des Foulons suffit à l'avertir.
Il apprit, il saura jusqu'à sa dernière heure
Que le mot vole au vent, mais que l'écrit demeure.
Le temps, ce maître habile, a filé son chemin,
Laissant, par ci, par là, tomber un parchemin.
"Wananish est plus vieux. Il avait la science ;
Il sait mieux ; maintenant il a l'expérience.
Avec son regard d'aigle il s'élance au progrès,
Et, par un long circuit, englobe le Congrès.
On sait que Baie-Saint-Paul fut notre capitale. "Wananish sans façon prétend bien qu'on détale. Cause, effets, droits, vouloir, force, raisons d'état....! Le Congrès est vassal ! tel est le résultat. Le Congrès avait, là, tout son prestige antique ! N'importe, il faut quitter cette plage historique ! Adieu ! monts escarpés, charmants pays du nord .' Congrès, sois plus heureux, sous le droit du plus fort !
MORAVIEF
Salut ' Sfcadaflona, fiche aatsenaj de guerre, Vieux congrès des Huruns, si glorieux naguère :
Né des Kondiaronk, Gros-Nez Moravief
Du grand Ononthio vint occuper le fief.
Soldat dégénéré, lui-même le confesse,
Il n'hérita des siens qu'un titre de noblesse :
" Grand chef du Cul-de-Sac et de la Côte-au-Chien."
Fut-il grand conquérant ? L'histoire n'en dit rien ;
Mais en ce cas le doute est facile à résoudre,
Puisqu'il est bien connu qu'il n'aimait pas la poudre l
Dans les moindres dangers, prudent jusqu'à l'excès, Il signait des traités, toujours avec succès. Aux menaces de guerre il se montrait paisible ; Faire mourir les gens !.... il était trop sensible ! Avec ce caractère et ce tempérament, Moravief dut-il être un grand conquérant ?
Sa vertu principale était d'aimer l'enfance ; Il sut la conquérir à force d'opulence. Au milieu des bambins, intrépide guerrier, En revue il paissait des soldats de papier. Volant au champ de Mars — c'était sa table ronde — De son fusil de bois il ravageait le monde. Là, point de trahisons, de poignards assassins ; Tambour bat, clairon sonne : En avant, fantassins ! Cent villes en carton, tourelles et murailles, Disparaissaient sous terre, en autant de batailles !
Son règne fit époque au pays des enfants : Lui-Même en tous leurs jeux s'adjoignait aux moins grands. Enfant jeune, enfant vieux, enfant à tous les âges, Sans être un des plus fous, sans être un des sept sages, Aux tournois des enfants i] était le vainqueur ; S'il fut jamais un roi, ce fut le roi de cœur.
TELMAR
Au pays des Ha ! Ha ! dans l'humide savane,
Telmar avait dressé sa royale cibane.
De son peuple sauvage, il s'élut le grand Chef,
Se donna pour régner, le titre de LeBref.
Astronome savant, il mettait sa science
A servir le Congrès ; et son expérience,
Au départ, au retour de la grande assemblée,
L'amenait à prévoir la pluie ou la gelée.
Il gouvernait la lune ; (elle en gouverne tant !)
Il réglait la tempête, il enchaînait l'autan.
Aussi fixait-il bien l'époque d'un voyage.
On était sûr du temps en suivant son présage.
C'est lui qui choisissait jour et semaine et mois ;
Et le Congrès toujours en passait par son choix.
En fait d'astronomie, il prononçait en maître ;
Un coup d'œil vers le ciel, c'était son baromètre.
LeBref, à tous égards gentil homme parfait, Du côté corporel était assez mal fait.
Carré, robuste et frais, pas très haut de stature ; Comme ses gouvernés, pas très beau de figure ; LeBref était vaillant, courageux, plein d'honneur ; Tout était grand chez lui, l'âme, l'esprit, le cœur.
Anguleux, sillonné, tel était son visage ; Ton hargneux, verbe sec, tel était son langage. Son rire était horrible ; et, pour tout définir, S'il voulait s'égayer, vous l'entendiez hennir ! Ce qu'il a d'imparfait, il le tient de nature ; Mais au Congrès, partout, jamais gloire plus pure !